Chapitre 9 - Partie 2
Aux abords de la porte des étoiles, les tirs s’étaient soudain mis à pleuvoir sur les équipes SG. Les soldats s’abritaient du mieux qu’ils pouvaient derrière chaque aspérité de terrain.
O’Neill risqua un œil par-dessus le rocher qui lui servait de bouclier. Une explosion proche le dissuada de pousser son investigation plus avant.
– Les Jaffas ont pris position tout autour de nous, mon général ! lui rapporta Cam Mitchell après un roulé-boulé visant à rejoindre le même abri que son supérieur. Ils sont trop nombreux, nous ne tiendrons pas longtemps à ce rythme !
O’Neill hocha la tête pour signifier au jeune colonel qu’il avait bien pris en compte l’information, puis il se tourna du côté opposé à Mitchell. Deux mètres plus loin et derrière un rocher similaire, Harlock se tapissait avec un succès mitigé.
– Mon garçon ! cria O’Neill. Tu n’avais pas parlé d’un appui feu aérien ? Je ne veux pas avoir l’air d’insister, mais ça devient urgent !
Harlock répondit par un geste de la main agacé.
– Le Speranz termine son approche, O’Neill. Et discrètement, pour maximiser leur temps d’intervention à notre profit avant de devoir faire face aux vaisseaux de Baal.
– Ouais, ben s’ils ne se dépêchent pas, il n’y aura plus personne pour profiter de leur intervention, grommela Mitchell.
Harlock lui lança un regard assassin.
– Je viens d’avoir le contact. C’est l’affaire d’une à deux minutes, au plus.
Le jeune homme dédaigna ostensiblement Mitchell et fixa O’Neill.
– Et ils ont trouvé l’Arcadia. Elle est ici également.
– Excellent ! répondit Jack. Tu n’as pas envie de l’appeler, histoire de disposer de renforts contre Baal ?
– J’y travaille, O’Neill…
J’y travaille. Ce qui voulait donc dire que le vaisseau vert n’avait pas répondu. Ce qui signifiait qu’Harlock ignorait toujours quelle était la situation à bord. Ce qui n’était par conséquent pas bon signe.
Une série d’explosions encadrèrent le rocher d’Harlock, lequel se fendit d’un juron imagé dans sa langue.
– Bon sang, ’faut tout faire soi-même ! se plaignit-il en dégainant son arme en en arrosant au jugé les positions ennemies.
« Ah oui, quand même », pensa O’Neill alors que des bouquets d’arbres s’enflammaient sous les tirs successifs du capitaine pirate. À côté de ceci, les lances jaffas ne valaient pas tripette. Ni les canons, d’ailleurs. Et le général ne songeait même pas aux armes terriennes.
– Eh ! Sympa, comme modèle ! lança-t-il au pirate. Vous le fabriquez en série ?
Harlock répondit avec un sourire amusé.
– Malheureusement non, O’Neill.
Il profita d’une accalmie pour rejoindre O’Neill et Mitchell derrière leur propre rocher, moins endommagé.
– Et ces renforts ? demanda Mitchell d’un ton accusateur.
– J’ai dit « ça vient », coupa Harlock sèchement. Ils devaient scanner la surface avant de commencer.
– Scanner ? Et pourquoi pas prendre quelques photos touristiques, tant qu’ils y sont ?
– Du calme, intervint O’Neill alors qu’Harlock amorçait un mouvement de colère envers le colonel.
Décidément ces deux-là ne s’entendaient pas. Mais ce n’était pas tout à fait le bon moment pour en venir aux mains.
L’enfer se déchaîna soudain, ce qui permit à tout le monde de revenir à des préoccupations plus basiques – comme survivre, par exemple. Un déluge de feu s’abattit sur la forêt qui bordait la porte des étoiles. Les arbres et tout ce qui était dessous s’embrasèrent et s’employèrent à projeter des flammèches incandescentes sur les soldats du SG-C.
– Bien. Le voilà, votre bombardement, déclara Harlock d’une voix dans laquelle perçait l’envie de vitrifier toute la planète.
– Euh… Merci, répondit Jack. Mais je me demande si je ne préférais pas les Jaffas, en fin de compte… Tu es sûr qu’ils nous ont bien localisés, là-haut ? Je n’ai pas envie de griller parce qu’un artilleur ne dose pas la puissance de ses tirs !
Harlock poussa un soupir exaspéré.
– Ça, mon général, répliqua-t-il en désignant les tirs lasers qui traversaient le ciel, ça s’appelle une frappe tactique de précision. À faible altitude, et à puissance réduite. Si je n’avais pas été au milieu du champ de tir, j’aurais demandé un bombardement orbital et il n’y aurait déjà plus de forêt.
Le jeune homme empoigna son communicateur avec humeur.
– Harlock pour le Speranz, dit-il. Refaites-moi un passage avec les canons à pulsion pour souffler l’incendie puis dégagez hors de portée des vaisseaux ennemis.
Il n’écouta pas la réponse, ou tout au moins était-ce l’impression qu’en eut O’Neill, et sans se soucier des cendres chaudes qui leur pleuvaient toujours dessus, il se releva pour observer ce qui restait des positions jaffas.
