Lupa Tome 2

Chapitre 1 : Benvenuti

12521 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/08/2021 13:36

       Zaira se réveilla alors que le soleil perçait à travers la fenêtre de leur chambre. Elle adorait cela, se réveiller avec la douce lumière du soleil brûlant. Elle s’étira doucement dans le lit et se tourna vers son compagnon. Il la regardait déjà.


-         Bonjour, chuchota-t-il à son intention.

-         Bonjour, lui rendit-elle langoureusement.


Elle roula jusqu’à se retrouver allongée sur lui et l’embrassa tendrement.


-         Qu’avons-nous de prévu aujourd’hui ? lui demanda-t-elle.


Charles était en charge de la comptabilité de la meute de son père, le Marrok, mais il était également son exécuteur. Zaira attendait leur prochaine mission avec impatience. Elle aimait ce métier bien plus que lui. Lui, il ne le supportait pas.


-         Eh bien, chuchota-t-il alors qu’il laissait ses mains caresser les fesses nues de sa compagne, c’est aujourd’hui que tu choisis ta robe.


Les loups ne se mariaient pas comme les chrétiens. Il n’y avait pas d’église, pas de robe blanche et pas de diamant non plus. Généralement, cela se limitait à une cérémonie avec la meute, un serment de sang, et le tour était joué après un petit feu de camp. Zaira avait refusé que son mariage se passe ainsi. Elle n’avait que faire de l’église, mais elle voulait porter la robe, et elle voulait une belle fête, ainsi qu’une cérémonie qui avait du sens. Charles le lui avait cédé. Lui, tout ce qui l’importait, c’était de l’épouser. Comment, il s’en fichait. Et étant donné qu’elle allait devenir sa femme, elle obtenait tout ce qu’elle souhaitait. Elle avait d’ailleurs obtenu son gros 4x4 Range Rover, que Charles détestait. Elle n’y prêtait pas vraiment attention, il détestait chaque voiture qui existait.


-         C’est vrai, il faut que je m’en aille alors, dit-elle en se levant doucement.

-         Pas si vite, dit-il en plaquant ses hanches contre les siennes. Où crois-tu aller comme ça ?


Il la retourna et la plaqua sur le lit alors qu’elle riait. Il l’embrassa langoureusement alors que ses mains redécouvraient son corps nu. Elle frissonnait à chaque fois qu’il la touchait. Le simple contact de sa peau rendait chaque chose plus facile, comme si elle pouvait tout affronter. Elle n’avait qu’à humer son odeur et caresser son torse. Alors, lorsqu’il commença à laisser ses doigts parcourir ses bras, puis ses seins, son ventre, ses cuisses, ses mollets, ses pieds, puis enfin son entre-jambe, Zaira se laissa bercer par la montée de chaleur en elle. Elle inspira profondément pour ressentir dans chacune de ses cellules l’effet incroyable qu’il lui faisait. Elle l’embrassa à pleine bouche et parcouru le corps fort de son compagnon de ses propres doigts. Entendre sa respiration se faire de plus en plus difficile plaisait énormément à Zaira. Cela lui rappelait qu’il était sien, et sien seulement. Finalement, ils firent l’amour pendant une heure et demi avant qu’elle ne puisse se lever.


             Alors qu’elle sortait de la douche dégoulinante d’eau, elle avança jusqu’à la cuisine pour manger quelque chose. Charles rentra dans la maison avec du courrier dans les mains. Il passa chaque enveloppe en revue puis s’immobilisa au milieu du salon.


-         Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Zaira, intriguée.

-         Celle-ci est envoyée par « Le Seigneur de la Nuit », dit Charles en se forçant à demeurer calme.


Zaira se figea également pendant quelques secondes. Le Seigneur de la Nuit était Iacopo Bonarata, le vampire maître de l’Italie qui l’avait kidnappée, et que Charles avait tué. Il semblerait qu’un autre Seigneur de la Nuit s’était imposé, et qu’il avait quelque chose à leur dire. Drôle de façon d’inaugurer une guerre, songea Zaira. Charles ouvrit la lettre et Zaira se pencha dessus.


A l’intention de Zaira Milazzo et de Charles Cornick ;


Il est apparu que l’ancien Seigneur de la Nuit, Iacopo Bonarata, a été assassiné par le loup-garou réputé Charles Cornick, de la meute d’Aspen Creek, Montana, sous la direction du Marrok, Bran Cornick. Naturellement, un nouveau Seigneur de la Nuit s’est imposé au sommet de la pyramide vampirique italienne et mondiale.


Le Seigneur de la Nuit, dans sa grande générosité, vous invite, vous, l’assassin, et votre bien aimée compagne Zaira Milazzo, dans son humble demeure à Milan, Italie, dans le but de conclure la paix.

Une chasse sera organisée par le Grand Seigneur de la Nuit, dans le but de resserrer les liens, et d’enterrer la hache de guerre.


Vous êtes ainsi attendus à Milan du 20 au 23 Mars 2020 inclus.


Bien entendu, votre non présence serait interprétée pour ce qu’elle est : une déclaration de guerre.


Le Seigneur Wulfe se réjouit de cette rencontre.


Charles posa la lettre sur sa table basse et s’assit sur son canapé, les mains entre-mêlées, la tête rentrée dans ses épaules. Zaira récupéra la lettre et la lu une deuxième fois, pour s’assurer qu’elle avait bien comprit la première fois.


-         Il veut te récupérer, lança froidement Charles.

-         Peut-être, reconnu Zaira, mais ce n’est pas ce qui importe. Nous avions peur d’une guerre, et il nous offre la paix, relativisa-t-elle.


Il leva un visage colérique vers elle. Elle fut forcée de baisser les yeux.


-         Parce que tu envisages d’y aller ?


Elle leva les bras en signe d’impuissance et prit place à côté de lui, mais pas trop près. Il avait besoin de son espace lorsqu’il était dans un tel état.


-         Je ne crois pas que nous ayons le choix, répondit-elle à voix douce.


Elle passa une main sur son dos et Charles se leva immédiatement du canapé. Il commença à faire les cent pas dans sa pièce principale. Zaira se tint immobile et silencieuse.


-         Il a un plan, déclara Charles. Il me traite d’assassin alors qu’il était du voyage. Il parle de déclaration de guerre alors qu’il était prêt à m’aider pour tuer Bonarata si je n’avais pas pu le faire seul. Ce n’est rien d’autre qu’une blague pour lui, une blague pour lui permettre de te récupérer, cracha-t-il.

-         Chéri il n’est pas tout seul à prendre les décisions, tempéra Zaira. Il s’est peut-être imposé comme Seigneur de la Nuit mais il a tout un Conseil. Peut-être que c’était une condition sine qua non à sa prise de pouvoir. J’imagine qu’aux yeux de son Conseil, c’était bel et bien une déclaration de guerre, et il a fait en sorte qu’il y ait une autre alternative.

-         Tu vas vraiment le défendre ? questionna-t-il à bout de nerf.

-         Non, dit-elle simplement. Je ne te dis pas que tout cela ne fait pas parti d’un plan pour tenter de me récupérer, je te dis simplement que c’est aussi de la politique. Et il faut que nous répondions à cette invitation, dans un but politique.


