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37 - Chapitre 9 - Partie 3
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Chapitre 9 - Partie 3

Le moins que l’on puisse dire, c’était que le Speranz savait comment nettoyer une zone rapidement et efficacement. Cam Mitchell ne pouvait qu’admettre que la stratégie des pirates se révélait payante, en fin de compte : les troupes jaffas décimées s’étaient dispersées et les vaisseaux de la flotte de Baal décollaient précipitamment les uns après les autres, si bien que rien n’entrava leur progression vers le Queen.
Le vaisseau ovoïde lévitait toujours à une cinquantaine de mètres du sol. Son dispositif d’anti-gravité ne semblait pas avoir souffert de l’incendie.

– Bon, comment comptes-tu t’y prendre pour monter ? demanda le général O’Neill à Harlock.

Le nez en l’air, le pirate jaugeait le vaisseau d’un œil critique.

– Les codes que je possède commencent à dater, mais il y a une chance qu’ils soient encore fonctionnels, répondit-il.

Il sortit son communicateur.

– Nous allons pouvoir en juger de suite, ajouta-t-il en pianotant une série de chiffres sur le clavier.

Il ne se passa rien pendant une poignée de secondes. Mitchell crut que l’opération avait échoué et qu’ils en seraient quittes pour refaire le chemin jusqu’à la porte des étoiles en sens inverse, mais un sas s’ouvrit soudain sur le ventre du vaisseau. Une plate-forme mobile s’en échappa et flotta jusqu’à eux.

– Allez, on embarque, fit Harlock en même temps qu’il sautait souplement sur la plate-forme.

Mitchell hésita. Cela pouvait très bien être un piège, et s’ils devaient s’échapper d’un vaisseau dont les sas extérieurs ne s’ouvraient qu’à l’aide de codes compliqués, cela risquait d’être problématique. D’autant que Carter et sa connaissance en technologies avancées n’étaient pas là.
Il semblait cependant que cette éventualité n’était pas le souci du général O’Neill.

– Excellent ! s’exclama-t-il en suivant Harlock. Plus qu’un vaisseau et deux pirates à récupérer et tu pourras rentrer chez toi l’esprit tranquille !

Harlock ne répondit pas au sarcasme et se contenta de dégager un panneau de commande au pied d’une des rambardes – d’un mouvement peut-être un peu trop brusque, ce qui pouvait trahir son agacement.

– Général O’Neill, intervint Teal’c. Nous devrions d’abord nous assurer qu’aucun Jaffa ne nous attend dans ce vaisseau.
– Je suis d’accord, mon général, renchérit Mitchell, heureux que quelqu’un se range à son avis. Rien ne dit que Baal n’a pas laissé des gardes en embuscade !

Harlock haussa les épaules.

– Mes codes ont fonctionné pour ouvrir. À moins qu’Emeraldas n’ait modifié toute son informatique de bord, ce dont je doute, cela signifie que je contrôle également les systèmes de défense. S’il y a quelqu’un à l’intérieur, ce dont je doute également, je pourrai le neutraliser sans problèmes.

Il eut un demi-sourire à l’intention du général O’Neill.

– Néanmoins général, je rejoins l’avis du colonel Mitchell. Ce n’est pas le meilleur endroit pour un officier supérieur. Il serait plus avisé que vous retourniez au SG-C… Et SG-1 peut vous escorter.
– Je t’ai déjà dit que tu ne te débarrasserais pas de nous comme ça, répliqua tranquillement O’Neill.
– Je vois.

