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7 - Chapitre 2 - Partie 1
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Chapitre 2 - Partie 1

Le Queen glissait le long d’une perturbation magnétique. Emeraldas sommeillait dans ses quartiers en écoutant un morceau d’ancienne musique terrienne.
« Détection masse métallique en approche », fit l’ordinateur.

- "Un vaisseau ?" demanda Emeraldas.

Quelques secondes passèrent, le temps que l’ordinateur traite la question et recalibre ses scanners.
« Aucun système propulsif en fonction. Aucune similitude avec les types de vaisseaux standards de la base de données. Recherche approfondie en cours », répondit-il.
Hmm. C’était probablement sans intérêt, mais quoi que ce soit, ça avait au moins le mérite de rompre la monotonie de la journée.

Emeraldas se leva et gagna la passerelle.

- "Visuel sur écran dès que nous sommes en portée", ordonna-t-elle.

Elle se souvint d’un détail alors qu’elle s’asseyait dans le fauteuil de commandement.

- "Fais-moi un scan de recherche de formes organiques."

La zone était mal cartographiée. Emeraldas avait pu observer ces dernières semaines une extension des anomalies, sans qu’elle puisse y trouver une raison.
Si un appareil s’était égaré dans ce quadrant, il avait dû essuyer de plein fouet les tempêtes magnétiques. Peu de vaisseaux étaient capables d’y résister.
Elle se demanda combien de temps ils avaient pu tenir dans cette zone. Toute leur électronique avait dû griller dès la première vague magnétique… Mais bon, peut-être restait-il des survivants, si elle n’arrivait pas trop tard – les chances de survie à l’intérieur d’un vaisseau sans propulsion tombaient à zéro au bout d’une semaine, et encore, si les systèmes auxiliaires étaient toujours fonctionnels.

« Formes de vie détectées, concentrées dans une seule zone. Données organiques incohérentes », annonça l’ordinateur. « Affichage de l’image en cours. »

Qu’est-ce qu’il veut dire avec ses données incohérentes ? Il ne reconnaît plus les êtres vivants, à présent ?

Emeraldas prit mentalement note de vérifier la programmation de l’ordinateur principal, quand la vidéo s’afficha brusquement.
Elle se leva, sous le choc. Bon sang ! Que faisait-il ici, celui-là ?

Pas étonnant que la base de données n’ait pu fournir de réponse rapide. Aucun vaisseau de ce type ne croisait plus dans l’espace depuis des siècles. Mais elle le reconnut sans peine ; sa forme pyramidale était par trop caractéristique. Et à sa connaissance, aucun autre peuple n’avait utilisé ce design si particulier.
Elle avait déjà eu l’occasion de monter à bord d’un de ces appareils… Le souvenir d’une aventure au vingt-et-unième siècle traversa son esprit.

Un Goa’uld ?

o-o-o-o-o-o

Vala avait sorti une pièce de sa poche, et jouait à pile ou face la coursive qu’elle allait emprunter.

Face. À gauche.

Le vaisseau semblait désert. Elle n’avait croisé personne, et les seuls locaux qu’elle avait visités avaient l’air de tous servir d’espace de stockage.

Pff.

Elle n’avait pas dû prendre la bonne direction. Où donc étaient les locaux techniques, les systèmes d’armes ? Où était l’équipage, d’ailleurs ?
Elle ne pouvait même pas rebrousser chemin. Elle avait tourné et retourné dans ces satanées coursives, et elle ignorait totalement où se trouvait sa cabine, à présent.

- "Il y a quelqu’un ?" appela-t-elle au hasard.

On ne savait jamais…
Elle attendit quelques secondes, tendant l’oreille, mais rien de notable ne se passa. Bon. Elle était perdue.

La logique aurait voulu qu’elle reste sur place jusqu’à ce que quelqu’un la retrouve. Elle aurait même été heureuse de voir surgir le colonel Mitchell, tiens, même si elle risquait à tous les coups de se faire sermonner – une fois de plus.
Ah, bah, à quoi bon se tracasser. Elle reprit sa marche. Un vaisseau du futur devait au moins posséder un dispositif de localisation, non ?

Un bourdonnement discret attira son attention.
Ah. Il y avait de la vie, par là. Mmm. Elle était trop haut pour être à la salle des machines…

Seule une faible lueur intermittente illuminait l’autre bout de la coursive. Vala hésita un peu – l’obscurité, cette lueur blafarde et l’absence totale de mouvement contribuaient à rendre l’endroit fort peu engageant.
Finalement, la curiosité l’emporta. Elle s’avança vaillamment, parvint au bout de la coursive et percuta une forme noire alors qu’elle entrait dans une pièce circulaire qu’occupait presque entièrement un immense ordinateur.

