La mort dans l'âme par

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Deviation / Drame / Suspense

4 Une obscure clarté

Catégorie: T , 2073 mots
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Le froid glacial des vagues de la mer du Nord lui mordait la peau. La nuit s'était emparée du ciel et la pénombre rendait l'orientation difficile. Dans le vacarme des eaux, Sirius se battait pour maintenir sa tête à l'air libre. Ses forces lui permettaient à peine d'avancer. Seules les décharges de rage lui délivraient suffisamment d'énergie pour qu'il ne se laisse pas sombrer. Le ciel était étonnamment clair pour un nuit d'hiver. Malgré la noirceur environnante, les étoiles paraissaient plus brillantes que jamais. La lune éclairait de sa lumière céleste la mer trouble et agitée. Le vent puissant déchainait par moment les eaux, si bien que le jeune homme avait failli se noyer plus d'une fois. Mais il était déterminé à rester en vie.


Loin devant lui, il pouvait apercevoir une silhouette aux longs cheveux noirs. Bellatrix avait mangé à sa faim pendant les semaines où Sirius se privait du moindre morceau de pain. Elle avait encore ses forces, en plus de l'envie de vivre. Alors elle n'avait pas regardé en arrière. Si le jeune homme devait mourir de froid et de fatigue au beau milieu de nulle part, elle ne le laisserait pas l'entrainer vers le néant. Elle était libre, enfin libre, personne ne la priverait de nouveau de cette liberté retrouvée. Peu lui importait que son cousin soit emporté par les flots et disparaisse dans les abimes, elle allait vivre. Son heure était enfin venue, elle allait retrouver son maitre et enfin reprendre la place qui était la sienne.


La côte n'était pas encore visible, elle semblait ne jamais vouloir apparaitre. Depuis plusieurs heures déjà, les deux prisonniers se débattaient et avançaient dans l'espoir de retrouver la terre ferme. Mais les minutes s'allongeaient et leurs muscles criaient grâce. Pour la énième fois, Sirius se rappela pourquoi il endurait ce supplice. La vengeance, et la colère qui lui était liée, c'était cela qui lui permettait de nager encore et encore. Lorsqu'il arriverait à terre, lorsqu'il serait de nouveau libre, il retrouverait le traitre. Il retrouverait Peter Pettigrew, et il le tuerait. Pour que la mort de ses amis ne reste pas impunie. Pour que le lâche, que lui-même avait préconisé comme Gardien du Secret, paye pour ses crimes. Puis il retrouverait Harry, il le protègerait. Même si pour cela il devait l'emmener loin du monde des sorciers. Même si pour cela ils devaient disparaitre.


Soudain, Sirius crut que les étoiles dansaient au-dessus de lui. Il crut voir la lune valser sous ses yeux. Il crut que la mer et le ciel ne faisaient plus qu'un. Un haut-le-cœur le secoua et sa tête lui parut brutalement très lourde. Ses forces semblaient définitivement l'abandonner et le sommeil éternel tentait de le happer. Il hurla aussi fort qu'il le pouvait, dans l'espoir que quelqu'un lui vienne en aide. Loin devant lui, Bellatrix stoppa sa course. Pourtant, lorsque le cri de désespoir lui parvint, elle ne se retourna pas. Un sourire carnassier se dessina sur son visage et ses yeux brillaient d'une lueur malsaine. Elle se mit à ricaner doucement, puis éclata d'un rire sauvage qui déchira l'obscurité. Au même instant, des nuages recouvrirent les étoiles.


Le vent se fit plus violent, plus cruel. Les vagues montaient et descendaient de plus en plus rapidement. Bellatrix reprit sa course folle pour retrouver la côte en laissant son cousin, qu'elle espérait disparu, derrière elle. Perdu au milieu des flots, Sirius commençait à manquer d'air. Sa tête tournait tellement qu'il crut qu'elle allait se détacher de son corps. Il sentit ses muscles se tendre et se contracter au rythme de la tempête approchante. Il crut mourir tant la pression que son corps supportait était importante. Mais son agonie n'en finissait pas. Il se sentait partir, aspiré par les abimes de cette mer glacée. Il ne voulait pas mourir, pas ici. Il ne voulait pas mourir seul au beau milieu de nulle part, dans un monde qui le croyait coupable d'avoir trahi ses meilleurs amis. Dans un monde qui l'avait condamné à l'oubli.


