Chapitre 8 - Partie 3
Le général O’Neill eut le souffle coupé lorsqu’il se réceptionna plutôt rudement sur le sol de PZ3-18. Nom d’un chien ! Voilà qu’il perdait l’habitude des voyages interplanétaires ! Il savait qu’il n’aurait pas dû se laisser convaincre par un travail à Washington…
– Tout va bien, monsieur ? demanda le jeune sergent qui l’avait précédé.
– Ça va, grogna Jack. Occupez-vous de sécuriser la porte des étoiles, et avertissez-moi dès que vous connaîtrez la position de SG-1.
Le sergent se mit aussitôt au garde-à-vous et le gratifia d’un salut militaire impeccable avant de s’éloigner en petites foulées.
– Vous êtes certain de pouvoir suivre le rythme, O’Neill ? lui glissa Harlock alors que Jack était encore en train d’inspirer profondément (quoi que le plus discrètement possible) pour reprendre son souffle.
– Pourquoi cette question, gamin ? rétorqua celui-ci avec un rictus sarcastique. Tu pensais te la couler douce à l’arrière avec moi pendant que les autres font tout le boulot ?
Jack toisa le pirate d’un air de défi. Pourquoi tout le monde le traitait-il comme s’il était un des vases précieux de sa grand-mère ? Ah, oui… Parce qu’il était général. Et parce qu’il se faisait vieux.
O’Neill fit la grimace. Sa condition physique n’était plus ce qu’elle avait été, mais il estimait se défendre encore honorablement contre la nouvelle garde. Malgré son poste au Pentagone (dont le travail était bien plus prenant que ce qu’il ne voulait l’admettre), il s’astreignait à deux séances de sport hebdomadaires dans la salle d’entraînement de son quartier, et ne dérogeait jamais au footing du dimanche.
Harlock lui tapa l’épaule, et il était clair que son geste était plus ironique qu’amical.
– Je me fais du souci pour vous, mon général, déclara le jeune homme d’un ton faussement sérieux (à vrai dire, cela sautait aux yeux que le pirate faisait son possible pour ne pas ricaner). Votre âge, vous comprenez ? Le cœur peut lâcher à tout moment…
O’Neill se dégagea, fit face à son interlocuteur en fronçant les sourcils et s’efforça de prendre l’air sévère.
– Je te préviens, encore une réflexion sur mon âge et je te harcèle pour connaître le tien. Et je t’appelle « fiston » devant tous les gens que je croise… surtout s’ils viennent du futur.
– Vous n’oseriez pas.
– Aha ! Tu crois que je n’ai pas le cran de mettre ma menace à exécution ?
– Euh…
O’Neill sourit : Harlock était à court de répliques cinglantes, ce qui n’arrivait que rarement, et ce qui signifiait également la victoire pour lui.
– ’m’est avis que tu es trop jeune pour commander un vaisseau comme le tien, ajouta tout de même Jack, histoire de bien enfoncer le clou.
– Plus maintenant, O’Neill, lâcha Harlock.
Le jeune homme grommela une phrase indistincte ; ce n’était pas l’anglais contemporain, ni celui du futur – ce devait être un juron imagé dans un obscur dialecte.
– Le sujet est clos, d’accord ? continua le pirate.
Il avait l’air vexé. O’Neill hocha la tête en signe d’assentiment, mais se promit d’y revenir plus tard. Quand il voudrait s’amuser un peu.
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Cam Mitchell avait suivi Emeraldas et Morgane jusqu’à ce qui ne pouvait qu’être le palais de Baal, avait laissé Daniel et Vala en faction devant l’entrée et était parti faire un petit tour de reconnaissance avec Teal’c. L’édifice semblait impénétrable, mais il devait bien exister un mur moins haut, une fenêtre idéalement placée ou une porte dérobée quelque part.
– Ce doit être possible par ici, colonel Mitchell, déclara Teal’c après qu’ils eurent examiné les murailles sous toutes les coutures. Nous pourrons escalader cette paroi en nous aidant des arbres, puis lancer un grappin jusqu’au sommet.
– Yep. En espérant qu’il n’y ait personne sur le chemin de ronde et que la nuit ne soit pas trop lumineuse.
– En effet.
Les deux hommes revinrent à leur point de départ. Vala leur sauta littéralement dessus.
– Où restiez-vous ? leur reprocha-t-elle. C’est ici qu’il y a de l’activité !
Cam haussa un sourcil. Oui, d’accord, les patrouilles allaient et venaient, et alors ? Daniel le détrompa d’un signe de tête. Ce n’était pas une patrouille qui se rassemblait devant le porche du palais, mais presque une petite armée.
