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30 - Chapitre 7 - Partie 4
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Chapitre 7 - Partie 4

Jack O’Neill avait reconduit Harlock à la surface, et l’avait suivi à travers les bois qui jouxtaient Cheyenne Mountain. Les deux hommes avaient marché quelques minutes et se trouvaient à présent dans une clairière, vide au premier abord… du moins jusqu’à ce qu’Harlock désactive le camouflage de son appareil.
O’Neill admira l’engin en connaisseur tandis que le jeune homme s’installait souplement aux commandes : biplace, réacteurs spatiaux, un canon en chaque bout d’aile et des emplacements qui devaient être réservés pour accrocher des charges sous le jet. Il avait l’air rapide et maniable ; pas étonnant que Mitchell s’enthousiasmait lorsqu’il en parlait.

– Bon sang ! pesta Harlock depuis le cockpit. Je ne suis pas non plus en portée avec cette radio-ci !

O’Neill se hissa sur une aile pour se placer à hauteur du pirate.

– Ce qui veut dire que ton vaisseau est passé en navigation hyperspatiale, mon garçon… comme je te l’ai annoncé, remarqua-t-il.

Harlock lui lança un regard noir.

– J’ai l’impression qu’ils t’ont abandonné, continua Jack. Ça t’arrive souvent ?
– Non, rétorqua le jeune homme sèchement. C’est pas normal.
– Hmm. Peut-être qu’ils en ont eu assez de supporter ton caractère, alors…

L’expression d’Harlock donnait à penser qu’il avait envie de mordre. O’Neill ricana. Le pirate appréciait peu les critiques et avait une nette tendance à perdre son self-control lorsque l’on pointait du doigt ses défauts. Cependant, Jack n’avait pas l’intention de le mettre réellement en colère.

– Tu as un autre moyen pour les contacter ? reprit-il.
– J’ai envoyé un message enregistré, répondit Harlock. Il faut attendre qu’il fasse l’aller-retour.
– Combien de temps ?
– Ben, ça dépend à quelle vitesse ils sont partis… Une dizaine de minutes, au minimum, je dirais…
– Mmm… Et tu es obligé de rester ici, je suppose ?

Harlock eut un demi sourire.

– Personnellement, je n’ai rien d’autre à faire, général. Je ne vous force pas à me tenir compagnie.
– Mouais. Je vais attendre. Je n’ai pas envie que tu disparaisses comme ton vaisseau.
– Pour les suivre il faudrait déjà que je sache vers où ils se dirigent, grommela le jeune homme.

O’Neill croisa les bras d’un air suffisant.

– C’est évident, gamin. Je m’étonne même que tu n’en aies aucune idée.
– M’appelez pas « gamin », protesta Harlock, plus pour la forme que pour autre chose, d’ailleurs.

O’Neill n’avait pas manqué de noter l’étincelle de curiosité que ses paroles avaient allumée dans le regard du pirate, mais il se contenta de tourner les talons et de revenir vers Cheyenne Mountain. Pour une fois qu’il avait un coup d’avance sur ce blanc-bec, il n’allait pas se priver de le faire mariner !
Il n’avait pas encore quitté la clairière dans laquelle Harlock avait posé son appareil que celui-ci l’avait rejoint, l’air furibond.

– S’il s’agit d’un bluff quelconque pour m’extorquer des informations, c’est inutile, siffla-t-il. Je ne sais pas où l’Arcadia est partie, ni pourquoi. Je n’avais pas laissé d’ordres en ce sens, ils peuvent très bien être n’importe où.

Jack sourit. Il n’était pas sûr à cent pour cent de ce qu’il allait avancer, mais cela lui paraissait logique.

– C’est évident, répéta-t-il. Après tout, vous n’êtes pas d’ici ; il n’y a aucune raison pour que ton équipage décide subitement de partir faire du tourisme au hasard dans la galaxie.

Le pirate ouvrit la bouche pour répondre, mais O’Neill l’interrompit d’un geste.

– Je ne vois que trois endroits que l’Arcadia est susceptible de fréquenter, poursuivit-il en pointant les options sur ses doigts. La Terre, mais nous savons tous les deux que ce n’est plus le cas à l’heure actuelle. P4X-48C, pour retrouver l’anomalie spatio-temporelle et rentrer dans votre univers. Ou alors… – O’Neill haussa les épaules comme si cette solution n’avait que peu d’importance, ce qui était loin d’être le cas, à son avis – il reste cette planète sur laquelle nous avons repéré le vaisseau d’Emeraldas…

Harlock le fixa quelques secondes avant de réagir. Puis il jura.