- "Aaah !" cria-t-elle de saisissement. "Qu’est-ce que vous faites ici ?"

Le capitaine Harlock leva un sourcil étonné.

- "C’est plutôt à vous que je devrais poser cette question", répondit-il sèchement.
- "Et bien, je visitais votre vaisseau", déclara la jeune femme sans se démonter. "Vous nous avez dit tout à l’heure que nous pouvions aller partout."
- "J’aurais dû préciser « partout, sauf dans cette pièce »."

Il fixa un instant la coursive, derrière elle.

- "Vous n’êtes pas avec les autres ?"

Vala sortit son plus beau sourire. Tomber par hasard sur le capitaine de l’Arcadia au beau milieu d’une coursive déserte n’était pas pour lui déplaire. Après tout, si elle voulait séduire un membre de l’équipage pour lui arracher des secrets technologiques, alors autant commencer au sommet…

- "Je voulais me dégourdir les jambes", avoua-t-elle. "Je dois dire que je trouve votre vaisseau impressionnant. Comment s’appelle-t-il ?"
- "Arcadia."
- "Mmm. J’aime bien."

Elle se rapprocha petit à petit du capitaine. Il avait l’air encore jeune, et malgré le bandeau qui couvrait son œil droit et la balafre qui lui mangeait l’autre moitié du visage, elle le trouvait plutôt beau gosse.
Elle lui fit un clin d’œil langoureux. Cela promettait d’être agréable…

- "Vous voulez me servir de guide ?"

Elle laissa ses doigts frôler ceux d’Harlock, qui recula aussitôt d’un pas. Et bien… C’était pas gagné.

Le capitaine saisit les épaules de Vala et lui fit fermement faire demi-tour.

- "Je pense que le major… le colonel Carter pourra tenir ce rôle à la perfection", répondit-il.

Il commença à s’éloigner dans la coursive, mais Vala n’avait pas l’intention de renoncer si facilement. Elle lui emboîta le pas, et accéléra pour revenir à sa hauteur.

- "Vous connaissez sûrement mieux votre vaisseau que Sam", rétorqua-t-elle. "Toute cette technologie, les ordinateurs, les systèmes d’armes…"
- "Vous n’êtes pas censés être à cette époque", coupa-t-il. Je n’ai pas l’intention de vous révéler quoi que ce soit sur des technologies que vous ne maîtrisez pas."
- "Je ne suis pas terrienne, vous savez. Je connais pas mal de technologies avancées : les cristaux asgards, la navigation hyperspatiale…"

Évidemment, Sam Carter avait des connaissances plus pointues qu’elle dans ces deux domaines, mais elle-même ne se débrouillait pas si mal.
Harlock ne répondit pas.

- "Vous n’êtes pas obligé d’entrer dans les détails", insista-t-elle. "Mais vous pourriez me montrer les différents locaux, me présenter votre équipage… Vous êtes combien à bord, à propos ? J’ai eu l’impression de marcher des kilomètres et vous êtes la seule personne vivante que j’ai croisée."

Il lui lança un regard qu’elle retrouvait sans cesse chez Daniel. L’expression « arrête, tu parles trop ». Elle fit mine de ne pas comprendre.

- "Vous n’avez pas besoin de parler du futur… enfin, de votre présent", continua-t-elle. "C’est normal, de toute manière, à cause de toutes ces histoires de paradoxe temporel, tout ça… Mais je suis sûre qu’on peut trouver des sujets communs, non ?"
- "Je suis sûr que vous pouvez trouver quelqu’un d’autre pour discuter", fit-il.
- "J’en serai ravie… dès que vous m’aurez présentée. Je m’appelle Vala, au fait."

Harlock lâcha un « mmh » qui pouvait aussi bien vouloir dire « enchanté » que « ça ne m’intéresse pas ». Bon. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’était pas d’un naturel bavard… Mais s’il comptait la décourager de cette manière, il se trompait.

Il stoppa sans crier gare. Quelque chose dans son regard donnait à penser qu’il se demandait quelle était la meilleure manière de se débarrasser d’elle.
Ce qui devait inclure le meurtre, d’ailleurs.

Il opta finalement pour une solution moins radicale, au grand soulagement de Vala.