Mitchell n’allait pas contredire le général (même si effectivement il aurait préféré que son supérieur ne reste pas en première ligne) : le SG-C voulait rendre le Queen inoffensif, Harlock voulait récupérer son vaisseau et le meilleur moyen d’y arriver était encore d’être aux commandes d’un appareil de puissance équivalente, et il devait certainement se trouver quelque part des gens qui s’inquiétaient du fait qu’un univers parallèle était en train de générer un big-crunch en partie à cause de la présence du Queen ici. Dans tous les cas, il fallait s’emparer du vaisseau d’Emeraldas.
Le colonel consulta son équipe du regard. Teal’c hocha imperceptiblement la tête et Daniel Jackson fit un geste qui pouvait signifier « allez-y, je vous suis ». Vala quant à elle rejoignit le général et Harlock, lequel ne semblait pas spécialement ravi de la voir aussi près de lui, d’ailleurs.

– Et bien, c’est parti ! déclara la jeune femme. Je suis curieuse de comparer ce vaisseau à l’Arcadia. C’est fascinant, toutes ces technologies du futur, vous ne trouvez pas ?

Cam retint un sourire narquois en constatant que la mine du capitaine pirate s’allongeait à ces mots et monta sur la plate-forme à la suite de Jackson et Teal’c. L’engin s’éleva sans bruit, les emmenant dans les entrailles du Queen.

o-o-o-o-o-o

Le Speranz avait repris de l’altitude, et Loren s’employait à exécuter une manœuvre de dérobement compliquée pour semer les conduites de tir ennemies.

– Ce doit être suffisant, à présent, déclara le navigateur. Leurs radars ne sont pas si sophistiqués.
– Je suis d’accord, confirma l’opérateur en place à la console d’interception. Ils ont accroché notre traînée moteur au moment où nous avons décroché de notre position de tir, mais ils nous ont perdu quand nous avons ralenti.
– Très bien.

Loren quitta la barre et revint à proximité du panneau tactique.

– Nous recevons toujours le signal du bracelet com de Morgane ? demanda-t-il.
– Affirmatif. Sa balise de localisation s’est activée quand nous l’avons scannée. Cependant…
– Cependant quoi ? fit Loren avec une pointe d’inquiétude.
– Et bien… Elle a bougé, monsieur, répondit l’opérateur. D’après le traçage de la console, elle est montée à bord d’une sorte de navette et a été emmenée… là-dedans.

L’opérateur afficha une représentation tridi d’un des deux vaisseaux-pyramide.

– Et merde, lâcha Loren.
– Yep.

Bon sang, ç’aurait été trop simple. Il ne pouvait plus se contenter de bombarder de haut et sous camouflage. S’il voulait revoir son commandant, il fallait envisager un abordage.

o-o-o-o-o-o

Le Queen était vide. Harlock s’en était tout de même assuré avant de s’enfoncer dans le dédale de coursives, mais le terminal informatique qu’il avait consulté au sortir du sas n’avait rien révélé. Néanmoins, ce n’était pas suffisant pour qu’il relâche sa vigilance : contrairement à ce qu’il avait affirmé à O’Neill, il ignorait si Emeraldas avait modifié ou non son vaisseau. Et il connaissait très mal le Queen – il devait n’être monté à bord que trois ou quatre fois, et cela remontait à loin.

– Tu sais où tu vas, au moins ? persifla O’Neill comme le capitaine pirate hésitait à un embranchement.
– En passerelle. Ça fait longtemps que je ne suis pas venu, répondit Harlock avant de se morigéner intérieurement.

C’est vrai, quoi. Il n’allait pas non plus s’excuser auprès du général. C’était lui qui avait insisté pour l’accompagner, après tout. Harlock n’avoua donc pas qu’ils n’avaient pas dû emprunter le chemin le plus direct pour parvenir en passerelle.
L’endroit était désert. Le capitaine dissimula son soulagement et alluma d’un air assuré les consoles. La sixième fut la bonne, et le système de commandement du Queen se mit en fonction sans protester.
Enfin presque.
« Procédure d’initialisation anormale », fit l’ordinateur. « Veuillez insérer votre code d’identification. »
Harlock adressa une prière silencieuse à Tochiro, où qu’il soit, pour qu’Emeraldas n’ait pas bloqué son accès après sa mort et entra le code de l’ingénieur dans le système.
« Identification positive. Bienvenue, professeur », répondit l’ordinateur.