– Nom de… Qu’est-ce qui se passe ?
– Pas la moindre idée, fit Daniel. Mais une vingtaine de Jaffas sont déjà partis en direction de la porte des étoiles.
La radio de Mitchell grésilla avant qu’il ne puisse poser d’autres questions.
– Crrr… G-1… Vous me recevez ?
– Ici Mitchell, répondit celui-ci.
Il écarta aussitôt l’appareil de son oreille, surpris par le bruit de friture.
– Pourquoi y a-t-il autant de brouillage ?
– Ça ne vient pas de Baal, expliqua Vala. Je pense que c’est le vaisseau d’Emeraldas qui provoque ces interférences. Un dispositif de défense passif.
Cam tritura les boutons de la radio puis l’agita sans obtenir d’autres résultats qu’un trille modulé très désagréable pour l’ouïe.
– Chut ! reprit Vala d’un ton sévère. Vous allez nous faire repérer !
Le colonel s’abstint de tout commentaire et continua à secouer sa radio. Celle-ci finit par lui cracher un « SG-1, ici SG-17 ».
– Landry a envoyé une autre équipe ici, comprit Cam.
– … et Baal leur a préparé une réception animée, renchérit Vala. Il faut qu’on les prévienne !
– Je suis d’accord, colonel Mitchell, ajouta Teal’c. En nous dépêchant, nous pouvons les prendre de vitesse, continua-t-il en désignant la troupe de Jaffas toujours en train de s’organiser en un bloc cohérent devant le palais.
– Et peut-être que lorsque nous serons plus éloignés du vaisseau d’Emeraldas, le brouillage s’atténuera, conclut Mitchell. Ne traînons pas !
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Harlock termina son examen des environs avec son scanner personnel avant de se rapprocher d’O’Neill. Le général harcelait un malheureux sergent qui tentait d’obtenir – sans succès – un contact avec SG-1.
– Emeraldas brouille la zone, annonça Harlock. C’est inutile de terroriser cet homme, O’Neill. Il ne pourra pas obtenir un signal de meilleure qualité que ces crachotements. Surtout avec la technologie des radios que vous utilisez.
O’Neill lui retourna un regard sceptique.
– Comment le savez-vous ?
– Je fais la même chose quand je me pose, rétorqua calmement Harlock. Et avec le même appareil.
– Oh. On construit les vaisseaux avec brouilleur de série, dans le futur, hein ?
– Mmm… si vous considérez que « deux », c’est une série, alors oui.
– Je vois. Le vaisseau d’Emeraldas possède beaucoup de points communs avec le vôtre, n’est-ce pas ?
Harlock se renfrogna.
– Le Queen est différent, répondit-il sèchement.
Et ce, bien que la plupart des améliorations technologiques aient été réalisées en deux exemplaires. Malgré Tochiro.
À cause de Tochiro.
Quelles que soient les performances de l’IA du vaisseau d’Emeraldas, l’ordinateur de l’Arcadia avait une particularité que ne possédait pas celui du Queen.
Harlock secoua la tête. La question de savoir ce qu’il y avait exactement à l’intérieur de l’ordinateur principal de son vaisseau ne se posait pas tant qu’Emeraldas ne s’en approchait pas trop près. Mais un jour ou l’autre, il faudrait bien qu’il affronte le problème en face. Qu’il présente sa version à la belle pirate rousse. Et qu’il s’interroge sur sa propre… cohérence mentale ; car, après tout, comment pouvait-il dénoncer l’inhumanité des troupes de Promethium, comment pouvait-il traiter de lâches et combattre ceux qui choisissaient l’immortalité inorganique au détriment de l’essence même de leur être, s’il continuait à se comporter comme si Tochiro n’avait pas changé ?
Le capitaine s’éloigna d’O’Neill avant que celui-ci ne se mette en tête de lui soutirer plus d’informations.
Tochiro…
Tochiro n’avait pas changé. C’était un génie. Son programme informatique n’avait pas altéré son âme, au contraire de tous les processus que Promethium utilisait.
Harlock sourit amèrement. Qui donc espérait-il tromper avec de tels arguments ?
…
Lui-même. Seulement lui-même. Son meilleur ami était un vaisseau de quatre cents mètres de long… Harlock se demandait d’ailleurs parfois si la relation qu’il partageait avec l’Arcadia serait différente si Tochiro n’avait pas élu domicile à l’intérieur de son ordinateur principal.
