Chapitre 4 - Partie 2
Cam se rendit d’un pas décidé dans le château arrière, croisa le docteur Zero qui maugréait tout seul en sens inverse, s’arrêta devant la porte qui menait aux quartiers du capitaine, frappa deux coups et entra sans attendre de réponse.
De toute façon il n’était pas sûr que quelqu’un l’ait entendu.
La première pensée qui lui vint à l’esprit devait ressembler à quelque chose comme « putain, tout seul avec trois filles, il ne se refuse rien. » Après un examen plus approfondi, Harlock avait plutôt l’air de vouloir se débarrasser de ses visiteuses.
– "Je vais bien !" martelait-il sans que cela paraisse suivi d’un effet notoire. "Combien de fois faut-il que je le répète ? C’est inutile que vous restiez ici, c’est inutile que l’Arcadia reste dans ce quadrant, et c’est inutile que tu restes à bord," insista-t-il en envoyant à Morgane un regard qui aurait fait disparaître sous terre n’importe qui d’autre.
– "Eh ! Tu es venu me chercher, maintenant assume !" répondit-elle.
– "Personnellement, j’étais pour l’option « sédatifs »", renchérit Kei.
Les bras croisés, la jeune femme blonde fixait son capitaine comme un lépidoptèriste examinerait son dernier spécimen de papillon.
– "Le docteur a laissé tout le matériel qu’il faut", ajouta la troisième fille d’une voix éthérée.
Mimee était une alien, elle aussi : cheveux bleus, peau laiteuse, yeux jaunes vaguement brillants, et l’impression persistante qu’elle scannait le cerveau de son interlocuteur quand elle lui parlait. Cam l’avait croisée plusieurs fois en passerelle et avait trouvé cela très désagréable.
Harlock inspira profondément.
– "J’ai dit au doc…" commença-t-il.
– "Et vous pensez que je vais vous croire ?" coupa Kei. "Zero est peut-être suffisamment crédule pour avaler ce que vous lui promettez, mais avec moi, ça ne prend pas !"
Le capitaine ouvrit la bouche pour répondre et parut se rendre compte à ce moment qu’il avait un visiteur de plus. Son regard passa rapidement de Cam à son officier en troisième ; la jeune femme s’aperçut immédiatement du manège, se retourna et poussa un soupir exaspéré.
– "Oh, non ! Pas vous ! Ce n’est pas le moment !"
– "Nous avons un saut temporel à préparer", déclara Harlock avec un demi-sourire. "J’ignore l’état d’avancement des calculs de trajectoire, mais assure-toi qu’ils soient terminées et vérifiés par l’ordinateur principal aujourd’hui. Et je veux un rapport complet des dégâts qui ont été subis pendant notre « petite altercation », et savoir s’il y a le moindre risque de rupture ou d’anomalie lors du passage en navigation warp."
– "Capitaine…" protesta la jeune femme.
– "Dehors ! C’est un ordre !"
Kei sembla sur le point d’ajouter autre chose, mais elle se ravisa et tourna les talons, emmenant au passage Mimee avec elle.
– "Et c’est valable pour toi aussi", reprit Harlock.
Morgane se fendit de son sourire « je te montre que j’ai des dents bien pointues et si tu y réfléchis bien je dois certainement avoir envie de te mordre ».
– "Je retourne sur le Speranz… Tu sais où me trouver, si tu as encore besoin de moi. La prochaine fois, essaie simplement de me prévenir de ta venue avant que je ne commence à te tirer dessus."
Harlock grogna une réponse inaudible tandis que la fille faisait demi-tour et suivait le même chemin que Kei et Mimee. Puis il se rejeta en arrière sur son oreiller et lâcha un soupir de soulagement – du moins, ça y ressemblait furieusement.
– "Vous vous êtes servi de moi comme excuse", constata Cam.
– "Franchement ? Oui."
Le capitaine se redressa, sembla hésiter un peu, puis finalement s’assit sur son lit et entreprit d’ôter le tube d’injection fixé à son bras.
