Chapitre 3 - Partie 4
SG-C, base de Cheyenne Mountain.
Le général Hank Landry faisait les cent pas dans la salle de conférence qui jouxtait son bureau et surplombait la porte des étoiles terrienne. Tous les participants du briefing du jour était arrivés : Bra’tac était venu d’une place forte jaffa le matin même, le docteur Lee avait délaissé pour l’occasion ses calculs de probabilités, Fields avait fait le déplacement depuis la zone 51 et même cet enquiquineur de Woolsey était là. Qui l’avait invité, d’ailleurs, celui-là ?
Bref, tous étaient présents, sauf un ; aux dernières nouvelles cependant, il était dans la base.
Qu’est-ce qu’il fout ?
Landry ne se souvenait pas que les ascenseurs du SG-C étaient aussi lents.
- "Bonjour tout le monde !"
Le général O’Neill marqua une seconde d’arrêt en entrant, prit le temps de faire un sourire à chacune des personnes présentes installées autour de la table de conférence – sauf à Woolsey, remarqua Landry – puis s’assit, imperturbable, comme s’il n’avait pas quatorze minutes de retard.
Hank Landry leva les yeux au plafond. Sacré Jack, il ne changerait jamais.
- "Très bien. Commençons", déclara-t-il.
Il fit signe à Bra’tac de prendre la parole.
Les Jaffas étaient pour ainsi dire les yeux du SG-C : ils étaient bien plus nombreux et plus mobiles que les équipes SG sur le terrain.
- "Est-ce que cela concerne SG-1 ?" interrompit O’Neill avant que le vieux guerrier ait pu placer un mot.
- "C’est possible, bien que je ne puisse vous apporter ni bonne, ni mauvaise nouvelle", répondit calmement le Jaffa.
Il alluma un projecteur holographique pour illustrer ses propos.
- "Ces images ont été prises par un de nos al’kesh de surveillance, près de la planète que vous appelez P4X-48C."
La vidéo montrait une flotte ori impressionnante, stationnée à proximité de la lune de la planète.
- "Les Oris se sont regroupés dans cette zone peu après le pic d’énergie que votre sonde a enregistrée", expliqua Bra’tac. "Cinq vaisseaux."
- "J’en compte beaucoup plus", rétorqua Woolsey.
Landry lui lança un regard mauvais. Le bureaucrate à lunettes crispa les mâchoires, ce qui ne fit que le rendre un peu plus antipathique.
- "Les autres sont arrivés juste après que vous nous ayez reportés la disparition de SG-1", poursuivit Bra’tac sans modifier son expression – il devait être le seul à cette table à ne pas avoir envie d’étrangler Woolsey.
Le Jaffa fit défiler rapidement la vidéo. Tout en restant à une distance suffisante pour éviter d’être détecté, le al’kesh espion avait fait le tour de la flotte afin de bien apprécier leur nombre et leur positionnement.
- "Je pense que leur Orici se trouve à bord d’un de ces appareils", reprit Bra’tac. "Et plus précisément dans le vaisseau central, ici."
- "Adria ? Vous avez des preuves de ce que vous avancez ?"
- "Tous les vaisseaux protègent celui-là", rétorqua le guerrier. "Stratégiquement, cela laisse peu de possibilités."
- "Mais quel rapport avec SG-1 ?" intervint O’Neill.
- "Aucun, général O’Neill."
- "Bon sang, Hank, pourquoi m’avoir dit que vous aviez des nouvelles ?" s’énerva l’ancien leader de l’équipe. "Vous n’aviez pas besoin de ça pour me faire venir !"
- "Maître Bra’tac va y venir", répondit Landry. "Poursuivez", ajouta-t-il à l’intention du Jaffa.
Celui-ci inséra un autre cristal de données dans le projecteur holographique.
- "Voici le passage le plus intéressant."
Landry avait déjà vu cette vidéo – c’était ce qui l’avait incité à organiser la réunion. Néanmoins, il la regarda à nouveau avec la même fascination.
Soudain, comme lorsque l’on jette un caillou dans une mare, des ondes s’étaient propagées en cercle à partir d’un point situé au beau milieu de la formation ori. Les vaisseaux, bousculés dans leur ordonnancement, avaient tenté de se réorganiser mais l’espace s’était brutalement déchiré… Une traînée lumineuse avait jailli, droit vers un vaisseau ori qui n’avait pu manœuvrer assez vite et avait explosé, littéralement coupé en deux.
La vidéo stoppait à ce moment.
- "C’est tout", conclut Bra’tac. "En zoomant au maximum de résolution, j’ai pu extraire quelques images intéressantes : une structure métallique… et un aperçu de canons et de projectiles, juste avant que le vaisseau ori ne soit détruit."
Le Jaffa éteignit le projecteur et récupéra son cristal de données.
