Entre Objections et Tentations

Chapitre 1 : L'affaire décisive

2256 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 03/12/2025 16:10

28 septembre, 14h34

Tribunal fédéral

Salle d'audience n° 2


Dans la salle d’audience, les juristes chuchotaient entre eux tandis que le juge attendait avec impatience la preuve que Phoenix cherchait désespérément pour renverser l’affaire. L’avocat de la défense, la tête plongée dans ses dossiers, repassait une énième fois chaque indice récolté ces derniers jours. Chaque mot comptait. Chaque détail pouvait sauver sa cliente.


De l’autre côté, au bureau de l’accusation, Miles Edgeworth attendait la fin du contre-interrogatoire, un sourire en coin accroché aux lèvres. Il était persuadé que le juge allait déclarer l’accusée coupable.


Phoenix, lui, repassait mentalement tous les éléments : (Empreintes… arme… deux balles… deux personnes évanouies… une bouteille de chloroforme… une blessure à la tête… heure du décès…)


Il releva les yeux vers le témoin à la barre : un homme de 42 ans, agent de sécurité à l’hôpital, dont le témoignage accablait directement sa cliente. Mais Phoenix le savait : cet homme était sans doute le véritable criminel. Tout concordait. Le témoin tentait de faire porter le chapeau à l’infirmière, et Phoenix ne pouvait pas laisser ça arriver.


Sa cliente, Joy Joly, était une simple infirmière qui avait eu le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Selon son récit, elle aurait surpris le témoin en train de fouiller le sac d’un patient qui, selon les dires, serait plutôt bien fortuné, pendant que celui-ci était sous la douche dans la pièce adjacente. Figée un instant, elle l’aurait ensuite confronté pour le vol. L’agent se serait montré agressif rapidement et, lorsqu’elle aurait tenté de fuir, il l’aurait retenue de force. Une lutte aurait éclatée et ils auraient été interrompus par l’arrivée du patient qui entendait du bruit de la douche. Pris de panique, l’agent aurait alors tiré sur l'usager de l'hôpital avant d’assommer Joy d’un coup du manche de son arme.


Cependant, la version de l’agent était l’exact opposée. Il affirmait avoir surpris l’infirmière en pleine tentative de vol. Selon lui, elle se serait jetée sur lui immédiatement et lui aurait arraché son arme. Il n'aurait pas eu le temps d'agir, tellement que l'événement se serait passé rapidement. Elle aurait paniqué à la vu du patient et aurait tiré sur la victime, ce qui aurait appeuré l'agent qui se serait écarté. Ensuite, elle se serait retournée vers lui pour tirer la deuxième balle dans l’épaule. Par la suite, elle aurait utilisé du chloroforme mis dans un tissu sur l'agent en douleur et au sol avant de se frapper elle-même à la tête pour feindre une blessure par l'agent. Pour finir, elle aurait déclenché l'alarme et se serait allongée au sol pour simuler son propre évanouissement.


Quand le personnel arriva au son de l'alarme dans la chambre, on retrouva les deux blessés au sol et la victime, décédée, un peu plus loin.


Phoenix devait découvrir la vérité. Il en était plus déterminé que jamais.


— Psst ! Nick !


L'homme habillé en bleu tourna sa tête vers son acolyte depuis quelques années : Maya Fey. La jeune femme l'accompagnait toujours au tribunal et lors de ses investigations. Elle était vêtue de son habit mauve et rose traditionnel, celui portée par les femmes de son village. C'était la coutume chez elle. Ses cheveux noirs et longs étaient lissent et brillaient sous les lumières du tribunal et ses yeux foncés exprimaient un sérieux presque troublant. Elle s'approcha doucement de son ami pour lui donner conseils.


— Il y a quelque chose de louche dans son témoignage.

— Je sais… je dois trouver ce qui cloche.

— Tu dois repérer la faille… et utiliser cette preuve.


(Cette preuve ?) pensa Phoenix. Maya, fidèle à elle-même, restait vague, mais sa présence l’aidait toujours à réfléchir plus clairement. Il parcourut de nouveau les pièces à conviction… puis ses yeux s’écarquillèrent. Ça y était. Tout prenait sens.


Il leva brusquement la tête vers le témoin, pointa son doigt et s’exclama :


— Objection !


La salle explosa en murmures. Edgeworth croisa les bras, irrité. Le témoin pâlit. Phoenix s’avança vers la table centrale, enfila une paire de gants blancs et prit en main la chemise que portait l’agent le jour du meurtre. En l’observant, un sourire en coin étira ses lèvres.


