Chapitre 7 - Partie 1
Une rangée de prisonniers était alignée devant un bâtiment en ruines, mains sur la tête et tenus en joue par un détachement jaffa. Baal passa lentement devant eux, les dévisageant un par un. Il y avait là des rebelles jaffas, quelques membres de la communauté humaine voisine, et même un espion du SG-C – qui niait pour l’instant avoir le moindre lien avec la Terre, et qui ne tarderait pas à le reconnaître une fois que Baal se serait occupé de lui.
– Quels sont vos ordres, mon seigneur ? demanda le chef des Jaffas.
– Mettez-les en cellule, répondit le Goa’uld en pensant « exécution sommaire ».
Mais il avait promis, et une fois n’est pas coutume il comptait tenir parole.
– Sauf lui, ajouta-t-il après réflexion en désignant le présumé Terrien.
Évidemment, « ne pas massacrer les prisonniers » ne signifiait pas « interdiction de les torturer ». Il avait bien droit à une compensation, et de toute façon il n’avait pas l’intention de le claironner à tout va.
Il s’éloigna du groupe de prisonniers pour rejoindre son quartier général – il avait réintégré un ancien palais qui avait dû être occupé par un Goa’uld, à une époque. La planète sur laquelle il s’était installé était isolée, éloignée de la croisade ori, et assez peu concernée par la rébellion jaffa. Il avait pu étendre tranquillement sa sphère d’influence et asseoir son autorité dans le secteur sans être dérangé. Ça ne durerait pas, il le savait ; le Terrien qui s’était fait prendre n’était qu’un avant-goût de ce que le SG-C pouvait envoyer, et les rebelles jaffas ne laisseraient pas indéfiniment les leurs en difficulté – même dans ce coin reculé de la galaxie.
Un peu à l’écart de la flotte disparate qu’il avait rassemblée, un vaisseau était, de façon totalement surréaliste, à l’ancrage entre deux petites collines. Le vent le faisait osciller de part et d’autre de la chaîne métallique qui le retenait au sol.
Baal sourit. Elle était rentrée, et elle l’attendait sûrement dans ses quartiers. Il congédia d’un geste agacé les esclaves désireuses de lui proposer leurs services – inutile de froisser les susceptibilités, mmh ? – et entra d’un pas assuré.
Elle l’attendait, effectivement.
– Votre excursion s’est bien passée, ma chère ?
La jeune femme lui tournait le dos. Baal prit le temps d’admirer la cascade de cheveux roux avant de poursuivre.
– Je préfèrerais que vous ne quittiez pas ce système solaire. Votre vaisseau est par trop reconnaissable.
– Vous craignez pour ma sécurité ou vous avez peur que je ne vous fausse compagnie ? répliqua-t-elle sèchement.
Le Goa’uld répondit par un geste évasif. Les deux propositions étaient vraies, et l’escouade jaffa qu’il avait laissée sur le vaisseau d’Emeraldas servait autant à assurer sa protection qu’à vérifier qu’elle ne décide pas brusquement de rentrer à son époque. La pirate rousse n’était pas dupe, évidemment, mais pour l’instant elle tolérait la présence des Jaffas sur son vaisseau. Baal en profitait pour récupérer un maximum d’images vidéos des systèmes internes du Queen, même s’il s’était rapidement rendu compte que le vaisseau, entièrement automatisé, cachait ses systèmes les plus intéressants dans des armoires hermétiquement fermées.
Emeraldas se retourna enfin et planta ses yeux dans ceux de Baal.
– Je n’ai pas l’intention de restreindre mes mouvements, fit-elle.
– Comme vous voudrez.
« Du moment qu’elle revient », pensa-t-il. De toute façon il voyait mal ce qu’elle aurait pu risquer avec un appareil de ce gabarit. Il espérait seulement qu’il n’aurait pas à pâtir de son absence si jamais il venait à être attaqué par les rebelles jaffas, ou pire, par les Oris. Sans oublier, bien sûr, qu’il fallait encore qu’elle accepte de le défendre et cela, ce n’était jamais acquis d’avance.
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Après de rapides négociations, tous les vaisseaux avaient décollé du pôle sud et s’étaient posés discrètement au milieu d’une autre base militaire que les gens du coin appelaient, semblait-il, « zone 51 ». Ils avaient été accueillis par des soldats terriens, très certainement membres de la même armée régulière que ceux qui s’étaient installés au pôle sud. Morgane n’avait pas daigné engager la conversation en anglais – elle avait pour l’instant laissé cette corvée à Shark – mais à présent qu’elle découvrait le climat du « désert du Nevada », elle se disait qu’elle allait peut-être changer d’avis. Cet endroit était beaucoup plus agréable que l’autre malgré une température encore un peu fraîche ; cela donnait envie d’en voir plus.
