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34 - Chapitre 8 - Partie 4
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Chapitre 8 - Partie 4

Deux ponts sous Adria, l’ordinateur principal de l’Arcadia compilait des données furieusement. Enfin, façon de parler. L’ordinateur savait très bien qu’il ne pouvait pas être « furieux », n’empêche qu’il regrettait ne pas posséder d’interface vocale suffisamment puissante pour hurler sa colère à la face de cet intrus qui avait voulu l’emprisonner dans un champ psychique.
Même si les ordinateurs n’étaient pas censés « regretter » quoi que ce soit, d’ailleurs.
Ah, bah. Peu importe. Il haussa mentalement les épaules, ce qui fit protester ses processeurs annexes – les réminiscences morphiques tendaient à entraîner des manifestations physiques (des mouvements, quoi) assez peu appréciées des composants électroniques.
Enfin bref.
L’ordinateur avait terminé l’analyse du champ psychique et peaufinait une dérivation de ses circuits. Il comptait s’installer au niveau de la salle de contrôle des auxiliaires ; les processeurs y étaient un peu moins rapides que chez lui, mais au moins la pièce était-elle isolée – et peu fréquentée, ce qui arrangeait bien ses affaires.
Parallèlement, il avait employé près du tiers de sa capacité de calcul à générer des ondes aléatoires sur une fréquence qui n’était pas bloquée par la barrière psychique mais qui, il le savait pour l’avoir testé sur Mimee, avait tendance à perturber les êtres organiques un peu « sensibles ». Vu les capacités psychiques de l’intrus, celui-ci avait donc de bonnes chances d’être sérieusement affecté.

Il grinça des processeurs. Le champ psychique ne l’avait pas endommagé, ni ne l’empêchait de contrôler le vaisseau (bien que le flux d’énergie ait réussi à bloquer la plupart des commandes principales). La manœuvre l’avait cependant surpris et la surprise n’est jamais très bonne pour un ordinateur ; il avait donc dû engager une procédure d’arrêt d’urgence du calculateur qui menaçait de griller, et sauvegarder la moitié de ses disques-mémoire avant de pouvoir redémarrer. La manipulation avait pris des heures.
Ça l’avait ralenti.
Il détestait être ralenti. Surtout dans ce genre de situation.

Il se souvenait parfaitement de la dernière fois où, comme maintenant, il s’était opposé à Harlock et était parti bille en tête.
Le prix en avait été son corps organique, d’ailleurs.
Il n’avait plus de corps à perdre. Mais, quoi que l’on puisse prétendre, il éprouvait toujours des sentiments. Sur ce point au moins, il était sûr de n’avoir absolument pas changé.

L’ordinateur de la salle des auxiliaires chauffa dangereusement sous l’afflux de données lorsqu’il prit possession des cartes mémoires, mais les ventilateurs d’appoint suffirent à compenser l’augmentation de température.
De toute façon il n’avait pas l’intention de rester longtemps à cet endroit. L’intrus n’était néanmoins qu’en seconde place dans ses priorités.

Les moteurs se rallumèrent ; les systèmes vitaux attendraient un peu.

L’Arcadia fit un large tour sur elle-même comme si elle hésitait sur la direction à prendre, puis le navigateur warp ouvrit une fenêtre de saut et le vaisseau disparut dans l’hyperespace.

o-o-o-o-o-o

L’alarme de proximité se déclencha à l’instant même où le Speranz émergea de son vortex.

– Attention ! cria l’opérateur radar. Un…

Un bruit métallique sourd l’interrompit lorsque l’objet en question se désintégra sur la coque.

– Euh… C’était un satellite, je crois… termina l’opérateur.
– Les Terriens nous avaient pourtant assurés qu’aucune civilisation technologique n’était implantée sur cette planète, s’étonna Loren.
– Vous oubliez Emeraldas, monsieur, lui rappela le radar.
– Merde.

Loren ne s’était pas penché plus que ça sur les tactiques de la pirate rousse (il se contentait très bien d’un « évitons-la »), mais il n’était pas improbable qu’elle ait semé des sondes de surveillance avant d’atterrir.
Autant dire que pour la discrétion, c’était raté.

– Bon… Scannez la surface, ordonna-t-il. La priorité est de trouver le commandant, mais localisez-moi également les Terriens, la porte des étoiles et le Queen… Surtout le Queen, ajouta l’officier scientifique après réflexion.

L’opérateur radar se plongea dans ses scopes. Loren distribua les tâches annexes au personnel de quart présent (en particulier tenir l’orbite et s’apprêter à riposter en cas d’attaque), puis il se rapprocha du fauteuil de commandement en envisageant de s’y poser quelques minutes.

– Écho warp au un sept trois ! cria le radar. Distance inférieure à cent !
– Quelle taille ?
– Plus gros que nous, monsieur.

Ce qui signifiait, en pratique, un risque de collision quasi certain avec un vaisseau en sortie d’hyperespace. Et un rapport de taille en défaveur du Speranz.
Il fallait réagir vite.

– Manœuvre d’évitement ! fit Loren. Éloignez-vous à distance de sécurité !

Le Speranz bascula brutalement de côté lorsqu’il amorça un virage serré pour s’écarter du vortex en formation.

– Maintenez le bouclier de camouflage ! continua Loren.

Tant qu’il ignorait ce à quoi il avait affaire, il préférait ne pas se dévoiler. Selon les renseignements terriens, les vaisseaux qui croisaient dans la zone leur étaient hostiles.
Inutile de prendre des risques.

– J’ai une identification, monsieur, annonça le radar. C’est l’Arcadia !
– Vous êtes sûr ?
– La signature ionique correspond à quatre-vingt-huit pour cent. Ça a peu de chance d’être autre chose, à cette époque…

Le vortex se stabilisa et libéra la vague caractéristique d’un vaisseau se rematérialisant sous écran furtif.

