Le soleil filtrait doucement à travers les rideaux, dessinant des lignes dorées sur le plancher de bois. Dans la cuisine, Jonah, encore en pyjama aux motifs de dinosaures, mangeait ses céréales en balançant ses petites jambes sous la table. TK, en t-shirt froissé et pantalon de jogging, préparait la boîte à lunch, glissant une petite note colorée à l’intérieur. Il esquissa un sourire en voyant le dessin qu’il avait griffonné pour son fils.
— Allez, bonhomme, on finit de manger et on file s’habiller, dit-il en refermant la boîte
Puis… trois coups secs résonnèrent à la porte. Trois coups qui semblaient briser la quiétude de la matinée.
Un silence étrange s’installa. TK releva la tête, chaque fibre de son corps en alerte. L’heure n’était pas aux visites.
— Papa ? C’est qui ? demanda Jonah, la voix hésitante.
TK fronça les sourcils, tendu.
— Ne bouge pas, Jonah.
Mais le petit, fidèle à sa nature vive, bondit déjà de sa chaise, ses pieds nus claquant sur le plancher. TK fit deux pas pour le rattraper, le cœur battant la chamade.
— Non, Jonah, attends !
Trop tard. La poignée tourna.
La porte s’ouvrit. Evan se tenait là, les mains dans les poches, un sourire trop large collé au visage, un éclat calculateur dans les yeux.
— Salut, bonhomme, dit-il d’un ton mielleux. Tu me présentes ?
Jonah recula instinctivement, le front plissé, sentant quelque chose de mauvais. TK se précipita et posa une main protectrice sur son épaule.
— Jonah, va dans ta chambre. Maintenant.
— Mais papa…
— Tout de suite, insista TK, le regard brûlant d’avertissement sur Evan.
Jonah obéit, comprenant que quelque chose clochait. Il disparut dans le couloir, son cœur battant à tout rompre. TK referma la porte à moitié et se plaça en travers, le corps tendu, chaque muscle prêt à réagir.
— Qu’est-ce que tu fais ici ? souffla-t-il, la voix basse mais tranchante. Tu n’as pas le droit d’être là.
Evan haussa les épaules, faussement détendu, comme s’il ne voyait aucun danger.
— J’passais juste… j’me suis dit que t’avais peut-être changé d’avis. Qu’on pourrait parler… comme avant.
— Il n’y a pas de « comme avant ». Tu dois partir. Maintenant.
Le sourire d’Evan se crispa, et sa voix prit un ton plus froid, plus tranchant.
— Donne-moi ton téléphone.
— Quoi ?
— Ton téléphone, Tyler. Maintenant. Je sais que t’es du genre à appeler les secours à la moindre goutte de sueur. J’veux pas qu’on soit interrompus.
TK recula d’un pas. Evan en profita pour entrer d’un mouvement rapide, refermant la porte derrière lui d’un geste sec. Il tendit la main avec autorité.
— Le téléphone.
Le ventre de TK se noua. La peur l’étreignait, l’image de Jonah tout près de là le paralysait. Lentement, il sortit son téléphone et le tendit. Evan l’attrapa et le glissa dans sa poche arrière, le sourire aux lèvres, comme s’il venait de gagner un petit pouvoir.
— Voilà. C’est mieux. Maintenant on peut discuter tranquille.
Evan balaya la pièce du regard, ses yeux brillants d’un éclat inquiétant.
— Dis-moi… t’as encore des médocs ? Du vrai ? Où les caches-tu ? Dans la salle de bain ?
— J’ai rien, Evan, murmura TK. J’ai pas touché à ça depuis des années. Je suis clean. Tu devrais l’être aussi.
— Mais j’suis clean, bébé… j’suis juste en manque de souvenirs. Toi et moi, les nuits blanches, les rires, les feux de camps… tu te rappelles ? J’veux juste… une petite dose pour revivre ça. Ensemble. Un dernier trip.
TK sentit la panique monter. Son cœur battait à tout rompre, il essayait de rester maître de la situation, mais Evan s’approchait dangereusement, les yeux fous.
— Il n’y a plus de nous, insista TK, la voix tremblante mais ferme. Y’a rien ici. Rien à voler. Rien à revivre.
— Alors t’as qu’à en prendre là où y’en a, ricana Evan.
Un silence.
— À la caserne. Y’en a dans les ambulances, pas vrai ? Des trucs forts…
TK sentit le sol se dérober sous ses pieds.
— Tu veux que je vole des médicaments ?
— C’est pas du vol si c’est pour nous. Juste une virée. Comme au bon vieux temps. Et si tu refuses… j’me demande ce que ton petit garçon pensera de tout ça.
Evan tourna lentement la tête vers les cloisons où était placer la chambre de Jonah. TK sentit la peur le submerger, une sueur glacée perlant dans son dos.
— Non… laisse-le en dehors de ça.
— Alors tu sais ce qu’il te reste à faire.
TK restait figé, les yeux rivés sur Evan. Son cœur battait à tout rompre, pas pour lui — mais pour Jonah, à quelques mètres de là. Il devait penser vite. Gagner du temps. Faire traîner. N’importe quoi pour que la 126 remarque qu’il est en retard.
Il baissa les yeux, feignant la résignation.
— OK… OK. Mais pas avec Jonah ici.
Evan plissa les yeux.
— J’te suis pas.
— Il faut que je l’amène à l’école. Sinon ils vont appeler Carlos s’ils remarquent son absence…
Evan grimaça, mais réfléchit. TK joua sur l’apparence de calme, gardant ses gestes lents.
— Je vais l’habiller, le déposer, et après… on ira à la caserne. C’est tout ce que tu veux, non ?
— Tu l’amènes avec nous, trancha Evan. Et t’essaie pas de m’embrouiller.
TK sentit sa gorge se nouer.
— Il n’a rien à voir là-dedans…
— Justement. Tu veux qu’il reste en sécurité ? Alors tu fais comme je dis.
Dans la chambre de Jonah, TK était agenouillé et aidait son fils à s’habiller, le cœur en vrac. Jonah fronçait les sourcils.
— Papa… pourquoi tu trembles ? Il est pas gentil, le monsieur ?
TK lui caressa les cheveux en forçant un sourire.
— Chutt… tout va bien, mon cœur. On va juste faire un petit tour à la caserne.
— Y’a pas école aujourd’hui ?
— Si, mais je dois passer à la caserne avant de te déposer… Tu restes tout près de moi, d’accord ?
Jonah hocha la tête, toujours incertain, tandis que TK se redressait lentement. Il attrapa le sac à dos de son fils.
Evan les attendait près de la porte d’entrée, bras croisés, l’air impatient.
— Bouge-toi, grogna-t-il. J’ai pas toute la journée.
TK inspira profondément, rassemblant son courage. Chaque fibre de son corps criait de fuir, mais il devait protéger Jonah.
Le silence, le souffle coupé, le regard d’Evan qui pesait sur lui… chaque instant était un combat silencieux. TK avançait lentement, chaque geste mesuré, chaque mot calculé. La maison, qui quelques minutes plus tôt respirait la tranquillité, était devenue un piège invisible.