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24 - Chapitre 6 - Partie 2
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Chapitre 6 - Partie 2

O’Neill attendait un peu en retrait derrière le général Landry que quelque chose se passe. Tout le personnel présent arborait une expression perplexe. Lui se sentait frustré – bon, d’accord, il était soulagé d’avoir évité une bataille qui s’annonçait plutôt mal pour eux, mais il trouvait vexant que les Oris soient partis sans explications.

Ils ont estimé que nous n’en valions pas la peine, ou quoi ?

Oui, décidément, c’était vexant.

Un haut-parleur quelconque se mit soudain à cracher des parasites. Jack se précipita.

– Qu’est-ce que vous captez ?
– Euh… Pas grand chose, mon général, répondit le radio. Ce n’est que de la friture inaudible. Probablement un phénomène spatial – une éruption solaire ou quelque chose du genre…
– Sur quelle fréquence ?

L’homme consulta son pupitre.

– La transmission n’est pas stable, mon général. Il y a trop de fluctuations, et les pertes dues à l’atmosphère n’arrangent rien. Le signal est très faible et ressemble plus à une perturbation naturelle.
– Non. Continuez à chercher dans la même gamme de fréquence. Et stabilisez ça pour que ce soit audible.
– Une intuition, Jack ? intervint Landry.
– En effet.

Peut-être ne captaient-ils effectivement que des rayonnements radio émis par un lointain pulsar, ou les restes d’une tempête magnétique… Non. Les Oris étaient partis, et il leur avait fallu une bonne raison.
Le haut-parleur cracha à nouveau, mais pas seulement des parasites, cette fois.

– … un… appelle la… ici… recevez ?

O’Neill adressa un sourire victorieux au radio.

– Amplifiez le signal, ordonna-t-il. À moins que vous n’ayez déjà croisé des éruptions solaires qui vous parlent en anglais.

Il tendit l’oreille pour saisir des bribes de conversation tandis que le technicien tentait fébrilement d’améliorer la réception.

– J’ai l’impression que la cavalerie est arrivée à temps, commenta Landry.
– Yep. Et maintenant j’aimerais bien savoir combien ils sont et surtout qui ils sont. Parce qu’ils ont fait fuir une flotte ori et que, à ma connaissance, c’est la première fois que ça arrive, dans cette galaxie.
– Je crois que j’ai une transmission en clair, monsieur ! interrompit le radio.

Le haut-parleur égrena une série de sifflements et un méchant bruit de larsen lorsque l’homme augmenta le volume. La voix qui retentit à travers la salle de contrôle était entrecoupée de crachotements mais terriblement familière.

– Ici le colonel Mitchell, j’appelle le SG-C. Est-ce que vous me recevez ?

Hank Landry arracha presque le micro des mains du radio.

– Mitchell ! s’exclama-t-il. Nous vous recevons faiblement ! Où êtes-vous ?
– Je viens de sortir de l’hyperespace, mon général, et… pour autant que je sache, on se dirige vers la Terre.
– Toute l’équipe SG-1 est avec vous ? continua Landry. Et… que s’est-il passé avec la flotte ori ?

La transmission fut de nouveau brouillée et siffla, comme si quelqu’un cherchait également à optimiser le signal à l’autre bout. Puis la conversation reprit, beaucoup plus nette à présent, et avec un interlocuteur différent.

– SG-C, ici l’Arcadia. Mon entrée dans l’atmosphère terrestre est estimée à quatre minutes. Souhaitez-vous que je me pose à Cheyenne Mountain ou en zone 51 ?

Landry ouvrit des yeux ronds.

– Mais comment… ?
– Laisse-le moi, lui souffla Jack. Je connais.

Il se saisit à son tour du micro. Il avait reconnu l’accent et la pointe de sarcasme du nouvel arrivant et n’avait pas eu besoin qu’il mentionne le nom de son vaisseau pour l’identifier.

– Ici O’Neill. Bienvenue, capitaine, et merci d’avoir sauvé la planète. Nous sommes actuellement dans notre base en Antarctique – je pense que vous êtes capables de vous guider sur nos signaux radio pour la localiser avec précision.

Il y eut une pause, comme si son interlocuteur prenait le temps de digérer les informations.

