Le calme était à nouveau revenu dans les ténèbres de la pouponnière, et la plupart des choristes d’hier ronflaient du sommeil du juste. L’enfant, lové dans sa douce carapace, ne faisait pas exception quand un sanglot l’en tira. Il promena distraitement un regard embrumé autour de lui, s’attarda sur le tronc le plus proche. Ça gigotait de ce côté. La faible lumière y dessinait un visage. Un visage tendu a l’extrême...
Il hurla avant d’exploser. L’essaim se réveilla comme un seul homme.
« Qu’est-ce qui s’est-il passé ?
– Ils l’ont bouffé ! On va tous y passer.
– Dis pas ça, dis pas ça !
– C’était trop rapide.
– Il doit y avoir une explication.
– On va tous crever ! »
Un gémissement désaccorda la symphonie.
« Arrêtez, s’il-vous-plait. Arrêtez, je, j’ai mal, j’ai... »
Un nouveau hurlement. Une nouvelle explosion.
« Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui se passe ?
– Non, non je.. !
– Ils viendront, ils viendront.
– On va tous crever !
– J’ai mal, j’ai mal !
– Écoutez, nous... »
Quelqu’un hurla, puis se tu.
« Merde, qu’est-ce que c’est ?
– C’est la mort, gars. On va tous crever comme des rats.
– Écoutez, nous ne devons pas céder à la panique.
– Non, ils viendront. Ils viendront, je le sais.
– On va... Je, je suis en train... Je crois que... »
Plus personne ne leur rappela qu’ils allaient mourir.
« Aidez-moi, aidez-moi !
– Qu’est-ce qui... »
Un cri suraigu lui répondit. Elle était déjà condamnée.
« Merde, merde, merde.
– Ils viendront.
– C’est déjà trop tard.
– Ils viendront.
– Jamais à temps.
– Ils viendront, je le... »
Une double explosion retentit, et le silence reprit ses droits. Ça gigotait au sol.