Chapitre 5 - Partie 2
– "Affichage vidéo sur écran principal."
Yattaran étudia les chiffre en provenance de la sonde avec attention tandis qu’il transférait les images envoyées par sa caméra sur l’écran tactique.
– "Et ben ! C’est pas très impressionnant", commenta Sabu, blasé.
– "C’est vrai qu’il n’y a pas grand chose à voir", le taquina Kei.
– "Attends… Je change la gamme de fréquences de la caméra…"
La déchirure du continuum émettait dans l’ultraviolet et encore au delà, par vagues concentriques. On ne décelait rien dans le spectre de lumière visible mais la sonde possédait toute une série de filtres sophistiqués… La deuxième vue que Yattaran transmit à l’écran tactique était autrement plus spectaculaire.
– "Wow", fut le seul mot que Sabu trouva à dire, cette fois.
C’était grand, mouvant, et ça donnait l’impression de pouvoir jeter un coup d’œil direct dans la dimension warp. Le centre du phénomène bouillonnait d’activité.
– "Ce sont exactement les coordonnées du point de saut temporel de l’Arcadia", fit Yattaran.
– "Tu veux dire que nous avons quelque chose à voir là-dedans ?" demanda Kei.
– "Si ce n’est pas le cas, alors c’est une sacrée coïncidence, tu ne trouves pas ?"
– "Ses caractéristiques sont identiques à celle d’une porte des étoiles activée", intervint Sam Carter. "Je crois bien que nous avons affaire à un trou de ver stable."
Yattaran considéra la « chose » pensivement.
– "Une porte…"
– "Sauf qu’elle subsiste sans support, et ça, je ne me l’explique pas", continua Carter.
Kei balaya tous ces mystères de la science d’une main désinvolte.
– "Après tout, l’essentiel est qu’elle soit là", dit-elle. "Vous allez pouvoir rentrer chez vous…"
– "À condition que cela mène au bon endroit", marmonna Yattaran.
Il envoya de nouvelles instructions à la sonde. Ils savaient déjà que le passage fonctionnait dans un sens, restait à tester l’autre. Exécutant docilement les ordres reçus, le petit vaisseau automatique se rapprocha de la déchirure et disparut soudainement dès que son nez en toucha le centre.
– "Wow", répéta Sabu. "Ça ne ressemble pas à un saut warp…"
Yattaran contrôlait toujours la sonde. L’image avait été brouillée lorsqu’elle avait franchi la déchirure, mais le flux de données n’avait pas été interrompu.
– "Allez ma jolie", murmura-t-il. "Montre-nous ce qui se cache de l’autre côté…"
Tous les voyants d’alarme de la sonde s’allumèrent d’un coup.
– "Putain !"
– "Que se passe-t-il ?" demanda Carter.
– "Sonde détruite. La liaison est coupée."
– "Bon sang ! On ne peut pas passer ?"
– "Euh… Si, si."
– "Expliquez-vous. Pourquoi votre drone a-t-il été détruit, dans ce cas ?"
Yattaran isola les quelques fractions de seconde de vidéo que la sonde avait réussi à envoyer.
– "Apparemment, les deux vaisseaux oris qui ont explosé de ce côté possèdent des amis…"
L’image s’afficha sur l’écran principal. Elle n’était pas de très bonne qualité, mais la résolution était suffisante pour distinguer l’identité des vaisseaux… et leur nombre, surtout – au moins une dizaine.
– "M’est avis qu’ils viennent par ici", constata Yattaran.
Kei étouffa une exclamation, puis enfonça le bouton de la radio.
– "L’Arcadia pour le capitaine", dit-elle. "Captain, il faut que vous rentriez à bord. Je crois que nous allons avoir beaucoup d’animation dans le coin d’ici peu…"
o-o-o-o-o-o
– "Bien reçu, terminé."
Harlock rejoignit le doc qui discutait propagation microbienne avec Shark. Apparemment, le virus n’était plus dans l’atmosphère, mais il restait quelques souches actives sur les cadavres. Et cette station était infestée de cadavres.
– "… aucune contamination pour l’instant", disait Zero. "Mais je préfère que vous attendiez que les tests du vaccin soient terminés. Une ou deux heures, au maximum."