– Récupération des données en cours… Quatre cent mètres bi-réacteur. Impossible de forcer davantage le dispositif de brouillage sans se faire repérer.

L’opérateur radar haussa les épaules.

– L’Arcadia, conclut-il.

Loren acquiesça. C’était l’hypothèse la plus logique. Harlock l’avait d’ailleurs évoquée à demi-mot.

– Okay. Pistez-le, ordonna-t-il. On transmettra l’information à Harlock dès que le scan l’aura positionné.

L’officier scientifique réprima un soupir lorsqu’il renonça à s’asseoir et se rapprocha de la console des radars.

– En attendant, trouvez-moi Morgane, termina-t-il.

o-o-o-o-o-o

Les Jaffas de Baal prenaient leur temps pour encercler la porte des étoiles sans se faire accrocher par les patrouilles de reconnaissance terriennes. Ce petit jeu de cache-cache profita à Mitchell et son équipe, qui parvinrent à franchir les lignes ennemies et rejoindre leurs renforts.
Le colonel évalua rapidement les forces sur le terrain : les effectifs de SG-17 avaient certes été gonflés, mais cela ne suffirait pas contre les Jaffas qui s’apprêtaient à leur tomber dessus. Tout au plus pourraient-ils tenir leur position, mais il ne faudrait ni espérer durer plus de quelques minutes, ni songer à récupérer les deux pirates rousses dans ces conditions.
Tout en se demandant si, en fin de compte, ce ne serait pas plus judicieux de laisser Morgane se débrouiller avec Emeraldas – et Baal par la même occasion –, Cam se dirigea vers ce qui semblait être l’état-major du groupe… Il ne se souvenait pas que le chef de SG-17 était aussi gradé.

– Mon général ? s’étonna Mitchell.

O’Neill leur fit un grand sourire.

– Alors, comment ça se passe de votre côté ? demanda-t-il.
– Harlock ? continua Mitchell tandis qu’il s’apercevait de la présence du capitaine de l’Arcadia.

Bon sang ! Comme s’il n’y avait pas assez de pirates sur cette planète ! Pourquoi le général O’Neill avait-il avait-il cru bon d’amener celui-ci avec lui ?
Et d’ailleurs, pourquoi le général était-il venu ici ?

– Mon général, vous n’auriez pas dû venir. La planète n’est pas sécurisée… Il y a trop de risques pour quelqu’un de votre grade !
– Yep, c’est ce que dit le règlement, mais il semble que je sois le seul à supporter notre ami, répondit O’Neill avec un mouvement de pouce vers Harlock.

Ah… Okay.
Tant qu’il ne voulait pas reprendre le commandement de SG-1…
Évidemment, ça ne faisait que déplacer le problème : pourquoi Harlock était-il venu ici alors que, Cam s’en souvenait très bien, il avait clamé haut et fort au SG-C que jamais il ne se déplacerait pour aller chercher Emeraldas ?
Ah, bah, le colonel n’avait cure de tous ces pirates et leurs stratégies mouvantes.

– Vous ne devez pas rester, mon général, reprit Cam. Baal rassemble ses forces pour nous attaquer… et elles sont trop nombreuses pour que nous puissions tenir.
– Je comprends que vous préconisez d’abandonner Emeraldas à son sort ? fit O’Neill, sourcil levé.

Mitchell s’abstint à temps de répondre « oui mon général ». Heureusement, Teal’c vint à son secours.

– Le colonel Mitchell a raison, général O’Neill. Morgane s’est fait prendre, et Emeraldas et elle ont été conduites sous bonne escorte dans la forteresse de Baal. Maintenant que nous avons perdu l’effet de surprise, nous ne pouvons plus envisager de les récupérer avec aussi peu d’hommes.
– Mmm. Malheureusement, je ne pense pas que le repli ait été prévu… répondit O’Neill.
– Baal aura d’autres préoccupations d’ici peu de temps, intervint Harlock. Le Speranz nous a suivi ; il devrait constituer une bonne diversion…
– Le Speranz ? interrogea Daniel. Qu’avez-vous fait de l’Arcadia ?

Cam remarqua le léger sourire d’O’Neill et la moue crispée du capitaine pirate à ces mots.

– Houlà, Daniel, sujet sensible ! expliqua le général d’un ton plus qu’ironique. Figurez-vous que ce gamin a égaré son vaisseau…
– Quoi ! s’exclama Mitchell. Vous vous imaginez les dégâts que peut causer un vaisseau de cette puissance égaré dans la nature ?

Harlock lui jeta un regard noir.

– J’ai plus d’éléments sur le Speranz que sur l’Arcadia pour le moment, concéda-t-il de mauvaise grâce. Mais nous pensons – le pirate lança un coup d’oeil vers O’Neill – que l’Arcadia a de bonnes chances de se retrouver ici également.

Génial. Avec la flotte de Baal, cela promettait un beau feu d’artifice…

– D’autre part, ajouta Harlock, si Emeraldas est effectivement retenue hors de son vaisseau, cela signifie que le Queen a de grandes chances d’être vide…
– Vous avez l’intention de vous emparer de l’appareil d’Emeraldas ?
– À condition que les codes d’accès n’aient pas changé, oui… Où Emeraldas l’a-t-elle ancré ?
– De l’autre côté des gardes jaffas, répondit Mitchell amèrement. Nous sommes passés juste avant qu’ils ne terminent leur manœuvre d’encerclement. C’est trop tard, maintenant…
– Oh, je crois pouvoir régler ça avec le Speranz, rétorqua Harlock.
 

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