Si c'est un jeu, il n'est pas drôle, crétin.

Chapitre 1 : Amour, elfe et poupée.

Chapitre final

7084 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/11/2016 04:40

 

" -Tiens, tiens, petite chose.- Oh...salut.

Ezarel la regarda, un sourire narquois naissant sur son visage. Théâtral, il se frotta le torse et grimaça. La jeune fille venait de le percuter de plein fouet.

- On dirait pas mais....t'as l'air d'en avoir plus sur les os que Valkyon ! Sauf que lui...c'est du muscle.- Quoi ?! 

Julie était abasourdie. La traitait il de grosse ? Elle se regarda rapidement dans une vitre, décontenancée. Elle n'était pas grosse pourtant. Elle reporta son regard sur l'elfe, qui semblait bien s'amuser, et prit le parti de ne pas lui répondre. En le dépassant, il la retint par l'épaule avant de dégager sa main rapidement, comme s'il s'était brûlé.

- Si tu veux, je peux t'aider.- M'aider ? À quoi?- Je peux demander à Miko de placer un garde devant la cuisine, pour t'empêcher d'aller te goinfrer. Ça te rendrait service, tu sais.

CLAC ! Mais à peine le geste fut il parti que Julie le regretta instantanément. Ezarel la regardait, aussi inexpressif qu'à l'accoutumée, la joue flamboyante.

- Ça, ma jolie, tu aurais pu t'en passer, siffla t'il.- Tu l'as cherché, gémit Julie malgré tout. Je ne t'ai pas insulté moi.- Ta présence suffit. Tu es une insulte pour Eldarya.

Apeurée, Julie dévisagea Ezarel. Il n'avait jamais semblé aussi sérieux. Alors il la détestait à ce point là ? "

"Ça, c'était avant. Il y a une semaine ou deux environ. On ne s'est plus reparlé avec la peste. L'hérétique, l'hybride, appelez la comme vous voulez. C'était idiot de ma part de lui dire ça, de lui rappeler qu'elle n'était rien ici. Comme si c'était sa faute. Et comme si c'était vrai."

Concentrée dans ses écrits, Julie n'entendit pas la porte de la bibliothèque s'ouvrir. Elle n'entendait pas non plus le pas fluide et feutré qui se rapprochait d'elle. Ce n'est que quand elle ressentit l'odeur familière de l'eucalyptus qu'elle sursauta. Ezarel. Elle l'avait évité pendant plus d'une semaine, et voilà qu'il se pointait, la bouche en cœur. Sans aucune gêne, il s'assit sur le bureau, et la regarda droit dans les yeux, avec un sourire. Il tenait deux tasses.

- Salut, jolie Julie, dit il d'une voix mielleuse.- Salut.- Oh voyons, ne tire pas cette tête, continua t'il en faisant semblant de s'intéresser aux écrits. Je ne vais pas t'agresser. En fait, je me demandais comment tu allais, ajouta t'il en levant un regard carnassier vers elle. D'après la licorne mal fringuée, il paraît que tu travaille beaucoup, et que tu ne fais presque pas de pauses. C'est vrai ça ?- Eh bien, je...hésita Julie. J'aime écrire, alors je ne vois pas le temps passer. - Tu fais une petite pause avec moi?

Julie dévisagea Ezarel, incertaine. Il était relativement aimable, et il n'arborait pas son sourire arrogant. Elle accepta la tasse qu'elle lui tendait, et huma l'odeur qui s'en échappait. Ca devait être délicieux. Elle le remercia d'un sourire, et l'écoute, stupéfaite par ce retournement de situation. Il lui parlait de tout et de rien, argumentant ses dires, blaguant gentiment. C'était ahurissant. Julie se détendit au bout d'un moment, et parla à son tour. Ils discutèrent un long moment, sirotant la boisson délicieuse qu'il avait préparée.

La vérité, c'était que depuis son arrivée, Julie et Ezarel se haïssaient. Les coups bas pleuvaient, les insultes fusaient, tout n'était que chaos lorsque les deux passaient. Mais Julie était lassée de tout ça. Elle était fatiguée, triste, et elle ne mangeait presque plus. Épuisée de passer des nuits blanches à rêver de ses parents, de la terre. Fatiguée d'être en perpétuel affrontement avec cet elfe mal coiffé. Alors elle l'évitait. Elle restait avec les autres, mais inventait n'importe quelle excuse pour ne pas avoir à être en face de lui. Ezarel semblait n'avoir aucune limite, il lui faisait peur. Pour lui, ce n'était qu'un jeu, mais elle ne le supportait pas. Elle, elle avait atteint le bout de ce dont elle était capable.