– Tochiro, merde ! Pourquoi je n’y ai pas pensé avant ?
– Oui, c’est ce que je me demande, répondit Jack.

Il hésita.

– Euh… Tochiro, c’est bien votre ami à lunettes ? Le rapport du colonel Mitchell mentionne qu’il est mort, non ?
– En quelque sorte.
– Qu’est-ce qu’il vient faire dans cette histoire ? interrogea O’Neill, qui tiqua tout de même sur le « en quelque sorte » (ce type était mort, oui ou non ?).
– Je vous expliquerai, éluda Harlock.

Soudain pressé, le jeune homme entraîna Jack vers la base.

– ’faut que je contacte ceux du Speranz, ajouta-t-il. Si l’Arcadia tombe sur le Queen, on court vers les ennuis…

o-o-o-o-o-o

L’Arcadia était passée en dimension warp sans qu’aucun des membres d’équipage présents en passerelle ne comprenne comment une telle manœuvre avait pu se produire. Le vaisseau vert filait vers sa destination, mais le pilote automatique n’avait pas jugé bon de préciser quelle était cette destination…
Kei était penchée au dessus de l’épaule du second ; Yattaran tentait de reprendre la main sur le pilote automatique depuis la console de navigation.

– L’ordinateur principal est totalement hors de contrôle ! s’exclama-t-il. Nous naviguons en automatique, et toutes les commandes sont verrouillées !
– Tu ne peux rien faire ? demanda Kei. Si on shunte le pilote automatique, l’Arcadia devrait au moins repasser en espace normal !
– Sauf que ce n’est pas le pilote automatique qui est bloqué, rétorqua Yattaran. Les ordres viennent directement de l’ordinateur central… Si je veux shunter quelque chose qui soit suivi d’effet, il faut le faire à partir de la salle de l’ordinateur.
– Et bien ? Qu’est-ce que tu attends ?

Yattaran fronça les sourcils d’un air incrédule.

– Tu me demandes de me rendre dans la salle de l’ordinateur principal pour le couper ? Tu te souviens de ce qui s’est passé quand j’ai essayé de changer une carte mémoire, là-bas ?

Kei fit la moue. Et comment, qu’elle se souvenait. Les murs portaient encore des traces d’incendie. Le capitaine avait conclu à un court-circuit accidentel, mais Kei n’avait pu s’ôter l’idée que l’IA de l’ordinateur avait voulu se débarrasser de l’intrus qui bidouillait ses processeurs.
Et d’ailleurs, elle était persuadée qu’Harlock n’avait pas cru un seul instant à la thèse de l’accident.

– Hors de question que je mette ne serait-ce qu’un orteil dans cette pièce, grogna Yattaran.

Kei soupira.

– Qu’est-ce que tu proposes, alors ?
– Attendre qu’on stoppe. Envoyer la position au capitaine. Son spacewolf a suffisamment d’endurance, ou sinon il pourra se servir du Speranz.
– Mmm. Ce qui est bizarre, c’est que le vaisseau soit parti sans le capitaine. Ce n’est pas la première fois que l’ordinateur principal reprend la main tout seul, mais jusqu’à présent c’était toujours afin de rejoindre le capitaine, pas pour le larguer sur une planète.

Yattaran se renversa sur son fauteuil et croisa nonchalamment les mains derrière la tête.

– J’ai bien une hypothèse… fit-il.
– On t’écoute.

L’informaticien sourit malicieusement.

– Je crains que nous ne nous trouvions dans une situation sur laquelle Harlock et Tochiro étaient en désaccord, déclara-t-il. L’ordinateur n’a pas eu le dernier mot, et il a coupé court à la confrontation en laissant le capitaine sur place.
– C’est pas du tout son genre !
– Ouaip. À quelques rares exceptions près. Tu te rappelles en quelles occasions Tochiro agissait de la sorte ?

Yattaran lui lança un regard entendu. Kei n’avait plus besoin d’éclaircissements supplémentaires.

