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13 - Chapitre 3 - Partie 3
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Chapitre 3 - Partie 3

La fin de la bataille avait été un peu frustrante, et Cam Mitchell avait l’impression qu’il n’était pas le seul à le penser.
Aussitôt après l’arrivée d’Harlock en passerelle, Kei Yuki avait introduit une carte plastifiée dans un lecteur et… pour ce qu’il en savait, elle avait émis quelque chose – ce truc devait être la radio.
Toujours est-il que moins de trente secondes plus tard, le vaisseau ennemi avait répondu « bien reçu, code d’identification correct, préparez-vous à recevoir notre navette de transport. »
Mais cela voulait-il dire « nous nous rendons », « cessez le feu, nous proposons une trêve » ou « nous acceptons votre reddition » ? Impossible de savoir sans connaître le contenu du message d’Harlock…
Cam jeta un coup d’œil à la dérobée au second, qui, après s’être fait éjecté – littéralement – de son poste par Kei, avait l’air de se désintéresser totalement de la question. En fait, il jouait avec un modèle réduit de char – type Sherman, a priori – et ses voisins semblaient trouver ça tout à fait normal.

Kei revint s’asseoir à côté de lui. Il ne résista pas à l’envie de la titiller.

- "Corrigez-moi si je me trompe, mais le fait d’outrepasser les ordres d’un supérieur, voire de prendre sa place, ce n’est pas ce qu’on qualifie de « mutinerie » ?"

La jeune femme blonde haussa les épaules en souriant.

- "Je n’ai pas désobéi au capitaine", rétorqua-t-elle.

Mouais… L’argument n’était pas convaincant.

- "Navette en approche", annonça le radar. "Verrouillage du guidage automatique. Ouverture de la porte du hangar numéro un."

Kei se tourna vers Harlock dans l’attente d’instructions. Celui-ci se contenta de hocher imperceptiblement la tête.
Il était pâle comme un mort, mais il s’entêtait à vouloir garder le contrôle des évènements alors même que le docteur aurait préféré le placer en stase.
Encore un bel exemple d’officier têtu qui tenait à conserver jusqu’au bout un atout dans sa manche. Et qui se croyait invincible, aussi. Quel était l’intérêt d’amener ce foutu message en passerelle au dernier moment, à part risquer la catastrophe ? S’assurer d’être indispensable ? Pouvoir jouer au héros ?
Le colonel préféra s’abstenir de tout commentaire. Après tout, il n’était pas chez lui.

Une tornade rouge fit soudain irruption en passerelle, suivie par un pirate qui devait être chargé de l’escorter, mais qui était complètement dépassé.
La nouvelle venue était vêtue d’une robe pseudo asiatique plutôt sexy et avait relevé ses cheveux en queue de cheval sur le haut de son crâne. À partir de là, la description clochait. La fille avait un teint vert pâle tirant sur le jaune – un air maladif, aurait pensé Mitchell si l’intéressée n’avait pas paru si pleine de santé – ce qui donnait un contraste intéressant avec ses cheveux rouge vif. Lorsqu’elle tourna la tête vers lui, il s’aperçut que ses pupilles étaient verticales et ses iris d’un joli jaune d’or.
« Un beau spécimen de race extraterrestre », pensa-t-il avec détachement.

Elle était furieuse. Et c’était un euphémisme.

- "C’est avant d’entrer dans le quadrant qu’il faut s’identifier !" criait-elle.

Elle s’était plantée devant Harlock et l’injuriait copieusement.

- "J’ai eu… un petit contretemps", répondit celui-ci avec un faible sourire.

Elle parut se rendre compte que l’état de santé de son interlocuteur n’était pas au beau fixe. Elle cessa de hurler, mais garda néanmoins un air suspicieux – peut-être envisageait-elle la possibilité d’être le sujet d’une plaisanterie.
Comme si c’était le genre d’Harlock.

Le capitaine se leva avec effort.

- "Le doc va t’expliquer", fit-il.

Tiens, Monsieur « je vous assure ce n’est rien du tout » se décide à se rendre aux mains de la médecine de son plein gré ?
La fille aux cheveux rouges mit son ressentiment de côté dès lors que le capitaine tenta de lâcher le dossier de son fauteuil et de marcher sans vaciller.

