Chapitre 10 - Partie 1
Les lumières vacillèrent lors du premier choc, puis s’éteignirent totalement au deuxième, tandis que des bruits de tôles froissées résonnaient d’un bout à l’autre du vaisseau.
Adria quitta sa méditation. Enfin, elle pouvait passer à l’action. Elle ignorait ce qui avait poussé l’équipage à encastrer leur moyen de transport dans un ha’tak goa’uld – et n’avait de toute façon pas l’intention d’approfondir – mais elle sentait les perturbations psychiques qui l’affectaient depuis son arrivée sur le vaisseau s’affaiblir.
C’était le moment ou jamais : il était temps qu’elle se rappelle au bon souvenir de ses hôtes, et qu’elle soit enfin considérée comme l’ennemie dangereuse qu’elle était. Sans compter qu’elle ne renoncerait pas à ce vaisseau avant d’en avoir compris son fonctionnement… et avant d’avoir identifié précisément qui était « l’Autre », celui qui envoyait les perturbations psychiques.
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– Rapport des dégâts !
Kei s’était cramponnée au fauteuil de navigation lorsqu’elle avait compris où la trajectoire de l’Arcadia les menait. Le vaisseau vert avait pris une assiette descendante improbable juste avant de désactiver son bouclier de camouflage. L’angle était certes idéal pour immobiliser le ha’tak qui se trouvait sur leur route, mais il ne pouvait résulter que par un double crash :à cette altitude, il était illusoire de penser redresser la trajectoire après une collision.
Résultat, l’Arcadia n’avait même pas disposé de suffisamment d’espace de manœuvre pour effectuer un éperonnage dans les formes. Au lieu de cela, le vaisseau pirate s’était enfoncé aux deux tiers dans le ha’tak tandis que l’inertie les précipitait tous deux au sol.
– Mineurs, ma’am, répondit Sabu depuis sa console. Boucliers à quatre-vingt-onze pour cent, dégâts structurels faibles et sans impact opérationnel. Moteurs à plein puissance. Pas de blessés.
– Et nous avons récupéré les commandes, annonça Yattaran.
Ah. Bonne nouvelle. Peut-être allaient-ils pouvoir se situer, contacter le capitaine et reprendre le contrôle de l’ordinateur principal avant que la situation n’empire davantage.
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Mimee s’était éclipsée de la passerelle dès qu’elle avait constaté que les dommages subis étaient minimes et ne nécessiteraient pas sa présence. Elle savait qu’un combat difficile l’attendait ailleurs : elle avait senti que l’ordinateur principal était « occupé » et ne diffusait plus d’ondes perturbatrices. Elle-même avait d’ailleurs retrouvé la pleine possession de ses propres capacités psychiques. Elle percevait une présence menaçante.
Puissante.
Hostile.
Elle devait l’arrêter. Elle était seule à bord à posséder les mêmes armes que cette « Adria ».
Elle ne disposerait d’aucune aide.
Il lui faudrait être forte.
Harlock…
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Debout face à l’écran tactique du Queen, Harlock injuria son vaisseau dans toutes les langues qu’il connaissait sans se soucier du regard interloqué de SG-1, derrière lui. Curieusement et une fois qu’il eut épuisé son stock d’expressions imagées, le seul commentaire qui lui venait à l’esprit était « qu’ils ne viennent pas me reprocher d’érafler la peinture lors de mes atterrissages après ça ». Ce qui était certain, c’était qu’il allait avoir une longue explication avec Tochiro sitôt qu’il aurait remis le pied sur l’Arcadia.
Il se tourna vers O’Neill.
– Si je vous montre rapidement les commandes de navigation, vous pensez pouvoir maintenir ce vaisseau en vol pendant que je vais récupérer le mien ?
Il s’appliqua à fixer le général d’un air impassible pendant que celui-ci s’efforçait de ne pas montrer un enthousiasme de collégien.
– Bah, si ça peut vous dépanner, répondit finalement O’Neill d’une voix posée, comme si cela n’avait somme toute que peu d’importance.
C’était loin d’être le cas, et les deux hommes le savaient. Harlock retint un sourire : les yeux d’O’Neill pétillaient.
