Soif de Vengeance par

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Side Story / Drame / Angoisse

6 Chapitre 6

Catégorie: M
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Chapitre 6

Sa tête explosa en mille éclats aveuglants. Son corps se raidit violemment tandis que son dos se cambrait. C'était déchirant, grisant, horrible… mais délicieux. Il avait l'impression que cette douleur de l'âme durait une éternité. Une partie de lui hurlait devant ce spectacle et l'autre jouissait massivement. Un nouveau cri. La première s'évanouit brusquement, écrasée par la deuxième…

Sa gorge émit alors un râle de plaisir tandis que ses mains pâles et couvertes de sueur se détendaient enfin. Une chaleur incroyable s'était lovée au creux de ses reins. Il était ivre de plaisir, rassasié de vengeance et couvert de honte. Sa respiration saccadée et son pouls qui battait violemment en dessous de son nombril, l'empêchaient maintenant de percevoir les gémissements de sa victime.

Spencer posa ses pupilles dilatées à l'extrême sur la masse informe qui gisait à ses pieds. Un tas de chair, d'os, de sang et de fer. Son œuvre, à lui. Rudy était transpercé de partout… Pénétré au creux de ses entrailles. Reid se mordit la lèvre en sentant la bête tapie au fond de lui soutirer quelques gouttes supplémentaires de plaisir.

Son orgasme lui laissait la tête totalement éclatée… Ses idées étaient perdues, sa conscience et son intelligence l'avaient violemment déserté. Il faisait enfin calme dans son esprit. Vide. Il n'entendait que les derniers spasmes du plaisir qui avait déferlé en lui. Il se sentait libre, mieux…

Son corps glissa contre les froides dalles marbrées. Son esprit surchauffé s'apaisa doucement. Il regarda encore le corps sinistrement mutilé qui lui faisait face et sentit sa vieille colère couler à nouveau dans ses veines.

Quelques secondes de liberté…

Il se sentait oppressé, maintenant, à nouveau déchiré. Il devait finir ce travail. Il n'avait pas pris son pied. Il n'avait pas éjaculé.

Jamais.

Il ne pouvait pas : il était le bon Spencer Reid. Il s'était vengé, il avait simplement appliqué sa notion de Justice… et il fallait qu'il mette la dernière touche à son tableau pour que celui-ci soit parfait.

Pour des années de prison.


L'inconscience tardait à venir, poussant ainsi le vice de le laisser prendre part au plaisir fulgurant de son bourreau. Il se noyait dans son sang et sa douleur, tandis que Spencer nageait dans le sperme et le plaisir. Il ferma les yeux, dégoûté.

What goes around, comes around…

Il se mit à sangloter doucement. Il avait les jambes et les bras rompus, écorchés et fendus. Certaines vis étaient plantées dans ses os. La douleur, l'odeur de sang et la respiration de Spencer lui donnaient la nausée. Il était incapable de se relever… Incapable d'imaginer une issue heureuse à cette abominable situation : tout semblait vain, bouché, vide de sens… Irréel.

Il releva légèrement sa tête qu'il avait laissé tomber sur le sol après s'être troué pour la sixième fois la chair. Les épingles terrassées par les imposantes vis, se soulevaient rapidement et exsudaient des perles rondes entre le noir et l'ocre. Son torse entier n'était qu'un amas de sang coagulé.

Il gémit un peu et reposa la tête sur le sol. Ses yeux apathiques et chassieux roulèrent paresseusement vers la porte fermée. Sortirait-il d'ici ? Allait-il crever exsangue, torturé et nu ?

Ses lèvres translucides, mordues et craquelées de croutes bougèrent lentement sous l'incantation d'une prière désespérée.

L'inconscience ne vint pas.

Il tourna alors sa tête vers Spencer qui, assis contre le mur, avait le regard perdu dans cet univers inaccessible où la raison n'avait aucune place. Il le fixa un instant… On aurait dit un enfant apeuré et égaré au milieu d'une foule qui le bousculait, l'entraînant vers un endroit inconnu, à l'exact opposé de l'endroit où se trouvait sa mère. Il semblait seul, fragile…

Rudy ferma les paupières, écœuré qu'une partie de lui puisse encore s'apitoyer sur la personne qui venait de le torturer.

C'est de sa faute, après tout… Pourquoi lui en vouloir ?

Il gémit en entendant cette voix qui lui reprochait sa pénible déchéance. Son corps poisseux s'agita alors sur le sol glissant, comme s'il se battait avec d'invisibles fantômes. Le tableau était grotesque. La cruelle voix se tut enfin et il se calma, le souffle court, les yeux fermés.

Il avait tellement mal.

Il sentit une palpitation dans l'air, comme si quelqu'un venait d'entrer dans cette pièce vide. Il ouvrit brusquement les yeux et vit le visage de Spencer à quelques centimètres du sien.

-Dernier acte… L'abandon…

On récolte ce que l'on sème.