- "Qu’est-ce qui t’est arrivé ?" demanda-t-elle, soucieuse.
- "Mutants… Sur Terre… J’ai pensé que tu pourrais faire quelque chose…"

Kei, qui ne quittait plus Harlock des yeux depuis deux bonnes minutes, enfonça un bouton sur le côté de son pupitre.

- "Doc, montez", fit-elle. "Vite."

L’extraterrestre éternua. Heu… Remis dans le contexte, ce devait plutôt être un juron.

- "Et ça fait combien de temps ?" hurla-t-elle dans les oreilles d’Harlock.

Le docteur Zero entra en passerelle à ce moment.
Pour être aussi rapide, il devait au moins attendre derrière la porte.

- "Sais plus…" murmura Harlock. "Je ne…"

Il finit par lâcher prise et se serait étalé de tout son long si le docteur ne l’avait pas rattrapé.
Zero échangea un long regard avec la fille aux cheveux rouges tandis que deux pirates installaient leur capitaine sur un brancard flottant. L’expression du médecin était éloquente : elle signifiait « et vous, que faites-vous ici, au juste ? ».
La fille parcourut la passerelle des yeux avec un demi-sourire.

- "Le connaissant, il n’a pas dû prendre la peine de me présenter avant mon arrivée", déclara-t-elle.

C’était pure rhétorique, se rendit compte Mitchell, vu qu’elle n’attendit même pas que quiconque réponde de quelque manière que ce soit.

- "Morgane, commandant le Speranz, là dehors", continua-t-elle avec un geste désinvolte du pouce vers son vaisseau.

Elle sourit franchement, dévoilant une rangée de dents blanches et des canines peut-être un petit peu trop pointues.

- "Je vais voir ce que je peux faire pour lui", termina-t-elle. "J’ai une petite expérience de ce genre de blessures…"

o-o-o-o-o-o

Zone frontalière. Station Cen’t.

La station spatiale était ancrée au-dessus d’une lune anonyme. Ses capteurs solaires récoltaient la moindre parcelle de lumière en provenance de l’étoile de ce système planétaire, une naine rouge sur le déclin.
L’immense structure avait plus ou moins la forme d’une coupole hérissée de protubérances qui semblaient avoir été érigées ça et là au hasard. Elle tournait lentement sur elle-même afin de générer sa propre gravité avec un minimum d’énergie.

Une petite navette de maintenance – biplace et équipée d’énormes pinces – s’était stabilisée à environ trois kilomètres de la station, au niveau de son équateur.
Ses occupants observaient sans dire un mot la rotation paresseuse des superstructures. Le plus jeune rompit le silence au bout d’un tiers de révolution.

- "C’est là", dit-il. "Toute la partie inférieure du dock de ravitaillement numéro trois."
- "Bordel de merde !" jura l’autre en constatant l’étendue des dégâts.

Il ne s’agissait pas seulement de la partie inférieure. Le dock n’existait plus. À la place, des poutrelles tordues et des câbles de ravitaillement sectionnés encadraient un trou béant. Tout ce qui restait du ponton d’accostage se résumait à une mince passerelle toute de guingois qui se déployait en « s » vers le néant.
Shark jura de nouveau.

- "Qu’est-ce qui lui a pris, nom de dieu !"

Des équipes de drones et d’humains – tout ce que la station pouvait fournir en techniciens et en personnel de maintenance, en fait – s’affairaient à dégager les débris et cherchaient d’éventuels survivants.
Pour l’instant, ils se bornaient surtout à ramasser les cadavres – déjà dix-huit – mais il restait un faible espoir que certains des travailleurs du dock aient pu se réfugier dans les capsules de survie entre le moment où cette section de la station s’était automatiquement isolée et celui où tout avait explosé.

- "Je sais qu’on n’était pas en très bons termes, ces temps-ci, mais ce n’est pas une raison", continuait Shark. "Si seulement je lui avais demandé de payer pour le carburant, je comprendrais !"

