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18 - Chapitre 4 - Partie 4
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Chapitre 4 - Partie 4

– "Le colonel Mitchell est demandé en passerelle."

Cam échangea un regard exaspéré avec Carter. Dire qu’elle venait justement de le convaincre de ne pas monter en passerelle pour éviter d’envenimer la situation.

– "Qu’est-ce qu’il veut encore ? Il a changé d’avis ? Ça y est, on rentre ?"

Il prit l’ascenseur en grommelant contre l’inconstance de ces pirates, même pas capables de faire un petit saut temporel de rien du tout. Sam le suivit de justesse avant que les portes ne se referment et il remarqua qu’elle faisait son possible pour ne pas lui rétorquer que ce n’était pas un petit saut temporel de rien du tout.
De toute façon, il le savait déjà, il avait bien compris la problématique même s’il faisait sa tête de mule. Mais il avait hâte de rentrer au vingt-et-unième siècle. Après tout, une armée d’Oris belliqueux l’attendait là-bas, et le SG-C avait besoin de SG-1 pour sauver la galaxie, comme d’habitude.

– "Que se passe-t-il ?" demanda-t-il sitôt posé le pied en passerelle.

Harlock désigna l’écran principal.

– "Je me suis dit que vous apprécierez nous voir combattre", répondit-il. "Un vaisseau inconnu. Nous essayons de le contacter, pour le moment."

L’écran tactique était scindé en deux : d’un côté, il montrait un agrandissement d’une station spatiale dans laquelle était encastrée une épave non identifiable (et en plusieurs morceaux), sur l’autre, un vaisseau endommagé tentait visiblement de prendre ses distances avec la station alors que la plupart de ses moteurs étaient hors-circuit.
Endommagé, mais certainement pas inconnu.

– "Des Oris, ici ?" s’exclama Cam.

Harlock leva un sourcil étonné.

– "Vous les connaissez ?"
– "Ces fanatiques convertissent de gré ou de force toutes les planètes sur leur passage, ils passent difficilement inaperçus !"
– "C’est la première fois que je croise un vaisseau de ce type."
– "Ils viennent d’une autre galaxie", expliqua Carter. "Ce qui est étonnant, c’est que nous sommes presque au centre de notre galaxie et qu’ils ne se soient pas manifestés avant… à moins qu’ils n’aient construit une super porte ici."
– "Cet univers n’utilise pas la technologie des portes des étoiles, colonel Carter", rétorqua Harlock.
– "Peut-être les Oris…"
– "Oui, peut-être. Toujours pas de réponse ?" demanda-t-il au radio.
– "Aucune, captain."

Le pirate esquissa un demi-sourire à l’intention de Cam.

– "Si ce sont vos ennemis, alors…"

Il fit signe à son radio.

– "Ouvrez-moi un canal vers le Speranz… Harlock pour le Speranz", transmit-il une fois la fréquence activée, "ennemi identifié comme extraterrestre agressif répondant au nom de « Ori »… Il est à toi."
– "Trop aimable", répondit la voix de Morgane. "Mais c’est surtout parce que tu n’es pas encore en portée de tir, n’est-ce pas ?"
– "On se rejoint sur Cen’t", éluda Harlock.

Il se tourna vers le colonel.

– "Vous êtes tenté par une visite de station spatiale ? Avec un peu de chance, vous pourrez faire un carton sur un ou deux Oris…"
– "Euh… en fait, les Oris sont immatériels", fit Mitchell. "C’est des prieurs qu’il faut se méfier. Ils sont toujours une poignée à bord de ces vaisseaux."
– "Une poignée, ça devrait être parfaitement jouable", rétorqua Harlock d’un ton sarcastique. "Je vais juste vous fournir autre chose que vos armes rétrogrades."
– "Je possède un zat", répondit Cam, vexé.
– "Oui, c’est bien ce que je dis…"

Cam admira la vue sur l’écran tactique pendant qu’Harlock donnait la suppléance du vaisseau à Kei et s’abstint de faire remarquer que passer le commandement de son vaisseau à son officier en troisième alors que le second était encore en passerelle manquait de logique. Décidément, il renonçait à comprendre le fonctionnement hiérarchique de l’Arcadia.

