La mort dans l'âme par

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Deviation / Drame / Suspense

1 Un phare dans les ténèbres

Catégorie: T , 1420 mots
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Sirius fixait le sol, assourdit par le bruit incessant des vagues qui claquaient contre la roche. Son regard se perdit dans l'immensité de ses pensées. Dehors, le vent sifflait de toutes ses forces et pénétrait par les minuscules fissures éparpillées sur les murs. Le jour était proche, pourtant la nuit semblait ne jamais vouloir lui laisser la place. La sombre lumière qui éclairait la petite pièce ne provenait que de la lune qui brillait très haut dans le ciel. Tel un phare dans les ténèbres, elle résistait au néant. Le jeune homme n'était là que depuis quelques jours et son corps semblait déjà vouloir le lâcher. Il avait mal dans tout son être, il avait mal dans son âme. Il ferma les yeux et tenta de rassembler ses esprits.


Son procès n'avait pas eu lieu, il n'avait même pas été envisagé. Le directeur du Département de la justice magique avait estimé qu'il n'en valait pas la peine. Sa culpabilité était, de toute évidence, avérée et sa sentence irrévocable. Alors, Bartemius Croupton Sr. l'avait envoyé à la prison d'Azkaban. La forteresse impénétrable de la Mer du Nord. Son crime n'était rien de plus que le meurtre abominable de la famille Potter et de douze moldus dans une explosion. Il se savait innocent, mais personne ne le voyait et personne ne voulait le voir. La traque des sorciers corrompus par le Seigneur des Ténèbres n'offrait aucune place pour le doute. Les coupables étaient coupables. Aucune présomption d'innocence, simplement une condamnation à l'oubli.


Dans le vacarme de la mer en colère, Sirius crut percevoir une voix. Un chant strident, un fredonnement sifflant. Il ferma les yeux et tenta de se concentrer sur sa provenance. Le bruit infernal perça le chahut des vagues. Il vint s'incruster dans la tête du prisonnier, s'insinuer dans chacune des fibres de son corps. La voix n'était ni agréable ni réellement chantante. Elle semblait venir directement de l'âme d'un démon. Un démon devenu fou. Doucement, le jeune homme se leva et tourna sur lui-même. Il fallait qu'il trouve d'où ce sifflement provenait avant qu'il ne le rende dingue à son tour. Soudain, plus rien. Le clapotis vibrant de la mer reprit son rythme incessant et rien d'autre ne se fit entendre.


Dans un soupir de soulagement, mais avec tout de même une légère pointe de déception, Sirius se rassit dans un coin de sa cellule. C'est là, qu'il l'entendit. Un rire provenant du tréfonds des enfers. Si son esprit avait été plus abîmé, le jeune homme aurait pu croire que le diable en personne remontait des abîmes pour venir l'arracher à la vie. Mais ce n'était pas le Malin qui riait à s'en décrocher les poumons. Dans les nuances de voix que le jeune sorcier parvenait à percevoir, il décela une particularité qui ne lui était pas inconnue. C'était une femme qui criait d'hilarité. Une femme qui avait, de toute évidence, perdu la raison. Quelques instants plus tard, le rire s'estompa et le sifflement reprit.


Deux des quatre murs de la minuscule cellule donnaient sur l'immensité de la mer et l'horizon sombre. Un troisième, muni d'une porte, offrait un accès à un couloir exigu de la prison. Le bruit ne venait pas de là. Sirius approcha son oreille du quatrième mur et perçut la voix plus distinctement. Il chercha un interstice suffisamment grand dans la roche pour pourvoir y apercevoir la prisonnière qui s'y trouvait. Dans une fissure, par plus grosse qu'une cerise, il plaça son œil. Il chercha dans la pénombre de la cellule voisine une ombre, une silhouette. Mais la noirceur l'empêchait de distinguer ne serait-ce qu'une trace de vie dans la geôle. Un reflet brillant éblouit un instant le jeune homme. Il fixa son regard sur l'endroit d'où il provenait et la vit enfin.


