Elle s'appelait Astéria par

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Side Story / Aventure / Drame

4 Trois point deux : Marjan

Catégorie: K+ , 3042 mots
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Disclaimers : Marjan m’appartient. Son inspiration prend vaguement racine quelque part dans la bande dessinée « Largo Winch ».

Chronologie : ce chapitre peut se lire immédiatement après « Points de vue ». Je précise toutefois que ce n’est pas « une suite ». En revanche, ça se passe le même jour.

Note de l’auteur : j’ai du mal à construire cette histoire, mais je pense qu’elle devrait finir par reprendre le fil initialement prévu. Au prochain chapitre. Sûrement.



Si l’on avait interrogé Marjan sur ses origines, elle aurait probablement répondu « je ne sais pas ». Puis elle aurait rougi. Elle s’imaginait toujours que les gens ne se satisferaient pas d’une réponse aussi triviale que « ben, de la Terre ».

C’était la vérité, pourtant. Bien sûr, sa peau laiteuse, ses yeux gris-bleu trop clairs et ses cheveux tellement blonds qu’ils en paraissaient blancs laissaient libre cours à des hypothèses plus exotiques. Marjan aurait rêvé pouvoir affirmer être née sur une planète de glace lointaine, dans une ville souterraine à jamais privée de soleil ou dans une station stellaire isolée errant dans la nuit éternelle. Hélas, ce n’était pas le cas. La Terre, donc, et des gènes récessifs dont le foyer se situait quelque part en Europe du Nord.

Marjan grimaça malgré elle alors que le tissu de son t-shirt frottait désagréablement contre son dos. Des gènes qui n’aimaient absolument pas le ciel bleu éclatant et les plages de sable paradisiaques, pesta-t-elle in petto.

La jeune femme se retint à temps de frictionner son avant-bras. Bon sang ! Elle avait pris ses précautions, pourtant ! Pas d’exposition directe, pas d’exposition prolongée, ne pas sortir aux heures les plus chaudes de la journée… Mais non. Elle s’était baignée quoi, dix, vingt minutes ? (bon allez, peut-être trente) et elle était à présent rouge écarlate. Elle avait l’impression d’être une langouste sortie d’un court-bouillon.

Elle grogna. Il ne lui restait plus qu’à tenter de limiter les dégâts avant d’être la risée de l’ensemble de l’équipage.

Les coursives s’étaient jusqu’alors heureusement révélées vides. Le capitaine avait déclaré la planète sûre (pour une fois) et, hormis une équipe de service réduite au minimum, tout le monde avait à l’évidence déserté l’Arcadia afin de profiter du quartier libre offert… De la soirée de quartier libre, pour être exact. Ce qui était, somme toute, très compréhensible, les bars le long de la plage semblaient très accueillants et Marjan les auraient bien testés un par un elle aussi si ses pommettes, ses épaules, sa nuque et son dos n’étaient pas en train d’irradier une chaleur telle qu’ils devaient affoler les capteurs infrarouges du vaisseau.

Marjan souffla bruyamment, agacée. Une soirée de quartier libre, godverdomme ! Qu’elle s’employait à gâcher de manière méthodique, tout ça parce qu’elle se coltinait un coup de soleil carabiné !

Enfin bref. Trop tard pour revenir en arrière, de toute façon. Mais merde, elle ne pouvait pas plutôt bronzer, comme n’importe quelle personne normale ? La jeune femme marqua un temps d’arrêt lorsqu’elle parvint à la porte de l’infirmerie. Éviterait-elle les moqueries si elle s’enfermait dans sa chambre au lieu d’aller quémander des pommades au doc ? Elle hésita. Un tiraillement douloureux derrière sa nuque se chargea de la rappeler à la réalité.

Aïe.

Oui okay, il fallait qu’elle soigne ça. Et vite, elle le savait d’expérience. Elle allait souffrir l’enfer, sinon.

… Mais elle n’avait pas besoin de quémander quoi que ce soit, songea-t-elle. Elle connaissait le nom du traitement qu’il lui fallait… et l’endroit où il était rangé. Elle pouvait se débrouiller.

Personne n’en saurait rien.



L’annexe de l’infirmerie se trouvait un peu plus loin dans la coursive. Le local exigu abritait notamment du matériel de campagne, la cabine pliante d’une unité de réanimation stérile et un caisson de régén’ stocké à la verticale. Tout était néanmoins très bien organisé, et Marjan repéra aussitôt ce qu’elle était venue chercher : l’armoire à pharmacie. Qui n’était pas verrouillée, une chance, la jeune femme aurait quand même eu des scrupules à forcer la serrure.