- "Il s’agit d’un vaisseau spatial qui est sorti d’hyperespace avec un dispositif de camouflage activé", déclara-t-il. "Et dont le mode de navigation hyperspatiale est différent de ce que nous connaissons – qu’il s’agisse des vaisseaux de cette galaxie ou même des Oris."
Le vieux guerrier fixa le général O’Neill.
- "Lorsque j’ai montré ces images au général Landry, il a fait le rapprochement avec la disparition de votre équipe SG-1… Personnellement, je ne vois pas le rapport."
Mais O’Neill avait saisi.
- "Je comprends mieux la présence de Fields ici", fit-il.
L’amiral se frottait pensivement le menton.
- "J’ai déjà vu une vidéo de vortex de sortie d’hyperespace semblable à celle-ci", murmura-t-il. "Elle est dans un coffre dans les sous-sols en zone 51…"
- "Je savais que cela vous intéresserait", dit Landry.
- "Est-ce que vous pouvez m’expliquer, général ?" coupa Woolsey de son ton pincé habituel.
- "Le rapport de mission de P4X-48C", répondit Landry sèchement. "Le dossier « Arcadia ». Vous l’avez forcément lu, vous avez eu accès à tous les dossiers des missions du SG-C. Y compris celui-ci."
Bra’tac haussa un sourcil interrogatif poli à l’intention du général. Lui n’avait pas lu le dossier en question.
- "Lors du précédent voyage de SG-1 sur P4X-48C, il y a eu une… interférence temporelle", expliqua Landry. "Un vaisseau est venu du futur et a atterri sur Terre, en zone 51. Les images d’archives que nous possédons montrent que la sortie d’hyperespace est similaire à celle que vous venez de projeter."
- "À part le camouflage", corrigea O’Neill.
- "Exact. Cependant, d’un point de vue technologique, tu penses que c’est réalisable ?"
- "Harlock avait parlé de boucliers de camouflage, mais j’ignore leur mode de fonctionnement."
- "Et pour la puissance de feu ?" demanda Bra’tac.
Jack O’Neill haussa les épaules.
- "Son vaisseau a tenu tête… non, pour être plus précis, il a balayé trois vaisseaux asgards. Et d’après les rapports d’avarie que j’avais pu entendre à l’époque, il ne possédait qu’un tiers de sa puissance opérationnelle."
- "Vous croyez qu’il s’agirait du même vaisseau ?"
Le général Landry retint son souffle. Tout allait dépendre de la réponse à cette simple question. Bon sang, s'ils pouvaient récupérer un vaisseau capable de réduire les Oris en confettis de cette manière, l’issue de la guerre était évidente…
O’Neill hésitait.
- "Pourquoi Harlock ne nous a pas contactés, s’il est revenu ? Et d’ailleurs, pourquoi serait-il revenu ?"
Le docteur Lee se leva fébrilement et afficha une série de calculs parfaitement incompréhensibles sur l’écran qui se trouvait en bout de salle. Tous ses interlocuteurs s’efforcèrent poliment de s’y intéresser, à l’exception de Jack O’Neill qui essayait sans succès de jongler avec un stylo.
- "J’ai étudié le comportement de la porte lors de son ouverture retour de P4X-48C, pendant laquelle nous avons perdu SG-1", commença-t-il. "Il s’avère que j’ai pu trouver des enregistrements quasi identiques, qui concernaient également un voyage retour de SG-1, d’ailleurs."
- "Venez-en au fait", coupa Landry, agacé par le verbiage du scientifique.
Il ne manquerait plus que Lee se mette à faire des blagues vaseuses à référence cinématographique tel qu’il en avait le secret.
- "Euh… Oui. La porte des étoiles avait réagi de la même manière lorsque SG-1 avait été projeté dans le passé, en 1969. Du fait des antécédents de la connexion Terre / P4X-48C, je suppose qu’ils ont été projetés dans le futur, cette fois-ci."
- "Vous avez des preuves ?"
- "Statistiquement…"
- "Des preuves concrètes, docteur."
Lee se rassit, penaud.
- "Non. Désolé."
O’Neill se balançait d’avant en arrière sur sa chaise. Il avait un léger sourire aux lèvres.
- "Somme toute, Hank, tu nous as demandé de venir pour identifier un vaisseau invisible ?"
- "Aucun de vous deux n’a remarqué aucun détail, aucun indice dans la vidéo que vous avez vue ?"
- "Ben… C’était un vaisseau avec un camouflage optique."
O’Neill eut un geste d’impuissance.
- "La technologie colle, évidemment. Ça peut très bien être l’Arcadia… Mais ça peut aussi être n’importe qui d’autre. Personnellement, comme je l’ai dit, je pense qu’Harlock aurait appelé s’il était repassé dans les parages… et c’est d’autant plus vrai s’il ramenait Carter et les autres."