Il fallait qu'il se batte, pour prouver à l'univers qu'il n'était pas le monstre qu'on l'accusait d'être. Il devait retrouver Harry et tout lui expliquer avant que quelqu'un d'autre ne le fasse. Il ne supporterait pas de le perdre une deuxième fois, il ne se le pardonnerait jamais. Sirius abandonna son corps à la mer. Il ferma les yeux et se concentra sur l'intense roulis des eaux. Puis il s'empara du rythme infernal de l'océan. Lorsqu'il eut la sensation de ne faire qu'un avec les forces de la nature, il s'extirpa des vagues et prit une longue bouffée d'air. Cet air lui brula la gorge et les poumons, mais ce n'était pas une brulure vive et douloureuse. C'était une brulure douce et agréable. Il sentit la vie revenir en lui et l'adrénaline s'insinuer dans chaque pore de sa peau glacée. Le vent s'était radouci, comme capitulant face à la volonté du jeune homme. Les nuages avaient perdu leur agressivité et n'étaient plus que le pâle reflet de l'échec de la tempête.


Loin, très loin devant le sorcier, Bellatrix retrouvait enfin la côte. Devant elle se dressaient des dizaines de rochers surplombés par une falaise. La prisonnière ne s'encombra pas de pensées pessimistes, elle s'accrocha à la paroi et commença à grimper. Le mur de pierre n'était pas très haut ni très escarpé, seuls les rochers avoisinant représentaient un réel danger. La sorcière continua sans difficulté son ascension. Ses muscles lui procuraient une souffrance qui lui offrait la volonté dont elle avait besoin. Tout son corps criait grâce mais elle n'en faisait aucun fi. La nuit régnait au-dessus d'elle et les étoiles, cachées par les nuages, n'émettaient plus leur insupportable lueur céleste. Les ténèbres régnaient en maitre sur la mer et sur la terre. Lorsqu'elle arriva au sommet, elle s'allongea sur l'herbe humide et se mit à hurler de rire.


Sirius se battait sans jamais s'arrêter de nager. Il progressait dans les eaux glaciales sans faire attention aux vagues en colère qui lui mordaient la peau. Légèrement éclairé par la lumière de la lune, un pic rocheux se dressait face à lui. Il avait enfin retrouvé la terre ferme, il était enfin libre. Le jeune homme posa ses mains sur la paroi et grimpa le plus vite qu'il put. Arrivé à mi-hauteur, il entendit un rire féroce déchirer la nuit. Bellatrix était vivante et elle semblait avoir définitivement perdu la tête. Le sorcier posa ses mains sur le haut de la falaise et se hissa jusqu'à l'herbe. Allongée, les yeux fermés, sa cousine ne cessait de hurler son rire fou aux nuages. Sirius voulut s'approcher d'elle en douceur mais il marcha sur une branche morte et interrompit l'hilarité qui secouait Bellatrix.


La prisonnière rouvrit les yeux brusquement et pâlit.


« Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda Sirius. On dirait que t'as vu un fantôme… »


Elle retint un gloussement mais laissa un sourire malsain prendre possession de son visage. Comme elle aurait préféré que ce sale traitre-à-son-sang disparaisse étouffer par les flots. Elle et sa famille aurait enfin été débarrassé de cet infame fardeau qui restait accroché à leur cheville depuis bien trop longtemps.


Elle se releva lentement et se planta face à lui.


« Il aurait mieux valu pour toi que tu ne sois qu'un fantôme, lui siffla-t-elle en pleine figure.


- Qu'est-ce que tu veux dire par là Bella ?


- Tu n'es qu'un idiot Sirius Black, et bientôt, tu seras mort.


- Quoi ? Mais de quoi tu parles ? Tu m'as aidé et je t'ai délivré, tu ne t'en rappelles pas ?


- Et tu as cru que c'était par bonté d'âme ou par solidarité familiale que je nous ai libéré ? Non Sirius, j'ai une mission à accomplir et je ne pouvais le faire depuis ma prison de pierre. Tu étais au bon endroit et au bon moment, mais désormais, je n'ai plus besoin de toi.