À l’intérieur s’alignaient quantité de boîtes et de flacons, classés avec soin par ordre alphabétique. Alors voyons… B, Bi… Ah voilà.

L’unique tube disponible était coincé entre une pile de boîtes de Bi-Profénid et un carton d’ampoules de bicarbonate de sodium. Marjan aurait préféré qu’il y en ait plusieurs, afin que son chapardage passe davantage inaperçu, mais bon… Le fait que le doc n’ait pas jugé utile d’approvisionner ce type de médicament en quantité indiquait surtout qu’il devait le classer dans la catégorie « remède antique » et ne jamais s’en servir.

La jeune femme réfléchit quelques secondes. Après, elle pouvait toujours se badigeonner sur place et reposer le tube ni vu ni connu. Elle se mordit la lèvre inférieure tandis qu’elle évaluait cette option. Yep, va pour ça. Cela ne devrait pas lui prendre beaucoup de temps. À quels risques s’exposait-elle ?



Une fois en sous-vêtements, Marjan se tartina généreusement les jambes, les bras, le cou, le ventre, bref, tout ce qui passait à portée de mains, puis elle se déhancha pour apercevoir son dos.

Ah, merde, c’est vrai. Elle n’était pas assez souple pour atteindre son dos. À force de contorsions, elle parvint à limiter la zone non-traitée à un petit rectangle entre ses omoplates, mais elle ne pouvait pas s’en satisfaire : le dos avait été particulièrement impacté par le soleil (comme à chaque fois qu’elle prenait le soleil, à vrai dire). Si elle l’ignorait, elle le regretterait.

La jeune femme se tortilla pour gagner quelques précieux millimètres, jura, puis admit finalement qu’elle ne s’en tirerait pas sans aide. Mais à qui demander ? Les gars, pas question. Les filles ? Delhi était trop bavarde, Cody allait la charrier… Astéria ?

À ce moment, la porte s’ouvrit.

Sur le capitaine.

Marjan couina.


— Oh capitaine, je… Vous… Je…


Trop paniquée à l’idée d’être surprise par le capitaine en train de voler des médicaments dans l’annexe de l’infirmerie, Marjan s’aperçut avec un temps de retard que sa situation s’avérait, en réalité, bien pire. En effet, elle venait d’être surprise par le capitaine en train de voler des médicaments dans l’annexe de l’infirmerie en petite tenue.

Elle s’empourpra (enfin… encore plus qu’elle n’était déjà), chercha ses vêtements des yeux, réalisa qu’ils étaient hors de sa portée immédiate, et s’immobilisa dans une pose à mi-chemin entre le garde-à-vous ridicule et la posture de défense apeurée.


— Je peux… Je peux tout expliquer ! bredouilla-t-elle.


En face, Harlock s’était immobilisé, puis renfrogné (enfin… encore plus qu’il ne l’était déjà). Il lâcha ensuite un « hrmf » clairement irrité, secoua la tête, et se dirigea finalement droit sur l’armoire à pharmacie où il attrapa une boîte d’un geste précis.


— Tu n’as rien vu, je n’ai rien vu, personne n’a rien vu, grogna-t-il.


Marjan leva un sourcil. Qu’Harlock vienne se servir comme elle l’avait fait sans passer par la case « médecin », pourquoi pas (et tout bien réfléchi, ce n’était pas étonnant). Qu’il n’ait pas eu la moindre hésitation sur la position du médicament qu’il était venu chercher dans l’armoire laissait présupposer que ce n’était pas la première fois qu’il procédait ainsi. Au moins Marjan pouvait-elle faire taire ses propres scrupules.

Et elle comprenait à présent pourquoi la pharmacie n’était pas cadenassée. Le capitaine n’était pas du genre à être arrêté par un bête verrou, et le doc avait dû faire preuve de pragmatisme : mieux valait une armoire visitée de temps à autre qu’explosée à coups de cosmodragon.

En y repensant, Marjan ne se rappelait pas avoir entraperçu le moindre dérivé opioïde dans cette armoire, d’ailleurs. Le doc n’était pas stupide non plus.

Elle se crispa lorsqu’Harlock posa un regard insistant sur elle.


— Tu n’as rien vu, répéta-t-il.