"J'admets être un idiot moi aussi. Mais qu'y pouvais-je ? En arrivant, j'ai essayé d'être aimable avec elle. Elle m'a repoussé comme un vulgaire ver. Je ne suis pas répugnant. Je suis Ezarel, chef de la Garde d'Absynthe, et je mérite le respect. ... Bon. J'avais peut être été un peu maladroit. Je peux comprendre qu'elle ne veuille pas s'approcher de moi. Mais je n'ai pas à céder à ses petits caprices. Alors j'ai décidé de frapper un grand coup. Pour qu'elle sache à qui elle avait affaire."

Julie n'avait jamais été colérique, ni rancunière. D'un naturel plutôt calme, la petite blonde se contentait d'être elle même dans son attitude douce et réservée. Mais Ezarel, tout feu tout flamme, ne passait pas un seul jour sans la provoquer. Sa décision de l'ignorer avait empiré les choses pendant quelques temps, elle avait même levé la main sur lui sous les yeux abasourdis de Nevra, mais voilà qu'aujourd'hui, il semblait décidé à faire le premier pas.La discussion fut très agréable et Ezarel n'eut pas un seul mot déplacé. A deux ou trois moments, Julie sentit bien que la moquerie n'était pas loin, mais il s'abstint et elle lui en fut reconnaissante.

- Ezarel, commença Julie alors qu'un blanc s'installait. Je...je m'excuse pour la gifle de l'autre jour. Mais j'ai pas apprécié que tu m'insulte alors que...- Pas de soucis, l'interrompit joyeusement l'elfe. C'est oublié.- Tu ne te vengeras pas alors ?- Moi ? S'exclama Ezarel en prenant un air faussement effaré. Voyons Julie, JAMAIS je ne te ferais de mal intentionnellement. Je suis taquin, voilà tout.

Rassurée, Julie esquissa un grand sourire. Elle se sentait bien. Un peu trop bien même. Elle avait l'impression de flotter dans les airs. Ses yeux se fermaient presque malgré elle, et elle se sentait doucement sombrer dans le sommeil. Prise de vertige,elle s'adossa un instant contre sa chaise, et ferma les yeux, ne voyant pas le sourire d'Ezarel qui s'élargissait. 

" En fait, j'étais super heureux. J'étais même hilare. Ça marchait à la perfection. Le seul truc que j'avais oublié, c'est que les fringues, elles, ne rétréciraient pas. Alors j'étais juste bloqué, avec un sourire à la con sur mon visage parfait, tandis qu'une toute petite masse nue roulée en boule dormait profondément au creux de mes mains. Bordel. Qu'est ce que j'ai fait ?" 

Quand elle se réveilla, elle avait un mal de tête incroyable. Gémissant, elle se tourna sur le côté et enfouit son visage dans sa couverture. Couverture qui sentait l'Eucalyptus.D'un bond, Julie était debout, sur ses gardes. Elle n'était pas dans sa chambre, et ce n'était pas sa couette. Ce qu'elle vit manqua de la faire défaillir. Elle était....minuscule ! Elle devait avoir la taille d'une poupée Barbie de Terre, et encore.Autour d'elle, tout était immense, et comble du ridicule, elle était complètement nue. Apeurée, Julie avisa ses vêtements dans un coin du labo, roulés en boule. Du labo ? Julie fronça les sourcils. Oui, elle était bien au labo, confortablement installée sur un coussin sur une table, enroulée dans une espèce de cape qui sentait Ezarel. D'ailleurs, en parlant de l'elfe, celui ci semblait bien occupé. Il allait de table en table, ne jetant pas un seul coup d'œil sur le coin où était recroquevillée la jeune fille, plongé dans son travail.

- Ezarel ! Cria Julie.

Mais sa voix, plus aiguë qu'à l'ordinaire, ne portait pas très loin. Cela ressemblait surtout à un piaillement d'oiseau malade. Folle de rage, Julie marcha à grand pas vers le bord de la table, toujours enroulée dans la lourde cape qu'elle peinait à traîner derrière elle, et mit ses mains autour de sa bouche.

- EZAREL ! Hurla t'elle.

L'elfe sembla tendre l'oreille, mais ne fit pas un geste pour montrer qu'il l'avait entendue. Même si le sourire narquois qui naissait aux commissures de ses lèvres prouvait bien le contraire.

