Chapitre 8 - Partie 2
– Alors ? demanda Cam à la cantonade une fois qu’il fut évident que Morgane n’était plus nulle part dans les environs.
Personnellement… commença Vala.
Elle prit l’air offusqué de rigueur lorsque Mitchell l’interrompit par un soupir et que Daniel fronça les sourcils (le froncement qui signifiait « qu’est-ce que tu vas encore dire comme bêtise »), avant de reprendre son raisonnement.
– Si une patrouille jaffa l’avait trouvée, continua-t-elle, elle aurait été conduite soit à la porte des étoiles, soit jusqu’au palais ou au vaisseau principal de Baal… Et la seule route qui y mène passe juste là, conclut-elle en désignant le chemin qui serpentait en contrebas de leur position. On l’aurait vue.
– Sauf s’ils sont passés par la forêt, rétorqua Mitchell.
– Quel intérêt de progresser dans les sous-bois quand il y a une route ? fit Vala sans se démonter. ’meilleur moyen pour égarer un prisonnier, à mon avis.
Le colonel émit un « humpf » que Vala interpréterait comme « quelle brillante déduction, Vala, que ferions-nous sans vous ».
– Pas de quoi, répondit-elle.
Daniel lui fit un petit sourire qui valait toutes les félicitations.
– Et donc je pense que Morgane est allée jusqu’à ce vaisseau bizarre et a trouvé le moyen de monter à l’intérieur, termina-t-elle, rayonnante. Elle semblait avoir des comptes à régler…
– Et bien tant mieux, grogna Mitchell. Que ces pirates se débrouillent entre eux, ça me fera des vacances !
– Nous sommes censés prendre contact avec Emeraldas et la convaincre de rentrer à son époque, rappela Teal’c d’un ton monocorde.
– Je sais, Teal’c, je sais ! admit le colonel. J’ignore ce qu’a planifié Morgane, et dans la mesure du possible j’aimerais que tous ces pirates ne se tapent pas dessus pendant ce siècle-ci… et surtout qu’ils évitent de se faire remarquer à proximité d’une flotte goa’uld aussi importante.
Daniel eut un haussement d’épaules fataliste.
– ’m’est avis que c’est déjà fait. Baal et Emeraldas se connaissaient déjà.
– … depuis l’affaire de P4X-48C, compléta le colonel. Et Baal connait également Harlock, si j’ai bien compris toute l’histoire.
– ’xact. Mais il semblait… euh… apprécier davantage la compagnie d’Emeraldas, reprit Daniel.
– Et réciproquement, ajouta Teal’c.
– Eh ! intervint Vala. Vous n’aviez pas dit que cette Emeraldas était alliée aux Goa’ulds !
– Parce que je n’en sais rien, répondit Daniel. La seule chose que je peux dire avec certitude, c’est qu’elle détestait les Asgards, à l’époque. Mais ça ne signifie pas qu’elle est contre nous !
– Les amis de mes ennemis… déclama pensivement Mitchell.
– Ça ne s’applique pas, coupa Daniel. Enfin, ça n’a pas l’air de s’appliquer.
Vala se massa les tempes.
– Houlà, c’est trop compliqué pour moi, toute cette histoire…
Elle allait embrayer sur une digression intéressante à propos d’une de ses aventures personnelles (« moi, j’ai toujours veillé à ne pas m’allier avec deux factions rivales, ça ne peut qu’apporter des ennuis ») mais fut distraite par des mouvements sur le chemin. Juste à temps, aurait dit Daniel – comme si ses histoires manquaient d’intérêt… Elles ne manquaient jamais d’intérêt. Seulement de véracité, parfois.
– On vient, annonça-t-elle sans montrer à Daniel qu’il avait perdu une occasion de s’instruire grâce à son expérience.
Humains et Jaffa se fondirent dans la végétation à l’instant où une patrouille de six gardes jaffas émergea d’un virage. Les soldats escortaient deux femmes, rousses toutes deux.
Enfin, l’une avait cependant les cheveux beaucoup plus rouges que l’autre (et le teint vert).
– Bon, voilà, chuchota Vala. Nous avons retrouvé Morgane. Et maintenant ?
– Je suppose que l’autre est Emeraldas ? demanda Mitchell sur le même ton.
– Yep, répondit Daniel… Et c’est une mauvaise idée de l’attaquer de front, ajouta-t-il en scrutant les réactions du colonel, puis de Vala.
La jeune femme haussa des sourcils en une mimique qu’elle voulait consternée – comme si elle en avait eu l’intention… Bon, d’accord, l’idée lui avait traversé l’esprit. Elle eut une moue contrite.
Mitchell, quant à lui, haussa simplement les épaules.
– On va les suivre discrètement, déclara-t-il. Je ferai un rapport au SG-C dès que je saurai avec certitude où elles vont.
– Toujours partant pour une exfiltration ? ironisa Vala.
– On avisera sur place. Allez, en avant…
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– Chevron quatre, enclenché !
À l’extrême gauche du groupe SG aligné dans la salle de la porte, Jack O’Neill trépignait d’impatience tel un gamin à la veille de Noël. Il allait franchir la porte des étoiles une fois de plus.