Charles leva vers elle des yeux dorés. Le loup était là, et il avait du mal à le contrôler. Il était en colère, jaloux et inquiet, Zaira le sentait par son odeur. Un loup-garou jaloux et en colère était un loup dangereux, mais lorsqu’il s’agissait de Charles Cornick, le loup-garou le plus craint et le plus puissant après son père, c’était encore pire.


-         Charles, chuchota-t-elle en s’approchant de lui doucement. Wulfe peut bien faire tout ce qu’il veut, il ne peut pas m’arracher à tes bras. C’est toi que je veux, assura-t-elle avec honnêteté.


Charles sembla se détendre un minimum en entendant la véracité dans ses mots. Il la laissa même l’embrasser, mais il tint à amener la lettre à son père, et à lui exposer les faits. Secrètement, il espérait que Bran lui dirait qu’il ne fallait pas y aller, Zaira le savait. Mais elle savait également que ce ne serait pas le cas. Elle devait aller choisir sa robe, et avait insisté pour y aller sans lui. Charles n’avait accepté qu’à la condition que Sage, une louve de la meute de son père, l’y accompagne. Depuis son kidnapping, il ne la laissait aller nulle part seule. Zaira savait que le fait qu’il la laisse seule avec Sage était déjà un effort surhumain pour lui. Aussi, il prit leur voiture, et ne partit en direction de chez son père qu’une fois que Sage eut passé le bas de la porte.


-         Qu’est-ce qui lui arrive ? demanda Sage une fois sûre que Charles ne pourrait pas l’entendre.

-         Oh, une perspective de voyage qui ne l’enchante pas, répondit simplement Zaira.


Elle ne connaissait pas Sage depuis longtemps, même si Zaira faisait maintenant partie de la meute. Elle avait pris le temps de rencontrer tout le monde lorsqu’ils étaient rentrés de Chicago, et avait bien sympathisé avec elle. Sage était une femme drôle, insolente et plutôt sauvage. Tout ce qui plaisait à Zaira en somme. Mais elle n’avait parlé à personne de son histoire avec Wulfe, et Charles non plus d’ailleurs, hormis à son père. Elle n’était pas à l’aise avec l’idée d’apprendre à toute sa nouvelle meute qu’elle avait été la petite amie d’un des vampires les plus réputés pour sa folie et sa cruauté sans limite. Elle supposait que ça ne plairait pas beaucoup. De plus, Charles était tendu à chaque fois qu’il fallait évoquer le sujet, aussi ne le faisaient-ils jamais.


-         Y a pas grand-chose qui l’enchante de toute façon, ce vieux loup aigri, plaisanta Sage.


Zaira ri et parti enfiler des vêtements. Elle était nue tout ce temps, mais cela n’était pas le genre de chose qui surprenait les loups-garous. Ils se retrouvaient fort souvent tout nus lorsqu’ils changeaient, ainsi la pudeur était quelque chose qu’ils perdaient rapidement. Ensuite, Sage conduisit pendant près d’une heure avant qu’elles ne puissent trouver une boutique de robes de mariée acceptable.



-         Eh bien parfait, dit Bran, son père et son Alpha, après avoir lu la lettre que Charles lui avait jeté sur son bureau.

-         Parfait ? répéta Charles sur un ton désabusé.

-         Oui Charles, parfait. Tu as tué leur chef et le nouveau t’offre la paix au lieu de la guerre mondiale que nous attendions. Je ne vois pas ce que tu attends que je te dise d’autre que « parfait », insista son père un peu sur les nerfs.

-         Il aurait tout aussi bien pu écrire « ramène moi ta femme, que je la courtise et te la pique sous le nez » ! s’emporta Charles.

-         Ta compagne est une très belle femme, tout au long de sa vie beaucoup d’hommes vont la courtiser, il va falloir t’y faire, dit Bran en relevant un sourcil comme s’il ne saisissait pas quel était le problème.

-         Ce n’est pas le problème, lança Charles en tournant le dos à son père.

-         Et quel est le problème ? insista le Marrok, toujours aussi calme.

-         Wulfe est un psychopathe, et il connaît bien Zaira. Il a sans doute mis en place tout un plan pour la récupérer.

-         Arrête de me balader, coupa son père nettement. Quel est le problème, réitéra-t-il plus sèchement.


Charles fit à nouveau face à son père et prit quelques secondes avant de répondre avec honnêteté, ainsi que vulnérabilité :


-         J’ai peur qu’il y parvienne.

-         Crois-tu vraiment qu’il y a un risque ou es-tu simplement jaloux ? demanda Bran avec une voix plus douce.

-         Ce serait mentir que de dire que je ne suis pas jaloux, admit Charles, mais je crois vraiment qu’il y a un risque.

-         Qu’est-ce qui te fait dire ça ?


Charles inspira profondément afin de se calmer et de faire le tri dans son esprit. Il voulait être juste, et pas seulement ce compagnon qui perdait la raison parce qu’il était maladivement jaloux et possessif.


-         J’ai l’intuition que ça va très mal se passer, finit-il par lâcher. Zaira m’a assuré ce matin que c’était moi qu’elle voulait, et elle ne mentait pas. Mais j’ai l’intuition que ça ne va pas bien se passer du tout, répéta-t-il doucement.


Son père le prit au sérieux. Charles avait un héritage chamanique des deux côtés de ses parents, et il avait hérité de la magie de sa mère qui faisait partie des Têtes-Plates, un peuple Nord Amérindien qui avait cela dans le sang. Il était arrivé plusieurs fois que Bran, l’Alpha de tous les Alphas, change et adapte ses décisions les plus importantes sur les intuitions de son fils. Lorsque l’intuition de Charles parlait, tous écoutaient sérieusement.


-         Que suggères-tu ? demanda alors son père.


Charles s’assit sur la chaise en face du bureau de son père et soupira. Il avait beau réfléchir, il savait qu’il n’y avait pas d’autre solution. Wulfe était largement capable de lancer une guerre mondiale pour l’unique raison qu’ils n’étaient pas venus. Il allait devoir faire confiance à sa compagne, et à leur couple. Après tout, elle n’avait pas menti lorsqu’elle lui avait dit que c’était lui qu’elle voulait.


-         Rien, avoua Charles. Nous devons y aller.



La plus grande partie du voyage s’était effectuée dans le silence. Charles était assis d’un côté de l’avion, et Zaira de l’autre. Il pouvait sentir à son odeur, et voir à son comportement qu’elle était malheureuse, mais il ne savait pas comment agir autrement. Il avait besoin de demeurer seul, afin de parvenir à être calme. S’il ne l’était pas, il finirait par tuer l’autre Seigneur de la Nuit, ce qui s’avérerait profondément fâcheux. Il tentait de se dire des choses rassurantes, d’apaiser ses doutes et sa colère, mais son intuition était plus forte et il ne pouvait l’ignorer. Les yeux fermés, il inspirait et expirait profondément. Il ne cessait de ressasser la conversation qu’il avait eue avec Wulfe lorsqu’ils étaient partis à Milan pour libérer Zaira.