- "Le mess est par là", annonça-t-il. "Il y a toujours du monde."

Il la poussa sans ménagement à l’intérieur d’un local qui, après un rapide examen de la part de Vala, s’avéra être la cantine du bord. Une femme âgée s’affairait derrière ce qui ressemblait à une immense cocotte-minute. Les quelques hommes attablés lancèrent des regards ébahis à leur capitaine lorsqu’il se dirigea vers eux.

- "Occupez-vous d’elle", ordonna Harlock sans s’adresser à personne en particulier, mais en foudroyant les hommes du regard les uns après les autres.

Il força Vala à s’asseoir.

- "Euh… À vos ordres, captain", répondit un grand brun avec un bandana, "mais qu’est-ce que…"
- "Faites-la visiter ou reconduisez-la dans sa cabine, je m’en fiche", coupa Harlock.

Il saisit l’imprudent qui avait pris la parole par le col.

- "Ce que vous voulez, mais je ne veux plus l’avoir dans les pattes, c’est clair ?"

L’homme se raidit.

- "Aye aye, captain."

Harlock gratifia Vala d’un dernier regard furieux avant de tourner les talons et de quitter le mess. L’homme qui avait écopé du rôle officiel de guide poussa un soupir puis sourit à ses camarades de table.

- "Pff. L’est pas dans un bon jour, hein ?" déclara-t-il avec une expression mi-figue mi-raisin.
- "Ça lui passera", répondit son voisin en haussant les épaules. "Faut qu’il digère l’expédition d’aujourd’hui… Pas vraiment ce que j’appelle un succès."

Vala se tortilla sur sa chaise, mal à l’aise. Quelqu’un allait finir par évoquer le but de ladite expédition… L’un des leurs avait été tué, cela risquait de faire partir leurs relations du mauvais pied.
Elle devait prendre les devants.

- "Je tiens à vous remercier d’avoir pris le risque de venir nous chercher", intervint-elle. "Sans vous, je ne crois pas que nous aurions pu en sortir."
- "Ça, c’est sûr !" ironisa quelqu’un en bout de salle.

Elle ignora la remarque.

- "Je m’appelle Vala", continua-t-elle.
- "Moi, c’est Yasu", fit le pirate au bandana.

Il plissa les yeux, suspicieux.

- "Vous pouvez m’expliquer pourquoi vous êtes si importants aux yeux du capitaine ? Si ça n’avait tenu qu’à moi, j’aurais laissé ces mutants vous dévorer…"

Les autres hochèrent la tête. Un murmure d’approbation courut dans le mess. Vala hésita. Qu’est ce qu’elle en savait, elle ? Elle ne connaissait même pas Harlock…

- "Nous venons du vingt-et-unième siècle", répondit-elle avec hauteur.
- "Et alors ?"

Okay... Analyse de la situation : hostile. Il était temps de prendre congé.

Elle s’apprêtait à se lever discrètement quand un couteau se planta dans le bois de la table, faisant sursauter tout le monde. Vala jeta un œil dans la direction du lancer : la vieille cuisinière avait quitté ses fourneaux et agitait un deuxième couteau menaçant.

Wow. Ils sont tous dingues, ici, ou quoi ?

- "Ces jeunes gens ont sauvé Kei et le capitaine il y a trois ans, lorsqu’ils se sont retrouvés dans le passé", intervint-elle, visiblement en colère. Ils n’auraient jamais pu revenir sur l’Arcadia sans leur aide !"
- "Faites excuse, ma’am", répondit Yasu. "Je ne savais pas, je n’étais pas encore à bord…"
- "Et bien, renseigne-toi auprès des anciens !"

La cuisinière récupéra son couteau d’un air furibond avant de rejoindre sa place près de la cocotte-minute qui en avait profité pour déborder à gros bouillons. Elle lâcha un chapelet de jurons imagés tandis que les hommes la regardaient furtivement, probablement dans la crainte d’un autre lancer de couteau.
Yasu sourit à Vala d’un air penaud.

- "Désolé, miss", s’excusa-t-il. "On est tous un peu à cran à cause de Josh qui est blessé et du pauvre gars qu’on a dû laisser en bas…"
- "Je comprends."

Ah. Tout n’était pas perdu. Elle passa en mode « charme ». La petite lueur qui s’alluma dans les yeux du pirate lui indiqua qu’elle avait fait mouche.

- "Je prends le quart dans une heure", dit-il. "D’ici là, je peux vous montrer les principaux locaux de l’Arcadia, si vous voulez…"
 

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