" Bien sûr que je l'avais entendu. Mais la voir gesticuler en traînant cette cape mille fois trop grande pour elle était hilarant. Je voulais juste me délecter de ma petite victoire assez pathétiquement minable."

Découragée, Julie chercha un endroit, une sorte de pont ou quelque chose de semblable pour rejoindre le bureau en toute sécurité devant lequel il était installé. Maintenant qu'elle était minuscule, il fallait qu'elle fasse attention. La moindre chute pourrait lui être fatale. Prudemment, elle s'avança encore plus au bord, et fit des grands gestes de la main, espérant sans doute que l'elfe daigne lui accorder un regard. Peine perdue.De hargne, Julie finit par s'assoir en tailleur, et regarda l'elfe évoluer dans le laboratoire, maussade. Elle n'arrivait pas croire qu'il ai osé faire une chose pareille. Ca n'avait rien de drôle. Cette situation était complètement ridicule. Et elle qui croyait qu'il faisait des efforts. Elle le haïssait. Elle n'aurait su dire combien de temps elle était resté ainsi assise, perdue dans ses pensées. À force de ruminer dans son coin, elle avait complètement oublié la présence de l'elfe. Elle avait même dû s'assoupir, parce que quand elle émergea de son état léthargique, elle ne put s'empêcher de pousser un couinement en voyant deux immenses yeux clairs amusés la regarder.  

- Bien dormi, petite poupée ? Demanda Ezarel en souriant.

Julie ne put s'empêcher de grimacer au son de la voix forte de l'elfe.

- Idiot ! Tempêta t'elle. Je peux savoir ce qu'il t'as pris ? Qu'est ce que je t'ai fait pour que tu t'acharnes sur moi ?  - Mais rien du tout, se défendit Ezarel. J'avais envie de tester une nouvelle potion.

"La vérité ma jolie, c'est que tu as été trop impétueuse avec moi. Chez toi tu étais peut être une princesse, mais ici, tu n'es qu'une demi faelienne." Tu avais besoin d'une leçon de savoir vivre."

- Sur moi ? S'écria Julie, ahurie. Tu pouvais pas la tester sur un de tes élèves ?- Ils me sont indispensables, expliqua l'elfe. Et puis c'est plutôt marrant, tu ne trouves pas ?- Mais...non ! 

Julie en aurait pleuré. Alors comme ça elle n'était pas indispensable hein ? L'elfe semblait s'amuser comme un petit fou.

- Ezarel, gémit elle. Me laisse pas comme ça..- Oh aller, c'est l'affaire de quelques jours, dit le jeune homme. Tu devrais aller te coucher, il se fait tard.

Comme pour prouver ses dires, il désigna la lune qui était bien haute dans le ciel, à travers le plafond vitré du laboratoire.

- Je...je peux pas, murmura Julie.- Quoi ? Parle plus fort.- Je ne peux pas, répéta Julie d'une voix forte. Je peux pas descendre d'ici, je pourrais pas monter les escaliers, je ne peux rien faire.- Oh. Bon, eh bien bonne nuit alors.

Sans plus de cérémonie, Ezarel s'éloigna, et fit mine de passer la porte devant les yeux abasourdis de Julie. Il n'allait tout de même pas l'abandonner ici ? Il n'allait pas oser ? Tremblante de rage, la jeune fille serra ses petits poings, les larmes coulant sur ses joues. 

" Je suis peut être un idiot arrogant aux yeux de tous, mais je ne suis pas inconscient. S'il lui arrivait un truc, je ne me le pardonnerais pas. Elle ne l'aurait pas mérité."

Mais Ezarel partit dans un grand éclat de rire, et revint sur ses pas. Avec une douceur déconcertante, il l'enveloppa un peu mieux dans la cape, et la prit contre son bras.

- Du calme, petite chose. Je ne suis pas assez crétin pour te laisser toute seule ici, chuchota t'il. Miko me tuerais s'il t'arrivais quelque chose.- Les effets durent combien de temps ?- Oh. Quelques jours. 

Julie manqua de défaillir. Quelques jours ? Il était sérieux ? L'idée d'avoir besoin de quelqu'un sans cesse pour tout la fit grimacer. Elle n'allait certainement pas demander à Ezarel, il avait fait assez de mal ainsi. Miko était trop occupée, Jamon manquait cruellement de conversation, Nevra et Valkyon en avait assez à faire avec leurs occupations à l'extérieur...elle n'avait pas confiance en la jolie sirène Alajéa. Restait Ykhar. Même si la lapine était sans cesse occupée à courir à droite à gauche, elle l'aiderait certainement.

