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35 - Chapitre 9 - Partie 1
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Chapitre 9 - Partie 1


– Cesse donc de t’agiter ! Tu me donnes le tournis !

Avec un soupir excédé, Morgane abandonna sa recherche d’éventuels points faibles de la cellule dans laquelle elle avait été enfermée et se planta devant son interlocutrice.

– Et toi, comment oses-tu rester à ne rien faire ? rétorqua-t-elle d’un ton rageur.

Emeraldas se contenta d’un sourire dédaigneux.

– Je n’ai pas besoin de tourner en rond pour réfléchir, répondit la pirate rousse. Il n’y a qu’une sortie – elle désigna la porte – ici. Gardée par une escouade de Jaffas. Ils nous ouvriront quand ce sera fini.
– Ils nous ouvriront ? Nom de… comment peux-tu croire ça ?
– Pourquoi pas ?

Morgane eut une moue dégoûtée.

– Bon sang, ce Baal suinte la fourberie par tous les pores de sa peau. Je ne comprends pas que tu puisse cautionner un type comme lui.

La pirate rousse ne répondit rien mais ne se départit pas de son sourire moqueur.

– Qu’est-ce qu’il t’a fait ? reprit Morgane. Il a essayé le coup du serpent avec toi ?

Toujours pas de réponse. Après quelques instants de réflexion, Morgane reconsidéra sa dernière question et l’éventualité que cette hypothèse se révèle exacte. Elle se remémora la sensation fugace qu’elle avait éprouvée lorsque le symbiote goa’uld s’était introduit dans sa nuque. Le serpent était sentient – un esprit fort, qui avait tenté de prendre le contrôle du sien… du moins jusqu’à ce qu’il se rende compte que son pouvoir régénérant ne valait rien face aux toxines qui parcouraient le sang de la néo-humaine.
Cela n’avait duré que quelques secondes, mais, quelle qu’ait pu être son assurance devant Baal par la suite, Morgane devait admettre que le combat mental avait été intense. Aurait-elle résisté longtemps si son organisme ne s’était pas chargé d’éliminer l’intrus ?
Et surtout, Emeraldas aurait-elle été capable de résister à un traitement similaire ?

– Ça t’arrangerait d’être en train de parler à quelqu’un d’autre que moi ? ricana Emeraldas comme si elle suivait en direct le cheminement des pensées de sa compagne de cellule.

Morgane la fixa sans mot dire. Quelle était la probabilité que Baal réserve le même sort à toutes ses prisonnières, et qu’elle se trouve face à un Goa’uld en ce moment même ?
Bah, l’un dans l’autre, ça ne changeait rien.

– Je me fiche que tu sois « habitée » ou non, répondit-elle sèchement. Qu’est-ce que tu crois ? Que tout à coup je me préoccupe de ta petite personne ?
– Mmm, non. T’as toujours été versatile, mais jamais à ce point.

Emeraldas s’adossa au mur et croisa nonchalamment les mains derrière la nuque.

– Enfin, je note tout de même que tu n’essaies plus de me tuer, remarqua-t-elle avec un soupir ennuyé.
– Ça te manque ? Ce n’est que partie remise !

Morgane secoua la tête.

– Dès que tout ce bordel est terminé, marmonna-t-elle.

La néo-humaine reprit son examen minutieux de la cellule sans plus se soucier d’Emeraldas.
Pas de fenêtre. Une seule porte. Un champ de force. Mouais. Force était de reconnaître que la pirate rousse avait raison. Elle ne possédait pas le matériel nécessaire pour percer le mur ; il ne restait donc qu’une sortie possible : la porte. Et il faudrait qu’on lui ouvre depuis l’extérieur.
Avec un grognement de frustration, Morgane revint s’assoir face à Emeraldas.

– Satisfaite ? lui demanda celle-ci.
– Mrf. T’es consciente que plus on perd de temps ici et plus le continuum de notre univers se fragilise ?
– Si tu le dis. Ça ne m’intéresse pas.
– Logique, répliqua froidement Morgane. Vous les pirates ne vous souciez guère du sort des autres.