– "Le point positif", continua-t-il tout en se débattant avec un morceau de sparadrap récalcitrant, "c’est que tout ça va accélérer votre retour chez vous. Parce que je dois dire que je n’étais pas trop pressé d’effectuer un saut temporel, à l’origine, surtout lorsqu’il faut en plus glisser dans un univers parallèle."
– "Vous ne devriez pas le laisser ?" répondit Cam en désignant le tube, lequel était relié à une poche transparente encore à moitié pleine de liquide.
Il ne voulait pas rentrer dans une énième polémique « ce n’est pas vous que je venais chercher, c’est O’Neill, et donc je ne vais pas faire d’efforts pour vous ramener au SG-C ».
– "J’ai entendu les mots « contrepoison » et « rechute »", ajouta-t-il. "À mon avis…"
– "Vous n’allez pas vous y mettre aussi ?"
Harlock cessa néanmoins de triturer sa perfusion.
– "Vous aviez autre chose à demander ?"
Cam secoua la tête. Il avait obtenu ce qu’il voulait. S’il restait, Harlock allait fatalement prononcer le nom « O’Neill » et ça allait l’énerver.
Il pensa cependant à un détail alors qu’il avait la main sur la commande d’ouverture de la porte.
– "Comment saviez-vous que cette Morgane possédait le médicament qu’il vous fallait ?"
– "Un coup de chance."
Harlock dut sentir que ce genre de réponse n’était pas satisfaisante.
– "Elle est néo-humaine", expliqua-t-il. "Certains de ses compatriotes possèdent les mêmes particularités que les créatures qui nous ont attaqués sur Terre."
– "Oh. Des mutants civilisés, en quelque sorte."
– "En quelque sorte."
Le regard du capitaine se perdit dans le vague.
– "Mais je ne me souviens pas que quiconque soit resté en vie après avoir traité Morgane de mutante…"
– "Ah. Okay. Merci du conseil."
Voilà qui lui éviterait de commettre un impair… Même si, a priori, il n’aurait plus à croiser ni Morgane, ni son équipage, ni aucun mutant.
o-o-o-o-o-o
O’Neill avait quitté son bureau spacieux de général au Pentagone pour réintégrer un petit local exigu au SG-C, mais il ne lui serait jamais venu à l’idée de se plaindre. Il avait fait des pieds et des mains pour participer à l’opération en cours et avait finalement réussi à se faire détacher en tant qu’expert ès « dossier Arcadia ». Ce qui ne voulait strictement rien dire et ne servait d’ailleurs absolument à rien ; d’un point de vue technique, il en savait probablement moins sur le vaisseau d’Harlock que tous les gars qui avaient lu le rapport de mission en entier et qui avaient compris ce qu’avait écrit Carter.
Il se demanda qui, à l’état-major, était dupe quand ils avaient décidé de l’envoyer ici.
Mais bon, le principal, c’était le résultat.
Ce qui était important, c’était qu’il soit aux premières loges afin de participer au sauvetage de SG-1, où qu’ils puissent être. Avec un peu de chance, il pourrait même faire partie d’une équipe sur le terrain… De l’action, comme au bon vieux temps. Voilà qui lui changerait de son travail de bureau.
Landry entra en coup de vent.
– "J’ai des nouvelles, Jack !"
– "Fields, ou Bra’tac ?"
Fields leur avait envoyé le transmetteur et sa clé de chiffrage depuis la zone 51, avec toutes les bandes enregistrées qu’il avait récupérées. Le tout avait été installé dans l’Odyssée qui avait pour mission de se rapprocher le plus possible de P4X-48C sans se faire détecter et de larguer dans l’espace le transmetteur bloqué sur le mode « émission automatique ».
En espérant que quelqu’un, quelque part, soit en mesure de capter le signal.
Bra’tac, lui, s’était lancé sur la piste du vaisseau fantôme de manière plus conventionnelle.
– "Bra’tac", répondit Landry. "Il vient de retrouver notre mystérieux vaisseau à l’opposé de P4X-48C."
Et bien, l’option « essayons de le contacter par radio » venait de faire long feu.