- Qu'est ce que...

Julie se rendit compte qu'Ezarel se dirigeait vers sa propre chambre. 

- Mais Ezarel...- Une poupée ne parle pas, coupa t'il avec un sourire moqueur. 

" Je n'avais pas envie d'expliquer pourquoi dans ma chambre et pas dans la sienne. C'était comme ça. JE décidais. J'étais assez frustré de mon comportement cependant. Ça me laissait un goût amer dans la bouche. Elle était si vulnérable."

Il pénétra dans la pièce défendue, et la déposa sur un fauteuil moufle qui ressemblait à une fleur. Sans plus de cérémonie, il disparut dans ce qui était vraisemblablement la salle de bain et ne réapparut qu'une heure plus tard. Julie l'attendait, toujours assise en tailleur, les sourcils froncés, ses yeux lançant des éclats orageux.

- Tu sais, devenir petite ne t'as pas coupé les jambes, observa l'elfe, perplexe. Je te vois assise depuis que tu es réveillée.- Peut être parce que je n'ai pas la MOINDRE envie que tu me vois nue ?- Oh, oui ! J'avais oublié ce détail.

Ezarel partit dans un grand éclat de rire ouvertement moqueur, et se glissa dans sa couverture.

- Allez, bonne nuit petite chose.-Non ! Hurla Julie. Ezarel, moi aussi je veux me laver ! Et j'ai faim !

L'elfe ne voulut pas répondre, et se contenta de se tourner ostensiblement. Fulminante, Julie n'abandonna pas. C'en était trop. D'abord, il l'insultait, puis il lui donnait la taille d'une poupée, et pour finir il faisait le sourd ? Ah mais non. Ça n'allait pas se passer comme ça. Elle le harcèlerait jusqu'au matin s'il le fallait, mais elle voulait manger, et se laver. Elle se redressa aussi dignement que sa petite taille le lui permettait d'être, et ses grands yeux glacés se fixèrent sur l'elfe.

Et c'est ainsi que la nuit d'enfer pour Ezarel commença.

" Je crois sincèrement que je l'aurais tuée. Mais je méritais ce qu'il m'arrivait il faut croire. Elle était là, à déblatérer connerie sur connerie, dans le seul but de m'emmerder. Et je dois avouer que j'étais particulièrement impressionné de sa ténacité. Elle tenait bon la peste."

 Après avoir parlé de la pluie et du beau temps, Julie avait dérivé sur le système de reproduction des Élans. Comme elle se doutait qu'Ezarel ne savait pas ce qu'était un élan, elle le décrivit donc pertinemment. Elle passa en revue la moitié des animaux terrestres, fit un très long monologue sur un film qu'elle avait adoré, expliqua patiemment le mode de vie sur terre sans oublier d'expliquer ce qu'était un micro-onde et se fit une joie toute particulière de parler des elfes dans certains jeux vidéos, qui étaient représentés comme étant moches et idiots.Au début, Ezarel s'était contenté de se planquer sous son oreiller, mais la colère lui était vite monté au nez. Malgré tout, il n'avait rien dit et avait essayé de dormir. Peine perdue. Julie était infatigable.

- Julie, coupa t'il brutalement en se redressant. Tu veux pas dormir ? Sérieusement ? Tu casses mes oreilles sensibles.- J'ai faim, dit la jeune fille avec un grand sourire. Et j'ai envie de me laver.- Mais...je m'en fous ! Dors et tu feras ça demain.- Non. Je veux MAINTENANT. Donc je disais...ah oui !  Tu vois, dans Harry Potter, le méchant, c'est pas qu'il ressemble à rien, mais presque. Et puis...

Découragé, Ezarel s'enfouit la tête sous la couette, espérant ne plus entendre la voix perçante de la jeune fille. Mais créative, Julie avait commencé à chanter. Le plus faux possible bien sûr. De petit papa Noël à banana split, elle fit aussi tout le répertoire de Disney. 

" Elle chantait incroyablement mal. Ça me cassait les oreilles, mais à un point...et ces quoi ces chansons stupides sur L'histoire de la vie ? Très franchement, j'étais à deux doigts de lui balancer mon somptueux coussin à la figure, mais je crois que le choc l'aurait tuée."