– "Pas le temps, doc", coupa Harlock.
Il referma l’unité de diagnostic sous les yeux ébahis du médecin.
– "On met les voiles !" cria-t-il. "On a de la compagnie !"
Shark le retint par le bras.
– "Attends un peu, gamin… Ton toubib m’a sermonné sur sa zone de quarantaine et me fait poireauter ici alors que j’aurais pu ramasser mes morts et chercher d’autres survivants, et toi, tu as l’intention de retourner maintenant à bord de ton vaisseau sans attendre ce putain de vaccin ?"
– "Tu ne m’appelles pas « gamin »", siffla Harlock en se dégageant. "Il y a dehors une dizaine de vaisseaux identiques à celui qui est encastré dans ce tas de ferraille. Toi et tes hommes pouvez venir sur l’Arcadia, ou rester leur tenir tête ici."
– "Cen’t possède en tout quatorze zones isolées. Je vais récupérer ceux qui ont réussi à s’enfermer à l’intérieur."
– "Cette épave ne restera pas en un seul morceau suffisamment longtemps."
La voix métallique du système de sécurité de la station s’activa à ce moment comme pour corroborer ces derniers mots. « Fuite d’atmosphère hall central. Rupture de confinement imminente », annonçait-elle.
– "Je reste… capitaine", s’entêta Shark.
Le contrebandier avait mis suffisamment de sarcasme dans le « capitaine » pour que tous ceux qui étaient à portée d’oreille puissent l’entendre – y compris le colonel Mitchell, remarqua Harlock, agacé.
– "Et toi ?" reprit le géant sur le même ton. "Tu comptes leur tenir tête ici, ou bien trouver refuge dans un quadrant plus calme ?"
– "Je ne suis pas comme ça."
– "Tout le monde n’est pas du même avis, gamin !"
Harlock serra les poings. Il détestait ce genre d’insinuations. Bien sûr qu’il lui arrivait de battre en retraite ! Il n’était pas non plus suicidaire… Il lança un regard furieux à Shark. Le contrebandier avait adopté une pose décontractée, les mains dans les poches.
…
Et il avait la main posée sur la crosse de son arme, sous son blouson.
« Il a l’avantage et il le sait », pensa Harlock. « Je fais un geste pour le remettre à sa place et je me fais humilier en public. »
– "Meurs ici, alors, si c’est ce que tu veux", lâcha-t-il amèrement.
Shark éclata d’un rire sardonique.
– "Va au diable, gamin ! Va t’amuser avec tes joujoux hi-tech ! Ma station est peut-être bonne pour la casse, mais je vais te montrer que je peux encore me défendre avec !"
o-o-o-o-o-o
Morgane avait suivi les conseils de Shark malgré l’envie impérieuse qu’elle avait de voir de ses propres yeux ce qui se passait sur Cen’t. Elle en profitait pour intercepter les émissions d’une sonde automatique que l’Arcadia avait envoyée vers ce qui semblait être une « anomalie warp ». En tout cas, c’est ce qu’affirmait Loren, l’officier scientifique.
Elle observa avec curiosité la sonde plonger dans l’anomalie. Le Speranz ne fut pas assez rapide pour intercepter les fragments de données en provenance de l’autre côté, mais perçut toutefois la destruction de la sonde. Presque aussitôt, l’Arcadia rallumait ses moteurs principaux et commençait à se désarrimer de la station.
Intéressant.
– "Je détecte un pic d’activité warp, ma’am !" annonça l’opérateur radar.
Ce qui signifiait, en clair, qu’un ou plusieurs vaisseaux quittaient l’hyperespace à proximité.
– "Nombreux échos au un sept un ! Distance douze point cinq, en rapprochement rapide !"
L’Arcadia s’éloignait à toute vitesse de Cen’t, boucliers relevés et conduites de tir activées. Okay, la paranoïa était une seconde nature chez Harlock, mais Morgane savait par expérience qu’il avait souvent raison. Ce ne pouvait pas être un convoi civil, vu sa vitesse et sa provenance, et le Speranz ne comptait de toute façon pas beaucoup d’alliés dans la zone.
– "Aux postes de combat !" ordonna-t-elle.