– Emeraldas…

o-o-o-o-o-o

Cam Mitchell râlait. Ces derniers temps, non, seulement il était obligé de faire équipe avec des pirates plus ou moins coopérants, mais en plus il n’était même pas certain du but de sa mission actuelle. Devait-il sauver Emeraldas des griffes de Baal ou au contraire s’assurer que le Goa’uld ne puisse former d’alliance ? Daniel s’était montré plus qu’évasif lorsqu’il lui avait posé la question. Quant à Teal’c…

– Emeraldas a fait preuve d’imprudence en négociant avec Baal sur P4X-48C, répondit celui-ci à Mitchell. Néanmoins, ses actions ne sont jamais allées à l’encontre des intérêts du SG-C.

Mouais… En clair, il n’en savait rien.
Cam écarta avec humeur une branche de résineux qui avait eu la malheureuse idée de se trouver sur son passage.

– Et toujours aucune trace de Morgane, grogna-t-il. Elle a intérêt à ne pas s’être fait prendre par une patrouille !

Les bois avaient l’air calme, mais vu la concentration de vaisseaux de l’autre côté de la colline, mieux valait être prudent.

o-o-o-o-o-o

Le prieur s’était incliné avec déférence avant d’annoncer l’objet de sa visite.

– Le vaisseau que vous nous aviez demandé de surveiller vient de quitter la Terre, Orici. Dois-je envoyer notre flotte là-bas pour mater définitivement les humains ?
– Non.

Le prieur ne broncha pas, mais un léger crispement de ses doigts sur son bâton trahit sa désapprobation. Adria le considéra avec dédain.

– D’autres vaisseaux sont passés par l’anomalie énergétique et sont aussi dangereux que celui qui m’intéresse, rappela-t-elle froidement. Moi seule décide du moment opportun pour frapper la Terre.

Elle congédia le prieur avant qu’il n’ait le temps de développer un contre-argumentaire et se plongea dans la contemplation de la flamme rituelle qui brûlait en continu dans ses quartiers. Ainsi donc, ce vaisseau si fascinant était parti… Il était effectivement dangereux, mais s’il s’isolait de ses alliés, alors il pourrait être plus vulnérable…
Adria s’agenouilla face à la flamme et se prépara à une navigation astrale. Son esprit flotta bientôt librement et elle s’éloigna sans tarder des appareils de sa flotte et des prieurs, dont le psychisme était trop agressif pour qu’elle puisse effectuer une recherche en toute quiétude.

Tous les sens en éveil, elle se focalisa sur la présence qu’elle avait détectée auparavant. Elle repéra un lien ténu à proximité de la Terre et se concentra pour remonter sa trace. Elle progressa d’abord avec prudence afin de ne pas perdre le fil psychique, puis accéléra au fur et à mesure qu’elle sentait le vaisseau se rapprocher.
Elle stabilisa enfin son esprit à bonne distance de manière à ce que l’autre, à bord, ne la repère pas et prit le temps d’étudier en détail la configuration du vaisseau vert. Elle devait identifier et localiser ceux qui avaient surmonté l’aveuglement des humains et étaient capables de projeter leur esprit. Elle devait les neutraliser rapidement ; les membres d’équipage restants ne lui poseraient aucun problème.

Le vaisseau naviguait en hyperespace. Elle le suivit à la même vitesse tout en analysant les formes de vie à son bord. Elle retrouva bientôt les deux présences qui l’avaient perturbée : la plus faible était liée à une forme de vie – Adria ne douta pas un seul instant sortir victorieuse d’un duel contre cet esprit ; elle-même, grâce à la force que lui insufflait les Oris, était bien plus puissante… La deuxième présence était plus confuse, comme floue et s’étalait tel un nuage de brume tout autour du vaisseau. Adria dut faire appel à toute sa concentration pour en déterminer la source : celle-ci se situait un peu en arrière de ce qui devait être le bloc de commandement, dans une grande pièce blindée. L’Orici rassembla son énergie : c’était à cet endroit qu’elle devait frapper.

Elle se matérialisa brusquement dans une salle contenant un immense ordinateur – la salle était vide, mais Adria ne s’attarda pas sur cette bizarrerie : la présence était bien réelle, elle, et n’appréciait pas sa visite. La jeune femme brune ne perdit pas une seconde : elle étendit son esprit et tissa un piège tout autour des murs de la pièce. Elle sentit l’autre se battre contre cette prison psychique, mais il ne put la briser.
Adria sourit. À présent, elle avait le champ libre.

Curieusement, l’ordinateur s’éteignit.

o-o-o-o-o-o

L’Arcadia stoppa. Le vaisseau pirate revint en espace normal et continua sur sa lancée par inertie, puis il finit par s’arrêter tout à fait.
Au beau milieu de nulle part.

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