« Mais elle est consciente que tu ne peux pas lui offrir ce que moi je peux lui offrir. Et tu ne peux pas l’aimer comme moi je l’aime, lui avait dit Wulfe sans mentir.


Je ne crois pas en l’amour inconditionnel, avait répondu Charles avec sincérité. Ce n’est pas de l’amour. Les gens qui nous aiment vraiment veulent ce qui est le meilleur pour nous. Ce qui est bon.


Et tu es certain que l’aider à mettre de côté toute une part d’elle-même, parce que toi tu juges qu’elle n’est pas bonne, c’est ce qui est le meilleur pour elle ? avait répondu le vampire. »


Charles avait peur qu’il ait raison. Sa propre culpabilité maladive pouvait être la raison pour laquelle il n’était pas l’homme qu’il lui fallait. Elle était sauvage, forte et explosive. Une louve, en somme. Lui, il était plein de remords, de regrets et de fantômes qui le hantaient. Wulfe avait beau être le monstre cruel qu’il était, il aimait Zaira, et Zaira l’aimait aussi. Non seulement elle n’avait pas besoin de faire semblant d’être quelqu’un d’autre avec le vampire, mais elle était également aimée et adorée pour cela. Cette deuxième partie était quelque chose que Charles ne pouvait pas lui offrir. Il était conscient de la personne et de l’animal qu’elle était, et il l’aimait. Mais il ne pouvait mentir et dire qu’il aimait sa violence et sa soif de sang, aussi normale et primale soit-elle. S’il était parfaitement honnête, il aimerait qu’elle soit comme lui, qu’elle ressente chagrin et culpabilité. Mais à la place, elle ressentait excitation et ecstasy. L’amour comme le concevait Charles ne cherchait pas à changer les gens. Selon lui, lorsque l’on aimait quelqu’un, c’était pour tout ce qu’il était, le beau et le moins beau, et sans jamais aspirer à transformer l’être aimé. Sinon, l’être n’était pas aimé, il était simplement un fantasme qui nécessitait une réadaptation pour pouvoir devenir réalité. Mais c’était là tout le principe des fantasmes, ils n’étaient pas la réalité. Charles ne voulait pas vivre dans un fantasme, et il voulait encore moins projeter ses propres problématiques sur l’être-aimé. Il espérait simplement que ce qu’il avait à lui offrir lui suffirait.


-         C’est le cas, chuchota la voix de sa compagne alors qu’elle prenait place sur ses genoux.


Il inspira profondément et la laissa se loger là et prit pleine possession de ses cuisses. A moi, grogna Frère Loup qui n’était pas aussi inquiet que Charles. Frère Loup était serein, même s’il avait un peu peur que Charles foute tout en l’air avec sa conscience à deux balles.


-         Tu lis dans mes pensées ? demanda Charles à voix basse alors qu’il laissa un regard doux se poser sur celle qu’il aimait.


Zaira ri. Il pouvait sentir que ça lui faisait beaucoup de bien de le toucher, de le voir plus apaisé. Elle avait eu besoin de cela. Il se rendit vite compte que c’était également son cas, à lui aussi. Il n’aurait pas dû se montrer aussi distant, pensa-t-il. Il n’était plus seul maintenant.


-         Je suis une louve-garou aussi vieille que toi chéri, je n’ai pas besoin que les gens parlent pour savoir ce qu’ils pensent, répliqua-t-elle avec son splendide accent italien que Charles affectionnait tant.

-         Il n’existe aucun loup-garou, aussi vieux soit-il, qui arrive à me lire ainsi, dit Charles avec véracité, ainsi que fierté.


Il aimait le fait qu’il ne pouvait rien lui cacher. Elle le rendait vulnérable, et honnêtement un peu démuni, mais il aimait cela. Même lorsqu’il essayait de mettre des murs entre eux, il ne le pouvait pas. Frère Loup riait, elle ne le laisserait pas tout faire foirer.


-         Je crois qu’il n’existe aucun loup-garou qui a autant de pouvoir sur toi, chuchota l’italienne en se frottant à son entre-jambe qui était devenue dure malgré lui.


Charles lui sourit pour la première fois depuis trop longtemps. Zaira cessa soudain de sourire et redevint particulièrement sérieuse.


-         Je ne veux pas être avec un homme qui m’aime parce que je suis un monstre. Je veux être avec un homme qui m’aime malgré que je sois un monstre. Et je crois que c’est ton cas.

-         Tu n’es pas un monstre, répondit Charles en plongeant ses yeux dans les siens.


Zaira souri tristement avant de répliquer :


-         Bien sûr que si, j’en suis un. Tout comme toi, mon amour. La seule chose qui nous différencie c’est que toi tu ne l’as jamais accepté.


Charles inspira profondément. Il avait assez vécu et était assez intelligent pour savoir l’importance qu’avait la parole des femmes. Le message que lui livrait là Zaira n’était peut-être pas la vérité absolue, tout du moins c’était ce qu’il aimait croire, mais ce message demeurait ce que sa compagne ressentait de lui. Il y avait donc nécessairement de la véracité dans ces mots, et il devrait en tenir compte. Pour l’instant cependant, il profitait du contact qu’elle lui offrait pour se ressourcer avant d’entrer sur le champ de bataille.

 


             Wulfe n’était pas présent parmi les vampires qui étaient venus les récupérer à l’aéroport, ce qui n’était pas une insulte en soi. Le Seigneur de la Nuit ne se déplaçait pas pour aller chercher ses invités et les conduire jusqu’à chez lui. A la place, il y avait quatre vampires, quatre hommes grands et à l’apparence forte. Zaira songea que Wulfe avait fait un effort, elle savait qu’habituellement il y avait minimum cinq vampires, voire sept, pour accueillir des loups-garous aussi puissants qu’ils l’étaient. C’était là une preuve de confiance, et un petit pas qu’il faisait vers eux. Zaira l’apprécia, mais ne prit pas le risque de le faire remarquer à Charles au risque que cela l’énerve, et qu’il ait peur qu’elle l’abandonne pour Wulfe. Elle était consciente que ce voyage était particulièrement éprouvant pour Charles, et qu’il faisait un effort surhumain pour ne pas tuer tout le monde à 10 kilomètres à la ronde. Elle savait également qu’il était terrifié à l’idée de la perdre, alors même si une partie d’elle avait envie de jouer et d’user du pouvoir qu’elle avait sur lui pour son propre plaisir, elle restait collée à sa cuisse, et comptait bien tout faire pour lui montrer que c’était bel et bien lui qu’elle avait choisi, et personne d’autre.


             Il faisait nuit lorsqu’ils avaient atterri à Milan, Zaira se consolait en se disant qu’il n’y avait qu’à participer à un dîner, dormir, puis une journée complète, une nuit, et enfin qu’ils pourraient repartir. La torture pour son compagnon ne durerait pas longtemps. Pour sa part, Zaira ne se sentait pas inquiète. Elle connaissait Wulfe par cœur, et l’appréciait, c’était indéniable, de plus il avait organisé une chasse. Elle savait qu’elle passerait un bon moment, et que Wulfe et ses vampires ne lui feraient pas le moindre mal. Elle espérait seulement que le vampire se comporterait bien face à son compagnon, un peu anxieuse à l’idée que ce charmant voyage tourne en bain de sang.  