- Je savais bien que tu n'avais pas brusquement retrouvé la raison, murmura le sorcier.


- Si je ne peux tuer ton corps avec la magie, je détruirais ton âme morceau par morceau.


- Tu ne peux rien contre moi, j'ai déjà souffert plus que je n'aurais dû.


- Crois-tu réellement que la vie ait été si injuste avec toi pauvre imbécile ? Tu ne sais pas à quel point le destin peut être cruel, mais tu vas très bientôt le découvrir.


- De quoi tu parles Bellatrix ? Qu'est-ce que tu peux bien savoir que j'ignore encore ?


- Tu te rappelles la nuit où ton précieux James a succombé aux immenses pouvoirs de Lord Voldemort ? Cette nuit où Lily Potter a décidé de mourir en protégeant son fils plutôt que d'accepter la proposition du Seigneur des Ténèbres ? Ce terrible soir d'Halloween où un simple bébé dépourvu de talent magique a vaincu le plus grand sorcier de tous les temps ?


- Viens en aux faits ! siffla Sirius entre ses dents serrées.


- Tu sais que c'est de ta faute si le sortilège de Fidelitas a été inefficace, tu sais que c'est toi qui a trahi et abandonné ta famille. Ce que tu ignores peut-être c'est pour qui Peter Pettigrew a décidé de parler. Il y a bien longtemps que ce rat a rejoint nos rangs, depuis le jour où JE l'ai persuadé de se rallier à Lord Voldemort. Oui Sirius, c'est moi qui ai persuadé ton ami de devenir un agent double. C'est moi qui l'ai convaincu de vous abandonner à votre sort funeste. D'une certaine façon, je suis peut-être responsable de l'annihilation de ta pathétique famille. Tu abandonnes une famille, je détruis la seconde. »


Au fur et à mesure de ses paroles, Bellatrix n'avait cessé de tourner autour du jeune sorcier. Tel un serpent, elle déversait son poison mortel à chacun de ses mots. Immobile, Sirius semblait affreusement torturé. Il pâlissait à vue d'œil, si bien que l'on aurait pu voir à travers. La colère qui lui avait servi à survivre jusqu'à présent, commencer à faire bouillir ses veines. Toute la peine, la tristesse et la colère qu'il avait accumulées dans son cœur durant les mois qui l'avaient séparé de sa liberté, se préparait à exploser. Plus sa cousine parlait et plus ses muscles se contractaient. Ses poings se fermèrent à faire bleuir ses phalanges, sa mâchoire se serra à faire craquer ses dents, sa respiration se fit lourde et sifflante. Au fond, tout au fond de ses yeux devenu noir de haine, une lueur meurtrière apparue.


Bellatrix s'arrêta lentement de tourner autour de sa victime et observa son œuvre. Son cousin semblait avoir été statufié par Gorgone en personne et pourtant sa rage se diffusait autour de lui dans un halo sombre. La prisonnière siffla, murmura puis chantonna. Dos à la mer impétueuse, elle fixait Sirius d'un œil vainqueur.


Soudain, dans une pulsion sanglante, le jeune homme se retourna en hurlant. Il se mit à courir aussi vite que le vent et percuta de plein fouet Bellatrix. Celle-ci se retrouva propulser dans les airs et entama sa chute mortelle. Elle ne cria pas, ne rit pas. Elle se laissa tomber lourdement vers les eaux tumultueuses. Des secondes, des minutes ou des années plus tard, elle s'écrasa sur les rochers saillants qui attendaient au bas de la falaise. Le prisonnier tomba à genoux et offrit ses larmes au ciel. Elles emportèrent toute sa haine mais gravèrent à jamais un rire dans son cœur. Tout en bas du pic rocheux, percuté par les vagues, une femme aux allures de folle avait planté son regard dans les nuages. Aucune lumière ne faisait briller ses yeux, mais, sur son visage, un sourire malfaisant était à jamais dessiné.


Sirius resta une éternité sur l'herbe humide à pleurer son désespoir à la lune. Lorsqu'enfin il se releva, une obscure clarté s'emparait du ciel. L'aube se levait.

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