Simple. C'était tellement simple de La laisser faire, cette douce Folie. Elle était plus puissante que l'insignifiante voix de sa conscience… Et puis, jamais auparavant il n'avait pu ressentir un tel calme, un tel plaisir avant qu'Elle ne s'abatte sur Rudy.

Et il était pourtant toujours là, malgré Sa présence… Conscient de ses actes, approuvant plus ou moins Ses besoins fugaces…

Il plongea ses yeux dans ceux de sa victime. Elle avait beaucoup pleuré… Il voyait des dizaines de vaisseaux sanguins explosés autour de son iris paralysé de terreur.

Observer le reflet de sa puissance dans les yeux de Rudy le satisfaisait au plus haut point.

Vite lassé, il se releva, s'éloigna un peu de lui et ouvrit la porte de la salle de bain.

-Viens.

Sa voix était encore rauque, dernier vestige de son orgasme… quoiqu'il bannisse de son esprit ce mot, refusant de s'avouer ce plaisir interdit et dégoûtant.

Il pencha un peu la tête et considéra l'homme à terre, incapable de bouger, comme englué dans sa mare de sang.

Impatient, il soupira, attrapa son bras d'une main, tout en le visant de l'autre avec son arme humide, et le tira dans la pièce d'à côté. Le corps inerte glissa aisément sur le carrelage trempé, laissant une grosse trainée rougeâtre dans sa lignée.

Il s'arrêta une fois qu'ils furent sur le tapis. Spencer, essoufflé, regarda Rudy, pitoyablement vautré sur le sol. Il était brisé.

Une voix plus faible, cristalline sortit de la gorge sèche du jeune homme et transperça brusquement l'ambiance lourde.

-J'ai… essayé d'oublier ce que tu m'as fait… Mais je n'ai pas pu… C'est bientôt la fin…

Spencer gémit légèrement en regardant ce qu'il avait fait, avant de retomber à nouveau dans une semi-inconscience, semi-folie. Il se frotta nerveusement le visage avec ses avant-bras, pour que s'arrête là cette pénible pitié.

Une fois redevenu calme, il jeta un coup d'œil circulaire à la pièce et sourit douloureusement en voyant un miroir encadré d'or d'environ un mètre de large pour un mètre cinquante de haut. Il s'approcha de lui, lentement, et se posta devant. Il avait de grandes cernes sous les yeux, un regard dément, les cheveux en bataille et des éclaboussures de sang un peu partout sur lui… Mais il se sentait grand, fort et beau, dans ce miroir qui signerait la fin de cette longue histoire.

Il le décrocha péniblement et le transporta jusqu'à Rudy qui l'observait derrière un écran de larmes.

-Regarde ce que j'ai fait… C'est beau, non ?... Tu ressens quoi ? Tu veux crever ? Que la douleur s'arrête ? Ne plus voir ta défaite sur ce miroir ?

Rudy émit une longue plainte.

-REPONDS !

Spencer tremblait de rage maintenant, sautant d'une émotion à l'autre, sans avoir le temps de comprendre ce qui lui arrivait réellement. Il envoya violemment son pied dans le ventre de Rudy et l'entendit geindre. Pour une bonne raison, cette fois.

-Ré-ponds…

Sa voix était froide, sifflante, plus effrayante encore. Rudy lui obéit enfin, entre deux respirations hachées de sanglots.

-Stop… Veux… tout… s'arrête… Mal… Humilié… Pitié… Stop…

Spencer sentit à nouveau le plaisir grimper le long de son corps, libérant chacune de ses fibres d'une quelconque réalité, des lois et de la raison. Il était en quête de vengeance… mais également, en quête de plaisir.

-Ok… Promis, c'est bientôt fini. Tu as compris la leçon, non ?...

Rudy acquiesça faiblement, priant mentalement pour qu'il parte enfin et le laisse. Même s'il devait crever d'ici quelques minutes, il ne voulait pas que Reid puisse observer ça et souiller cette mort.

-Je ne suis pas mauvais… Je te promets…

Avant que Rudy n'ait pu réagir, il balança de toutes ses forces le miroir sur le corps recroquevillé de sa victime. Il éclata dans un bruit assourdissant. Spencer poussa un sifflement admiratif en voyant le sang s'éparpiller autant que les éclats.

Il repoussa le cadre et regarda Rudy qui crachait du sang et du verre.

-Tu vas prendre un morceau… tranchant… Tu vas te couper les veines… et je vais appeler ta mère.

Il prit le téléphone de l'appartement et chercha dans le répertoire le numéro qu'il cherchait.

-Je veux que ce soit elle qui te sauve… Qu'elle connaisse ta déchéance… Qu'elle te voit sans défense, abattu et souillé par un autre…

Il s'assit confortablement sur la table et l'observa, son arme dans une main et le téléphone dans l'autre.

-Je veux un magnifique final.

L'excitation cassait sa voie et la rendait aigüe. Il bandait à nouveau. Il gagnait, il avait vaincu.

