Elle s'appelait Astéria par

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Side Story / Aventure / Drame

1 Un point un : Harlock

Catégorie: T , 2332 mots
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Disclaimers : bof.

Chronologie : vaguement 84.

Notes de l’auteur : vu le sujet abordé, je pensais que ça serait plus court, mais en fait non (comme quoi on peut en écrire des mots avec du rien). Par ailleurs, cela me surprend moi-même mais figurez-vous qu’une série est envisagée.

À quoi vous attendez-vous ?

 

 

Elle s’appelait Astéria. Astéria Johnson, ce qu’il soupçonnait fortement n’être rien d’autre qu’un nom d’emprunt. Il était toutefois très mal placé pour le lui reprocher. Les règles sur l’Arcadia étaient peu nombreuses mais elles existaient tout de même, et l’une d’entre elles stipulait « pas de questions sur le passé ». Il le savait bien : c’était lui qui l’avait fixée. Principalement pour l’appliquer sur lui-même d’ailleurs, mais ce n’était pas le propos.

Il se concentra. Il avait été interrompu juste après le deuxième quart de la journée, alors qu’il se débattait dans un labyrinthe de démarches administratives absconses (il semblait que même un vaisseau pirate ne pouvait échapper indéfiniment à la paperasserie). La pause était bienvenue, mais la nature du problème qui lui était présenté le laissait perplexe.


— Attendez… Si mon compte est bon vous êtes sept filles à bord, non ?

— Huit, capitaine.

— Huit avec Lydia, oui, mais elle est logée avec son grand-père donc je ne pense pas que…

— Neuf, alors, coupa la fille. Sauf votre respect, capitaine.


Harlock haussa un sourcil. Neuf ? Alors voyons… Kei, Mimee… énuméra-t-il in petto … Masu… Il recompta machinalement sur ses doigts. … et Lydia, huit.


— Vous oubliez Cody, capitaine.


Le sourcil dudit capitaine se leva un peu plus haut. Sérieux ? Nom de…

Cody était mécanicien d’armes. « Un p’tit gars prometteur, il ira loin croyez-moi » selon les mots du chef ingénieur. Il avait embarqué sur T’cham, trois mois auparavant, et Harlock n’avait jamais vraiment eu l’occasion de discuter en tête à tête avec lui. Tout au plus le capitaine pirate avait-il noté, lors de ses occasionnels passages par le mess, qu’il semblait bien intégré et n’était jamais en reste pour se lancer dans un défi à boire ou conter par le menu sa dernière aventure d’un soir.

… Elle, donc.

Au moins n’avait-il pas commis d’impair, c’était déjà ça. Harlock se demanda fugitivement si Maji était au courant.

Il hésita. Que pouvait-il répondre à Astéria ? Il fit « Ah. » La monosyllabe ne parut pas du goût de la fille.


— C’est important, capitaine ! insista-t-elle.


Et comme il tardait à réagir, elle ajouta :


— J’étais dans une chambre à quatre avec Delhi et Blue, du coup il restait une place pour Cody, mais quand Marjan est arrivée elle a dû s’installer dans une chambre officier mais c’est provisoire capitaine, on pourrait la prendre avec nous mais Cody n’a pas envie de retourner avec les gars parce qu’elle dit qu’ils ronflent trop, alors elle voulait s’installer avec Marjan mais ça veut dire qu’elles seraient à deux alors que nous on est trois, et…

— Hého, stop !


Harlock tendit la main pour tenter d’endiguer le flot de paroles.


— Stop, répéta-t-il. Je ne comprends absolument rien à ce que tu racontes.


La fille écarquilla les yeux, puis croisa les bras avec une moue butée.


— Marjan et Cody sont encore matelots, capitaine ! s’offusqua-t-elle. Elles ne sont pas assez gradées pour avoir une chambre à deux ! Delhi a proposé qu’on reparte toutes dans une chambre à huit, mais je ne suis pas d’accord, capitaine ! J’ai travaillé dur pour monter en grade, j’ai le droit à un peu plus de confort qu’un simple matelot !


Un tic nerveux crispa le coin des lèvres d’Harlock. Le capitaine évita à temps une grimace plus franche mais, décidément, tout ceci le dépassait.


— Je ne me souviens pas avoir imposé de grades à bord de l’Arcadia, objecta-t-il dans une tentative désespérée pour reprendre pied.

— Ben il a bien fallu qu’on se débrouille sans vous, capitaine. Ça ne fonctionnerait pas, sinon.