Dehors, le Speranz évoluait avec toute la grâce d’un vaisseau de combat lourdement armé – ça faisait très « prédateur fondant sur sa proie sans défense » –, lâcha négligemment une torpille qui vint exploser en plein sur le cœur énergétique du vaisseau ori, se paya le luxe de se rapprocher au plus près de sa cible et, ignorant les tirs de défense sporadiques du vaisseau moribond, l’acheva d’une bordée de canons.

– "Bon débarras", marmonna Mitchell.

Était-ce parce que le vaisseau ori avait déjà subi de graves avaries qu’il avait explosé si facilement, ou bien l’armement du Speranz était-il vraiment supérieur au point de pouvoir, en un seul coup, percer un trou dans la coque d’un vaisseau que même les Asgards avaient du mal à endommager ?
Cam était tenté de choisir la deuxième solution. Mmm… Peut-être devait-il mandater Vala pour qu’elle achète un de ces vaisseaux pirate…

– "Vous venez, colonel ?"

Harlock l’attendait devant l’ascenseur. L’Arcadia s’était rapprochée de la station sans que Cam ne s’en aperçoive – à vrai dire, il était trop obnubilé par le spectacle du Speranz s’acharnant à transformer le vaisseau ori en tout un tas de paillettes de métal – et se tenait en équilibre précaire à proximité d’un dock encore à peu près intact.
Cam se hâta se rejoindre le capitaine pirate. Pas question qu’il reste en arrière ; puisqu’il semblait que son retour au SG-C était sans cesse retardé, alors autant qu’il aille se défouler contre un prieur ici.

o-o-o-o-o-o

Le prieur quitta sa méditation, troublé par l’explosion du deuxième vaisseau et la souffrance de ses occupants qui se répercutait dans le subespace. Sa foi avait beau être sans faille, il ne pouvait se cacher que la situation ne tournait pas à son avantage.

– "Montre-toi, épouvantail dégénéré !" cria une voix.

Il se concentra pour en déterminer la provenance. L’homme était proche, abrité derrière un recoin de la coursive, armé et – pensa le prieur avec une pointe de regret – définitivement fermé à la foi des Origines.
Un échange de tirs violents obligea le prieur à reculer. Les quelques soldats qui avaient survécu au crash de leur vaisseau sur la station résistaient avec toute l’énergie que leur conférait leur foi, mais c’était sans espoir.

– "Loués soient les Oris", murmura le prieur.

Il ne craignait pas les dommages collatéraux. Au contraire, il se réjouissait pour tous ses fidèles qui atteindraient l’illumination grâce à leur noble sacrifice.
Il s’avança prudemment, car il s’était avéré que la puissance de son bouclier personnel était insuffisante pour contrer une rafale des armes de ses ennemis, s’assura que l’espace autour de lui était bien dégagé pour une meilleure dispersion et brandit son bâton.

Le cristal étincela.

o-o-o-o-o-o

– "Ces Oris, comment en êtes-vous arrivés à les combattre, s’ils viennent d’une autre galaxie ?"

Kei se demandait si elle allait s’asseoir dans le fauteuil de commandement ou pas. À la réflexion, non.

– "Un malheureux concours de circonstances", répondit Sam Carter. "Nous avons activé un artefact qui a établi une connexion entre nos deux galaxies. Les Oris se sont rendus compte à ce moment qu’une civilisation évoluée s’était développée dans une galaxie qu’ils avaient quittée plusieurs dizaines de milliers d’années auparavant, et depuis ils s’emploient à nous… reconquérir."

Le colonel s’était installée au pupitre de navigation et relisait distraitement des lignes de code que Kei savait être les courbes de trajectoire de leur voyage temporel retour.

– "Mais je ne comprends pas ce qu’ils font ici", continua-t-elle.

Kei haussa les épaules. Quel que soit cet ennemi, il n’était plus en mesure de nuire, à présent.

Carter faisait toujours défiler devant ses yeux les calculs de navigation, mais elle pensait visiblement à autre chose.