– Cela veut-il dire que je peux faire l’économie du mode furtif, O’Neill ?
– Débrouillez-vous pour ne pas vous faire repérer par un satellite civil ou un télescope amateur, c’est tout ce que je vous demande.

Nouvelle pause. Plus longue, cette fois, et O’Neill aurait mis sa main à couper que cela n’avait rien à voir avec les délais de transmission. L’Arcadia était trop près pour qu’il y ait un décalage dans les communications – Harlock devait s’amuser à le faire mariner.

Dix contre un qu’il se demande quel effet il produirait s’il se posait devant la Maison Blanche…

– Temps de descente neuf minutes, reprit finalement le capitaine de l’Arcadia. Mode furtif enclenché… Je l’enlèverai en basse atmosphère, O’Neill, vous aurez visuel sur l’atterrissage… Harlock, terminé.

o-o-o-o-o-o

Mitchell avait préparé un compte-rendu succinct qu’il avait l’intention de transmettre au général Landry… du moins jusqu’à ce qu’Harlock coupe la liaison. Il aurait dû se douter que des notions telles que « faire un rapport » ou « supérieur hiérarchique » étaient complètement étrangères à ce pirate.
Il fixa le capitaine, hésitant entre une remarque désobligeante et… et bien, une autre remarque désobligeante.

– O’Neill peut attendre dix minutes, pour les détails, répondit Harlock contre toute attente. Et vous aussi.

Mitchell grogna. Oui, évidemment. Mais il revenait avec un vaisseau grâce auquel le rapport de forces avec les Oris pourrait bien être inversé, c’était normal qu’il manifeste un peu d’impatience.

– On ne pouvait pas conserver la liaison plus longtemps, lui glissa Kei. Nos antennes ne sont pas conçues pour ces fréquences… ça grille les relais.

D’accord. Très bien. Cam se força à s’intéresser à la descente – les panneaux d’observation offraient une vue plongeante sur l’Antarctique qui se rapprochait à grande vitesse, mais apparemment Harlock avait décidé que son vaisseau pouvait se poser tout seul.

– De plus, ajouta le capitaine en venant se placer à côté du fauteuil que Mitchell s’était attribué, qui vous dit que vos fréquences ne sont pas écoutées ? Le SG-C utilise un cryptage de débutant. N’importe qui est capable de vous intercepter.

Le pirate avait un demi-sourire narquois qui donnait envie à Mitchell de tester sur le champ l’efficacité des techniques de combat sodan.

– De toute façon, peu importe, rétorqua Cam sèchement. Dans quelques minutes, vous serez définitivement débarrassé de nous, n’est-ce pas ?

Harlock lui lança un regard dont la signification n’était pas contestable : Mitchell n’était pas le seul à envisager une petite démonstration de boxe.

– Vous pensez que je vais me contenter de vous larguer et repartir ? siffla-t-il. Je suis peut-être un pirate, mais je sais parfaitement dans quel camp je suis… et vous avez un problème, avec ces Oris.
– Hmm. Ça veut dire que vous allez nous aider ?
– Si vous songez à me retenir ici avec mon vaisseau, alors non. En revanche, je crois qu’on va pouvoir vous donner un petit coup de pouce au niveau de votre armement.

Harlock haussa les épaules comme pour signifier le peu de considération qu’il avait pour les équipements du SG-C, et se détourna pour observer la vidéo du sol glacé sur l’écran principal.

– Tu as repéré un endroit pour atterrir ? demanda-t-il à Kei.
– J’ai localisé des bâtiments, répondit la jeune femme blonde. Ils sont construits à l’ouvert d’une vallée et juste à côté d’une petite piste qui pourrait éventuellement servir à accueillir un spacewolf.
– J’ai besoin d’un peu plus de place, pour l’Arcadia.
– Vous pouvez toujours vous servir de la vallée, capitaine, mais elle est courbe et son extrémité est trop étroite pour l’utiliser sur toute la longueur. Et je ne garantis pas le relief, à cause de la neige…
– Ça fera l’affaire, fit Harlock en reprenant sa place derrière la barre. J’ai l’habitude…

o-o-o-o-o-o

O’Neill et Landry étaient sortis sur l’héliport pour profiter en direct de l’arrivée de l’Arcadia. Jack avait facilement convaincu son ami de le suivre – les deux généraux étaient aussi curieux l’un que l’autre d’apercevoir le vaisseau.