Le capitaine programma une trajectoire d’attente en orbite basse – suffisamment éloignée de l’Arcadia, du ha’tak crashé et du Speranz pour échapper, espérait-il, à d’éventuels tirs. Puis il installa une interface de navigation simplifiée à l’extrême (droite, gauche, haut, bas, surtout pas les armes), et laissa le Queen entre les mains d’O’Neill.
Lorsqu’il s’assit aux commandes, le visage du général était fendu du sourire du gosse qui vient de recevoir le plus gros dirigeable télécommandé qu’il puisse imaginer.
Le capitaine se força à ne pas penser à la réaction d’Emeraldas.
Mitchell s’interposa.
– Et nous ?
– Vous, dehors, répondit Harlock en les entraînant. Moins il reste de monde sur ce vaisseau, mieux ce sera.
– Quoi ? s’exclama Daniel. Vous sous-entendez que cela pourrait être dangereux pour Jack ? Jamais…
Harlock lui coupa la parole d’un geste péremptoire. Tous regardèrent en direction du général : O’Neill, l’air émerveillé, pianotait sur la console de navigation.
Le Queen amorça une large courbe. Harlock ne peut retenir une grimace soucieuse.
– Tant qu’il ne casse rien…
Si jamais O’Neill crashait le Queen, il n’osait imaginer les conséquences.
Harlock soupira. Quitte à mettre Emeraldas de mauvaise humeur (enfin, plus qu’elle n’était déjà), autant minimiser les dommages. La pirate rousse connaissait le général ; avec un peu de chance, sa présence à bord du Queen serait tolérée. Les autres, en revanche…
Évidemment, cela signifiait qu’il allait devoir traîner Mitchell et son équipe, mais c’était un moindre mal.
– Bon, exposa-t-il. On rejoint l’Arcadia. Je localise Emeraldas, je la raccompagne ici, je ramène O’Neill. Des objections ?
– Ça me paraît acceptable, convint Mitchell.
Heureusement pour lui, car il n’y avait pas d’autre alternative. Harlock se mordit la lèvre pour s’éviter de répondre « c’est ça ou je vous assomme », essaya de ne pas exprimer de façon trop visible tout ce qu’il pensait de la présence de Mitchell à ses côtés (sans succès, vu le regard noir que le colonel lui retourna), et quitta la passerelle du Queen après un dernier coup d’œil inquiet au général O’Neill.
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La seule phrase que fut capable de prononcer Loren lorsque l’Arcadia désenclencha son mode furtif fut « oh, putain ! », puis il observa bouche-bée le vaisseau vert heurter sa cible, s’y enfoncer, et la pousser implacablement vers le sol à la force de ses réacteurs.
Il savait pourtant que l’Arcadia utilisait l’éperonnage de manière habituelle. Il savait aussi que personne de sensé n’éperonnerait un vaisseau alors qu’une planète était sur la ligne de visée. Il espérait que l’équipage d’Harlock était sensé, et que ce qu’il venait de voir n’était que le résultat d’une fausse manœuvre.
Puis il repensa à sa dernière conversation avec Harlock, et l’impression persistante que le capitaine pirate ne contrôlait plus son vaisseau. Bon sang, avec la puissance de feu que l’Arcadia pouvait déployer, cette perspective avait de quoi glacer l’esprit.
Il secoua la tête. Le problème de l’Arcadia concernait Harlock ; sa priorité était ailleurs.
– Morgane ? demanda-t-il.
– Sa balise est toujours active, monsieur, répondit le navigateur. Et l’équipe d’abordage attend vos ordres.
Loren hésita. Lorsque la navette d’abordage s’approcherait du « ha’tak » dans lequel se trouvait Morgane, elle entrerait fatalement dans le gabarit de tir de l’Arcadia… Et l’officier scientifique ne se faisait aucune illusion : le bouclier de camouflage ne tromperait pas une seule seconde les senseurs du vaisseau d’Harlock.
…
D’un autre côté, il ne se verrait plus offrir une aussi belle occasion : ce devait être une belle pagaille, à l’intérieur du vaisseau éperonné.
C’était un risque à courir.
– Envoyez la navette, ordonna-t-il. Mode furtif. La procédure d’exfiltration qui a été briefée.
Il se tourna vers l’artilleur.
– Soyez paré à couvrir notre navette en cas d’engagement, ajouta-t-il. Et surveillez attentivement les conduites de tir de l’Arcadia.
