Chapitre 7 - Partie 2
Cinq étages plus haut, O’Neill se débattait entre trois pirates, une meute de scientifiques et Richard Woolsey. Il avait commis l’erreur de demander au Pentagone une ligne de crédit supplémentaire, et surtout de préciser ce à quoi elle allait servir… Les bureaucrates n’avaient pas apprécié.
– Expliquez-moi, martelait Woolsey, pour quelle raison le SG-C souhaite se doter d’un arsenal nucléaire aussi… astronomique ? Pensez-vous que nos bombes seront efficaces contre les… comment les nommez-vous, déjà ?… les Oris ?
– Nous n’avons pas l’intention de les utiliser contre les Oris, répéta O’Neill une nouvelle fois tout en s’efforçant de rester calme.
– Et bien, vous avez mentionné le terme « sauver l’univers », mais je pense qu’il s’agit de la même chose, non ?
Un des pirates soupira, suffisamment fort pour que tous les protagonistes l’entendent – y compris Woolsey ; monsieur « j’ai une tête de percepteur des impôts et je ne sais pas encore ce que je vais vous faire payer mais je vais bien trouver » blêmit et se plongea dans ses papiers pour se donner une contenance.
– Nous n’avons pas de temps à perdre pour ces tractations inutiles, fit le pirate. Nous pouvons trouver d’autres sources d’énergie pour refermer la faille du « point zéro ».
Il adressa un sourire dédaigneux à ses congénères.
– De toute façon je vois mal quelle aide attendre d’un peuple aussi arriéré…
– Une petite minute ! intervint O’Neill.
Le général toisa froidement les pirates. Chacun des trois vaisseaux avait consenti à envoyer un représentant à cette réunion ; O’Neill s’était retenu pour ne prononcer aucun commentaire acerbe sur le grade desdits représentants. Harlock considérait peut-être le SG-C comme accessoire, mais le général n’avait pas l’intention de se laisser marcher sur les pieds.
– Transmettez à vos états-major respectifs que la Terre refuse d’être écartée de cette opération, siffla-t-il du ton le plus menaçant qu’il put trouver (même si cela ne suffit qu’à arracher un rictus sarcastique aux hors-la-loi). Pour autant que je sache, votre univers est davantage menacé que le nôtre. Nous avons les moyens de vous fournir rapidement l’énergie que vous demandez pour fixer ce problème.
O’Neill foudroya Woolsey du regard, qui se tint coi, heureusement pour lui.
– Je conçois que l’énergie atomique n’est pas très évoluée, mais notre arsenal a au moins le mérite d’exister.
Il haussa un sourcil interrogatif.
– J’ai cru comprendre que le temps vous manquait… termina-t-il avec un demi-sourire victorieux.
Le pirate qui avait parlé renifla de dépit.
– Les minutes que nous perdons dans cette réunion stérile pourraient être utilisées plus efficacement. Ailleurs.
– Tout sera disponible dans quarante-huit heures, trancha O’Neill. Maintenant, si vous pensez faire mieux…
L’homme haussa les épaules.
– Je vais faire mon rapport, lâcha-t-il à contrecœur.
– Je vous en prie.
Le pirate lui lança un regard mauvais avant de tourner les talons avec ses acolytes. Woolsey parut reprendre des couleurs.
– Vous vous engagez bien à la légère, général, dit-il. Je n’ai encore rien signé…
O’Neill saisit le bureaucrate par le col.
– Livraison dans quarante-huit heures, monsieur Woolsey. Je pense que j’ai été clair.
– Mais… Je…
– Ils ont besoin d’une source d’énergie à retardement pour détruire l’anomalie spatio-temporelle que nous avons évoquée, martela le général. Donc, une bombe. Ils ne sont pas capable d’en faire surgir du néant et ils n’ont pas le temps d’en construire une des leurs…
Jack O’Neill découvrit les dents en une belle imitation du requin qui vient de choisir son futur déjeuner.
– Où pensez-vous qu’ils vont se servir si on ne leur donne pas, monsieur Woolsey ?
o-o-o-o-o-o
Quelque part au-dessus du continent américain…
Harlock avait fini par convaincre le SG-C que l’Arcadia serait plus discrète en orbite que posée dans le désert. Ce qui était faux, évidemment, et d’ailleurs O’Neill n’en avait pas cru un mot, mais au moins le général avait-il admis que le vaisseau vert serait en meilleure position pour intercepter les Oris si jamais ils décidaient de revenir dans le coin.