– J’espère que cet Harlock a bien repéré notre position, fit remarquer Hank alors que tous deux tapaient des pieds pour se réchauffer malgré le vent polaire. Tu ne lui as donné aucune coordonnée, en fin de compte.
– Oh, il nous a trouvés, je lui fait confiance. S’il ne s’est pas posé dans les prochaines minutes comme il l’a annoncé, c’est qu’il a finalement estimé plus amusant d’aller narguer nos chefs au Pentagone. Ou de visiter New York, va savoir.
– Attends. Il sait, que le programme est top secret, non ?

O’Neill leva les yeux au ciel.

– Justement. Ça s’appelle avoir l’esprit de contradiction.
– Mmm.

Jack attendit que son ami ajoute l’inévitable « ça me rappelle quelqu’un » – le fait que le général O’Neill avait été (et était toujours) une tête de mule n’était un secret pour personne – mais Hank pensait visiblement à autre chose.

– Au fait, il lui faut beaucoup de place, pour atterrir ? demanda-t-il en observant les contreforts montagneux qui entouraient la base.

Jack fit signe qu’il n’en savait rien.

– Faudrait demander à Fields. D’après son rapport, l’Arcadia avait labouré la zone 51 sur plusieurs kilomètres, la première fois… Mais le vaisseau était arrivé par la porte des étoiles ; c’est plus conventionnel, aujourd’hui.

O’Neill scruta néanmoins à son tour les montagnes. Effectivement, c’était exigu. Il essaya de visualiser mentalement le vaisseau d’Harlock se faufilant entre deux pics enneigés… ça passait, non ? Ou bien l’appareil était-il plus grand qu’il ne se souvenait ?
Il prit soudain conscience d’un sifflement persistant dont l’intensité allait croissant. Il avait déjà entendu ce bruit, auparavant…

– Il arrive, annonça-t-il à Landry. On entend ses réacteurs.

Le son était tout à fait audible et se doublait à présent d’un grondement sourd – un peu moins fracassant que le tonnerre, mais à peine.

– Il en fait un vacarme, commenta Hank.
– L’air est très pur, ici, les sons portent mieux…

Ou alors Harlock s’était offert des nouveaux réacteurs boostés et avait omis de les passer au contrôle technique. O’Neill sourit. Il ne manquerait pas de poser la question au gamin une fois qu’il aurait atterri.

– Tu le vois ? demanda Landry.
– Nan. J’ai l’impression que ça résonne encore plus à cause des montagnes.

Les deux généraux plissaient les yeux pour distinguer le moindre indice de la présence du vaisseau, mais ce fut Walter qui l’aperçut le premier. L’Arcadia volait quasiment au même niveau que les sommets, du côté de la vallée le plus encaissé – Harlock ne s’embêta pas à se faufiler entre les pics : il passa à travers celui qui était sur son axe de descente.
L’Arcadia se posa dans une gerbe de neige et de graviers, à un endroit où O’Neill n’aurait pas cru qu’on puisse faire entrer un appareil de cette taille, puis s’employa à freiner sa course tout en slalomant selon la topographie du terrain. Landry eut une moue sceptique lorsque le vaisseau entama une série de zigzags plus ou moins gracieux.

– Je me serais posé dans l’autre sens, à sa place, fit-il. Il y avait plus d’espace pour se présenter.

Le vaisseau pirate stoppa face aux deux généraux, à une centaine de mètres de l’entrée de la base et après avoir raboté deux pitons rocheux qui se trouvaient sur son passage. Et sur lesquels le SG-C avait récemment installé des balises de ralliement hors de prix, pensa O’Neill qui se souvenait avoir vu passer la facture dans son bureau à Washington.
Le vent rabattit sur eux un nuage de vapeur provoqué par le contact des réacteurs sur la glace tandis que le sifflement des moteurs de l’immense vaisseau s’atténuait et mourait dans un chuintement.
Puis la porte latérale de l’Arcadia s’ouvrit. Jack entraîna Hank Landry à sa suite.