– Hum. Ce n’est pas ton code, ça, commenta O’Neill.
– C’est celui de Tochiro, répliqua Harlock.

Et il fallait absolument qu’il cesse se justifier auprès du général O’Neill.

Harlock grogna et se concentra plutôt sur le fonctionnement de l’IA du Queen. ’s’agissait pas qu’il fasse une fausse manœuvre, avec cinq paires d’yeux inquisiteurs posées sur lui. Heureusement, les points communs avec l’Arcadia étaient nombreux – on reconnaissait sans peine l’empreinte de Tochiro qui, s’il n’avait pas construit ce vaisseau, avait quand même contribué à son amélioration.
« Séquence de décollage initiée », annonça l’ordinateur au bout d’une bonne minute de pianotage sur la console.
Harlock retint un « ouf » tandis qu’il cherchait discrètement la barre.
Rien.
Bon sang, il détestait les systèmes de navigation « tout automatique ».

Le Queen vibra lorsque ses moteurs démarrèrent, puis un panneau tactique secondaire informa que l’ancre était en cours de remontée. Simultanément, les réacteurs d’appoint fournirent une poussée positive. Le vaisseau ovoïde s’éleva lentement au-dessus de la forêt.
Le déroulé de la procédure était parfait, mais Harlock aurait aimé reprendre la main sur la manœuvre.

– Et maintenant ? demanda Mitchell, vaguement accusateur.

Harlock pinça les lèvres, cependant l’expression actuelle du général O’Neill signifiait peu ou prou la même chose, aussi se contenta-t-il de hausser les épaules et continua à martyriser la console de navigation plutôt que de répondre vertement. Mitchell quant à lui se contenta d’un reniflement méprisant, aussitôt ponctué d’un froncement de sourcil réprobateur de la part d’O’Neill.

« Confirmez le passage en commandes manuelles », finit par lâcher l’ordinateur après une série de lignes de code infructueuses et alors qu’Harlock envisageait sérieusement un reset complet du système. Le capitaine valida l’ordre et s’assit devant la console de navigation, qui affichait désormais un paramétrage plus familier… même si le pilotage en mode « clavier-console » ne remplaçait décidément pas une barre.

– On va commencer par prendre un peu de hauteur, dit-il en joignant le geste à la parole.

Docile, le Queen prit une assiette ascendante et fit gronder son réacteur principal. Harlock dirigea le vaisseau vers une orbite basse : de là, il optimiserait ses portées de détection et espérait bien localiser l’Arcadia le plus vite possible.

« Communication entrante sur canal numéro trois », dit l’ordinateur. Harlock consulta la console radio : le canal trois était privé. Et crypté. Ça, ce n’était pas le Speranz – il y avait peu de chances qu’Emeraldas et Morgane aient gardé la moindre fréquence codée commune.

Le panneau tactique central afficha la vidéo de la transmission.
Ce n’était pas l’Arcadia non plus.

– Général O’Neill ! s’exclama Baal. Je suis honoré de votre visite sur ma planète !

Le Goa’uld les gratifia d’une pseudo-révérence et de son sourire ironique.

– Je constate que SG-1 vous accompagne, continua-t-il. Ainsi que… – Baal fit mine de fouiller ses souvenirs – Harlock ! Il y avait longtemps ! Je suppose que vous êtes à l’origine des petits désagréments subis par mes Jaffas autour de la porte des étoiles ?
– Je possède ici de quoi vous causer des… désagréments plus significatifs si vous ne partez pas dans la minute, répliqua le capitaine froidement.

Baal prit l’air peiné.