Certes, mais vous par contre vous avez bien vu et ça devient un peu gênant, capitaine. Marjan se demanda si elle devait crier. Ce n’était probablement pas une bonne idée. Qui l’entendrait, de toute façon ? Était-elle même en mesure de proférer le moindre son ? Tétanisée, elle replia ses bras contre sa poitrine.

Le mouvement eut le mérite de faire réagir Harlock dans le bon sens – c’était toujours difficile de déterminer à quoi le très impénétrable capitaine de l’Arcadia pensait, mais disons qu’in fine il parut se rendre compte que Marjan était en sous-vêtements. En tout cas, son regard de psychopathe glissa vers une expression moins assurée. Mais bon… psychopathe ou non, ce serait bien qu’il laisse traîner ses yeux ailleurs que sur ses seins, maintenant.

Harlock finit par ciller.

Puis se détourner.

Puis il passa une main dans ses cheveux dans un geste qui trahissait sa nervosité, mais qui était tellement incongru chez lui que Marjan dut se persuader qu’elle ne rêvait pas.


— Euhmm… Coup de soleil ? lâcha-t-il au bout d’un silence inconfortable d’une dizaine de secondes.


Marjan se mordit la langue pour ne pas répondre « quel talent d’observateur, capitaine ». Le sarcasme, c’était plutôt l’apanage d’Astéria. Elle se contenta donc d’opiner timidement tout en espérant de toutes ses forces qu’Harlock en resterait là.

Hélas, le capitaine continuait de toute évidence à suivre le fil de ses pensées, même si les matérialiser en mots l’embarrassait visiblement. De l’obstination imbécile dans toute sa splendeur, songea Marjan. Okay, tout le monde s’accordait pour dire que ce trait de caractère était la principale qualité d’Harlock lors d’un combat, mais le subir au quotidien n’était franchement pas un cadeau.


— Et, euh… – le capitaine désigna le tube de pommade qu’elle tenait toujours – … C’est quoi ?


Marjan haussa les épaules. Ah ? C’était donc ça qui l’embêtait ?


— Biafine, capitaine.


Elle tenta un sourire convaincant, sans grand succès.


— Très efficace, termina-t-elle.


Nouveau silence. Harlock repassa la main dans ses cheveux. Quoi qui le tracasse, il était vraiment nerveux.


— Tu es sûre ? reprit-il.


Marjan pinça les lèvres. Comment ça, « tu es sûre » ? L’indignation de ne pas être prise au sérieux (surtout sur un sujet aussi basique) supplanta à la fois sa pudeur et la peur que lui inspirait Harlock.


— Évidemment que je suis sûre, capitaine ! Vous croyez quoi, que c’est la première fois que ça m’arrive ? Vous avez vu ma couleur de peau ? Vous pensez que ça m’fait plaisir d’avoir les épaules qui brûlent, et de savoir que je vais peler comme un grotcha qui se désquame d’ici deux jours ?


Elle souffla. « Tu es sûre », pff. Espèce de crétin.


— J’me serais pas mise en soutif ici à essayer d’atteindre mon dos comme une conne si j’étais pas sûre, grommela-t-elle.


Harlock ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois tandis que Marjan considérait avec horreur le ton de ses dernières phrases. Que réservait le capitaine à ceux qui lui étaient irrespectueux ? frémit-elle. La jeune femme se remémora les innombrables rumeurs qui circulaient (et qui, s’il fallait les croire, ne lui étaient pas du tout favorables). Harlock lui laisserait-elle une chance ?

Elle recula d’un pas. Harlock, quant à lui, était a priori toujours aussi nerveux : après avoir tapoté ses index l’un contre l’autre, il fourragea à nouveau dans sa tignasse, puis il ancra finalement son regard quelque part au-dessus de l’épaule droite de Marjan (au moins ne fixait-il plus ses seins, c’était déjà ça de pris).


— Je peux… m’occuper de ça si tu me rends la pareille, marmonna-t-il en fin de compte.


Marjan se repassa mentalement la phrase en boucle pour être certaine de l’avoir bien comprise. Attends voir, je peux quoi ?


— Si tu permets, ajouta Harlock.


Quand il se donnait la peine de sourire, il dégageait un petit air charmeur qui ne laissait pas indifférent, s’aperçut Marjan en même temps qu’elle se faisait la réflexion que, de son côté, elle devait ressembler à une cruche.