La néo-humaine escalada souplement un promontoire rocheux et s’arrêta pour admirer le paysage. Elle avait faussé compagnie au comité d’accueil pendant que le général qui les avait réceptionnés au pôle sud exposait les accrochements que les Terriens d’ici avaient eu avec Emeraldas, et que Shark essayait de placer ses enregistrements de la déchirure spatio-temporelle en insistant sur l’urgence de la situation.
Bah, en vérité, tout était lié. Les voyages temporels étaient dangereux, et les paradoxes induits mal connus. Quoi qu’aient pu faire Harlock et Emeraldas dans ce passé, cela avait été suffisamment significatif pour générer un trou, et les sauts temporels avaient été suffisamment fréquents pour le stabiliser. Maintenant, Dame Nature tentait de rassembler l’énergie nécessaire pour résorber cette aberration, et Morgane n’aimait pas du tout les termes que Shark avait employés – en particulier les mots « repli du continuum », « effondrement de l’univers » ou encore « big crunch ».
Un nuage de poussière se dirigeait vers elle. Loren l’avait prévenue que les Terriens de la base avaient envoyé un « engin motorisé à roues » à ses trousses. Ce devait être dessous.
Le véhicule stoppa au pied du promontoire. Un soldat en descendit et cria quelque chose à son intention en faisant de grands signes de la main. Ce devait vouloir dire « revenez immédiatement ». Morgane haussa dédaigneusement les épaules. Pensaient-ils qu’elle allait se perdre ou qu’elle était suffisamment stupide pour partir définitivement en leur abandonnant son vaisseau ?
Mmm. Peut-être craignaient-ils seulement qu’elle ne terrorise les autochtones si jamais elle venait à en croiser…
Elle prit tout son temps pour rejoindre le véhicule, ignora les injonctions du soldat et ne fit aucun effort pour les comprendre, ni pour y répondre, d’ailleurs. Qu’ils aillent au diable avec leur « anglais » ! L’homme finit par renoncer et la déposa au pied du Speranz.
Elle quitta le véhicule sans un regard pour ses occupants.
Royale.
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Cam Mitchell avait pensé que rien ne pourrait l’énerver davantage qu’Harlock, mais il s’était ravisé. Le pirate avait beau être insupportable, il prenait quand même la peine de répondre et ne se contentait pas de le regarder de haut comme venait de le faire Morgane.
Le colonel se retint de lâcher un commentaire acerbe sur la politesse chez les mutants – il n’était pas certain que la fille ne comprendrait pas. Il ne lui restait qu’à faire son rapport à Landry.
– C’est fait, mon général.
– Vous lui avez dit que nous préférons limiter le risque d’interactions avec les civils de notre époque ?
– Affirmatif, monsieur. Mais je pense que j’aurais eu plus de succès en m’adressant à ma jeep.
Landry eut une mimique désolée.
– L’Arcadia seul n’avait pas été facile à gérer. Il y a deux vaisseaux de plus, aujourd’hui.
– Mmm.
– Et il semblerait que nous soyons sur le point de parvenir à un accord.
Mitchell haussa les épaules. À ce qu’il semblait, les deux pirates supplémentaires avaient d’autres préoccupations qu’Emeraldas. Des préoccupations pessimistes.
– Vous croyez aux affirmations de ce Shark au sujet de l’anomalie de P4X-48C, mon général ?
– Carter est en train d’analyser les enregistrements qu’il nous a apportés. Pour l’instant, les résultats sont cohérents.
– Attendez… Mon général, s’il s’avère qu’il a raison, nous pouvons cessez de nous occuper des Oris ! Nous allons droit à la catastrophe, et rapidement, en plus !
Le général Landry fit un geste d’impuissance.
– Tous les scientifiques qui se sont penchés sur la question, y compris Carter, s’accordent pour dire que c’est encore réversible.
– Oui, et bien ça ne me rassure pas, marmonna Mitchell.
Un soldat anonyme apporta un téléphone portable au général et murmura « le Pentagone, monsieur ». Landry remercia le colonel d’un signe de tête avant de se lancer dans une discussion avec une des huiles de Washighton dans laquelle les mots « Oris », « pirates » et « destruction de la galaxie » tenaient une place prépondérante. Mitchell chercha du regard quelqu’un de connu, sans succès. Il décida alors qu’il avait faim, et tomba sur le général O’Neill à l’entrée du mess.