-         Le Seigneur Wulfe s’excuse de n’avoir pu venir vous chercher lui-même, dit un des vampires en costard, se tenant anormalement droit et parlant comme s’il était un ordinateur. Je suis Matteo, moi et mes collègues sommes chargés de vous conduire jusqu’au château où vous séjournerez jusqu’au 23. Vous serez libres de partir dès l’aube, si tel est votre souhait. Le Seigneur vous attend pour dîner, ensuite vous pourrez aller vous coucher. Une chambre est prévue pour vous dans une aile privée du château, mais nous pouvons vous déplacer ailleurs dans le château, ainsi que vous proposer une chambre chacun si vous le préférez. Demain, vous serez seuls avec le Seigneur Wulfe, étant donné que lui seul dispose du pouvoir d’être éveillé durant la journée. Il se propose de vous faire visiter le domaine. Vous pourrez ensuite vous reposer dans vos appartements, puis la chasse commencera à 22 heures précises. Vous pourrez ensuite dîner, vous reposer, et une fois la nuit passée, vous serez libre de vous en aller. Tous les vampires du domaine ont étés bien préparés à votre arrivée et nous pouvons vous garantir qu’aucun des nôtres ne se comportera de façon déplacée, le Seigneur Wulfe s’en est assuré. Acceptez-vous ces conditions ? finit le vampire robot clairement en direction de Charles, qu’il s’appliquait à ne pas regarder dans les yeux.


Zaira leva les yeux vers son compagnon qui avait baissé le regard en sa direction sur les derniers mots du vampire. Aussi tendu était-il, Zaira sentait qu’il était amusé par le speech robotique du vampire encore plus sur les nerfs que lui. Charles ne répondit rien, et attendit que sa compagne décide si cela lui convenait ou non.


-         Il ne sera pas nécessaire de prévoir une deuxième chambre, répondit-elle avec un ton joueur, cependant j’aimerais ajouter une condition.

-         Je vous écoute, répondit un Matteo toujours aussi statique et impassible.

-         Je veux qu’un homme en qui Wulfe a une confiance absolue monte la garde devant notre porte lorsque nous irons nous coucher.


Le vampire ne répondit pas tout de suite mais ne broncha pas non plus. Zaira songea qu’il avait l’air d’un soldat de l’armée s’adressant à son général. Finalement il répliqua sur le même ton inhumain :


-         Le Seigneur Wulfe tient à vous assurer, Madame, que vous ne risquez aucun danger dans sa demeure.

-         Je suis donc certaine qu’il acceptera cette nouvelle condition sans problème, répondit Zaira. Si vous avez trop peur, je lui demanderai moi-même, ajouta-t-elle avec un sourire.


Le vampire déglutit. Apparemment, Wulfe leur faisait peur, à tous. Cela fit sourire Zaira.


-         Ce sera inutile, Madame. Le Seigneur Wulfe ne verra aucun inconvénient à mettre à votre disposition quelqu’un de confiance si cela rend votre séjour plus agréable.


Zaira acquiesça, puis ils montèrent dans les voitures de luxe qui devaient les emmener jusqu’au château. La louve n’était pas folle, elle connaissait les vampires, tout comme Charles. Beaucoup d’entre eux avaient un goût particulier pour le sang de loup-garou, et bien que Wulfe était craint ainsi que puissant, il arrivait qu’un vampire devienne incontrôlable, trop excité par sa soif. De plus, elle souhaitait que les choses soient limpides durant cette visite, et tenait à ce que l’homme qui les garderait l’entende jouir sous Charles. Il le lui répéterait, si Wulfe était assez joueur pour demander. Et Zaira savait que Wulfe était joueur. Elle était à Charles, et il devait le comprendre.


             Le château était situé dans un coin extrêmement reculé de Milan, tellement reculé que Zaira ne savait pas s’il était approprié de dire qu’il était basé dans la ville. Elle y était venue une fois, lorsque Iacopo Bonarata l’avait kidnappée, et n’avait eu le loisir de ne visiter que son immense garage. Charles et elle, que ce soit à l’aller ou au retour, n’avaient pas pris le temps d’admirer sa beauté, alors ils le firent maintenant. Le château était composé de cinq tours principales, certaines plus larges et d’autres plus hautes que d’autres. Il n’était ni fleuri ni verdoyant, en réalité la plupart des gens qui passaient dans ce coin devait penser qu’il était abandonné, et c’était là le but. Mais le bâtiment lui-même demeurait somptueux. Ils devaient passer un petit pont pour pouvoir entrer dans l’enceinte du château, où Wulfe les attendait, seul. Zaira sourit malgré elle en l’apercevant ainsi. Il était assis sur une des pierres de son château, une jambe repliée contre son torse qu’il tenait de ses deux bras, et il se balançait d’avant en arrière au rythme des battements du cœur de Zaira, elle le savait. Un sourire se dessina sur les lèvres du vampire lorsqu’il dut s’adapter au rythme, et basculer plus rapidement. Il portait certes un costume, mais c’était un costume noir sur lequel était imprimé de petits chiens blancs. Il était le Maître de l’Italie et pouvait exercer son autorité sur les vampires du monde entier et il était seul, à se balancer sur un caillou, comme si ce château appartenait à son père et qu’il était l’enfant impatient de recevoir ses invités. C’était cette vision qui fit sourire Zaira. Wulfe n’avait pas changé d’un pouce. Elle tourna finalement les yeux vers Charles et se rendit compte un peu tard qu’il l’observait tout ce temps, pas du tout intéressé par la vue du château ni par la personne de Wulfe. Elle lui sourit en pinçant les lèvres, consciente qu’il l’avait vue sourire – bien que discrètement – en voyant Wulfe, et qu’il avait entendu son cœur battre plus fort dès qu’elle l’avait aperçu. Elle ne s’en voulait pas, elle aurait eu la même réaction si elle s’était retrouvée face à un vieil ami. Elle était simplement heureuse de le voir, mais elle essayerait de faire plus attention à mieux le cacher désormais.


-         Benvenuti amici* ! s’exclama Wulfe en ouvrant les bras lorsqu’ils sortirent de la voiture.

*Bienvenue mes amis.


Zaira passa un bras dans le dos de Charles qui se tenait collé à elle et le laissa là. Elle souri à Wulfe et le remercia de son accueil. Avant d’entrer dans le château Wulfe demanda à l’encore de Zaira si toutes les conditions du séjour avaient étés acceptées.


-         Oui mon Seigneur, répondit Matteo le robot, cependant Mademoiselle Milazzo a ajouté une condition que je me suis permis d’accepter sous vos ordres.

-         Laquelle ? demanda Wulfe à l’encontre de Zaira, un petit sourire en coin sur le visage.

-         Mademoiselle Mila…

-         … Je ne t’ai pas donné l’autorisation de parler, Matteo, dit sèchement Wulfe sans plus sourire du tout.


Le vampire baissa la tête dans un signe de soumission et fixa le sol sans même oser dire « pardon ». Wulfe tourna à nouveau un visage joueur vers Zaira et demanda :


-         Laquelle ?

-         Je veux qu’un homme en qui tu as une confiance absolue monte la garde devant notre porte la nuit.