– Allons, que d’agressivité alors que je n’ai fait qu’exprimer ma joie de vous revoir !
– Oui, nous avons trouvé vos Jaffas très accueillants, en effet… intervint Mitchell.
– Simple malentendu, j’en suis sûr. Par ailleurs, reprit Baal avant que les Terriens ne puissent protester, il me semble que le vaisseau que vous utilisez ne vous appartient pas…

Le Goa’uld disparut hors-champ quelques secondes et revint en tenant fermement Emeraldas par le bras.

– Voyez, son propriétaire est avec moi.

Harlock ne cilla pas. Il avait craint une complication de ce genre dès lors qu’il avait appris qu’Emeraldas n’était pas sur le Queen. De l’autre côté de l’écran, la pirate rousse resta de marbre mais son regard signifiait « que fais-tu dans mon vaisseau ? »

– J’admets ignorer comment faire fonctionner cette merveille de technologie, poursuivait Baal, mais je crois avoir compris que la totalité des systèmes se commandaient à la voix… Cette voix-ci, ajouta-t-il en poussant Emeraldas vers la caméra.
– J’ai shunté l’IA, répondit Harlock.

Emeraldas haussa les épaules.

– Mais seulement pour la navigation.
– La navigation et les armes, précisa le capitaine.
– Oh. Pas avec ton code.
– Non.

Harlock eut un sourire amer.

– Je ne suis pas idiot.

Les deux pirates s’observèrent en silence sans se soucier des humains, Jaffa et Goa’uld à proximité qui arboraient des expressions perplexes. « Deux ans… » songea Harlock. « Et l’ombre de Tochiro est toujours entre nous. »
Emeraldas tenait au petit ingénieur. Maintes fois, elle avait tenté de le raisonner. À deux reprises, elle avait demandé à Harlock de tenter, lui, de convaincre son ami de prendre du repos. Tochiro n’en avait fait qu’à sa tête. La rancune qui en résultait ne s’était jamais exprimée franchement, mais elle était tenace.

– Je peux gérer mes ennuis seule, reprit finalement Emeraldas. J’apprécierais que tu quittes mon vaisseau.
– Je préfère rester pour contrôler ton timing, répondit Harlock. Si tu n’es pas déjà au courant, il y a un effondrement de continuum en cours et c’est plutôt rapide.
– J’ai pris en compte la problématique. Descends.

Harlock soupira.

– Je regrette, fit-il avant de couper la communication.

Il aurait préféré qu’Emeraldas ne rejette pas son aide de façon aussi catégorique, mais à quoi d’autre aurait-il pu s’attendre ? La jeune femme rousse avait repoussé toute forme de dialogue qui aurait pu apaiser son deuil. Elle avait même rejeté sa propre fille, la fille de Tochiro, laissant une orpheline de quelques mois à Harlock – la mort dans l’âme, celui-ci s’était résolu à la confier à un orphelinat, sur Terre, afin que, conformément au vœu de Tochiro, elle soit élevée sur la planète-mère des humains.

O’Neill posa une main compatissante sur son épaule.

– Vos relations se sont nettement dégradées depuis la dernière fois, dit-il doucement. À cause de votre ami l’ingénieur, n’est-ce pas ?

Harlock acquiesça en silence.
Ressasser le passé était toujours aussi douloureux. Revoir Emeraldas avait ravivé des sentiments qu’il pensait avoir profondément enfouis. La tristesse. Les remords… qui semblaient vouloir lui compresser la poitrine comme un étau.

– C’est quoi, cette lumière ? intervint soudain Vala.

Le capitaine se força à revenir dans le présent. La « lumière » qui intriguait Vala était une alarme activée dans le panneau des transmissions. Harlock fronça les sourcils.

– Nous avons été interceptés, annonça-t-il.

Pas par le Speranz, qui n’avait aucune raison d’intercepter une fréquence qu’il ne pouvait pas décoder. Les autres vaisseaux de Baal n’étaient pas plus plausibles.
Restait l’Arcadia.

Tochiro.
 

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