Enfin, vers trois heures, les yeux exhorbités, Ezarel se leva de son lit, maussade au possible, et sortit violemment de la chambre. Alors que Julie pensait avoir été trop loin, il revint quelques minutes plus tard avec une assiette remplie de nourriture et la déposa brutalement sur le fauteuil.

- Et maintenant, fiche moi la paix, siffla t'il.- Je veux me laver.

Pendant un instant, Julie crut qu'Ezarel allait se mettre à pleurer. Il serra le poing, sembla sur le point d'exploser, mais se contint. Il la prit, toujours enveloppée dans la cape, et se dirigea vers la salle de bain. Toujours sans un mot, il fit couler de l'eau tiède au robinet, et se retourna tandis que Julie se délectait de sa victoire écrasante sur l'elfe. Il n'avait eu que ce qu'il méritait après tout. 

" Cette fille est le diable en personne. Un démon. J'étais épuisé, je ne rêvais que de mon lit, mais non, il fallait qu'elle soit là, à se baigner voluptueusement dans MON évier du haut de sa taille de fleur. J'étais fou. De rage bien sur."

Ne voulant pas trop abuser non plus, elle ne resta que quelques minutes dans ce bain nocturne, et Ezarel la déposa sur le fauteuil avant de s'assoir en face d'elle, toujours morose.

- Tu ne vas pas au lit ? Demanda Julie, la bouche pleine de raisin.- Pour quoi faire ? Marmonna Ezarel. Je me lève dans même pas deux heures. - Ah. Des trucs importants ?- Si vraiment ça t'intéressais, tu ne m'aurais pas fait tout ce manège, bougonna l'elfe de mauvaise foi.- Oh ça va hein, bien sûr que ça ne m'intéresse pas. Mais tu m'as changé en ridicule petite...chose, alors il fallait bien que tu en assumes les conséquences, cingla Julie.- Je ne suis pas ta mère. - Je sais.- Et j'ai pris soin de toi. Mais pour la bouffe, j'avais cru que tu pouvais tenir sur tes réserves.- Et tu recommences à me traiter de grosse ! Hurla Julie. Je ne suis PAS grosse !- Non, tu as raison. Tu es un vrai squelette ambulant. Tu devrais élire domicile dans la réserve, rétorqua Ezarel, ne sachant plus quoi dire.- Tu me saoules Ezarel. - Je suis ravi de le savoir, murmura l'elfe. Et maintenant, finit de manger qu'on aille voir Miko. Hors de question que je me trimballe avec toi toute la journée.- Pour une fois, on est d'accord.

Les deux se retranchèrent dans le silence. Comme d'habitude, ils ne parvenaient pas à s'entendre. Ils ne pouvaient pas discuter sans se hurler dessus. C'est pourquoi Julie l'évitait le plus possible. Elle ne parvenait pas à comprendre ce qu'il avait contre elle. Et elle n'arrivait pas non plus à le lui demander. En fait, elle n'en avait même pas le temps, Son air suffisant et arrogant l'exaspérait au plus haut point, et pas une seule fois depuis les trois mois qu'elle était là, elle n'avait réussi à discuter calmement avec lui.

De son côté, s'il n'avait pas eu de dignité, Ezarel se serait frappé. Il était conscient d'avoir été un peu loin cette fois ci, et il regrettait amèrement de ne pas s'être montré plus intelligent. Il avait simplement voulu la provoquer, pour s'amuser un peu. Mais la petite peste avait montré que ses airs discrets et réservés n'était rien d'autre qu'une façade. En attestaient les deux heures et demi qu'elle avait passé à parler de façon théâtrale, et les trois autres où elle n'avait cessé de chanter pour le faire réagir. 

" J'étais prêt à me pendre. Mais j'étais là, à la regarder bêtement. Elle était juste magnifique. Oh bien sur elle était aussi insupportable. Mais magnifique quand même."

Malgré tout, la voir perdue dans ses pensées, nue dans SA cape à lui, le ferait presque fondre. Presque. Après tout, elle n'avait rien demandé cette fille. La sienne. Et Nevra n'avait pas tort. S'il n'essayait pas sans cesse de la provoquer, peut être pouvaient ils entretenir un jour une conversation un tant soit peu civilisée. Peut être cesserait elle d'être apeurée par lui.

