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4 - Chapitre III EvaluationEvaluation
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Alors que nous venions d'être appelés à rejoindre ces individus dont nous ignorions l'identité, Demyx s'est retourné vers moi et m'a dévisagé. J'ai alors constaté qu'il était à peine plus grand que moi. Cela m'a aussi amené à me demander quel âge il pouvait avoir. Et finalement, je me suis interrogé sur mon propre âge. Jusqu'à ce que Demyx m'interroge à son tour.

"Qu'est-ce que tu fais? Ouvre la porte!
- Pourquoi est-ce que c'est à moi de l'ouvrir?" ais-je bêtement demandé.

Il m'a alors bousculé vers une des deux portes, m'obligeant à l'ouvrir. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit si lourde. Comme la porte de ma chambre, elle a grincé et Demyx s'est crispé, encore plus mal à l'aise. Je me suis étiré pour faire d'abord passer ma tête dans l'ouverture, puis Demyx m'a poussé et est entré à son tour, restant néanmoins caché derrière moi.

"Ne restez pas là, approchez", a dit l'homme, toujours aussi accueillant.

J'étais tellement gêné de la présence de Demyx, qui m'enfonçait sans relâche les doigts dans le bras, qu'il m'a fallu analyser longuement la structure de la pièce pour en comprendre le sens. Je ne sais pas si c'est la vastitude de la pièce qui en rend le blanc encore plus aveuglant que dans le reste de la forteresse, mais une chose est sûre : il est impossible de rester insensible à une telle vue. En face de nous se trouvaient sept individus, tous vêtus de ce même manteau noir. Chacun d'entre eux siégeait sur d'immenses trônes de tailles différentes, disposés en demi-cercle et faisant face aux portes. Sur le plus haut des sièges était assis l'homme qui nous avait adressé la parole. Une bonne stature, une longue chevelure blanche lui retombant sur les épaules, le teint basané et finalement, un regard perçant dont je ne distinguais toutefois pas la couleur d'où je me trouvais mais qui, malgré tout, m'affectaient quelque peu au niveau mon impalpable assurance. Xemnas se caractérise plus particulièrement d'une présence d'esprit, ou disons une sorte d'aura qui ne laisse personne insensible à son autorité. "Sans doute leur chef", j'ai pensé. D'aussi haut qu'il était, j'ai discerné un sourire sur son visage. Il semblait grandement diverti par notre présence.

"Regardez qui pointe son nez sans mon autorisation."

Une voix nonchalante - Xigbar, cela va de soi. Il était assis à droite de celui que je supposais être le maître, l'air réprobateur - alors que c'était à lui qu'on aurait dû faire des reproches.

"Xigbar, mon cher", a poursuivi un autre homme à côté Xigbar - probablement le plus morne et le plus blafard d'entre eux. Je dois admettre qu'avant qu'il se prononce, j'avais en tête qu'il s'agissait d'une femme vu sa silhouette frêle et élancée. Sans parler de sa chevelure lisse lui retombant devant les yeux [ses paupières étant autant retombantes que ses cheveux sur ses yeux - vous savez, comme les chiens Basset?] Ça lui donne un air malade. Et répugnant. Enfin bref.

"Ne soyons pas aussi hostiles avec les nouveaux arrivants. Ils sont encore tout frais." Vexen... Son snobisme et ses fausses manières m'ont toujours levé le cœur - façon de parler, bien sûr. [Ha ha, quel jeu de mot...]

Quelques-uns uns d'entre eux ont laissé s'échapper [volontairement, cela va de soi] un rire amusé. Quant à moi, je commençais à trouver cette situation plutôt inconfortable. Demyx, lui, jetait sans cesse des regards affolés à tous ces inconnus. J'irais même jusqu'à dire qu'il tremblait.

"Peut-être les numéros huit et neuf voudraient-ils venir prendre place à nos côtés?" a proposé l'homme assis de l'autre côté du Supérieur, soit à sa gauche. La première chose m'ayant marqué de ce dernier est sans aucun doute sa silhouette imposante - bien plus que celle du manitou ; il faisait la largeur de deux hommes. On ne plaisante plus, là.

"Allons, Xaldin, j'imagine qu'il serait primordial de leur faire part de leurs prénoms avant toute autre chose", a ensuite suggéré l'homme du centre.