Les deux hommes s’attablèrent face à face. Cam Mitchell lorgna sur le plateau du général qui avait déniché une crème au chocolat dieu sait où. Celui-ci fit semblant de l’ignorer.
– Pff, soupira O’Neill. J’ai l’impression de parler à un mur, avec ces pirates…
– Vous avez essayé d’engager la conversation avec Morgane ? rétorqua Cam.
– « Conversation », ça implique d’être deux… Non, je vous la laisse. J’ai déjà suffisamment à faire avec les autres.
Tous deux échangèrent un sourire de connivence. Mitchell se força à ne pas saliver lorsque le général attaqua sa crème au chocolat.
– Le général Landry m’a appris que vous étiez tombés d’accord, reprit-il. Vous avez planifié quelque chose en commun ?
– En commun, c’est beaucoup dire, grogna O’Neill. Ils sont d’accord pour reconnaître que la présence dans cette galaxie d’un vaisseau du futur et de son propriétaire contribue à perturber le trou de P4X-48C, mais ils se repassent la balle dès qu’il s’agit d’aller les récupérer.
O’Neill finit de nettoyer son pot de crème et pointa sa cuillère en direction de Mitchell.
– Harlock n’ira pas, même si je ne désespère pas de le faire changer d’avis. Mais a priori, Morgane serait disposée à vous accompagner.
– Nous accompagner ?
– Yep. Vous allez être briefés sous peu… Une confrontation frontale avec le Queen semble exclue, expliqua le général. Par conséquent, vous irez directement par la porte des étoiles tenter une exfiltration.
– Euh… Vous me demandez d’exfiltrer un vaisseau surarmé avec une équipe SG, mon général ? Comment suis-je censé faire s’il n’est pas consentant ?
O’Neill haussa les épaules et eut une mimique qui devait vouloir dire « vous trouverez bien quelque chose ». Cam réfléchit à la mission. Bah, après tout, SG-1 en avait vu d’autres… Cet objectif-ci ne semblait pas beaucoup plus impossible que la quête du Graal de Daniel, pour ne prendre que cet exemple.
– Si vous m’envoyez prendre le contrôle d’un vaisseau avec un effectif réduit, monsieur, je ne suis pas sûr que la présence d’une mutante arrogante qui ne parle pas un mot d’anglais soit un atout.
– Elle connaît la technologie, répondit O’Neill. Vous en aurez peut-être besoin pour mettre cet engin en marche…
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Base de Cheyenne Mountain.
Sam Carter avait quitté ses algorithmes et l’équipe scientifique pour assister au départ de SG-1 depuis la salle de contrôle. Mitchell l’avait aperçue par les baies vitrées et n’avait pu se retenir de monter la rejoindre.
– Vous êtes sûre de ne pas vouloir nous accompagner, Sam ? demanda-t-il innocemment.
– Certaine, sourit Sam.
Le colonel grogna sans insister. Il faut dire qu’il avait déjà essayé de la convaincre au moins une douzaine de fois depuis qu’il avait pris connaissance de sa nouvelle mission. Un froncement de sourcils éloquent du général Landry l’empêcha de se lancer dans une nouvelle tirade.
– Séquence d’activation de la porte des étoiles enclenchée, annonça Walter. Chevron un verrouillé.
Mitchell tourna les talons pour regagner la salle d’embarquement.
– Bonne chance, lui glissa Sam au passage.
– Yep, je crois que je vais en avoir besoin…
Sam se rapprocha des baies d’observation. Le reste de l’équipe SG-1 était rassemblé en bas ; Teal’c attendait impassible que le vortex s’active et Vala chuchotait à l’oreille de Daniel, lequel était – très certainement – en train de répondre « ne dis pas de bêtises ». Le colonel Mitchell avait retrouvé ses troupes et leur donnait ses dernières consignes, tout en jetant des regards réprobateurs vers un point situé immédiatement sous la salle de contrôle.
Sam se pencha vers les vitres pour améliorer son champ de vision et réussit à distinguer la chevelure rouge de la pirate : apparemment, Morgane ne s’était pas désistée du voyage, ce qui devait expliquer l’humeur de chien du colonel.
– Chevron sept, enclenché !
La salle de contrôle se nimba de l’habituelle lueur bleutée lorsque le vortex se forma. Walter se connecta aussitôt au MALP qui avait franchi la porte lors de la précédente ouverture.
– Aucune activité détectée à proximité de la porte des étoiles, déclara-t-il.
– C’est parfait, répondit le général Landry… SG-1, vous pouvez y aller, ajouta-t-il par le biais de la diffusion générale.
De sa position, Mitchell répondit par un signe de tête crispé, puis le groupe traversa l’anneau et disparut.
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