Le point positif, c’était que la situation était devenue tellement improbable qu’elle ne risquait plus de ressembler davantage à une cruche, ni d’être embarrassée encore plus qu’elle n’était déjà.

La jeune femme cligna rapidement des yeux. Ou peut-être que si, corrigea-t-elle alors qu’elle observait, incrédule, Harlock ôter sa cape et commencer à se dévêtir.

Le capitaine eut toutefois la décence de garder son pantalon. Mais, une fois qu’il fut torse nu, Marjan eut tout le loisir d’admirer la couleur de ses épaules, à peu près de la même couleur rouge écarlate que les siennes.


— J’ai pris du paracétamol parce que j’aimerais bien que ça arrête de chauffer, expliqua Harlock d’un ton incertain qui ne lui allait pas du tout, mais si tu dis que ton truc fonctionne mieux…


Marjan se fendit d’une moue sceptique. Du paracétamol ? Contre un coup de soleil ? Sérieusement ?


— Ah oui effectivement, capitaine. Si vous voulez traiter la brûlure, le paracétamol ça sert à rien.


Elle secoua la tête. Personne ne la croirait si jamais il lui venait à l’idée de raconter cette histoire.


— Okay. Faites voir ça, capitaine.


Un examen rapide apprit à Marjan que c’était un beau coup de soleil, ça madame, mais globalement pas pire que le sien. Harlock avait les cheveux châtains et la peau claire, c’est-à-dire sensible au soleil, et le connaissant il ne devait sûrement pas avoir l’habitude de s’exposer au grand air. Du coup ben… il se retrouvait certainement dans le même cas qu’elle, hein… Même s’il n’était resté qu’un temps limité dehors, ne serait-ce que trente petites minutes avaient dû lui suffire pour qu’il vire au carmin façon écrevisse.

En revanche, Marjan n’irait pas lui demander pourquoi, aujourd’hui, il avait jugé bon de montrer ses épaules au soleil (ou à qui que ce soit d’autre, d’ailleurs). Elle avait eu sa dose d’événements bizarres pour la journée, merci bien.


— Faudra l’hydrater les prochains jours si vous ne voulez pas que ça pèle trop, mais dans l’ensemble c’est pas super grave, capitaine, énonça-t-elle avec l’assurance de qui avait déjà eu beaucoup trop de coups de soleil dans sa vie.


Elle s’appliqua à étaler avec soin une bonne couche de biafine sur les épaules et le dos d’Harlock (tiens c’est marrant, elle n’avait jamais remarqué qu’il avait des taches de rousseur), tout en se forçant à ignorer le fait qu’elle était toujours en sous-vêtements, et en priant pour que personne d’autre n’entre dans cette pièce. Mais bon, ce n’était pas parce que la situation avait franchi depuis longtemps les limites du bizarre qu’elle devait bâcler le boulot.

À la fin, Harlock lui dit « merci » puis, comme il l’avait annoncé, il lui « rendit la pareille ».

Un frisson d’excitation descendit le long de la colonne vertébrale de Marjan tandis qu’elle sentait les doigts du capitaine sur ses omoplates. Le geste n’avait rien de sensuel, Dieu merci, mais quand même…

Elle se concentra pour ne pas broncher. Inutile de les mettre davantage mal à l’aise tous les deux. Enfin surtout elle, en fait. Elle n’était toujours pas parvenue à définir ce qu’en pensait réellement Harlock.


— Voilà, conclut-il en s’écartant d’elle. C’est bon pour toi ?


Marjan exhala un soupir. C’était la première fois qu’un coup de soleil s’avérait aussi éprouvant pour ses nerfs.

Elle hésita à expliquer à Harlock qu’il ne valait mieux pas remettre un t-shirt moulant (et noir) sur une couche généreuse de biafine. Mmh, non. De toute façon, elle ne voyait pas le capitaine se balader torse nu dans les coursives.


— Normalement oui, capitaine. Il y en a pour quatre ou cinq jours, et si demain l’inflammation n’a pas disparu, ‘faudra refaire une application de biafine.


… et elle irait directement demander de l’aide au doc cette fois-ci, se promit Marjan. Assez d’émotions.

Harlock eut un demi-sourire impossible à classer, puis il hocha la tête et pointa son index sur elle.


— Si c’est le cas je te ferai signe, ne t’inquiète pas.


Marjan se figea. Il avait déjà disparu.

Oh.

Super.


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