Une fois de plus, c'est cet homme qui attirait mon attention. Il me semblait être le seul à se soucier de notre sort. Il m'a regardé, puis a regardé Demyx à son tour. Et il souriait toujours, le grand maître. Ça m'embarrassait tout particulièrement.

"Axel, numéro huit ; Demyx, numéro neuf", a poursuivi l'homme. "Vous êtes désormais des membres de l'Ordre des Nobodies."

Il est évident que ces paroles ne signifiaient rien de précis pour moi - ni pour n'importe quel individu le moindrement sensé, vous vous en doutez. Aussi, je me demandais encore lequel de ces deux prénoms s'avérait être le mien. J'aurais d'ailleurs apprécié non seulement qu'on nous informe de l'essentiel, mais également qu'on cesse de nous dévisager, de nous analyser - de nous regarder de haut dans le but de nous intimider, de nous faire sentir comme... enfin, vous savez ce que je veux dire. Ils discutaient et plaisantaient entre eux, juste assez bas pour que nous ne puissions pas les entendre. Il y avait certainement de quoi être contrarié. J'entendais derrière moi Demyx qui marmonnait quelque commentaire auquel je n'ai pas réellement porté attention, mais je devinais son impatience et son malaise aussi grands que les miens.

"Ça vous dirait de commencer par nous dire qui vous êtes?" ais-je enfin déclaré, m'efforçant du mieux qu'il m'était possible d'affermir ma voix afin d'avoir l'attention de tout le monde.

Je n'y ai pas manqué, car tous les hommes se sont tus. Demyx a gémi, probablement gêné par le regard de tous ces individus braqué sur nous qui semblaient désormais n'attendre que le moment où nous nous déciderions à poursuivre. J'ai continué, m'évertuant d'avoir l'air assuré.

"Je veux savoir ce que nous faisons ici."
- Certainement, numéro huit", a finalement répondu l'homme du centre, toujours aussi posé. Il s'est redressé dans son siège. "Je suis Xemnas. Supérieur et fondateur, avec cinq autres d'entre nous, de l'Ordre des Nobodies."

J'ai jeté un oeil aux hommes auxquels je ne m'étais pas encore particulièrement attardé et j'ai reconnu parmi eux celui que j'avais aperçu dans la salle commune, lors de mon arrivée. Il me fixait de son seul oeil visible, l'autre étant dissimulé derrière plusieurs mèches de cheveux bleutés. Il était d'autre part le seul à ne s'être réellement prononcé depuis que nous avions interrompu leur séance. Ce type m'a toujours fait froid dans le dos - avec raison. Quant aux autres... Que dire, si ce n'est que tous portaient les cheveux longs à l'exception d'un seul - presque aussi carré que Xaldin, le rejet mais non le moindre... Lexaeus. [Mouton noir, va! Enfin, il faut dire qu'il est roux...]

"Vous et moi, a poursuivi le prétendu Supérieur, faisons partie d'un ensemble d'individus particuliers, communément appelés les Nobodies. Nous formons à nous tous une société mise à part du monde des humains, ceci étant dû à notre nature insolite ainsi qu'à l'absence d'un cœur, comme tout être considéré normal. Cela dit, aussi différents puissions nous sembler, nous partageons un destin commun, soit celui d'exister à défaut d'être pleinement indépendants. Finalement, nous ne disposons pas d'une véritable identité - nous n'existons pas réellement, car nous sommes incomplets. Par conséquent... nous ne sommes personne."

Ma foi, ce discours était drôlement prometteur! Ça ne donnait qu'envie de le laisser poursuivre à m'exposer mon inutilité absolue dans ce monde... [Vous comprendrez ainsi la raison pour laquelle je n'ai jamais trouvé de motivation stable et concrète à faire partie de cette organisation de pacotille.] Quoique toutes ces paroles sont restées gravées dans ma mémoire à jamais, bien que je n'en comprenais pas réellement le sens - cela ne vous étonnera pas de moi. J'avais cependant saisi les dernières paroles de Xemnas, ces paroles qui me sont si souvent répétées depuis ce jour, ces paroles dont j'ai horreur et qui me répugnent parce qu'elles n'ont jamais eu la moindre valeur pour moi ; je n'étais et ne serais jamais personne. Qu'une ombre, un fantôme. Un souvenir, à la limite. Se contenter d'une réponse pareille alors que vous cherchez par-dessus tout à savoir qui vous êtes... non, il n'y a rien de plus frustrant. Ou presque.