– "Et il nous envoie plus d’images que ce qu’il avait ramené la dernière fois ?" ironisa Jack.
– "Tout à fait."
Landry fit durer un peu le suspense.
– "Accouche, Hank. Ne me fais pas languir."
– "Une séquence complète « sortie d’hyperespace sous camouflage / désactivation du dispositif de furtivité / entrée dans l’atmosphère »", répondit le chef du SG-C en chargeant le contenu d’un DVD sur l’ordinateur de Jack. "Fields et toi aviez raison", poursuivit-il, "ce n’est pas l’Arcadia."
Il s’interrompit le temps qu’O’Neill visionne la vidéo.
– "Néanmoins", reprit-il ensuite, "certains détails me donnent à penser que votre ami Harlock a quand même quelques liens avec ce vaisseau…"
O’Neill hocha la tête. Effectivement. Même si la forme du vaisseau était complètement différente – celui-là était ovoïde alors que celui d’Harlock était beaucoup plus anguleux –, il était impossible de ne pas remarquer des similitudes troublantes – deux exactement.
D’une part, le design farfelu, avec pour résultat l’insertion anachronique de détails de construction empruntés aux anciens galions espagnols. D’autre part, une propension certaine à vouloir afficher ostensiblement un emblème bien spécifique, en particulier sur la proue et sur un pavillon de poupe.
– "Encore un pirate, hein ?" plaisanta Jack. "À moins que ce ne soit la mode, au trentième siècle, de décorer son vaisseau avec des têtes de mort…"
– "Il s’est posé sur une planète éloignée, de l’autre côté du secteur tollan… PZ3-18, ou quelque chose comme ça", fit Landry, l’air grave.
– "Il n’y a pas une base jaffa, là-bas ?"
– "Plus maintenant."
– "Oh. Hostile, alors."
– "J’en ai peur."
Jack soupira. Comme s’ils n’avaient pas suffisamment à faire avec les Oris et les complots politico-religio-guerriers de différentes factions jaffas. Voilà qu’en plus, ils allaient devoir s’occuper d’un pirate du futur… Et qu’est-ce qu’il venait faire ici, d’ailleurs ? Participer à la curée ?
Tout ça ne leur ramènerait pas Carter et les autres.
– "D’après les informations que Bra’tac a pu récupérer", continua Landry, "le vaisseau était piloté, ou tout au moins transportait des Jaffas. Et ils semblaient être commandés par une femme."
– "Un Goa’uld ?"
– "Bra’tac n’a rien de plus. Les rebelles jaffas qui ont survécu sont ceux qui ne se sont pas approchés du vaisseau."
Landry haussa les épaules.
– "Ah, si. Elle est rousse."
– "Comment ?"
– "La fille. Elle a les cheveux roux."
O’Neill manqua une respiration. Ça, c’était capital. Évidemment, c’était peut-être une coïncidence. Il existait peut-être d’autres pirates rousses dans le futur.
Mais une seule qui connaissait déjà le coin.
– "Emeraldas", murmura-t-il.
– "Celle qui est dans ton rapport ? Attendez, elle n’est pas de notre côté ?"
– "Je croyais que tu avais lu ce rapport, Hank ?"
– "Oui, évidemment, sa façon de négocier avec Baal était assez ambiguë, mais au final, le résultat était là, non ?"
– "Mouais…"
O’Neill fit une moue dubitative. Il ne voulait pas casser le moral de Landry, mais il était préférable qu’il soit averti avant qu’il essaie de traiter avec cette fille.
– "Je ne l’ai pas noté dans le rapport de mission, Hank, parce que s’interroger sur la possibilité d’une alliance avec des voyageurs temporels était absurde…"
Il secoua la tête. Il aurait dû l’écrire. Il avait eu un doute, à l’époque – une chance sur un million de les recroiser, avait-il pensé… ça n’arrivera jamais.
– "Je n’ai jamais été capable de déterminer si l’on pouvait se fier ou non à Harlock", continua-t-il. "Mais j’étais – je suis – certain qu’on ne peut pas faire confiance à Emeraldas…"
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