– Viens, on va assurer le comité d’accueil.
– Sans attendre que les équipes de soutien aient positionné leurs tireurs ? Je demande juste…
– Surtout pas ! Paraît que ça les rend nerveux, et je n’ai pas envie d’une bavure.

Les deux hommes s’avancèrent en évitant prudemment les plaques de verglas. En face, un petit groupe descendait du vaisseau et ce n’étaient pas des pirates, à moins qu’Harlock n’ait trouvé les uniformes du SG-C seyants pour son équipage.

– SG-1 a l’air au complet et en bonne santé, se réjouit Landry.

Le colonel Mitchell se fendit d’un salut impeccable à leur intention, quelque peu gâché lorsqu’il frissonna à cause du froid.

– SG-1 au rapport, monsieur, annonça-t-il à Landry dès qu’il fut suffisamment près. Carter rapporte les enregistrements de P4X-48C, et je peux confirmer que les Oris ont effectivement pris possession de cette planète.
– J’ai l’impression que vous avez été forcés de faire un détour, pour le retour… ironisa O’Neill.
– Un prieur a tiré sur la porte alors que nous la franchissions, mon général, expliqua Carter. Il y a eu surcharge, comme la dernière fois.
– Le couloir hyperspatial qui avait été créé existe toujours de façon résiduelle. Il est activé par rémanence à chaque passage warp sur le même trajet, et il prendra l’avantage à la moindre défaillance de votre système de portes des étoiles… Vous avez intérêt à abandonner les voyages vers cette planète, O’Neill, je n’irai pas récupérer chaque équipe qui échouera chez moi.

Le capitaine de l’Arcadia les observait du haut de la rampe d’accès à son vaisseau. Jack lui adressa un salut militaire désinvolte accompagné d’un grand sourire.

– Le voyage s’est bien passé, capitaine ? Il me semble que vous avez eu de petites difficultés à l’atterrissage…

Harlock eut l’air de ne pas apprécier le sarcasme. Sans dire un mot, il gratifia O’Neill d’une expression qui réussissait à être plus glaciale que l’air de l’Antarctique. Jack haussa les épaules.

– J’aurais dû me souvenir que tu n’avais aucun humour, mon garçon, ajouta-t-il.

Il tourna les talons. Il était transi malgré son pull et l’anorak des forces spéciales qu’il avait réquisitionné à l’habillement. Et il n’était pas le seul : tous tentaient avec plus ou moins d’efficacité et de discrétion de lutter contre le froid – la palme revenait à Vala qui sautillait sur place en se frictionnant les bras. Quant à Jack, son cerveau lui envoyait avec insistance et alternativement des images de fauteuil au coin du feu (avec pantoufles), et de plage tropicale (avec Carter en bikini). Il était temps qu’il rentre se réchauffer.

Il jeta un coup d’œil en coin à Harlock, toujours impassible : l’Arcadia était beaucoup plus près que la base du SG-C et ses salles de réunion – chauffées – conviendraient parfaitement à un débriefing… Mmm. Le pirate s’était positionné à l’entrée de son vaisseau de façon à leur interdire implicitement l’accès ; son regard était d’ailleurs sans équivoque.
Jack n’insista pas.

– Café pour tout le monde, annonça-t-il en commençant à progresser dans la neige en sens inverse. On débriefera quand on aura tous fini de claquer des dents.

Il réfléchit un instant puis décida qu’une petite précision supplémentaire ne serait pas superflue.

– Le débriefing vous concerne aussi, capitaine, reprit-il à l’intention d’Harlock qui n’avait pas bougé.

Le jeune homme eut un demi-sourire qui devait vouloir dire à la fois « bien sûr, c’est évident » et « heureusement que vous me le demandez, sinon je ne serai pas venu » et se contenta de reculer d’un pas.

– Je vous rejoins, lâcha-t-il avant de s’enfoncer dans les entrailles et son vaisseau et de disparaître.

Jack échangea un regard interdit avec Hank Landry, puis les deux généraux considérèrent d’un œil critique le personnel de SG-1 frigorifié. S’ils restaient sur place plus longtemps, ils allaient finir par se transformer en glaçons.

– Okay, on y va, trancha Landry. Votre pirate trouvera bien le chemin tout seul.

Et le vent ne soufflait pas assez fort pour cacher le quintuple soupir de soulagement.
 

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