La Fille du Torrent et le Prince Mélancolique

Chapitre 2 : L'Eau, le Feu peuvent-ils pactiser...?

Par carmelmenthis

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Personnages secondaires - Des gardes sans nom


Lieux - Les bords de l'étang, puis l'entrée du campement du Bois du Roi




── I. LE POINT DE VUE DE TANIS ──



Les flèches ont frappé sans bruit — pas même un sifflement pour annoncer la mort. Durant ma courte vie, j'ai vu des hommes se battre, certains sauvagement. J'en ai vu menacer, hurler, s'insulter, brutaliser, violenter... Je suis passée à travers la mort des autres.Mais aujourd'hui, quatre hommes viennent de mourir sous mes yeux, et je ne parviens pas à regarder leurs corps. J'ai trop peur de trouver de la pitié en moi.



Le Prince et sa monture noire d'encre viennent vers moi. L'animal a les proportions d'un auroch et se déplace pourtant avec la légèreté d'un chevreuil. La tête du cheval est énorme. je jure que je n'aurais pas été surprise de le voir cracher du feu...


Dans une sorte de brouillard, je vois le Prince tendre son bras puissant vers moi. Je l'imagine capable de me soulever sans aucun effort pour me placer en croupe derrière lui. Quelque instant plus tôt, je me suis battue avec l'énergie du désespoir, sans la moindre frayeur face à des brutes. Pourtant, à cet instant précis, je crois bien que j'ai peur de cet homme qui vient de me sauver et me laisse sans réaction.



C'est la première fois que j'approche d'aussi près un homme de cette caste. J'ai beau être dans l'entourage de la Reine, je n'ai jamais vu le Roi ou ses fils que de loin. Je fixe sa main. Des détails me frappent malgré moi, comme d'épaisses callosités marquent sa paume. C'est le signe d'un guerrier habitué au maniement des armes depuis l'enfance. Je me raccroche à la rumeur qui vante son esprit chevaleresque et sa bonté. Sa voix est étonnamment douce — cette douceur est presque effrayant. Il vient de tuer quatre hommes sans ciller. Je ne doute pas un seul instant d'être face à un fauve.



Tanis — "Je crois que je vais revenir par mes propres moyens."


J'entends à peine ma propre voix.



Il rétracte son bras et me fixe de ses yeux vairons. L'un est sombre comme la nuit, l'autre navigue entre le bleu et le vert.



Baelor— "Je vous attends sur la berge."


Il n'a de tout évidence pas pris en compte mon refus. Je reconnais avoir manqué de fermeté...



Que dire... Je me résous à le suivre. Je m'arrache à l'eau boueuse pour prendre appui un peu plus loin sur la berge pierreuse. Je l'entends sauter à terre. Je me retourne lentement. Il vient vers moi. Il est grand et brun comme la nuit... Sa chevelure est parsemée de fils d'argent. Je pourrais presque les compter. On pourrait croire un seigneur de Dorne. Rien dans son physique ne rappelle qu'il est un targaryen. Il me sourit. Son regard est brillant. Si je me laissais aller et si j'oubliais les cadavres flottant si proches, je pourrais le trouver à la fois attirant et étrangement bienveillant...



De ses épaules, il retire une lourde pelisse en fourrure d'ours et m'en recouvre. Il ramène les bords autour de moi de telle façon que je me retrouve emprisonnée en douceur.



Baelor — "Ne sois pas stupide, petite. Tu ne sais même pas où tu es."


Je regarde la forêt d'un regard nouveau. Elle m'encercle comme une cellule à ciel ouvert. Je dois reconnaître qu'il a raison. Je serais incapable de retrouver mon chemin...


Je sais avec qui je suis, et cela me tétanise... Ses yeux trahissent définitivement de l'amusement. Je lui en veux de s'amuser alors que je tremble sans savoir si c'est de peur ou de froid.


Sans avertissement, l'énorme tête du cheval me pousse légèrement par-derrière. Je bascule en avant et me retrouve rattrapée de justesse par le Prince. Je rougis violemment de ce rapprochement physique. La situation l'amuse visiblement beaucoup... Je crois que je le déteste.



Baelor — "Ombre t'aime bien, et il n'a pas l'amour facile... "fait-il observer.


J'ignore tout de son caractère. Les hommes de pouvoir ont rarement de l'humour. Et cet homme est le plus puissant de Westeros après le roi... Je m'imagine difficilement rire avec lui.