Harlock n’avait pas contesté ce point et s’était empressé de décoller. L’Arcadia s’était placée en orbite géostationnaire à la verticale de Cheyenne Mountain, tous dispositifs de brouillage activés. Aucun des nombreux satellites qui avaient croisé leur route n’avait semblé perturbé par la présence du vaisseau pirate.
Le capitaine profitait de la vue sur la Terre depuis ses quartiers. Pour une fois qu’il ne s’agissait pas d’une retransmission vidéo projetée sur un des écrans de contrôle…
Sa porte s’ouvrit et se referma dans un chuintement étouffé. Harlock ne se retourna pas. De tous ses membres d’équipage, seule Mimee osait entrer chez lui sans s’annoncer – enfin… sans s’annoncer verbalement, pour être exact ; la jeune femme savait parfaitement l’avertir de sa présence, généralement avant même qu’elle ne franchisse le seuil. Cette fois-ci, il l’avait sentie arriver alors qu’elle était encore dans la coursive. Avec le temps, il avait l’impression de devenir plus sensible à sa présence.
…
Elle le sondait.
– Arrête, fit-il. Tu sais que je n’aime pas ça.
Il entendit la question de la jeune femme aussi nettement que si elle l’avait prononcée à haute voix, et pourtant il était certain qu’elle n’avait encore rien dit.
– Je ne suis pas sûr que Morgane ait pardonné à Emeraldas son dernier affront, répondit-il.
Un point d’interrogation muet…
– Elle l’aurait tuée sur Heavy Melder si je lui en avais laissé l’occasion, continua Harlock. Je ne peux pas lui en vouloir, il y avait là-bas la plus importante colonie néo-humaine du secteur et j’ignore toujours comment j’aurais réagi si j’avais été à la place d’Emeraldas.
Une troisième question informulée, mais Harlock en avait assez.
– … et tu sais que je déteste parler tout seul, ajouta-t-il.
Il réussit à ne presque pas tressaillir lorsque Mimee posa la main sur son épaule – il s’était trop préoccupé de sa télépathie et n’avait du coup pas entendu la jeune femme approcher.
– Qu’est ce que tu comptes faire ? lui souffla-t-elle à l’oreille.
Il croisa son regard, se demanda s’il devait lui mentir et déduisit du plissement de ses yeux que de toute façon elle connaissait déjà la réponse.
Il détestait les télépathes. Et il lui semblait que Mimee avait de plus en plus de facilités à lire ses pensées. C’était de sa faute aussi, il n’aurait jamais dû laisser leurs esprits se rapprocher ainsi quand…
– Harlock ?
– Tu me fais perdre le fil, protesta-t-il.
Elle sourit. Elle était parfaitement consciente de l’effet qu’elle produisait sur lui.
Il se détourna de la baie d’observation et repoussa la jeune femme d’un haussement d’épaules agacé.
– J’ai envoyé un message à Emeraldas, finit-il par lui répondre. Il est parti au moment où l’équipe de Mitchell a franchi le vortex… et il a suivi le même chemin, d’ailleurs.
– Et tu te demandes si tu as eu raison ?
– Non. Je me demande si Emeraldas le recevra à temps. Morgane ne fera pas de sommations ; elle tirera parti du plus gros avantage qu’elle possède – à savoir qu’Emeraldas ne s’imaginera jamais qu’elle ait pu, elle aussi, faire le voyage dans le temps.
Mimee croisa les mains nerveusement – un tic récurrent lorsqu’elle était soucieuse.
– Est-ce que c’était la meilleure solution ? Shark et le général O’Neill affirment qu’il y a des Jaffas sur le Queen. Peut-être y a-t-il aussi un Goa’uld. Peut-être SG-1 est-il en train de se jeter dans un piège. Peut-être Emeraldas est-elle en danger…
– Oui, peut-être, coupa-t-il sèchement. Que voulais-tu que je fasse ? Que j’y aille, moi aussi ?
– Il fut un temps où tu ne te serais même pas posé la question.
– Tout change…
Harlock soupira. Mimee avait raison ; à une époque, l’Arcadia aurait déjà été en route pour rejoindre le Queen. À présent, il pouvait bien arguer du principe de précaution, il savait très bien que ce n’était pas la perspective de recroiser un Goa’uld qui le retenait.
Et d’ailleurs la jeune femme aux cheveux bleus connaissait le nœud du problème.
– Pourquoi est-ce que tu refuses de la voir ?
Elle haussa les épaules devant l’absence de réponse du capitaine.