Comme au bon vieux temps.
Enfin… Il jeta un coup d’œil aux jeunes soldats harnachés de pied en cap – SG… euh… 17, s’il en croyait le badge. Presque comme au bon vieux temps.
Mais c’était mieux que rien.
– Jack ! cracha le haut-parleur avec la voix du général Landry. Où reste donc votre pirate ? Il va finir par rater le départ !
O’Neill agita la main vers la salle de contrôle pour faire signe qu’il n’en savait rien et que ce n’était pas son pirate. Landry n’avait qu’à mieux surveiller sa base s’il ne voulait pas perdre des pirates dans ses coursives.
– Chevron sept, enclenché !
Les deux portes s’ouvrirent simultanément (à savoir, celle qui donnait sur une autre planète et celle qui, plus prosaïquement, permettait de sortir de la pièce vers les couloirs du SG-C). O’Neill aperçut la silhouette d’Harlock du coin de l’œil et leva le pouce à l’intention de Landry qui l’observait depuis son aquarium, là-haut. Plus rien ne retenait son départ.
– Okay, SG-17, fit Landry. Vous avez le feu vert.
– C’est le moment, mon général, annonça le soldat le plus proche à Jack. Vous êtes prêt ?
Et comment !
O’Neill ne regarda pas en arrière de peur que quelqu’un ne change d’avis et se hâta sur la rampe métallique menant au vortex.
– Bonne chance, Jack, entendit-il Landry lui souhaiter juste avant qu’il ne franchisse la surface aqueuse.
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Zone 51…
À l’abri sous son bouclier d’invisibilité et après une accélération éclair de deux petits kilomètres – les Terriens allaient tout de même avoir du boulot pour faire disparaître la traînée rectiligne de sable vitrifié –, le Speranz s’arracha au sol du désert du Nevada pour gagner la haute atmosphère.
Accoudé au dossier du fauteuil de commandement, Loren tentait d’afficher une pose décontractée afin de masquer sa nervosité.
Sans succès. Le fauteuil vide semblait le narguer et lui rappelait à chaque seconde que ce qu’il s’apprêtait à faire était exactement le contraire des instructions qu’avait laissées Morgane.
– Détection d’une ouverture warp aux coordonnées que vous nous avez indiquées, monsieur, annonça le radar.
– Très bien. Préparez-vous pour un saut !
Loren se tourna vers le navigateur.
– Calculez la trajectoire de façon à emprunter le tunnel warp rémanent, ordonna-t-il. D’après mes sources, le générateur warp localisé dans la base terrienne est suffisamment puissant pour happer un vaisseau dans son sillage. Je préfèrerais limiter le nombre de sauts jusqu’à notre destination.
– Il faudra surfer sur l’onde du warp, répondit le navigateur. Cela risque d’être délicat si elle est trop puissante ou trop rapide pour nous.
– Faites au mieux. Si vous êtes contraint à revenir en espace normal en cours de route, les coordonnées finales sont sur le réseau.
– À vos ordres.
Loren jeta un regard méchant au fauteuil, lequel se contenta de l’ignorer (ce n’était qu’un fauteuil, après tout), et se concentra sur sa mission.
« Ma mission », se répéta-t-il amèrement. Plutôt celle qu’Harlock lui avait donné, à vrai dire. Le pirate s’était déplacé jusqu’au Speranz pour expliquer à l’équipage ce qu’il attendait d’eux. L’officier scientifique avait été tellement abasourdi par le culot du capitaine de l’Arcadia qu’il n’avait pas su trouver les mots pour répliquer. Ensuite, cela avait été trop tard pour le faire : Harlock avait pris son silence pour une approbation et avait agi en conséquence.
Loren se demandait s’il n’y avait pas eu aussi une part de lâcheté dans son attitude – le premier lieutenant avait eu une « explication virile » avec le capitaine pirate lorsqu’il lui avait signifié son désaccord, et à présent il était en réanimation à l’infirmerie. Loren avait préféré ne pas subir le même sort et avait accepté les conditions posées sans plus de discussions.
Arrh… Et de toute façon ce foutu pirate savait qu’ils tomberaient d’accord à partir du moment où il avait prononcé « Morgane est en danger ».
Peu importe que Loren soupçonnât Harlock d’avoir provoqué cette situation. Morgane avait besoin d’aide. Son devoir était d’y aller.
Le navigateur interrompit ses réflexions.
– Paré pour le saut, monsieur. J’attends votre ordre.
Loren inspira profondément. Morgane lui avait dit explicitement de ne pas bouger avant son retour. Il risquait une sérieuse engueulade quand elle s’apercevrait qu’il avait désobéi à un ordre direct sans protester.
D’un autre côté…
Elle est en danger.
Il soupira.
– Enclenchez le warp !
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Baal croisa et décroisa ses doigts sous le menton tout en étudiant attentivement la jeune femme assise sur le rebord du sarcophage.
– Je vous avais dit que ça ne fonctionnerait pas, remarqua l’autre femme présente dans la pièce.
– Certes, répondit Baal. Mais je suis néanmoins satisfait d’avoir essayé, ma chère.