– "À propos…" reprit-elle finalement. "Je me demandais… ce qui était arrivé au professeur Oyama."
– "Tochiro ?"

Kei eut un sourire triste.

– "Des radiations", expliqua-t-elle. "Un contact prolongé sans protection. Il savait que ce sur quoi il travaillait était dangereux, mais c’était bien le seul. Sa maladie a été longue et… pénible sur la fin. Pour tout le monde. C’était incurable, vous comprenez ? Nous ne pouvions que le laisser souffrir…"
– "Je suis désolée."
– "Ce qu’il a laissé derrière lui permet de mieux supporter le deuil… Enfin, cela dépend de l’interprétation que l’on en fait."

Carter leva un sourcil sceptique.

– "Vous voulez parler de l’ordinateur principal ?"
– "Tout dépend de l’interprétation que l’on en fait", répéta Kei.
– "J’ai travaillé sur les terminaux informatiques de l’Arcadia", insista la scientifique. "Le centre névralgique du vaisseau possède l’IA la plus performante que j’ai jamais rencontrée… Et curieusement, tout le monde ici semble décidé à éviter d’aborder le sujet."

Kei soupira. La scientifique avait un point de vue cartésien sur la question – c’était normal, vu sa spécialité. Mais le sujet était délicat. Elle baissa la voix.

– "Cet ordinateur est unique", expliqua-t-elle. "Son IA relève d’un niveau de technologie bien supérieur aux standards de ce siècle…"
– "Ça ne m’étonne pas. Je n’ai pas connu le professeur Oyama très longtemps, mais je pense sincèrement que c’était un génie."

Kei hésita.

– "L’Arcadia était son œuvre", reprit Carter. "Pourquoi donc êtes-vous tous si gênés lorsqu’il s’agit d’évoquer l’ordinateur principal ?"
– "C’est… éthique. Et les avis sont partagés, même à bord."
– "Je ne comprends pas."

Kei prit le temps d’organiser ses idées. Elle s’aperçut qu’elle même avait soigneusement évité de trop se pencher sur cette problématique. C’était… et bien, Sam Carter avait raison, c’était gênant. Un simple « oh, au fait, le vaisseau est hanté » ne satisferait pas la scientifique – pas plus que cela ne la satisfaisait, elle.

– "Juste avant de mourir, Tochiro a conçu une IA qui possède ses connaissances, son expérience, ses… tics de comportement… Il l’a conçue pour agir comme lui. Pour… être lui."

Carter réfléchit un instant.

– "J’ai eu l’impression de discuter avec le professeur Oyama lorsque je me suis connectée aux terminaux du bord…"
– "L’impression, oui… Ou la réalité. Tout dépend de l’interprétation que vous en avez."
– "Et quelle est la vôtre ?"

Kei secoua la tête.

– "Je ne sais pas… Je ne sais vraiment pas", avoua-t-elle. "Est-ce que Tochiro a surmonté la mort ? Est-ce que son esprit est intégré à l’ordinateur ? Pour l’éternité… Dans une machine… Personnellement, je préfère penser qu’il s’agit d’une IA. Mais parfois c’est tellement… c’est tellement lui !"

Elle s’interrompit lorsque deux des tubes d’abordage de l’Arcadia se déployèrent vers la station.
L’arrimage se déroula sans incident.

– "Restez en contact permanent avec le capitaine et l’équipe de reconnaissance", ordonna-t-elle au radio.

Elle vérifia encore une fois les relevés d’activité. Ce n’était pas engageant : d’après les senseurs, la station était quasiment déserte alors que d’ordinaire elle ressemblait plutôt à une fourmilière.

– "Qu’une deuxième équipe se tienne parée à intervenir s’il y a le moindre accrochage", ajouta-t-elle.

Elle se demanda si le capitaine lui tiendrait rigueur de cet excès de prudence. Puis elle se demanda, comme à chaque fois, s’il avait bien conscience des risques qu’il prenait en s’exposant ainsi, à toujours faire partie de la première équipe d’intervention.

Probablement pas.

o-o-o-o-o-o

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