Il n’attendait pas de réponse de son pilote – et il n’en reçut d’ailleurs pas. Le jeune homme était habitué à l’entendre récriminer tout haut, ce qu’il fit pendant tout le temps que dura le trajet retour.
Un méca qui réussissait à ressembler à une fouine malgré l’impersonnalité de son apparence l’attendait à l’entrée du hangar technique où le pilote rangea la navette.

- "Chiffre-moi le montant des réparations", lui demanda Shark. "Je veux une estimation sur mon bureau dans une heure."

Il ne pouvait pas porter l’affaire en justice. De part la nature même de ses activités, il préférait que la police ne mette pas le pied sur sa station… C’était pour ça qu’il était devenu un point de ravitaillement si prisé, d’ailleurs.
Il savait se défendre cependant, et il possédait d’autres sources pour régler ses comptes, certes moins recommandables mais autrement plus efficaces.
Il avait intérêt à obtenir une bonne explication, ou la prochaine fois, il saurait montrer son agressivité. La station pouvait parfaitement infliger de lourds dommages à un vaisseau, aussi puissant soit-il – même s’il préférait ne pas trop contrarier ce genre de vaisseau.
De toute façon, Cen’t était un point de passage obligé pour qui voulait explorer les quadrants voisins, à l’aller comme au retour. Le ravitaillement, toujours.
Il y aurait forcément une prochaine fois.

o-o-o-o-o-o

Plus tôt…

Adria fixait intensément P4X-48C depuis la baie d’observation de son vaisseau amiral, puisant dans sa mémoire génétique des informations qui auraient pu lui échapper.
Une chose était sûre : ce n’étaient pas les Anciens qui avaient causé tout ce marasme énergétique autour de cette planète. Non, c’était beaucoup plus récent – quelques milliers d’années tout au plus.
Et c’était d’autant plus inquiétant car malgré ses recherches, elle avait abouti à une impasse : les Oris ne savaient pas, technologiquement, reproduire ceci.

- "Devons-nous détruire la planète, Orici ?"
- "Non", trancha-t-elle. "Je refuse de rester sur un échec."

L’hypothèse la plus en vogue chez les prieurs était que la planète elle-même était à l’origine du phénomène. Une fois qu’elle serait supprimée, le problème se résoudrait de lui même.

Elle n’y croyait pas. Même si la cause initiale se trouvait sur la planète, à présent, le phénomène s’auto-alimentait.
D’après ses observations et ses calculs, elle avait affaire à un « trou » - elle ne voyait pas comment l’appeler autrement – dans le réseau hyperspatial des portes des étoiles.
Tout concordait : les fluctuations d’énergie, les pics d’activité, si ce n’est que l’intensité était plus de dix fois supérieure à l’activité déployée par une de leurs super-portes – et aussi que rien à proximité du point d’origine ne pouvait justifier un tel débordement d’énergie.
Pas de porte des étoiles – celle de P4X-48C avait une activité réduite à néant, elle l’avait personnellement vérifié plusieurs fois. Pas de trou noir. Pas de corps spatial massif ou bizarre, pas d’étoile à neutrons, pas de pulsar.
Rien. Hormis ce « petit » détail, le système planétaire dans lequel elle orbitait depuis près d’une semaine terrienne était désespérément normal.

Elle avait un instant espéré qu’il s’agisse d’un accident, une bizarrerie spatiale, une étrangeté temporaire.
Mais la veille, quelque chose était passé. Rapide, furtif et meurtrier. Un de ses vaisseaux avait été détruit sans pouvoir réagir, non pas parce qu’il s’agissait d’un ennemi – ce qui se cachait sous bouclier de camouflage n’avait même pas profité de son avantage pour attaquer d’autres vaisseaux oris – mais, a priori, simplement parce qu’il se trouvait sur le passage.

Toujours est-il que depuis ce moment – cela faisait vingt-sept heures maintenant – le « trou » avait cessé de fluctuer. Sa taille s’était stabilisée à deux virgule vingt-cinq fois celle d’une super-porte, et tous ses paramètres s’accordaient avec ceux d’une porte activée.

Quoi que ce soit, et où que cela mène, c’était à présent ouvert.

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