– C’est à cause de Tochiro, je sais… Cela va faire deux ans, tu ne crois pas que tu peux tourner la page ?
Harlock lui lança un regard froid. Tourner la page ! Et elle s’imaginait sans doute que c’était facile, en plus. Il ne s’était plus trouvé face à face avec Emeraldas depuis la mort de Tochiro ; les seuls contacts qu’il avait eus avec elle depuis s’étaient résumés à de brefs échanges radio entre l’Arcadia et le Queen – des messages enregistrés, le plus souvent sans vidéo. La pirate rousse avait coupé les ponts avec tout ce qui lui rappelait le petit ingénieur, et elle s’était arrangé pour bien lui faire comprendre contre qui elle dirigeait son ressentiment.
Harlock secoua la tête. Il n’avait pas envie de rouvrir d’anciennes plaies ; il n’avait pas envie de justifier sa part de responsabilité, ni d’évoquer la pensionnaire d’un certain orphelinat, sur Terre. Et surtout, il n’avait pas envie de s’étendre sur les nouvelles caractéristiques de l’ordinateur principal de l’Arcadia.
Tochiro…
Il fixa Mimee sans ciller, lui opposa une barrière mentale rudimentaire lorsqu’elle tenta une nouvelle fois de le sonder – il était hermétique à la télépathie mais elle avait au moins réussi à lui apprendre ça – et l’écarta fermement.
– Je suis dans la salle de l’ordinateur, déclara-t-il. Je ne veux pas être dérangé.
– Tu vas parler au vaisseau ?
– Mmm.
Il s’engouffra dans la coursive sans qu’elle ne réponde. Elle désapprouvait sa manie d’aller chercher des réponses dans la salle de l’ordinateur principal – après tout on pouvait consulter l’IA de n’importe quel terminal informatique – mais elle n’avait pas encore osé entamer de débat sur ce qu’il trouvait réellement là-bas.
Bien sûr, l’ordinateur ne parlait pas. Enfin, pas vraiment. Il se contentait de… clignoter, de façon très expressive, d’ailleurs. Mais les diodes, ronronnements, cliquetis et trilles de bips n’avaient jamais gêné Harlock, ni ne l’avaient empêché de poursuivre sa discussion aussi normalement que si Tochiro s’était trouvé en chair et en os devant lui.
o-o-o-o-o-o
Allongé dans des fougères qui le dissimulaient aux regards, Cam Mitchell balayait aux jumelles le chemin en contrebas.
– Ils n’ont pas l’air d’avoir trouvé le MALP, annonça-t-il en se repliant sous l’abri des arbres où l’attendait le reste de l’équipe. Ils se sont postés à une centaine de mètres de la porte, de part et d’autre du chemin.
– Combien de soldats ? demanda Vala.
– J’ai compté huit Jaffas. Et d’après leur tatouage frontal, ils font partie de l’armée de Baal.
– Ça ne veut plus dire grand chose, de nos jours. Avec la rébellion et le reste, les différentes factions se sont complètement mélangées.
– N’empêche… intervint Daniel. Baal, c’est pas bon signe…
Teal’c acquiesça silencieusement.
– De toute façon, nous ne sommes pas là pour nous occuper de Goa’ulds, répondit Cam. Nous sommes venus chercher un vaisseau pirate et sa propriétaire… Des idées ? demanda-t-il à la dernière membre du groupe.
L’alien aux cheveux rouges se tenait un peu en retrait, adossée à un arbre. Elle faisait tourner une sorte de stylet distraitement entre ses doigts. Mitchell ne s’attendait pas à ce qu’elle réponde, mais il s’avéra que Morgane parlait beaucoup mieux l’anglais que ce qu’il avait imaginé. Et sans accent, en plus.
– D’après mon scanner, il y a une masse métallique importante dans cette direction, fit-elle en désignant grosso modo le prolongement du chemin qui partait de la porte des étoiles. Beaucoup d’alliages basiques sans intérêt, mais également une quantité significative de métal très dense utilisé pour les blindages.
– Un vaisseau, donc.
Morgane plaça son stylet à l’horizontale, lequel déroula un écran holographique qu’elle consulta attentivement.
– Plusieurs, je dirais. Cependant, celui qui nous intéresse est le seul à être réellement dangereux, à mon avis.
– Pour vous, peut-être, rétorqua Mitchell.
Il ignora le rictus sarcastique de Morgane et commença à progresser entre les arbres, parallèlement au chemin.
– Bon, on ne va pas y passer la nuit, grogna-t-il. Allons-y !
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