Un immense sourire se dessina sur le visage enfantin du vampire. Il avait très bien comprit les intentions de son ex-compagne, et visiblement cela l’amusait. En réalité, cela amusait Zaira tout autant, mais elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour le contrôler. Au lieu de lui sourire en retour comme elle en mourrait d’envie et d’entamer un jeu avec lui, elle leva un sourcil très sérieusement et dit d’une voix calme :


-         Ton chien m’a dit que ça ne poserait aucun problème.  


Wulfe leva des yeux illuminés vers Matteo et dit soudainement :


-         Matteo, aboie.


Matteo obéit sans aucune forme de procès. Le rire de Wulfe raisonna dans la cour du château, il avait un rire d’enfant. Zaira senti le corps de Charles se tendre face au spectacle humiliant que le vampire leur imposait. Elle resserra sa prise sur lui quand Wulfe continua :


-         Matteo, assit.


Matteo se laissa tomber sur ses genoux dans une position de chien assit. Zaira commença à s’en vouloir d’avoir appelé cet homme le chien de Wulfe. Elle aurait dû savoir que c’était ce qui suivrait. Avant, c’était le genre de chose qui la faisait rire. Aujourd’hui, elle ne trouvait plus cela si drôle. Matteo n’avait rien demandé, et il n’avait rien fait de mal. L’aura de Charles devenait de plus en plus brûlante.


-         Je souhaiterais dîner maintenant, dit Zaira en interrompant un nouvel ordre que Wulfe s’apprêtait à donner à Matteo. Le voyage a été long, et je suis fatiguée, mentit-elle afin que son compagnon n’étripe pas son ancien amour dans les secondes suivantes.


Wulfe leva les yeux vers elle mais s’attarda sur Charles. Il savait parfaitement bien qu’elle mentait, tout comme il savait qu’elle l’avait interrompu pour Charles. C’était là une occasion rêvée pour Wulfe de s’immiscer dans leur couple, de le relever, et d’énerver Charles, si tel était réellement son but en les invitant ici. Mais il n’en fit rien. Il se tourna dos à eux, et leur montra le chemin de la salle à manger.


             L’intérieur du château, tout du moins le rez-de-chaussée, avait été bâti dans un style baroque. L’entrée était resplendissante, décorée de multiples ornements et peintures, habillée de deux longs escaliers qui donnaient sur trois voutes ouvertes laissant entrevoir le siège principal du Seigneur de la Nuit. Wulfe les conduisit sur la gauche des escaliers où se tenait l’immense salle à manger composée d’une unique table rectangulaire longue de plusieurs mètres. Des chaises faites d’or et de velours rouge la décorait et plusieurs plats de nourriture protégés de cloches dorées y avait déjà été déposés. Wulfe prit place en bout de table et insista pour que Zaira soit assise à sa gauche, Charles à côté d’elle. Quatre autres vampires mangeaient en leur compagnie sur l’immense table, dont Matteo. L’homme assit à la droite de Wulfe était un vampire asiatique – Zaira ne voulait pas se risquer à deviner de quel pays au risque de se tromper – à la peau pâle, aux cheveux noirs portés jusqu’à son menton, vêtu d’un costume vert olive. Un très bel homme, pensa Zaira. Il devait être quelqu’un de confiance pour prendre position à la droite du Seigneur de la Nuit. Wulfe sembla remarquer que ce personnage intrigua son invitée puisqu’il le présenta :


-         Ah oui, voici Aiko, l’homme de confiance, dit-il à Zaira. Aiko, tu veilleras sur nos invités lorsqu’ils iront dormir, annonça Wulfe à son vampire.


Aiko ne répondit rien mais acquiesça une fois de la tête. Zaira ne pu s’empêcher de remarquer que tous les vampires autour d’eux avaient l’air de véritables robots, bien que cela ne l’étonna pas. Wulfe était effrayant.


-         Pour le reste, continua Wulfe, Gianni, membre du Conseil, tout comme Enzo, dit-il en désignant de la tête les deux vampires assis après Aiko.


Wulfe leur donnait si peu d’intérêt que Zaira et Charles firent de même, bien que la louve remarquât que son compagnon portait un regard insistant sur le vampire prénommé Aiko. Il avait raison, il y avait quelque chose à propos de cet homme, outre le fait qu’il était particulièrement séduisant, mais Zaira ne parvint pas à mettre le doigt dessus.


-         Eh bien, dit Wulfe, mangez !

-         De quelle viande s’agit-il ? demanda une Zaira suspicieuse alors que des domestiques étaient en train de remplir leurs assiettes.


Wulfe lui adressa un grand sourire qui dévoilait ses crocs incroyablement blancs puis il répondit :


-         Ce n’est pas de l’humain mon ange, je ne te ferais pas ça, affirma-t-il un peu trop joueur.


Charles grogna sourdement et Zaira plaça une main rassurante sur sa cuisse. Elle sourit poliment à Wulfe sans se prêter à son jeu, peu importe à quel point elle en avait envie, et enchaîna rapidement :


-         Et si tu nous racontais comment tu t’es retrouvé Seigneur de la Nuit ?


Wulfe sourit à nouveau. Il souriait beaucoup, c’était quelque chose que Zaira aimait chez lui auparavant. Les êtres surnaturels dotés de grands pouvoirs avaient tendance à tirer des têtes d’enterrement, ou bien à paraitre trop sérieux tout le temps. Wulfe n’était pas du tout comme cela, et Zaira non plus.


-         Je dois reconnaître que je n’aurais probablement pas saisi cette occasion sans toi Charles, lui dit-il avec son immense sourire. C’était pas dans mes plans, je pensais juste retenir les autres vampires le temps que vous repartiez, mais je me suis trop prit au jeu, et quand c’était finit j’avais tué la moitié des vampires de Iacopo, dit-il avec une grimace pincée comme s’il avait fait une bêtise dont il n’était pas du tout désolé.


Il prit une bouchée de sa viande et commença à mâcher alors qu’il continua, la bouche pleine :  


-         Ben ensuite c’était plus très compliqué. Il fallait bien un nouveau boss, et j’étais le plus fort. Je me suis battu contre quatre idiots qui pensaient pouvoir me défier pour le titre, du coup… Tu aimes le vin ? s’interrompu-t-il soudainement lorsqu’il vit que Zaira prit une gorgée de son verre. C’est ton préféré, j’ai envoyé Matteo le chercher en France, à Saint Emilion.


Un peu embarrassée devant cette attention particulière, Zaira acquiesça. Le vin était effectivement délicieux, et c’était bel et bien son préféré. Elle aimait le vin italien, mais sa préférence allait au français. Wulfe continua alors :


-         Du coup ils sont morts. Après j’ai négocié avec le Conseil, y comprit cette visite, histoire d’éviter une guerre qui n’aurait été cool pour aucun de nous. Ça n’a pas été simple, dit Wulfe en riant, après la facilité déconcertante avec laquelle Charles a dévoré Iacopo, les membres ne se sentaient pas en super sécurité. Mais je leur ai dis qu’au fond tu étais un gros nounours, dit Wulfe avec des yeux rieurs à Charles.