– Je rejoins le Queen, annonça-t-il finalement. Je n’ai pas besoin que vous m’accompagniez.
– Certes, répliqua O’Neill. Mais cela ne nous empêchera pas de venir… N’est-ce pas, colonel ? ajouta-t-il à l’intention de Cam Mitchell.
Celui-ci répondit par une moue sceptique.
– Rassemblez SG-1, et dites à SG-17 de se replier sur Terre, continua Jack.
Mitchell acquiesça tandis qu’Harlock haussait les épaules.
– Je ne vais pas vous attendre, fit le capitaine pirate.
– Je n’en doute pas, mon garçon. Cependant, tu ne te débarrasseras pas de nous comme ça… Et je préfère rester pour te surveiller, si tu comprends de quoi je veux parler…
En particulier, il s’agissait d’éviter que le jeune homme ne décide de régler ses comptes sur place (et violemment), d’incendier / détruire cette planète ou une autre, voire de partir jouer au pirate dans cet univers plutôt que de retourner faire des dégâts dans le sien. Même si O’Neill tenait pour acquis le fait qu’Harlock considère le SG-C comme des alliés à protéger, il lui semblait plus prudent de rester à proximité du pirate et prêt à désamorcer un caractère visiblement explosif.
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Le bracelet com de Morgane bipa. Emeraldas haussa un sourcil interrogatif.
– Balayage scan, répondit la néo-humaine sans même regarder son poignet. La fréquence du Speranz.
Elle agita son bracelet.
– Et ils m’ont repérée.
– Mmh. Ils ont aussi dû repérer les ha’taks de Baal, dans ce cas, répliqua Emeraldas.
– Je ne pense pas que ce soit un problème majeur. Ils avaient l’air moins performants que les Oris que nous avons déjà croisés.
Emeraldas eut un sourire ironique.
– Dis donc, tu n’avais pas parlé de quelque chose ressemblant à « minimiser les contacts pour ne pas aggraver la déchirure spatio-temporelle ? »
Morgane préféra ne pas répondre. D’autant que le bombardement qui débuta au même moment, et dont l’intensité fit trembler les fondations du bâtiment, n’était pas ce qu’on pouvait appeler une mesure visant à « minimiser les contacts ».
Apparemment la stratégie « exfiltration discrète » venait de faire long feu. Le sourire moqueur d’Emeraldas s’élargit.
– Au rythme où vont les interférences, tout notre continuum se sera effondré avant que vous n’ayez réussi à me ramener.
Morgane décida de ne pas relever la provocation et se demanda plutôt pourquoi le Speranz avait désobéi à ses ordres en la rejoignant.
… Inutile de chercher bien loin. Aucun militaire du SG-C n’aurait eu de succès, et ce quel que soit l’argumentaire développé. Restait Harlock, qui pouvait se montrer très convaincant, quand il voulait. La véritable question était donc : pourquoi Harlock avait-il pensé que la présence du Speranz était finalement nécessaire ?
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À l’extérieur et soumis à un pilonnement aussi intensif que meurtrier, Baal n’avait pas hésité longtemps avant d’ordonner le repli de ses troupes et le décollage de sa flotte. Pour l’instant, ce nouvel ennemi n’avait concentré son feu qu’autour de la porte des étoiles, mais les ha’taks au sol constituaient des cibles trop faciles pour être ignorées. Penché sur un panneau de navigation tactique, le Goa’uld étudiait la meilleure façon de se repositionner pour riposter.
– Nous n’avons aucune identification de l’ennemi, seigneur, lui annonça un Jaffa.
– Je m’en doute, ajak ! coupa Baal. Ce qui m’intéresse en priorité, c’est de le localiser !
– Toujours rien, seigneur, fit le Jaffa, une lueur de crainte dans le regard.
Baal répondit d’une moue méprisante qui fit blêmir le Jaffa.
– Ha’shak ! Concentre les radars au point d’origine des tirs et trouve-moi toutes les anomalies, un changement de densité, la chaleur de ses moteurs… Rit’sh !
– Tout de suite, mon seigneur !
C’était puissant, ça possédait un dispositif de camouflage et ça protégeait la porte des étoiles – donc les Tauris. Il faudrait être stupide pour ne pas en déduire qu’il y avait un lien avec la « copine » de sa pirate rousse préférée. Un vaisseau du futur, donc.
Baal grogna. Si tel était le cas, il n’avait aucune chance d’en venir à bout avec deux misérables ha’taks et une poignée de bombardiers légers. Non, le seul moyen d’équilibrer les forces était de faire entrer le vaisseau d’Emeraldas dans le jeu. Vaisseau qu’il était incapable de démarrer seul. Il lui fallait donc Emeraldas. Et l’autre fille, par la même occasion.
– Jaffa ! appela-t-il. Contacte l’escouade qui garde les prisons et ordonne-leur de venir à bord immédiatement avec les prisonnières. Envoie-leur un al’kesh et des planeurs pour les escorter !
– À vos ordres.
Au pire, elles pourraient servir de monnaie d’échange.
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