— Monsieur Blake… l’accusée ne peut pas vous avoir tiré dessus.

— Objection ! protesta Miles. Monsieur Blake a été touché par balle. Elle a été retirée de son épaule après l’incident.

— Objection ! Je n’ai jamais dit qu’il n’avait pas été tiré. J’affirme que l’accusée n’a pas pu être celle qui a tiré.

— Objection ! Très bien, Wright. Si vous êtes si sûr de votre coup, pourquoi ne pas présenter à la cour une preuve irréfutable de ce que vous avancez ?


Le juge frappa son maillet sur son bureau pour avoir l'attention de tous.


— L'accusation a raison, dit-il. La défense se doit de démontrer avec une preuve convaincante que l'accusée n'a pas réellement tiré le témoin. Alors, est-ce que la défense a ce qu'il faut pour se justifier ?


Phoenix se retourna une nouvelle fois vers les preuves étalées dans la pièce. Il savait qu'il venait de mettre son doigt sur quelque chose. Il inspira profondément avant de se lancer.


— Oui Votre Honneur, la défense peut prouver que l'accusée Joy Joly n'a pas tiré sur le témoin.


D'un air confiant, il s'empara de la chemise que l'agent portait le jour du meurtre et montra le trou causé par balle.


— Regardez les marques de brûlures autour du trou. Une empreinte pareille n’apparaît que si le tir est effectué à bout portant, c'est-à-dire avec l'arme à une distance d'environ trente centimètres.


À cette déclaration, Miles serra les poings et les dents. Le témoin, quant à lui, suait de plus en plus et tremblait.


— En effet ! s’écria le juge. Impossible que l’infirmière ait tiré ainsi !

— Objection ! protesta Edgeworth. Elle aurait très bien pu tirer de près !

— Objection ! répliqua Phoenix. Le témoin vient lui-même de dire qu’il s’était écarté de l’accusée ! Ils n’étaient pas assez proches ! finit-il en pointant du doigt.


Les murmures reprirent dans la pièce et Phoenix se retourna vers Maya qui le regardait avec un sourire.


— Tu l'as bien eu, Nick ! L'agent est complètement déstabilisé !


En effet, l'homme à la barre était très nerveux.


— De l'ordre dans la salle ! Silence ! s'écria la juge en frappant le maillet. Je dois dire que c'est un revirement de situation innatendu M. Wright !

— Oui Votre Honneur et, si je peux rajouter, la défense est prête à accuser monsieur Klaviss Blake du meurtre de la victime Murray Montmorency.


De nouveau, les gens la pièces devinrent fébriles face à l'accusation. Miles tapa sa main sur son bureau et regarda Phoenix d'un air perçant. Quant à Maya, elle tenait à peine sur place.


— On y arrive, Nick ! On arrive au bout de cette affaire !


Elle avait raison. La vérité était sur le point d'éclater. Ce n'était qu'une question de minutes, maintenant.


— Wright, appela Miles. J'espère que vous êtes sûr de vous. Une erreur aussi importante pourrait vous coûter cher en pénalité. Alors dites-nous, quel serait le mobile de l’agent Blake ?


Le juge hocha la tête en signe d'approbation.


— L'accusation a raison. La moindre erreur pourrait vous coûter l'affaire. Alors, M. Wright, expliquez-nous votre raisonnement.


(Ça y est, c'est la fin. On clos cette histoire pour de bon.)


— Voici ce qu'il s'est réellement passé : Joy Joly est rentrée dans la chambre d'hôpital de la victime, Murray Montmorency, pour y déposer des vêtements propres, il s'avança dans la pièce en expliquant. Devant elle, Klaviss Blake surpris en plein vol. En voulant le confronter, Klaviss Blake s'est jeté sur Joy Joly. La victime arrive dans la pièce et surprend la bataille. Ne voulant pas être accusé de vol, Klaviss Blake prend son arme à feu et tire la victime et assomme d'un coup de crosse à la tête l'infirmière. Puisque le premier coup de feu allait attirer d'autres membres du personnel rapidement, Klaviss Blake s'est tiré lui-même à l'épaule et a installé l'arme dans la main de l'infirmière inconsciente, pour maquiller la scène, Phoenix se retourna vers l'agent. Comme il est un voleur et qu'il travaille dans un hôpital, Klaviss Blake a pu mettre la main sur une bouteille de chloroforme en prévision de devoir l'utiliser contre quelqu'un s'il se faisait prendre. Il a donc activé l'alarme avant de respirer, par lui-même, le produit pour s'évanouir. Aucune de ses empreintes ne pouvaient être trouvées car le port de gant fait parti de son uniforme.