-         Tu as eu raison, dit Charles avec une voix profondément dominante, les gamins capricieux doivent être leur principale inquiétude.


Charles et Wulfe se sourirent, mais il n’y avait rien d’amical dans leurs visages. Wulfe reprit comme si de rien n’était :


-         Et puis c’était la bêtise de Iacopo. Tout le monde sait que rien de bon ne peut arriver si on kidnappe la compagne du fils du Marrok. On ne peut pas en vouloir à Charles de l’avoir mangé tout cru. Et me voilà ! s’exclama Wulfe avec un ton théâtral, ouvrant les bras pour se présenter à son public tendu.

-         Et Marsilia ? ne put s’empêcher de demander Zaira.


Wulfe prit sa question au sérieux, saisissant qu’il s’agissait là d’une conversation importante, et probablement bien plus privée que cela. Son visage devint bien plus grave lorsqu’il répondit :


-         Marsilia est installée aux Tri-Cities depuis longtemps maintenant. Son autorité n’est plus à faire, et elle reste sous ma protection, mais elle n’a plus besoin de moi. D’ailleurs, dit-il soudain sur un tout autre ton à l’intention de Charles, comment va Mercedes ?


Charles leva vers Wulfe des yeux suspicieux.


-         Oh, tu n’es pas au courant ? La dernière fois que je l’ai vue je l’ai sauvée, elle et tout un tas de gens très bien de deux sorcières complètement tarées. On s’était bien amusés, dit-il avec nostalgie. J’aime bien Mercy, mais je crois que je lui fais un peu peur, je ne sais pas pourquoi, dit-il avec une fausse innocence.

-         Mercedes et moi n’échangeons pas tant que ça, trancha sèchement Charles.

-         Ouais, et puis depuis que ton papa a coupé les ponts avec la meute d’Adam Hauptman ça doit pas s’arranger, commenta Wulfe.


Mercedes était la sœur adoptive de Charles. Elle avait grandi dans la meute de Bran et il l’avait élevée, puis elle était partie dans les Tri-Cities, et avait finit par épouser l’Alpha de la meute, Adam. Lorsqu’elle et Adam avaient déclarés qu’ils protègeraient toutes les créatures dans le besoin sur leur territoire, le Marrok n’avait pas eu d’autre choix que de couper officiellement tout lien entre eux, pour des raisons politiques évidentes. Mais Bran n’avait jamais coupé les ponts avec Mercy, elle était comme sa fille. Charles cependant ne la considérait pas vraiment comme sa sœur, il avait déjà plus d’un siècle lorsqu’elle avait débarqué dans leurs vies, et il était déjà l’exécuteur de son père. Il s’interdisait de l’aimer, parce qu’il gardait à l’esprit qu’un jour peut-être il devrait la tuer. Mais Zaira savait qu’il tenait quand même à elle, plus qu’il ne se l’avouait.


-         Elle te plairait, dit Wulfe à Zaira. Elle est butée, un peu briseuse d’ambiance, mais pas très politiquement correcte.

-         Oui, répondit Zaira déjà avertie par Charles, j’espère la rencontrer à notre mariage.


Le visage de Wulfe devint particulièrement grave l’espace d’une demi-seconde, mais il se reprit aussi rapidement.


-         D’ailleurs, demanda Wulfe avec malice, pourquoi n’a-t-il pas encore eu lieu ? Je croyais que les loups pouvaient se marier en clin d’œil.

-         Nous le pouvons, répondit Charles avant que Zaira n’ai eu le temps de dire quoi que ce soit. Mais ma compagne souhaite un beau mariage du genre de ceux qui restent ancrés en mémoire, après tout on ne se marie qu’une fois, alors c’est ce qu’on lui organise.

-         Mouais, renchérit Wulfe un poil tendu, il paraît que les gens divorcent autant qu’ils se marient aujourd’hui. Je suppose que c’est logique quand on épouse quelqu’un qu’on vient de rencontrer.

-         Tu seras ravi d’apprendre que le taux de divorce entre loups-garous est nettement moins élevé, continua Charles avec un faux air paisible.


Wulfe lui sourit à pleines dents mais ses yeux disaient tout autre chose.


-         J’en suis ravi.


Sachant qu’elle devait changer de sujet rapidement mais à court d’inspiration, elle prit une nouvelle gorgée du délicieux vin et tourna la tête vers Matteo :


-         Avez-vous apprécié la France, Matteo ?


Il eut à peine le temps d’ouvrir la bouche pour répondre que Wulfe l’avait déjà devancé, reprenant sa voix et le rythme soutenu de parole d’un enfant de 10 ans :


-         Oh oui, tu te rappelles de notre voyage en France ?


Le coup de changer de sujet pour adoucir l’atmosphère était décidément raté.


-         Vaguement, menti Zaira, gênée à côté d’un Charles de plus en plus tendu.

-         Où est-ce que c’était déjà… La Bastide-Clairence ! s’exclama Wulfe comme s’il avait répondu à un quizz.


Voyant que Zaira ne répondait rien, il continua :


-         Mais si, tu sais c’est ce village où on avait joué au loup dans une école !


Zaira senti son cœur battre bien trop rapidement dans sa poitrine et ses joues devenir écarlates. Elle ne voulait pas que Charles entende ce genre d’histoire, et Wulfe le savait très bien. Charles avait parfaitement bien entendu son rythme cardiaque s’accélérer, et il avait également parfaitement comprit ce que cela signifiait. Zaira lui avait dit qu’elle avait fait beaucoup de choses atroces lorsqu’elle était avec Wulfe. Il ne voulait pas en entendre plus, et il ne voulait pas écouter l’histoire de Wulfe.


-         Tu sais ce que c’est, le jeu du loup ? demanda un Wulfe aux yeux excités à Charles.


Charles serra la mâchoire de façon visible mais ne répondit rien.


-         Wulfe, tenta sèchement Zaira, en vain.

-         Mais si, c’est une histoire drôle ! s’exclama-t-il avec entrain. On était dans ce petit village très mignon en France, commença-t-il en mimant tout exagérément avec ses mains fines, et Zaira se transformait en louve. Je sais pas si tu sais, mais elle est impressionnante en louve, presque autant que toi, dit-il à Charles. Et puis une fois que la nuit commençait à tomber, se mis-il à chuchoter, la louve errait partout dans le village pour effrayer les gens, courant derrière les enfants, bavant sur les jupes des femmes, grognant sur les hommes. Il y avait aussi un vampire, continua-t-il en chuchotant, les yeux excités et les mains bavardes, ce vampire se faisait passer pour quelqu’un de gentil, comme s’il pouvait les aider, les sauver de la méchante louve. Le vampire avait attiré tout le monde dans l’école, tout le monde, insista-t-il, les enfants, les parents, les frères et sœurs, tout le village ! Oh c’était notre coup de génie celui-là, s’interrompu-t-il un instant, il y avait quasiment le village tout entier entassé dans l’école. Une fois qu’ils furent tous entassés avec le gentil vampire, reprit-il à voix basse, comme la bonne viande saignante qu’ils étaient, la méchante cogna une fois la porte de l’école de tout son poids, puis une deuxième, puis une troisième, faisant monter la terreur dans les petits corps humains qui se tenaient derrière. Soudain, une fois que la louve fut sûre que les petits humains avaient assez peur, et qu’ils seraient donc délicieux à manger, elle défonça complètement la porte de l’école et commença à manger tous les humains sur son passage, en compagnie du vampire qui n’était pas si gentil ! s’exclama-t-il avec son rire d’enfant. Bon bien sûr y en a certains qu’on a juste tué, on n’avait pas si faim que ça, dit-il une fois qu’il avait fini de rire avec un ton de voix redevenu normal. Ah, soupira-t-il avec nostalgie, c’était le bon temps. Vous avez déjà joué au loup ensemble ? demanda Wulfe avec une fausse innocence.