Le plaisir montait…


Rudy l'avait écouté sans plus ressentir le moindre frisson ou la moindre peur. Coupé, battu, torturé, transpercé et humilié, il ne restait plus rien en lui pour se rebeller contre ces ordres. Il n'y avait plus d'espoir, tout était opaque : la douleur était grise, la pièce était obscure, l'arme de Spencer était noire, son sang était sombre...

Il devait juste obéir à cette voix.

Il devait aller jusqu'au bout et espérer que Spencer suivrait le schéma qu'il s'était imposé. Il devait lui faire confiance… Malgré ses souffrances actuelles, ces éclats étalés sur son corps nu et mutilé, malgré cet avenir bouché, malgré ces souvenirs et cette culpabilité. Il se donnait à lui. Il espérait encore un peu. Il devait y croire.

Il ferma les yeux et l'une de ses mains chercha un morceau tranchant. Il en trouva rapidement un, le souleva avec peine et le laissa glisser le long de son poignet droit… Il le lâcha à cause de la douleur, puis le reprit de l'autre main pour faire pareil au poignet gauche. Le sang coula encore le long de ses bras.

Il était exténué. Vidé.

Il ouvrit un peu les yeux et regarda le plafond blanc sur lequel dansaient les ombres de la rue, de la vie qui s'étalait en dessous de cet immeuble. Pour une fois, l'Enfer semblait surplomber le paradis.

Vidé…

Il n'entendait que la respiration trop rapide de Spencer et son propre cœur dont la course effrénée ralentissait au fil des secondes. Il ne gémit pas, ne se plaignit pas.

Il savait désormais que Spencer n'appellerait jamais sa mère.

Une larme coula sur sa joue. Ses yeux se fermèrent péniblement, s'accrochant un dernier instant à la lumière dansante du plafond. Des rires s'élevèrent au fond de lui. Il sentit le parfum de sa mère, la chaleur d'un ciel azuré, revit les yeux de son père, ressentit à nouveau la joie de voir des cadeaux sous un sapin de Noël…

Un hoquet nerveux et douloureux parcourut son corps et le vide l'enveloppa brusquement.

Enfin.


La violence de sa jouissance dépassa celle qu'il avait ressentie peu de temps auparavant. Spencer tomba à genoux, la tête implosée. Il lâcha son arme et le téléphone. Il s'approcha fébrilement de Rudy et l'observa.

Il était mort.

Il l'avait tué. Pendant quelques minutes, une voix au fond de lui s'était levée pour l'empêcher de commettre l'irréparable… Mais ce besoin, ce plaisir… Il n'avait pu résister à cette part si noire qui sommeillait également en lui.

-Tu vois… moi… Je ne suis pas si horrible… J'ai accepté que tu meures… Sans jamais plus avoir à revivre ça…

Il caressa un peu le beau visage de Rudy, satisfait. Brusquement, pris d'un dernier élan de rage, il attrapa sa tête par les cheveux et la tapa violemment contre le sol jusqu'à que son crâne cède sous lui, dans un craquement sinistre.

Hébété, couvert de sang mais souriant, il resta au-dessus du corps pendant un long moment, savourant sa victoire.

Il se releva enfin doucement et se tourna vers la caméra qu'il avait laissée en plan. Il sortit la cassette. Tout semblait si irréel. Comme dans un rêve, il se dit qu'il devrait garder cette vidéo pour lui seul, pour garder une preuve de son courage, de sa vengeance… Une preuve qu'il pourrait toucher… Des images qu'il pourrait revivre.

Un sourire absent étira encore ses lèvres.

Il n'était pas mauvais… Il n'était pas fou. Il avait supporté l'épreuve. Tout allait bien.

Il allait mieux.


L'air de la nuit était glacial. Il frissonna légèrement. Son corps était raidi, encore un peu tendu, mais il se sentait un peu plus libre. Tout semblait s'ouvrir devant lui. Une nouvelle vie, une nouvelle voie.

Spencer était étrangement calme après ce carnage. Il semblait même être un homme banal pour toutes les personnes qui passaient à côté de lui… Horriblement serein, comme déjà blasé par toute l'ignominie dont il était capable.

Une page se tournait… Et quelque chose de sombre et d'indistinct était né.

Il frissonna encore et serra un papier griffonné à la hâte dans l'appartement de Rudy. Il sourit distraitement.

Quelques noms, quelques adresses…

Alexa Lisben, les joueurs de l'équipe de foot, le préfet...

Son sourire s'élargit, comme s'il riait de la nuit qui lui faisait à nouveau face.

Beaucoup de vengeance… Tant de plaisir… D'autres pages à tourner… Une nouvelle vie.

Et tant de morts en perspective.

Fin.


Merci d'avoir lu cette fanfiction. Une suite appelée "La Traque"  va bientôt être postée sur ce site. N'hésitez pas à me laisser votre avis.



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