Au terme du récit, Blake craqua. Il suffoquait, tirait sur son col, puis finit par hurler… et avouer.


— Je... débuta-t-il. Je ne voulais pas en arriver là...


À cette phrase, Miles serra de nouveau les dents en regardant d'un air furieux le témoin.


— Q-Qu'êtes-vous entrain de dire, grogna-t-il.

— C'est vrai... J'ai perdu... J'ai tiré froidement la victime, je l'avoue...


Silence dans la pièce. Miles savait qu'il venait de perdre une autre affaire contre son rival. Le juge écarquilla les yeux, étonné de cette confession. Il prit son maillet et le frappa contre son bureau.


— Huissiers ! s'écria-t-il. Emmenez cet homme !


Les huissiers arrivèrent et escortèrent l'agent de sécurité en dehors de la pièce. L'accusée, Joy Joly, s'avança pour prendre place à la barre, à l'attente du verdict du juge.


— Je dois dire que cette affaire a pris une tournure innatendue. Cependant, la défense a démontré impeccablement que l'infirmière Joy Joly ne pouvait pas commettre le meurtre. La cour déclare l'accusée, Mme Joy Joly non coupable.


Les confettis tombèrent. Tout le monde se réjouit… sauf Miles.


28 septembre, 15h31

Tribunal fédéral

Salle des accusés n° 2


— Nick, c’était génial ! Je savais que tu pouvais le faire ! s’exclama Maya.

— Merci, Maya… mais ça n’a pas été simple.

— Euh... M. l'Avocat...


Les deux amis se retournèrent vers l'infirmière qui s'avançait timidement.


— Merci de m’avoir défendue. Si j’avais été condamnée… je ne sais pas ce que j’aurais fait…

— Aucun problème, répondit Phoenix, un peu gêné. Je ne pouvais pas laisser une innocente être accusée.

— Allez, Nick ! On doit célébrer !

— Laisse-moi deviner… des burgers ?

— Quoi ?! s’indigna-t-elle. Tu lis dans mes pensées maintenant ?!

— Bien sûr que non…


(Qu’est-ce que je vais faire avec elle…)


— Allons-y ! Je meurs de faim ! Et c’est toi qui payes !

— Q-Quoi ?!


Maya s’élança déjà vers la sortie. Joy éclata de rire.


— Vous formez un duo étonnant !

— M-Maya et moi ?

— Qui d’autre ?


(Elle n’a pas tort… il y a quelque chose de spécial entre nous. Une grande complicité avec un énorme lien de confiance.)


Après cet échange, Phoenix se dirigea vers la sortie. En ouvrant les portes, il vit les rayons du soleil pénétrer les grandes fenêtres du bâtiment. Dans cette grande pièce, il y régnait une ambiance luxueuse par l'odeur du vernis sur le bois et le marbre et par l'architecture.


Il longea le mur jusqu'à se retrouver à un grand escalier. En descendant les marches en bois massif, il remarqua une silhouette qui faisait de même. Il reconnut cet habit rapidement. (Edgeworth...) Au son des chaussures qui claquaient le bois, le procureur se retourna pour croiser le regard de celui qui venait de lui donner une défaite supplémentaire. Il dévit son regard de façon non-chalante et continue de descendre l'escalier en silence. Phoenix était habitué à cette tension. Après tout, chaque fois qu'il sortait de cette audience contre Miles c'était en étant victorieux et ces défaites à la chaîne devaient le peser. Tout de même, depuis les dernières années, ils s'étaient rapprochés et étaient amis. Sauf que Miles était un homme professionnel et gardait ses gardes au tribunal.


Une fois la dernière marche descendue, Miles attendit en silence, toujours dos à l'avocat. Phoenix remarqua son arrêt soudain et continua de descendre jusqu'à être au même niveau. Cependant, Phoenix continua son chemin sans le regader.


— Wight, l'interpella-t-il.


Au son de son nom, Phoenix se retourna. Il s’attendait à une pique, une critique… mais Miles dit simplement :


— Félicitations pour cette victoire.


Ils échangèrent un regard sérieux.


— Merci, répondit Phoenix.


Sans un mot de plus, Edgeworth s’éloigna sans le regarder. Il sortit de l'établissement pour se rendre à sa voiture. Phoenix était surpris de cette courte intéraction. Il savait que Miles le respectait, contrairement à lorsqu'il a commencé à exercer sa profession. Il appréciait ce changement. Il sourit et, avec confiance, sortit à son tour pour rejoindre Maya qui l'attendait plus loin dehors.

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