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Baal avait reconnu le vaisseau qui lui fonçait dessus… et qui s’était dévoilé trop tard pour lui laisser le temps de réagir. Il ne se permit qu’un sourire suffisant, et resta impassible lorsque l’Arcadia percuta son ha’tak.
Cela devait se terminer ainsi. Même s’il avait refusé de l’admettre, Baal rêvait de se confronter au vaisseau vert depuis qu’il avait recroisé Emeraldas. En dépit de son désavantage technologique évident, il avait espéré avoir repéré des schémas d’attaque et quelques points faibles, suffisamment pour pouvoir mettre Harlock en difficulté… au moins au début du combat.
Il s’avéra que ce n’était pas le cas, et l’Arcadia ne lui laissa aucune chance de riposte.
Le vaisseau vert traversa la coque aussi facilement que si le bouclier énergétique, la double épaisseur de blindage et les renforts internes de structure n’avaient pas existé. Baal sentit le ha’tak se déchirer en deux. Puis le vaisseau pyramidal s’écrasa.
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Seule une lumière blafarde éclairait la salle des anneaux de transport. Encore sonnée par sa rencontre brutale avec la cloison bâbord de la pièce, Emeraldas enjamba une colonne métallique qui avait surgi du plancher et vérifia le fonctionnement du panneau de contrôle des anneaux. Hors service. Il fallait s’y attendre, après un tel choc.
Et bien, il ne restait plus qu’à sortir de ce ha’tak par un sas standard. Les hangars des al’keshs étaient proches d’ici : elle y trouverait une sortie, si toutefois ils n’étaient pas complètement détruits et impossibles d’accès.
La pirate rousse jeta un coup d’œil alentours. Morgane gisait inconsciente, coincée entre deux plaques de métal tordues, vestiges d’un mur. De sa position, Emeraldas ne savait dire si la néo-humaine était blessée ou simplement assommée. Elle hésita une fraction de seconde.
…
Bah, chacun pour soi. Les temps changeaient, et les anciennes amitiés étaient remplacées par des promesses de duels à mort. Morgane n’hésiterait pas, elle.
Emeraldas quitta la pièce. Ce qui était certain, c’était que sa prochaine confrontation avec Morgane résulterait par un combat. Dans cette optique, autant rejoindre le Queen. Un abri sûr. Avec un potentiel destructeur non négligeable. Et Morgane serait forcée de réfléchir soigneusement avant de se jeter dans la bataille.
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Les coursives étaient plongées dans la pénombre. Le vaisseau était silencieux, à l’exception peut-être d’un moteur qui ronronnait au loin. Cependant, ce n’était pas cela qui préoccupait Mimee.
Elle sonda les alentours : l’ennemie était proche, et occupait plusieurs plans de conscience en même temps. La Jurassienne inspira profondément. Elle ne possédait pas la maîtrise d’Adria en navigation astrale, mais l’Arcadia était son territoire et elle était prête à le défendre coûte que coûte. Une promesse qu’elle s’était faite à elle-même. Pour Harlock.
Elle entra dans un local de maintenance vide, s’installa soigneusement, puis ouvrit son esprit et gagna son « jardin secret ». Une vallée d’iris mauves. Mimee adorait ces fleurs, et avait imaginé cet endroit en souvenir de Jura, sa planète détruite. Les iris, la vallée, les quelques arbres qui se balançaient au gré du vent, tout n’était qu’illusion, tout avait été créé pièce par pièce au fur et à mesure de ses voyages astraux. Pourtant, Mimee savait que ce lieu immatériel avait sa place dans l’architecture de l’Arcadia, et elle soupçonnait l’ordinateur principal de l’avoir déjà visité.
Elle y avait même emmené Harlock, une fois ; il avait détesté – mais il fallait admettre que le voyage astral était tout sauf naturel pour un humain.
Mimee sentit une vague de colère la submerger. Elle ne laisserait personne d’autre venir souiller son refuge !
« Je sais que vous êtes là ! » lança-t-elle. « Montrez-vous ! »
Adria se matérialisa près d’elle.
« Vous sentez ma présence mais vous ne pouvez ni me localiser, ni m’arrêter », fit l’intruse, l’air hautain.
Mimee estima que le sentiment de colère qui l’habitait était une réponse suffisante, et concentra sa puissance psychique pour riposter.
La Jurassienne s’illumina de jaune.
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