Emeraldas leva un sourcil étonné.

Nous les pirates ? Tu as pourtant été fière de clamer ton appartenance à notre petit cercle.
– En effet… Jusqu’à ce que je prenne conscience des conséquences de l’application à la lettre de votre « principe de liberté ».

La pirate rousse lui lança un regard intense. Puis elle inspira profondément, et ferma les yeux. Ses épaules s’affaissèrent légèrement.
« Ouais, tout le monde doit porter son poids de souvenirs douloureux », pensa Morgane, « et parfois ce doit être vraiment lourd ».

– Heavy Melder, lâcha Emeraldas dans un souffle.
– Oui.
– Et par conséquent tu veux me tuer.
– Oui.

Emeraldas se mordit la lèvre pensivement. Un pli amer rida le coin de ses yeux.

– Harlock le sait, continua-t-elle.
– Oui.

Morgane réfléchit au comportement d’Harlock tel qu’il avait évolué depuis cette histoire sur Heavy Melder. Non, cela datait d’avant, à vrai dire. Elle avait senti un changement peu après la mort de Tochiro.
Moins de contacts. Éviter les confrontations.

– Harlock ne fera rien. Pas directement.

Les deux femmes restèrent plongées dans leurs pensées respectives plusieurs minutes.

– Ça n’a pas toujours été ainsi, ajouta finalement Emeraldas.
– Non.

Morgane croisa le regard de son interlocutrice.

– Le sang appelle le sang. Question d’honneur. Je me battrai contre toi, car je ne peux te pardonner d’avoir délibérément détruit mon peuple.
– Je les avais prévenus, commença Emeraldas. Ils étaient…

Elle s’interrompit.
… libres de partir. Morgane sentit monter en elle une vague de tristesse incontrôlable. Ils étaient libres de partir.
Le principe de liberté. Ce pourquoi ils se battaient, appliqué à l’extrême, jusque dans ses situations les plus absurdes. La liberté de vivre, celle de mourir, celle d’agir ou de ne pas intervenir.
La liberté. La défendre. Préserver celle des autres.
Agir… Laisser choisir.
Se battre… Ne rien faire.
Emeraldas. Harlock.

Tochiro… Maya…

Morgane se recroquevilla et posa son front contre ses genoux. Pourquoi ? Quels qu’aient été les choix, la mort était toujours au bout du chemin.

Emeraldas interrompit le cours des pensées de la néo-humaine en se levant souplement.

– Bon. Tu parlais de continuum, déclara-t-elle d’un ton badin.
– Tiens, tu as changé d’avis ? s’étonna Morgane.

La pirate rousse baissa les yeux.

– Quitte à mourir je préfère que ce soit chez moi, murmura-t-elle.

Elle lança un regard gêné à Morgane.

– Je ne regrette pas ce que j’ai fait sur Heavy Melder, mais si tu estimes que cela mérite d’être lavé par le sang, alors je t’accorderai ton duel.

Elle sourit tristement.

– Là-bas. Il s’y trouve la tombe d’un être qui m’est cher et que je retrouverai avec plaisir.

Morgane acquiesça en silence.

Tochiro…

Emeraldas fit voler ses cheveux comme si par ce simple geste elle pouvait chasser les souvenirs. Cela ne servait à rien, Morgane le savait – c’était impossible d’oublier.

La pirate rousse se rapprocha du champ de force qui barrait l’entrée.

– Jaffas ! Kree ! cria-t-elle.

Aucun Jaffa ne se montra, mais les ombres au sol bougèrent. On les écoutait, de l’autre côté – Emeraldas ne s’y trompa d’ailleurs pas.

– Jaffas, kree ! répéta-t-elle. Barok’na ! Masa’tre’ak kal !

Leurs geôliers restèrent muets.

– Qu’est-ce que tu leur as dit ? demanda Morgane, curieuse.
– Ouvrez et faites-nous sortir.
– Oh. Tu n’as rien de moins… impératif ?
– Mmm.

Emeraldas fit la moue.