Ah ! C'était ça qui le dérangeait. Depuis le début, depuis qu'elle était arrivée, elle n'avait pas fait un seul pas vers lui, alors qu'elle était sans cesse aux côtés de Nevra ou de Valkyon. Même Miko semblait l'apprécier, les filles l'adorait, les garçons ne cessaient de vanter ses mérites. Mais lui, Ezarel, n'avait que eu vent de tout ça. Jamais elle n'était allée le voir pour parler, ou pour en apprendre plus sur la Garde Absynthe. Pourtant, il savait qu'elle s'y intéressait, vu les nombreux ouvrages qu'elle avait lu dessus. Jamais elle ne s'était dévoilée à lui sous son vrai jour. Jamais il n'avait compris pourquoi tout le monde l'aimait, alors que lui même ne savait rien d'elle. Il détestait voir son regard craintif quand il arrivait près d'elle, il détestait penser qu'il lui faisait peur.Il ne comprenait pas. Il ne voyait pas pourquoi les autres avaient le droit de la connaître, et pas lui.Sa petite voix aiguë, son rire cristallin, ses longs cheveux blonds...tout le rendait fou chez elle. Il en était malade, aigri de ne pas avoir le droit de se rapprocher d'elle. Malade de la faire fuir. Malade d'elle. Malade qu'elle se tienne aussi loin de lui, inaccessible. Sale petite peste. Alors il avait décidé inconsciemment de prendre un droit qu'elle ne lui accordait pas. Puisque sa seule option pour lui parler restait les insultes et la provocation, eh bien tant pis.

Il risqua un nouveau regard vers elle, et son cœur se serra. Elle pleurait. Silencieusement tout en grignotant un grain de raisin qui était aussi gros que des mains. Presque timidement, il lui caressa la joue du bout des doigts pour ne pas lui faire mal. Elle le regarda, sans comprendre, et le sentiment de malaise d'Ezarel ne fit qu'augmenter. Il aurait voulu lui dire qu'il était désolé, qu'il n'avait pas voulu lui faire de mal, mais au lieu de ça, ce ne fut qu'un grognement incompréhensible que sortit de sa bouche. 

" Je ne sais pas ce qu'il m'est passé par la tête à ce moment là. J'avais vraiment envie de lui dire que j'étais désolé, et que j'aimerais qu'on recommence les présentations, elle et moi. Pour repartir sur de bonnes bases. Mais...je crois que mon cerveau n'a pas l'habitude de ce genre de demande, il a légèrement...enfin, disons qu'il m'a lâché à ce moment là. Et un homme sans cerveau, ben, ça grogne. Par l'Oracle, qu'est ce que j'ai été pitoyable. "

D'abord stupéfaite, Julie ne tarda pas à exploser de rire. Secouée de soubresauts, son rire redoubla lorsque la tête d'Ezarel afficha un air outragé.

- Tu...tu n'es pas croyable, finit elle par réussir à articuler. T'es l'homme le plus horrible qu'il m'ait été donné de rencontrer, mais tu restes....toi, entièrement assumé, et tu arrives quand même à te faire aimer. Appelez moi Ezarel ! Ajouta t'elle d'une voix théâtrale en le mimant grossièrement. L'elfe le plus talentueux de la Garde !- Aimé? répéta Ezarel, la gorge nouée.- Je..oui - elle n'arrivait pas à cesser de rire - tu as un comportement infâme, tu es un idiot fini et carrément malpoli, mais tu n'es pas méchant au fond. Par contre, pour ce qui est du langage, tu en es encore au stade primitif. Désolée !

Elle faisait référence au grognement. Se sentant rougir de colère, Ezarel se leva brusquement et marcha d'un pas nonchalant vers sa commode pour en sortir un petit flacon. Sans un mot, il en versa une goutte dans le bouchon et le tendit à Julie. D'abord méfiante, celle ci le regarda, méfiante. 

- L'antidote, marmonna Ezarel en détournant les yeux.

Julie ouvrit grand la bouche, de plus en plus stupéfaite. Sans plus attendre, elle avala d'une traite la potion. Ce petit idiot lui avait caché ça ! Quelques jours qu'il disait...

" J'avais juste envie de lui rendre sa taille normale. C'était pas juste pour elle de se retrouver soudain dépendante de quelqu'un qu'elle déteste. Ça ne nous mettais pas sur un pied d'égalité. Et j'avais envie de me lancer, je ne pouvais pas le faire alors qu'elle avait la taille d'un insecte. Je voulais lui laisser une porte de sortie. Il FALLAIT que je lui parle, que je lui explique. Cette opportunité était trop belle pour être gâchée. Il y avait comme un début de complicité. Ou de confiance. Ou alors les masques étaient juste tombés. Qu'importe, je me sentais capable de m'ouvrir."