Emeraldas haussa les épaules à ces mots comme si cela n’avait aucune espèce d’importance. C’était pourtant elle qui lui avait soufflé l’idée, au départ. Ne serait-ce qu’en prétendant que cela n’avait aucune chance de fonctionner, justement.
– Oh, le système de régénération est efficace, répondit la première femme en vérifiant que sa blessure s’était correctement refermée. Bien que les drogues que vous utilisez soient plutôt primitives, de mon point de vue.
– Ce n’est pas au sarcophage que je pensais, Morgane.
– Ah, oui… Pauvre bête. C’était couru d’avance. Vous auriez pu lui épargner ça.
La dénommée Morgane fixa Baal, un sourire ironique aux lèvres. Le Goa’uld lui répondit d’un sourire identique, mais il sentait bien que le sien était un peu forcé – et que cette étrange fille au teint vert s’en était parfaitement rendue compte.
– Le sacrifice du symbiote n’a pas été vain, déclara Baal d’un ton qu’il s’efforça de rendre froid et calculateur. J’ai tout de même collecté des renseignements intéressants.
Des renseignements… Mouais. La « pauvre bête », comme l’avait appelée Morgane, était morte en se tortillant sur le dallage de marbre moins de cinq minutes après être ressortie de l’organisme de la jeune femme. Et le symbiote n’avait tenu que quelques secondes à l’intérieur. Il n’avait même pas eu le temps de se connecter à l’esprit de son hôte.
Le seul renseignement potable que Baal avait pu collecter, dans l’affaire, c’était que le sang ou l’ADN, ou quelque chose dans l’organisme de Morgane était nocif pour les Goa’ulds.
Foudroyant, même.
Morgane lui dévoila ses canines trop pointues. Il réussit à ne pas reculer mais ne put s’empêcher de tressaillir.
Derrière lui, il entendit Emeraldas émettre un bruit qui ne pouvait être qu’un rire contenu.
Argl. Ces filles du futur allaient le rendre fou.
Fort heureusement pour ses nerfs, un Jaffa entra et se planta au garde-à-vous devant lui après avoir jeté des regards soupçonneux à Emeraldas et Morgane.
– Parle, ordonna Baal en revenant à des considérations plus basiques et en décidant d’ignorer l’air réprobateur du Jaffa.
Il savait ce que pensaient ses Jaffas mais refusait obstinément d’en tenir compte : il était de toute façon pleinement conscient qu’Emeraldas n’était pas ce qu’on pouvait appeler « un allié sûr », et Morgane encore moins – surtout après ce qu’elle avait fait à son symbiote.
Sans compter que les deux jeunes femmes ne semblaient pas être les meilleures amies du monde. Encore des ennuis en perspective… Le Goa’uld se demanda s’il ne faudrait mieux pas qu’il se débarrasse de la pirate rousse plutôt que de chercher à lui extorquer l’un ou l’autre secret technologique. Évidemment cela impliquait qu’il ne pourrait plus profiter de sa compagnie…
Baal soupira, ce qui lui valut une mimique sardonique de la part de chacune de ses deux « invitées ». Eh ! C’était lui le tortionnaire, pas l’inverse !
– Le chaapa’aï vient d’être activé, mon seigneur, annonça le Jaffa. Selon les éclaireurs, il s’agit d’une patrouille de la Tauri.
– Combien de soldats ?
– Une dizaine, mon seigneur.
Baal fixa un point au delà de l’épaule du Jaffa, s’efforçant de concentrer ses pensées sur autre chose que des cheveux roux. Il secoua la tête pour se reprendre.
– Soit le double d’une équipe SG normale, calcula-t-il. Je dois posséder quelque chose que les Terriens souhaitent absolument récupérer…
– Mmh… ’me demande bien quoi, persifla Emeraldas.
Baal se retint de lancer une idiotie de genre « vous n’avez qu’à partir maintenant et me laisser tranquille sur ma planète, et n’oubliez pas d’emmener les Tauris avec vous ». Emeraldas était capable de le prendre au mot… Non, elle le prendrait au mot.
Ah, bah. Il n’avait pas envie de se créer de nouveaux problèmes avec la Terre maintenant, mais à moins que le SG-C n’ait changé sa politique, les humains ne lui laisseraient pas de répit à présent qu’ils avaient localisé son QG principal. Il n’avait pas vraiment le choix, donc.
– Il est temps de nettoyer cette planète des Tauris qui y circulent en toute impunité, dit-il.
Il fit appeler son primat et sa garde personnelle.
– Conduisez-les à mon ha’tak et enfermez-les, ordonna-t-il en désignant les deux femmes. Et maintenez en permanence une escouade devant leur cellule.
– Une escouade, mon seigneur ? interrogea le primat, dubitatif.
– Tout à fait, confirma Baal.
Le Goa’uld se tourna vers Emeraldas.
– Vous m’excuserez de vous exclure des prochaines activités, très chère, mais je crains que vous ne puissiez faire preuve de toute l’objectivité nécessaire… Et je préfère ne pas risquer que vous tiriez sur mes Jaffas plutôt que sur les Tauris.
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