- "Mais on peut tout de même tenter de contacter ce vaisseau, quel qu’il soit", intervint Fields.
- "Comment ? Nous ne savons même pas où il est parti !"
- "Le matériel de cryptage que nous avions utilisé pour contacter l'Arcadia la dernière fois est toujours en zone 51", répondit l’amiral. "Ainsi que les enregistrements de tous les appels de la fille et la fréquence dont elle s’était servie. Si nous reprenons ça, le message que nous enverrons ne voudra peut-être rien dire, mais il sera spécifique au… trentième siècle, si je me souviens bien. Ça devrait interpeller n’importe quel vaisseau qui viendrait de la même époque."
- "Okay. Cela ne nous coûte rien d’essayer", fit Landry. "Lee, occupez-vous de ça."
Le scientifique opina et se hâta de quitter la pièce.
- "Maître Bra’tac", continua Landry, "toutes les informations que vous pourrez nous apporter sur ce vaisseau inconnu sont les bienvenues."
- "C’est évident, général Landry. Je ne crois pas qu’un vaisseau de haute technologie puisse rester caché bien longtemps. Je vais activer tous les réseaux de renseignement dont je dispose."
La réunion était terminée. Tous se dispersèrent, lorsque Landry s’aperçut de l’expression goguenarde de Jack O’Neill, qui était resté en arrière et admirait la vue plongeante sur la porte des étoiles.
- "Qu’est-ce qui t’amuse, Jack ?"
- "Oh, rien. Je pensais à tous les laïus de protestations dont avait pu nous abreuver Fields quand l’Arcadia s’était posée dans le Nevada. Il nous avait même proposé de les atomiser ! Et voilà qu’il nous donne la possibilité de les contacter à nouveau…"
- "Les temps changent…"
- "Yep. Mais tu as lu le rapport, Hank. Tu sais qui nous tentons d’appeler."
Landry soupira. Bien sûr qu’il avait lu ce foutu rapport. Il n’avait fait que ça depuis que SG-1 avait disparu.
- "Oui, j’ai lu ta prose, Jack. Ainsi que les annotations d’Hammond. Et je me fiche pas mal qu'il s'agisse de pirates. S’ils peuvent nous aider contre les Oris, je n’ai pas l’intention de laisser passer cette chance."
o-o-o-o-o-o
Adria sortit de sa méditation sans avoir trouvé de réponse satisfaisante. Tant pis. Si elle voulait que ce problème se résolve, elle devait trouver sa source. Elle ne repartirait pas avant.
Elle rejoignit le pont de commandement de mauvaise humeur. Tout cela la mettait en retard dans sa croisade purificatrice.
Enfin… La menace du « trou » était bien réelle, elle avait pu le constater de ses yeux lorsque son vaisseau d’escorte avait explosé.
- "Quels sont vos ordres, Orici ?"
Les prieurs souhaitaient reprendre la croisade, elle le savait. Ils ne mesuraient pas l’importance de ceci.
Sa décision était prise : elle enverrait deux de ses vaisseaux à travers le « trou ». Et elle attendrait leur rapport avant de bouger. Et elle laisserait la navette qui tournait autour de sa flotte en se croyant invisible poursuivre son petit manège. Que les Jaffas aillent au diable ! Elle s’occuperait d’eux plus tard.
Lorsqu’elle annonça ses intentions aux prieurs, elle vit bien qu’ils n’étaient pas enthousiastes – si toutefois un prieur pouvait être enthousiaste, ce dont elle doutait.
- "La volonté des Oris…" commença l’un d’eux.
- "Je suis l’Orici !" s’emporta-t-elle. "Qui mieux que moi peut connaître la volonté des Oris ?"
Les prieurs s’inclinèrent avec déférence et s’exécutèrent. Bientôt, deux vaisseaux se détachèrent de la formation et s’approchèrent du « trou » avec toute la prudence que leur permettait leur taille.
Adria croisa les bras, contrariée. Les prieurs contestaient son autorité. Pourquoi ne comprenaient-ils pas que le « trou » avait plus d’importance dans la croisade que les planètes qu’ils auraient pu convertir dans le même laps de temps s’ils étaient repartis aussitôt ?
... Parce que ce n’est pas le cas, justement.
Elle n’écouta pas le rapport du prieur qui lui transmettait les éléments de trajectoire des deux vaisseaux. Elle se sentait oppressée, comme si son cœur était compressé dans un étau. Elle se sentait submergée par une vague d’émotions qu’elle ne maîtrisait pas mais qui menaçait de la noyer. Elle savait qu’il fallait franchir ce phénomène spatial bizarre et aller voir de l’autre côté.
Elle le savait depuis qu’elle avait appris que SG-1 avait disparu, précisément ici.
SG-1, Vala.
Elle ne repartirait pas avant d’avoir ramené sa mère.
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