La honte était lisible sur le visage de Zaira, tandis que le dégoût et la rage étaient ancrés sur celui de son compagnon. Elle était terrorisée à l’idée qu’il l’abandonne après avoir entendu cette histoire atroce. Charles se leva violemment de table sous les yeux amusés de Wulfe.


-         Déjà fatigué ? continua le vampire.


Zaira se leva sur ses pas alors que Wulfe ordonnait avec entrain à Aiko de les conduire à leur chambre et d’y monter la garde.


-         Bonne nuit ! s’exclama-t-il avec joie alors qu’ils disparaissaient de la pièce.



Zaira claqua la porte de leur suite derrière eux. Ni l’un ni l’autre ne prit le temps de s’attarder sur la beauté du lieu qu’ils découvraient pour la première fois. Charles lui tournait le dos, faisant face à la fenêtre qui donnait sur le jardin vide du château. Elle pouvait sentir sa rage et son dégoût à travers le lien de couple qu’ils partageaient. Les larmes montèrent automatiquement aux yeux de la louve, il était dégoûté d’elle. Il tourna le visage en sa direction lorsqu’il sentit qu’elle pleurait puis fit à nouveau face à la fenêtre. Il prit une profonde inspiration et expira lentement trois fois de suite avant que Zaira ne trouve le courage de dire quelque chose :


-         Charles… chuchota-t-elle. C’était il y a si longtemps je… j’en ai honte mais je… j’ai tellement de violence en moi, et j’étais si jeune… je ne voulais que du sang et du pouvoir et je… je faisais toutes ces choses avec Wulfe et j’aimais ça mais je… ce n’est plus moi aujourd’hui Charles… je te jure que ce n’est plus moi aujourd’hui Charles. J’ai fait tout ça et bien d’autres choses et je sais que je te dégoûte… mais, dis quelque chose. Dis quelque chose Charles.


Il lui fit face et s’approcha d’elle avec détermination. Les sourcils froncés, le visage plein de douleur, il plaça ses mains sur ses joues et s’approcha au plus près d’elle lorsqu’il dit avec une force vibrante :


-         Je sais toutes ces choses. Je sais que ce n’est pas toi. Je sais, insista-t-il. C’est lui qui me dégoûte, dit-il sans dire l’entière vérité. Je savais qu’il essayerait de te récupérer, mais sa cruauté n’a vraiment aucune limite. Je sais que tu ne veux pas que j’entende toutes ces choses de ton passé, et je ne le veux pas non plus, et il le sait très bien. C’est pour ça qu’il a dit tout ça. J’ai eu l’impression de violer ton intimité en entendant cette histoire. Ça me dégoûte. Je suis désolé, s’excusa-t-il sincèrement.


Zaira était sous le choc. Elle ne comprenait pas ce qu’il lui disait. Il venait d’entendre une des horreurs qu’elle avait faites avec Wulfe, sachant parfaitement que c’était le genre d’histoire qui donnait à Charles envie de vomir et qui faisait qu’il était envoyé par son père pour tuer les loups comme elle, et il était désolé d’avoir entendu ça contre le gré de Zaira. C’était ça son problème. Elle resta interdite à fixer le visage parfait de son compagnon.


-         Zaira, tu m’as dit toutes ces choses. Tu ne m’as rien caché. Tu m’as dit ce que tu étais et ce que tu avais fait. Il n’est pas rare qu’un loup aussi âgé que toi ai été un monstre à un moment donné, mon père y comprit. Il a décimé des villages entiers. Je n’épouse pas celle que tu étais il y a cent ans, je ne connais pas cette femme et elle ne m’intéresse pas. J’épouse celle que tu es maintenant. Et je t’aime, affirma-t-il avec dominance.


Zaira sauta au coup de son compagnon et l’embrassa passionnément. La sagesse, la stabilité et la force d’esprit de Charles excitait Zaira bien au-delà de ses muscles, de son pouvoir ou encore de sa dominance. Elle n’avait réellement jamais rencontré un homme qui pouvait prétendre arriver ne serait-ce qu’à la cheville de son compagnon. Alors, elle se donnait à lui. Elle s’offrait et s’abandonnait à lui complètement, sereinement. Elle savait qu’il était là, et qu’il pourrait la recevoir. Elle savait qu’il avait les capacités de la contenir, de la découvrir et de l’aimer. Elle enroula ses jambes autour de sa taille alors qu’ils s’embrassaient langoureusement, mêlant leurs énergies et joignant leurs âmes. Charles saisit les fesses de sa compagne de mains fermes et sûres d’elles alors qu’il la plaquait contre le mur de leur suite. Zaira savait que lui tout comme Frère Loup avaient besoin de sentir qu’elle leur appartenait, de la même façon qu’elle avait besoin de sentir, pour la première fois de sa vie, qu’elle lui appartenait. Dominante comme elle l’était, elle avait jusqu’ici ressenti le besoin primal et instinctif que Charles lui appartienne. Qu’il soit à elle. Mais pour la première fois, il était une nécessité absolue pour elle qu’elle sente qu’elle lui appartenait. Que Charles lui fasse sentir qu’elle n’avait pas d’autre option, qu’il n’y avait pas l’ombre d’un doute, ni le moindre retour en arrière possible, qu’elle était à lui. Charles lâcha ses fesses et attrapa d’une poigne forte et assurée les mains de sa compagne et les plaqua contre le mur au-dessus de Zaira. Il arrêta de l’embrasser l’espace de quelques secondes et la dévora avec ses yeux de loup. Il s’empara à nouveau de sa bouche alors que Zaira le laissait guider la danse, puis il la porta fermement jusqu’au lit où il ne lui laissa pas l’opportunité d’enlever ses vêtements, la déshabillant lui-même, asseyant sa dominance et sa possessivité. Il ne la lâcha pas des yeux alors qu’il enlevait ses propres vêtements, lui offrant la vue de son corps mâte, musclé et de son sexe déjà gorgé de sang. La respiration de Zaira était déjà fébrile lorsqu’il grimpa sur son corps et en prit pleine possession. Il ne lui laissa aucune place pour du doute, elle lui appartenait bel et bien.