Okay. Bien bien bien. Et par-dessus le marché, il était en train de se prendre une leçon de commandement par…


— C’est quoi ton rôle à bord, déjà ?


La fille se redressa fièrement.


— Maintenance des aéronefs, capitaine, expliqua-t-elle avec une étincelle enthousiaste dans le regard. Je suis chef de l’équipe bâbord, je gère deux personnes et je rends compte directement au chef Maji !


Tant de bonheur faisait plaisir à voir. Harlock s’abstint donc du moindre commentaire sarcastique.


— … et j’ai le droit de loger dans une chambre qui correspond à mon grade, capitaine ! termina Astéria avec une note de dignité outragée dans la voix.

— Tu es au courant que nous sommes actuellement quarante-cinq sur un vaisseau conçu pour un équipage trois fois plus important ?


… Bon, d’accord. Ça, c’était peut-être un peu sarcastique. Mais zut.

Son interlocutrice lui renvoya un regard vide.


— … Ce qui signifie, expliqua Harlock posément (et en puisant dans ses ultimes réserves de patience, si cet échange se poursuivait il allait finir par regretter sa paperasse), que vous pourriez tous avoir une cabine individuelle et il resterait encore de la place.

— Mais capitaine, ça ne respecterait pas la hiérarchie, capitaine ! Ce ne serait pas juste !


Harlock se pinça l’arête du nez. Oh, bon sang…


— Je. N’impose pas. De hiérarchie… commença-t-il avant de croiser le regard lourd de reproches d’Astéria et de finalement opter pour une autre approche. Woh, stop, t’énerve pas. D’accord.


Il leva les mains en signe de conciliation.


— D’accord, répéta-t-il.


Après tout, il était venu à bout de défis autrement plus ardus. Et il aimait ça, les défis, pas vrai ? … Mais putain, qu’est-ce qu’il en avait à foutre de qui dormait où ?

Okay, calme. Réfléchissons.

Harlock s’efforça de se remémorer son éphémère passage dans l’armée régulière. Il avait fait l’Académie Astronavale, tout du moins une bonne partie, deux très courtes affectations en tant qu’officier subalterne, et il avait profité de la confusion de la campagne d’Itandir pour s’octroyer sa propre escadrille de chasseurs. Entre-temps, des gens avaient tenté de lui apprendre comment commander et surtout gérer du personnel « dans les normes », ce qui n’avait pas franchement été un succès. Sans parler du fait que ces histoires de grades l’avaient toujours gonflé.

Il dit « d’accord » encore une fois pour faire bonne mesure (et surtout, soyons honnêtes, pour gagner du temps), espéra de toutes ses forces que les quelques secondes grappillées avaient lassé sa tortionnaire (hélas, non), posa le regard sur le formulaire A-66-machin « solde exceptionnelle » qu’il était censé remplir en quarante-cinq exemplaires, pièces justificatives crédibles à l’appui (certaines cases à cocher lui étaient tout simplement incompréhensibles), et décida qu’il avait besoin de prendre l’air.

Astéria eut un mouvement instinctif de recul lorsqu’il se mit debout.


— Elles sont où, tes colocataires ?

— Euh… Blue est de quart, capitaine, mais Delhi doit être en salle de détente avec Marjan. Et Cody était au simu.

— Parfait.


La « salle détente » jouxtait le mess. Initialement conçue comme une grande salle de briefing, elle servait pour à peu près tout même si, ces derniers temps, entre les coussins multicolores, les peluches poilues et les jouets télécommandés, Harlock avait l’impression que la pièce devenait le territoire exclusif de Lydia.

Le « simu » et ses plate-formes holographiques avoisinaient les hangars à navettes et nécessitaient donc de faire un détour par les ponts inférieurs.

La promenade ne calma pas les nerfs d’Harlock, d’autant que les membres d’équipage récupérés sur le trajet semblaient, tout comme lui, estimer que le « problème » d’Astéria n’en était pas un. Enfin, pour être exact, Marjan, la petite nouvelle, rentrait la tête dans ses épaules comme si elle s’attendait à ce que la foudre divine s’abatte sur elle, Delhi lui soufflait « ne t’inquiète pas, tout va bien », et Cody avait sèchement jeté à Astéria « ce n’était pas la peine de déranger le capitaine pour ça ». Harlock était bien de cet avis, mais il jugea inutile de dégrader l’ambiance davantage qu’elle ne l’était déjà.

Poussant le petit groupe devant lui, le capitaine stoppa son périple en tranche Juliette, pont un, martyrisa un interrupteur pour déverrouiller une porte étanche, et dévoila enfin une coursive inutilisée.