Sans plus attendre, elle sentit ses membres s'étirer, sa peau se déformer, et elle en eut des vertiges tellement la pièce semblait se rapetisser à vue d'œil. Cela ressemblait un peu aux manèges de sensation quand on avait mangé un peu trop de pizza avant. À en vomir. Silencieusement, elle laissa la brutalité de la transformation œuvrer sur elle, se concentrent pour ne pas rendre son frugal repas datant de quelques minutes seulement. Une fois sa taille normale atteinte, la jeune fille chancela et s'effondra à terre. L'elfe, inquiet, posa sa main sur son épaule.

- Julie ? Demanda t'il, incertain.

Le visage caché par un long rideau de cheveux d'or, la jeune fille repoussa sa main et serra la cape contre elle. Bien évidemment, nue elle avait été petite, nue elle serait lors de sa transformation.

- Tu n'es qu'un idiot ! hurla t'elle. Comment....comment as tu pu...

Julie s'interrompit, la main sur le cœur. Elle se concentra pour ne pas vomir, et dit dans un souffle :

- Je te hais, Ezarel. Je te hais, je te hais, je te hais.- D'accord, tu ne veux pas t'asseoir ? J'ai pas trop envie que tu salisses mon tapis et...- MAIS ON S'EN FOUS DE TON TAPIS, SOMBRE CRETIN ARROGANT, STUPIDE ELFE DE MALHEUR !- Arrête, pour un peu, tu me ferais rougir, ironisa Ezarel.

Julie s'apprêtait à lancer une réplique cinglante, mais un nouveau haut le cœur la força à se recroqueviller sur elle même, et à se taire. La situation était risible. Absolument ridicule. Ezarel voulut faire un pas vers elle, mais elle s'éloigna d'un bond, la main toujours plaquée sur sa poitrine, le cœur au bord des lèvres. Elle le regarda d'un air rageux. Elle ne voulait pas qu'il la touche, encore moins qu'il l'approche. Mais c'en fut trop pour l'Elfe qui sépara d'un pas la distance qui les séparait. Il l'attrapa par le bras et la secoua légèrement. La fatigue exacerbée mélangée à de la colère surdimensionnée n'était plus gérable pour lui. Jamais personne n'avait osé se comporter de la sorte avec lui. Ou si ça avait été le cas, il s'en était moqué royalement. Mais venant d'elle, il ne le supportait plus.

"Je ne veux pas qu'elle me déteste. C'est insupportable pour moi. Je veux tout sauf ça."

- On peut savoir pourquoi tu es comme ça avec moi ? Siffla t'il en l'agrippant fermement. Pourquoi tu te comportes avec moi comme si je n'étais qu'un vulgaire insecte ? Comme si j'allais te frapper dès que je te vois ? Chaque fois que tu me vois dans un couloir, tu fais demi-tour ! Quand tu es avec Nevra et que tu me vois arriver, tu prétends je ne sais quelle excuse à la con pour t'enfuir. JAMAIS tu ne m'as laissé t'approcher, JAMAIS tu n'as accordé d'attention à ce que je pouvais dire. Tu as même préféré te renseigner auprès d'Alajéa pour des potions alors qu'il te suffisait de venir au labo, et je t'aurais répondu, idiote ! Depuis que tu es arrivée, tu ne m'as pas donné une seule occasion de découvrir qui tu étais. Tu t'es rapproché de tout le monde, tout le monde t'aime, et je ne suis pas capable de découvrir pourquoi !- Je...- Cette nuit a été la seule opportunité pour moi de découvrir ce que tu es ! - Et je suis quoi? Demanda Julie d'une voix blanche.- Une incroyable emmerdeuse qui a autant de humour que Jamon. Tu te rends compte à quel point ça me rend fou de savoir que je fais peur à une fille ? À toi? - Tu ne me fais pas peur, murmura Julie. Enfin....tu me faisais peur. Plus maintenant. Mais tu sais, chaque fois que j'essayais de te parler, tu me balançais une pique à la figure, tu m'insultais, ou tu faisais mine de ne pas m'avoir vu. J'ai bien compris que c'était un jeu, c'est comme ça que tu étais. Mais la vérité...c'est que j'avais pas la force de subir ça. Je venais d'arriver, je venais d'apprendre que jamais je ne reverrais mon chez moi, mes parents, mes amis. Tout le monde a été aimable, sauf toi.- Tu n'es pas en sucre, répliqua l'Elfe, lassé. Il fallait te faire une raison. - Tu vois ! Glapit Julie d'une voix suraiguë. C'est pour ÇA que je ne voulais pas te parler. Pour ce genre de réflexions ! Ça ne me fais PAS rire, c'est méchant, cruel, tu n'en as jamais rien eu à foutre de moi !