Roulée en boule dans un des coins les plus sombres de la pièce, elle continuait à siffler. Elle n'était recouverte que d'une grande pièce de tissu informe qui ressemblait grandement aux habits des elfes de maison. Les rayons du soleil levant vinrent illuminer son corps décharné. A travers sa peau translucide, Sirius pouvait clairement distinguer le bleu de ses veines. Ses cheveux, si l'on pouvait encore les appeler ainsi, n'étaient rien de plus que des longues brindilles entremêlées. Elle se redressa lentement, comme un animal en hibernation, et avança à quatre pattes jusqu'au milieu de la pièce. Ses yeux étaient vides de toute émotion. Seule restait une lueur froide comme la mort. Une lueur de démence. De temps à autre, elle arrêtait de fredonner pour sourire aux ombres qui dansaient devant ses yeux éteints. Ses dents pourries ressemblaient plus à la mâchoire d'une bête féroce.


Brusquement, elle arrêta de bouger. Ses yeux se firent carnassier et elle les fixa droit en direction du jeune sorcier. Doucement, elle disparut dans la pénombre de sa cellule. Sirius la chercha de son œil mais il ne parvint pas à distinguer autre chose que le noir nuancé par les pâles rayons du soleil. Puis un œil sombre comme la nuit vint obscurcir la faille dans le mur. Surpris, le prisonnier recula d'un bond en sursautant. Le rire se fit de nouveau entendre, plus malsain.


« Sirius Black, articula la femme en insistant sur chaque syllabe. Je ne pensais pas te revoir un jour. On a fait de grosses bêtises pour se retrouver enfermé ? »


Le jeune homme grimaça de dégoût. Il connaissait cette voix, bien plus qu'il ne l'aurait voulu.


« Ne sois pas timide Sirius, viens dire bonjour à ta cousine, lui susurra-t-elle.


- J'aurais pu tomber dans n'importe quelle cellule de cette forteresse infernale, mais il a fallu que l'on me colle dans celle-ci. Comme si être enfermé pour le reste de ma vie n'était pas suffisant, grommela-t-il.


- Tu as tué quelqu'un Sirius ? Tu as torturé quelqu'un à lui en faire perdre la raison ? Parce que si c'est le cas, tu remonterais grandement dans mon estime !


- On m'accuse du meurtre des Potter et de douze moldus. », murmura le jeune homme.


Elle rit de plus belle. Elle rit tant que le prisonnier dû se boucher les oreilles.


« Alors mon cher cousin est un meurtrier, s'enthousiasma la femme. On en apprend tous les jours.


- Ce n'est pas moi, je suis innocent. On m'accuse à tort pour un crime commis par un lâche. J'aurais dû les protéger… je…


- Le pauvre petit chienchien pleurniche dans sa cage, l'interrompit-elle en feignant une voix compatissante. Reprends toi sac à puces, ou tu ne resteras pas en vie très longtemps.


- Je préfère mourir immédiatement plutôt que de passer le reste de mon existence en ta compagnie.


- Tu devrais te réjouir cher cousin. Moi je me réjouis. »


En effet, elle avait de quoi. Bellatrix Lestrange était une sadique dont le principal passe-temps était la torture, dans tous les sens du terme. Avec les années, elle avait appris à détruire l'âme de ses adversaires. Ce n'était pas de la vengeance ou du fanatisme aveugle, c'était pour son propre plaisir. Elle aimait voir la folie s'emparer de l'esprit de ses victimes, elle aimait voir la flamme dans leurs yeux s'éteindre. Sa propre démence était son principal atout. Elle parvenait à consumer l'essence du plus sain des hommes par un simple fredonnement. Malheureusement, après tant d'années enfermées dans cette prison de pierre, elle n'avait pas pu mettre ses talents à contribution. Elle restait seule, emprisonnée dans sa propre tête. Elle attendait, patiemment, que son heure arrive.


« Tu veux jouer Sirius ? lui proposa Bellatrix d'une voix enjouée et lugubre à la fois.


- Non, lui répondit-il sans équivoque.


- Tu n'as pas envie de faire plaisir à ta cousine Sirius ?


- Fous moi la paix Bella.


- Joues avec moi ! », hurla-t-elle.


Son cri déchira le bruit calme de la mer qui s'était adoucie. Le prisonnier en tomba à la renverse. Lorsqu'elle fut à bout de souffle, il se releva et s'approcha du petit trou dans la pierre. Il plaça ses lèvres devant et articula calmement :


« Non. »


Sans rien ajouter, il retourna au fond de sa cellule, se cacher dans l'ombre.

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