— Voilà, annonça-t-il. Il y a quatre cabines de chaque côté. Quatre fois quatre, et quatre fois deux. Vingt-quatre lits. Alors vous vous arrangez comme vous voulez dans les chambres en fonction de vos grades, de votre âge ou par ordre alphabétique, mais je ne veux plus entendre qu’il n’y a pas assez de place pour vous toutes !


Un silence gêné suivit ses paroles. Harlock espéra vaguement qu’Astéria en resterait là, mais le répit fut de courte durée.


— Et pour les douches, capitaine ? Est-ce qu’il faut qu’on retourne en tranche Delta pour…

— Il y a une salle d’eau au bout de la coursive, coupa Harlock.


Quelle autre question pouvait-elle encore lui poser avant de rendre les armes ? se demanda-t-il. Il constata néanmoins qu’elle paraissait satisfaite, et crut que cette stupide affaire était terminée jusqu’à ce que Cody ouvre une porte.


— Je m’installe là, déclara-t-elle. Oh… On va tout devoir ranger nous-mêmes, je suppose ?


Intrigué, Harlock jeta un coup d’œil à l’intérieur. La chambre était emplie de caisses en bois, de malles et de cartons empilés n’importe comment. Ah, oui. Il avait oublié que Tochiro étalait ses pièces de rechange partout. Le capitaine plongea la main dans la caisse la plus proche et en ressortit un tube de plastique bleu transparent, dont l’une des extrémités était enroulée en spirale. Hmm. Ce truc avait-il la moindre utilité sur l’Arcadia ? Un deuxième sondage révéla une plaque métallique percée (et tordue), ainsi qu’une… pince au manche tapissé de fourrure dont Harlock n’osait même pas imaginer la fonction.


— Non, ne touchez pas à ces choses, répondit-il. Leur propriétaire va s’en occuper.


Il se dirigea vers la console com de la coursive et contacta la passerelle.


— Harlock pour Tochiro, fit-il. Tu as jusqu’à ce soir pour débarrasser ton bordel des postes de la tranche Juliette, ou sinon je balance tout par-dessus bord.


Il coupa avant d’entendre les protestations de son ami.


— Problème réglé, conclut-il.


Astéria et Cody arboraient toutes deux une moue sceptique (bien que probablement pour des raisons différentes, mais Harlock se refusait à creuser la question), tandis que Marjan donnait toujours l’impression de redouter une engueulade en règle (alors qu’il n’y avait pas de raison) et que Delhi l’ignorait (en définitive le comportement le plus censé de toute cette histoire, de l’avis Harlock).

Le capitaine compta mentalement jusqu’à dix, constata que plus personne n’avait l’air de vouloir se plaindre, considéra donc que l’incident était clos et tourna les talons. Sur le chemin du retour vers son bureau et sa paperasse (eurk), il croisa un Tochiro passablement agacé d’avoir dû interrompre « le montage d’un prototype super important, tu ne te rends pas compte ».


— J’ai déménagé les filles, l’informa Harlock sans se soucier le moins du monde du « prototype extraordinaire » (Tochiro en produisait treize à la douzaine chaque semaine, alors…). Fais-leur de la place dans leurs nouvelles chambres.

— Tu… Quoi ?


Harlock se contenta d’agiter la main tandis qu’il s’éloignait, plantant là le petit ingénieur interloqué. Il faisait confiance à Tochiro pour gérer la situation (ou à Cody pour jeter toutes les caisses qui encombraient son futur lit dans le couloir).

Le capitaine se rassit à son bureau avec la satisfaction du devoir accompli, aussitôt suivie d’une grimace de dégoût en constatant que son formulaire A-66-machin ne s’était pas rempli tout seul pendant son absence.

Il songea ensuite que la tranche Juliette était beaucoup plus proche de ses quartiers que la tranche Delta, où logeait l’essentiel de l’équipage jusqu’à aujourd’hui, et que par conséquent Astéria aurait six tranches de moins à traverser s’il lui prenait l’envie de lui soumettre d’autres réclamations sur les grades, les logements ou les conditions de travail. Harlock plissa le front. S’il déléguait la gestion des ressources humaines à Tochiro, son ami se douterait-il de quelque chose ? Astéria avait-elle véritablement l’intention de revenir lui reprocher, implicitement ou non, de ne pas commander « dans les normes » ? Et zut, il aurait plutôt dû la reloger à l’avant, en Alpha. D’autant qu’il existait aussi des chambres libres, là-bas.

Merde.


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