– Cette langue ne comporte pas beaucoup de tournures diplomatiques, répondit-elle.

Elle tapota distraitement le mur de la cellule avant de se lancer dans une nouvelle tentative.

– Jaffas ! Tal’mak Ba’al’auc, kree ol’na !

Cette fois, l’injonction fut suivie d’effet : un garde jaffa se découpa dans l’embrasure de la porte. L’air menaçant, il pointa son arme vers les jeunes femmes.

– Ne’nai, lo noc dis’tra ! Kal shaka mel !

Emeraldas grogna un juron et recula.

– Au moins il a répondu, commenta Morgane. Même si je me doute que cela ne voulait pas dire « d’accord ».
– C’était l’équivalent de « va mourir en enfer », fit Emeraldas.
– Sans blagues. Que lui as-tu dit pour qu’il s’énerve ainsi ?

La pirate rousse hésita.

– Je lui ai dit que j’étais la compagne de son seigneur et qu’il devait me laisser partir, répondit-elle finalement.
– La compagne de… Sérieux ?
– Ce n’est pas ce que tu crois ! se défendit Emeraldas.
– Ben voyons.

Mais au moins cela expliquait pourquoi le Queen se retrouvait au côté de la flotte du psychopathe local.

o-o-o-o-o-o

Quelques dizaines de kilomètres plus haut, le Speranz amorçait une descente discrète en basse atmosphère.

– Tous les objectifs sont localisés, annonça l’artilleur.

Loren acquiesça d’un geste. Un pli soucieux barrait son front – tous les objectifs étaient localisés, sauf le principal : malgré les scans répétés, ils n’avaient pas repéré leur commandant.
L’officier scientifique n’avait pour l’instant pas osé émettre à pleine puissance de peur d’être contre-détecté par la flotte importante qui stationnait sur la planète. Par conséquent, le Speranz n’avait identifié que les forces positionnées en extérieur : les soldats du SG-C d’un côté et ceux qu’Harlock avait nommés « Jaffas » de l’autre. Ainsi que le Queen, un peu en retrait de la flotte ennemie qui préoccupait Loren.
Quant à l’Arcadia, le radar l’avait perdu en deçà d’une altitude de cinq cent mètres. Le vaisseau vert devait faire du rase-mottes.
Morgane était introuvable, probablement à l’intérieur d’un bâtiment ou d’un vaisseau.

Loren fit nerveusement le tour de la passerelle.

– J’aurais dû dire à Harlock que nous avions trouvé son vaisseau, marmonna-t-il.
– Vous l’auriez fait s’il vous en avait laissé le temps, monsieur, répondit le navigateur en haussant les épaules.
– Mmm.

Oui. Effectivement, la communication d’Harlock ne lui avait pas permis de placer un seul mot hormis « bien reçu ». Le capitaine de l’Arcadia n’avait même pas attendu que Loren confirme l’exécution de ses ordres avant de couper la transmission.
Apparemment, Harlock considérait l’équipage du Speranz comme le sien, et s’attendait à ce qu’il réagisse de même – au quart de tour. Loren se demanda s’il était préférable d’attaquer sans informer Harlock de la présence de l’Arcadia alors que, de toute évidence, le capitaine pirate n’était ici que pour récupérer son vaisseau, ou s’il devait retarder un bombardement tactique qui semblait, au vu de la situation affichée sur l’écran de contrôle, d’une importance vitale pour les troupes au sol.

Le scientifique soupira bruyamment. Il n’avait pas envie de devoir rendre des comptes à Harlock si jamais celui-ci s’imaginait qu’il lui avait dissimulé des informations.

– Nous sommes en position, monsieur, fit le navigateur.
– Maintenez l’altitude et le camouflage, ordonna Loren. Entrez les paramètres de tir, mais initialisez d’abord un scan des bâtiments et des vaisseaux à puissance maximale. Feu sur mon ordre, et soyez prêt à riposter à une contre-attaque ennemie.

Il se tourna vers le radio.

– Et prévenez Harlock de nos intentions, termina-t-il.
 

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