Baelor — "Je vous ramène. Ma mère ne me pardonnerait pas si je vous laissais au milieu de nulle part... et je crains plus ma mère qu'une armée."


Il sourit de nouveau largement. Ce n'est pas du jeu d'être aussi... aimable. J'en ai presque oublié les quatre morts qui resteront sans nom pour moi.




── II. LE POINT DE VUE DE BAELOR ──



Je me sens un peu stupide avec ma main tendue vers cette jeune fille qui me repousse. Que faire devant une demoiselle aussi visiblement têtue ? Il y a pire que son entêtement. Elle a peur de moi. Je n'ai pas le souvenir de m'être retrouvé à devoir rassurer une femme après avoir tué froidement quatre hommes devant elle. Je prends un peu de distance physique pour réfléchir et la soulager un temps de ma présence. Pourtant, je n'ai aucunement l'intention de l'abandonner. Quoi qu'il arrive, elle n'a pas idée à quel point je peux être tenace.



Je l'invite à me rejoindre sur la berge. Pas besoin de perdre du temps en paroles inutiles. Une fois à sec, je saute de ma monture. Ombre secoue la tête d'un air désapprobateur. Je soupire. Je n'avais pas prévu de devoir parlementer avec mon propre cheval. Je le laisse vaquer aux alentours pendant que je me concentre sur la demoiselle.



Je souris malgré moi. Elle ressemble à un chaton sauvé de la noyade. Ses colères enfantines pourraient me faire rire si je n'y prenais garde. Elle tremble de froid ou de peur — sans doute un peu des deux...



Ma pelisse d'ours pèse sur mes épaules. Je la retire pour en envelopper cette étrange fille dont j'aimerais bien connaître le nom...



Je la serre peut-être un peu fort. J'ignore si c'est pour qu'elle ait plus chaud ou pour l'empêcher de s'enfuir. Je recule devant cette intimité qui me prend par surprise. Je lui parle alors avec une pointe de brutalité que je regrette presque instantanément. On ne m'a pas appris à parler aux enfants ou aux demoiselles perdues. La pensée de Maekar et de ses moqueries devant ma maladresse me donne des envies de rire. À cet instant, la fille bascule vers l'avant, droite comme une planche. Je la rattrape par réflexe. Je reçois sa chevelure trempée en plein visage. Malgré l'eau boueuse qui la recouvre en partie, je perçois nettement son parfum et son odeur de femme. Cela me trouble un instant. Je la redresse tout en remarquant Ombre qui agite sa puissante encolure. J'ai un destrier de guerre fait pour effrayer et écraser mes ennemis, et il se comporte comme un enfant qui s'amuse à mes dépens... Il a de toute évidence pris cette inconnue sous sa protection.



Je souris... Moi aussi je veux la protéger.



Elle appartient à la suite de ma mère, elle appartient donc à ma Maison. Plus personne ne posera la main sur elle. Je parle de ma mère avec légèreté, pourtant, bien que je sois un homme de guerre aguerri, les colères de la Reine Myriah me font toujours reculer. Elle sera sans doute terriblement contrariée d'apprendre que l'une de ses suivantes a été malmenée.



Je remonte en selle. Avec un sentiment de déjà-vu, je lui tends à nouveau le bras :



Baelor — "Cette fois... pas de refus, petite. "


Il nous faut peu de temps pour sortir des sous-bois. La forêt s'ouvre brutalement comme un rideau, révélant la prairie couverte d'une véritable ville de tentes. La fille fait un effort visible pour ne pas se coller contre mon dos, mais chaque foulée d'Ombre la ramène contre moi. Plusieurs gardes sortent de leur torpeur et se redressent précipitamment en me reconnaissant. Ils font de leur mieux pour ignorer mon étrange passagère. J’arrête ma monture devant eux :



Baelor — "Trouvez une dizaine d'hommes. Suivez les traces laissées par mon cheval. Vous trouverez un étang. J'y ai laissé mon arc. Ramenez-le-moi. "


Après un court instant de silence, j'ajoute d'une voix qui me surprend moi-même par sa froideur.



Baelor — "Vous y trouverez aussi quatre cadavres. Ramenez-les. Pendez leurs corps par les pieds au grand chêne situé au centre du camp. Laissez les flèches qui les ont percés. Je veux que tout le monde sache qui les a tués. "


J'attends avec impatience les représentants des Grandes Maisons qui payaient ces ordures, venir me demander des comptes.





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