Elle pesta contre ce foutu pirate qui n’avait même pas la délicatesse de la prévenir de ses intentions, puis elle se demanda comment, stratégiquement, elle pourrait s’arroger la meilleure part de l’action à venir.
Il n’y avait aucune raison que l’Arcadia monopolise le devant de la scène.
Elle se cala dans son fauteuil avec un sourire.
o-o-o-o-o-o
– "Woops ! Eh ! Qui a pris le volant ?"
La pièce penchait dangereusement. Vala rattrapa d’une main experte son verre qui tentait de s’échapper et lança un coup d’œil complice à Daniel. Peine perdue. Monsieur le professeur était plongé dans des archives historiques et le monde aurait pu s’effondrer autour de lui sans qu’il interrompe sa lecture. Et pourtant, ce n’était pas faute d’avoir essayé.
Vala se planta une nouvelle fois devant lui, coudes sur la table et sourire aguicheur aux lèvres.
– "Ça ne t’intéresse pas, d’aller voir ce qui se passe, mmh ?"
Daniel répondit par un grognement. Cela voulait dire « vas-y, toi, et laisse-moi tranquille ». D’ordinaire il changeait d’avis dès qu’elle faisait mine de s’inquiéter pour sa santé, ses yeux, ou quoi que ce soit d’autre, mais cette fois-ci elle n’eut même pas à insister.
Simultanément, l’éclairage diminua d’intensité, les hauts parleurs diffusèrent un long coup de klaxon strident et l’estomac de Vala lui remonta dans la poitrine, preuve que l’Arcadia accélérait plus vite que les capacités des compensateurs inertiels. Daniel jura : son terminal s’était éteint – le vaisseau devait avoir besoin d’un maximum d’énergie ailleurs. Dans les systèmes d’armes, par exemple.
– "Okay ! J’ai compris !" râla-t-il. "Viens, on va en passerelle."
Vala lui lança une œillade triomphante qu’il fit semblant d’ignorer. Il bouda jusqu’à ce qu’ils sortent de l’ascenseur. Après, ça lui sortit de la tête. Il y avait de quoi. La première chose à laquelle Vala pensa, ce fut qu’une flotte de cette importance risquait de se jouer d’une éventuelle résistance avec la même facilité que la première vague d’assaut ori avait détruit les forces combinées humaines et jaffas.
Ce qui était bizarre cependant, c’était que l’Arcadia ne manœuvrait pas pour éviter l’affrontement – au contraire.
Il régnait en passerelle un calme surréaliste, de celui qui s’installe juste avant les grandes tempêtes.
– "Ôtez-moi d’un doute", demanda Vala à un Harlock qui faisait de son mieux pour paraître absorbé par un diagramme de trajectoire et ignorer leur présence. "Vous ne comptez pas vous opposer à eux avec seulement deux vaisseaux, si ?"
Le capitaine de l’Arcadia se tourna vers elle avec réticence. Vala avait toujours l’impression qu’il hésitait entre l’étrangler maintenant ou plus tard. Okay, elle avait essayé de le séduire (et elle comptait bien continuer), mais il n’allait pas lui en tenir rigueur éternellement, tout de même.
– "J’ignore quelles sont les intentions de Morgane", répondit-il à contrecœur. "Elle est libre d’attaquer ou non. Quant à moi, je viens de constater les effets de leur croisade sur Cen’t. Il est hors de question que je les laisse passer sans rien faire."
– "Vous ne comptez pas vous opposer à eux tout seul ?"
– "Où est le problème ?"
Ça y est, elle en était sûre maintenant : cet homme était complètement dingue.
– "C’est de l’inconscience !" intervint Daniel. "La technologie de ces vaisseaux est supérieure à celle des nefs asgards. Et ils sont au moins une dizaine !"
– "Neuf", corrigea Harlock. "Rien qui ne soit insurmontable."
Il darda un regard noir sur Vala qui ravala sa remarque sur la santé mentale du capitaine. Enfin bon, s’il voulait se suicider, c’était son affaire, hein ?
Elle aurait juste apprécié qu’il ne l’entraîne pas avec elle. Ou qu’il lui fournisse un canot de sauvetage.
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