Je crois avoir manqué au discours du Supérieur durant un court moment, m'étant égaré dans mes pensées, puisque la salle s'était à nouveau retrouvée plongée dans un silence total, à l'exception des éternelles et peu discrètes jérémiades de ce malheureux Demyx. J'espérais d'ailleurs qu'il en vienne à poser une question à son tour, n'importe laquelle, juste pour m'éviter d'avoir toute l'attention sur moi. J'aurais voulu que ce garçon que je jugeais plus âgé que moi décide de s'assumer, mais comme cela ne s'est jamais produit, j'ai alors entamé une nouvelle question - celle qui me tracassait depuis mon arrivée.

"En quoi ai-je quelque chose à voir avec votre groupe, surtout si on considère que votre histoire ne m'intéresse aucunement?" me suis-je risqué - parce que cet art que j'ai de discourir en toute politesse se faisait peu à peu sa place dans notre discussion. Xemnas a ri - le genre de rire qui tente de dissimuler une certaine offense, bien que je m'estimais malgré tout comme étant courtois. Direct, mais courtois. J'avoue avoir souvent manqué de tact dans ce genre de situations. Peu importe, finissons-en avec ce discours ennuyeux qui résume l'histoire de ma vie.

"L'Ordre des Nobodies", a expliqué Xemnas, plus strict cette fois, "a pour but premier d'acquérir son indépendance en rendant à chacun de ses membres le cœur dont tous devraient disposer si celui-ci ne leur avait pas été dépossédé. Pour ainsi faire, chacun d'entre nous se doit de mettre son potentiel à contribution afin d'atteindre l'ultime objectif que nous nous sommes unanimement visé." Que de grandes paroles qui, au bout du compte, ne veulent tellement rien dire.

Un bâillement quelque peu indiscret a interrompu Xemnas dans son captivant récit. Il faut croire que l'âge d'un homme ne fait pas sa sagesse. Le grand manitou se tourna en direction de Xigbar qui attendait innocemment la suite. Quant à moi, j'avais grand hâte que cette discussion s'achève, idée de pouvoir m'éclipser et trouver un lieu quelconque où je pourrais m'asseoir avant de m'écrouler à genoux ; mes jambes tremblaient douloureusement sous la pression de mon poids, cela n'étant évidemment pas dû à une peur incontrôlable - au contraire de ce pauvre Demyx.

"Peut-être Xigbar voudrait-il poursuivre à ma place?" a supposé le Supérieur, faisant suite à la subtile manifestation de l'homme mi-centenaire alors que les autres individus ont eu quelque rire de moquerie. J'ai noté un certain ton d'oppression dans sa voix. Tandis que le concerné s'apprêtait à répliquer, Xemnas a repris, s'adressant également aux autres membres : "Il faudra d'ailleurs un superviseur à ces deux jeunes hommes, n'est-ce pas? Que diriez-vous si j'envisageais que ce soit sir Xigbar en assume la charge?"
- Comment? s'est indigné le vieux pirate, l'air ahuri. Il faut, en plus d'être allé les chercher, que je veille sur ces deux gamins? Vous plaisantez, j'espère", a-t-il ajouté à la suite d'un rire déconcerté - pour ne pas appeler ça un râlement. C'est lors de situations semblables que l'on se sent d'une importance capitale ainsi que d'un très grand intérêt. [Ce commentaire laisse manifestement place au sarcasme.]

"Vous conduirez donc nos deux jeunes membres à leur chambre", acheva Xemnas, "et les installerez comme il se doit jusqu'à ce que se présente le moment de les initier convenablement à l'Ordre."

Je me doute que Xigbar aurait préféré se libérer de notre charge s'il avait trouvé un argument quelconque, mais chacun sait qu'on ne peut se permettre de discuter avec les ordres du Supérieur. Autant s'y plier et essayer d'éventuellement en tirer son parti. Xigbar a donc quitté son siège en jurant pour lui-même, se retrouvant enfin à notre niveau à Demyx et moi - Demyx dont vous aviez peut-être oublié la présence, vu son incontestable participation à la discussion précédente - et a grogné une fois de plus un de ces trucs que personne n'aura jamais compris. Il a quitté la salle animée de rires sans se retourner ni nous indiquer que faire, alors j'en ai compris qu'il valait peut-être mieux suivre ce charmant personnage.
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