Julie crut défaillir. Ezarel venait de plaquer ses lèvres contre les siennes, la serrant du plus fort qu'il pouvait. Il y mettait toute sa hargne, toute sa colère, toute sa tendresse aussi. D'abord interdite, Julie ne fit cependant pas un geste pour se débattre. Elle était perdue. Perdue dans les méandres d'une colère noire, perdue dans un labyrinthe brumeux sentant l'eucalyptus, perdue dans des bras qui se voulaient fermes mais qui étaient juste incroyablement doux. Un nuage de crème d'attraction déferlait sur ton son être, la plongeant dans un sentiment de béatitude. Son cœur si lourd faisait des loopings vertigineux, menaçant de la faire exploser. De rire ou de larme, elle ne savait pas trop. Lorsqu'Ezarel se sépara d'elle, elle le regarda, incertaine. À bout de souffle, l'elfe ne desserra pas pour autant son étreinte, et enfouit son visage dans la longue masse blonde qui servait de cheveux à Julie.

" Mon cerveau est définitivement parti je crois. La vérité Julie, c'est qu'on a assez joué. J'AI assez joué. Je suis tombé amoureux d'une fille que je connaissais pas. Un coup de foudre ? J'sais pas. Ça semble ridicule en y pensant. Mais j'en ai plus qu'assez d'être le méchant Black Dog de l'histoire. Moi aussi j'ai un cœur figure toi, idiote. Et aujourd'hui, t'as la possibilité de le casser en mille miettes."

- Si tu savais, soupira t'il. Si tu savais comme je voulais venir te voir. Tu ne m'écoutais pas, tu me fuyais comme si j'étais un vulgaire furoncle. J'ai trouvé que ce moyen pour t'avoir un peu pour moi.- La potion?- T'étais mignonne en poupée.

Julie réfléchissait à toute allure. Il est vrai qu'elle ne lui avait  laissé aucune chance. Couverte de priori, elle avait classé l'elfe en personne à éviter d'urgence. Il était juste...pas douée pour les relations autres que professionnelles dirons nous. Maladroit, celui ci avait essayé d'attirer son attention du mieux qu'il pouvait, quitte à lui faire mal, au moins, elle lui parlait. 

- J'ai été con, avoua Ezarel. Mais toi, t'as été la pire des gamines, capricieuse que tu es. Idiote, ajouta t'il avec un sourire narquois.

Il n'en menait pas large. Pour l'instant, elle était là, dans ses bras, sans se débattre et de son plein gré (ou presque). Mais il avait le souffle court, et craignait que ce si fragile moment ne se brise d'un claquement de doigt. La moindre parole de travers ferait voler en éclat la confiance et la complicité qui naissaient peu à peu. Mais Julie parut se détendre, et se laissa aller contre le torse d'Ezarel. Cette proximité si intime lui avait fait l'effet d'un poignard dans le dos. Elle ne s'attendait certainement pas à ce que son cœur ronronne de plaisir à la suite d'une étreinte si brutale.

- Très bien, murmura t'elle en fermant les yeux', bouleversée par un sentiment si fort qu'il lui fit mal. Très bien, je te pardonne. - JE te pardonne. - Idiot.- Peste.

" Je suis juste fou de toi. Depuis le début. Tu me rend malade. Malade de colère, malade de jalousie, malade d'amour. Tu as CE truc qui fait que je t'aime. On a été idiots. Il paraît que l'amour rend idiot. C'est vrai ça ? Il paraît aussi que ça rend heureux. Quoi qu'il en soit, je me suis jamais senti aussi niais de toute ma vie. Mais je ne suis jamais senti aussi vivant aussi. À en tomber dans les pommes. C'est risible pour un elfe."

C'était un coup de foudre ? Peut être pas. Mais l'attirance naturelle réserve parfois des surprises. Quand on me renie pendant un long moment, je commence à me lasser et décide de tout déclencher d'un coup, quitte à y laisser des plumes chez les deux protagonistes. Appelez moi l'Amour s'il vous plait.  Je suis idiot, je rend les gens stupides mais Ô combien plus forts. Enfin, ça, c'est ce qu'on dit. Moi je me contente de montrer l'évidence. Après, le reste...

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