…
Non, ce serait sans doute pareil. Le pirate savait qu’il ne pourrait plus jamais vivre en paix sur une planète – pas après ce qu’il avait traversé à la barre de l’Arcadia. Il savait qu’il continuerait à errer parmi les étoiles, pour les idéaux qu’il défendait. Et pour le plaisir de naviguer.
L’espace le tenait.
– Eh ! Oh ! Gamin ? Tu rêves ?
Harlock se plongea dans l’examen de son scanner afin d’éviter d’avoir à admettre à O’Neill que ses pensées s’étaient égarées bien loin de cette planète.
Enfin… Ç’aurait certainement été plus crédible si l’appareil avait été allumé.
– Plutôt obscures, ces données, se moqua le général en scrutant l’écran noir du scanner.
– Hmpf.
– Et à part ça, tu as eu des nouvelles de ton vaisseau ? reprit O’Neill.
– Non.
Personne n’avait répondu à son message enregistré. Le capitaine ne laissa rien transparaître – il préférait encore être pendu par les pieds plutôt que de montrer le plus petit signe de faiblesse à O’Neill – mais il était bien loin d’être aussi serein que ce qu’il affichait.
Il aurait dû recevoir une réponse avant de passer la porte des étoiles. L’Arcadia s’était équipée d’un système de communication warp nouvelle génération peu avant la bataille d’Andromède (qui lui avait coûté une petite fortune en cristaux de navigation, en y repensant), et s’était par conséquent affranchie de tous les problèmes liés aux transmissions différées. En pratique, Harlock avait observé une réduction significative des délais : de l’ordre d’une heure pour une distance pouvant aller jusqu’à quatre parsecs.
Quoi qu’il en soit, le temps d’attente normal avait été largement dépassé aujourd’hui.
– C’est inquiétant, lâcha le général O’Neill, ce qui résumait bien la pensée d’Harlock également.
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Sur l’Arcadia justement, l’on commençait à se demander s’il ne faudrait pas envisager de sortir les navettes pour aller chercher du secours. Avec stoïcisme et sans plus trop se préoccuper d’Adria qui, elle, se demandait si elle allait devoir massacrer quelqu’un pour qu’on la considère avec toute l’hostilité à laquelle elle estimait avoir droit.
– Okay, vous avez des pouvoirs ! lui rétorqua un petit bonhomme à lunettes penché sur une console informatique et qui – bizarrement – jouait avec un modèle réduit d’aéronef primitif. Dans ce cas, servez-vous en pour nous amener sur une planète… ou bien partez comme vous êtes venue et laissez-nous nous débrouiller seuls.
– Je pourrais tous vous tuer pour ne pas vous être prosternés face à la foi des Origines ! prophétisa-t-elle d’une voix glaciale.
Cela n’impressionna malheureusement pas son interlocuteur qui ne consentit qu’à hausser un sourcil sceptique.
– Et ensuite, vous allez déplacer le vaisseau par la seule force de votre volonté ? ironisa-t-il.
– Je…
– Vous avez essayé, coupa l’humain. Vous n’y arrivez pas. Nous par contre, nous connaissons ce vaisseau et nous avons probablement plus de chances de le faire repartir que vous.
Adria chercha une riposte adéquate, mais l’humain balaya les éventuelles objections d’un geste tout en se replongeant dans les lignes de code de sa console.
– … Alors je vous propose d’en rester là et de reparler des « Origines » quand nous serons en sécurité, d’accord ? conclut-il.
Adria hésita. Peut-être que si elle le suspendait dans un champ de force et qu’elle lui compressait lentement les os, il lui montrerait davantage de respect…
Mmm. Elle était tentée, mais il avait cependant raison, en un sens. Lorsqu’elle s’était matérialisée sur ce vaisseau, tous les systèmes principaux avaient cessé de fonctionner. Elle avait tout d’abord cru à une manœuvre de l’équipage et avait fait montre de ses dons de télékinésie pour prendre l’ascendant sur eux, mais elle avait rapidement admis que la panne n’était pas intentionnelle (ou alors tous ces gens étaient d’excellents comédiens – malgré ce qu’elle leur avait fait subir…). Elle avait pesté contre cette infortune et effectivement tenté de déplacer le vaisseau par elle-même, mais cela s’était révélé horriblement fatiguant. Et puéril.
Sans compter que, bien qu’elle ait mis un certain temps à l’admettre, sa force psychique avait diminué de façon dramatique depuis qu’elle avait posé le pied ici : elle disposait à peine de l’énergie nécessaire pour un voyage astral. Et encore, elle doutait être capable de se dématérialiser complètement.
En clair, elle était bloquée.
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