 


             Ils prirent une bonne heure pour se ressourcer auprès l’un de l’autre le lendemain matin avant d’attaquer leur nouvelle journée avec Wulfe. Lorsqu’ils se levèrent, Aiko n’était plus devant leur porte. Le soleil s’était levé, alors les vampires s’étaient couchés. Ils descendirent jusqu’à la salle à manger dans un château désert, ce qu’ils apprécièrent. Être entourés de vampires n’était pas de tout repos, ils étaient constamment sur leurs gardes. Ils prirent leur petit-déjeuner seuls et étaient sur le point de finir quand Wulfe les rejoignit pour leur faire visiter le château. Il datait du 17ème siècle et chaque pièce était un délice pour les yeux. Les peintures, les ornements, les sculptures, tout était sublime. Malgré ce qu’elle aurait pu imaginer, il était décoré avec goût mais surtout avec douceur. Outre dans la salle à manger où les chaises étaient rouges, le reste du château était peint ainsi que décoré dans des tons pastel. Wulfe leur parla beaucoup de Iacopo, parce que c’était ce qu’il connaissait le mieux, Zaira pensait qu’il ne devait pas savoir beaucoup de choses sur ses prédécesseurs. Il ne le raconta pas, mais Zaira reconnu la pièce dans laquelle Wulfe avait été enfermé pendant des années lorsque Iacopo l’avait recruté. Elle avait été la seule personne à qui il en avait réellement parlé. Autrefois, Wulfe était un garçon bien plus ordinaire, étrange, mais ordinaire. Il était déjà un sorcier ainsi qu’un magicien et passait son temps à rendre confus tous les gens autour de lui avec des tours de magie étranges, mais il ne faisait de mal à personne. Et puis Bonarata avait mit la main sur lui, il avait reconnu le potentiel incroyable qu’avait Wulfe et l’avait transformé. Wulfe avait tout juste 16 ans quand Bonarata l’avait enfermé dans un cachot pendant une bonne dizaine d’années, Wulfe avait perdu le compte. Jour après jour, il se faisait torturer de toutes les façons possibles et imaginables, et lorsqu’il en était sorti il était devenu cinglé et cruel. Iacopo était un maître en manipulation, parce que Wulfe ne lui en avait jamais voulu. Il était assujetti, brisé, et croyait sans conteste que sans Iacopo il ne serait jamais devenu l’être aussi puissant qu’il était aujourd’hui. Finalement, il était persuadé que ce que Bonarata lui avait fait, il l’avait fait pour son bien, pour qu’il développe la totalité de son potentiel. Zaira savait que tout cela faisait parti intégrante de la folie de son ancien compagnon, et sachant tout ce qu’elle savait, parfois avec des détails ignobles, elle ne pouvait pas être dégoûtée du monstre que Wulfe était.


-         Qui est réellement Aiko ? avait demandé Charles à Wulfe en sortant Zaira de ses pensées alors qu’ils continuaient de marcher dans le château.

-         Ah, Aiko, soupira Wulfe en souriant. C’est intéressant que ce soit lui qui ai attiré ton attention étant donné le lien qu’il partage avec ta compagne, lâcha-t-il sereinement.


Charles s’immobilisa immédiatement, de même que Zaira. Elle n’avait aucune idée de ce dont Wulfe parlait, et elle avait le sentiment qu’elle n’allait pas aimer ce qu’elle était sur le point d’entendre. Le vampire se retourna tranquillement, regardant les deux loups derrière lui qui avaient arrêté de marcher. Il ri un instant avant de reprendre :


-         Ben quoi ? Je n’allais pas la laisser toute seule sans protection, dit-il avec innocence.

-         De quoi tu parles Wulfe ? demanda Zaira, les dents serrées.

-         J’ai rencontré Aiko il y a très, très longtemps, quand nous n’étions vraiment que des gamins, reprit Wulfe en recommençant à marcher.


Voyant que les loups ne le suivaient pas, il se tourna à nouveau vers eux et dit simplement :


-         Si vous ne me suivez pas vous n’entendrez pas la suite de l’histoire.


Charles et Zaira recommencèrent à marcher à contre-cœur. Wulfe reprit donc :


-         On était amis quand j’étais petit, avant que je ne devienne un vampire. Je l’ai revu quand j’ai été libéré, et j’ai tout de suite su qu’il ferait un incroyable vampire, ainsi qu’un puissant allié. Donc je l’ai transformé. Iacopo ne l’a jamais su, Aiko n’était jamais venu ici, et c’était le seul que j’avais transformé à cette époque. A travers notre lien de Sire et de sujet on a communiqué toutes ces années. J’ai une confiance profonde en Aiko depuis plus de deux siècles. Je ne t’en avais pas parlé à l’époque, dit-il à l’intention de Zaira, parce que si Iacopo l’apprenait d’une façon ou d’une autre j’étais mort. Enfin, je suis mort, mais… tu me comprends. Bref quand j’ai dû quitter l’Italie j’ai jeté un sort sur toute l’Italie pour que personne ne puisse jamais parler de toi à Iacopo ou à un autre vampire, mais un sort a besoin d’un ancrage. Aiko est cet ancrage.


Charles bondit et plaqua Wulfe contre un mur du château, le coude appuyé sur sa gorge. Wulfe souriait.


-         Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Zaira.

-         Ça veut dire que tu es liée à Aiko. Il t’a mordue, dit gravement Frère Loup. Donne-moi une raison de ne pas te tuer ici et maintenant.

-         Ben, la guerre… dit Wulfe.

-         Charles, le somma doucement Zaira. Il a raison, lâche-le.


Charles appuya un peu plus fort sur la gorge du vampire avant de le lâcher. Wulfe fit semblant de tousser un peu puis reprit :


-         Je ne sais même pas si le lien fonctionne toujours, et puis il n’en a jamais rien fait, hormis te protéger. Je suis loin d’être bête, je n’aurais jamais laissé un vampire en qui j’avais le moindre minuscule doute se lier à toi, dit-il plus gravement à Zaira. Jamais, répéta-t-il. C’était le seul moyen de m’assurer que tu serais toujours protégée, et ça a fonctionné. Si je n’avais pas fait ça tu serais morte depuis longtemps. Bonarata t’a cherchée pendant des années, mais grâce à ça il n’a jamais pu avoir la moindre information.


Être lié à un vampire était une chose grave. Cela se produisait lorsqu’un vampire mordait une autre personne et goûtait à son sang, le liant à lui. Cela signifiait que le vampire tout comme l’autre personne liée pouvait faire appel l’un à l’autre par le biais de la pensée, mais cela signifiait également que le vampire pouvait s’immiscer dans la tête de Zaira. Elle n’aimait vraiment pas cette idée au moins autant que Charles qui était fou de rage à côté d’elle. Zaira savait pourquoi Wulfe l’avait fait, et quelque part elle le comprenait. Mais elle était en colère contre Wulfe qu’il ait fait cela sans son accord. Elle n’avait pas été consciente lorsqu’elle avait été mordue par Aiko, et elle jugea que Wulfe aurait du lui en parler.


-         Je veux que ce lien soit brisé aujourd’hui, déclara Frère Loup. Zaira n’a plus besoin de ta protection, elle m’a moi, dit-il d’une voix vibrante de puissance.

-         Je sais, mais je ne crois pas que ce soit possible. Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un qui se défaisait d’un lien avec un vampire. Même Mercedes a essayé, dit Wulfe avec malice.

-         Mercy ? questionna Charles.

-         Elle est liée à Stefan, de l’essaim de Marsilia. Adam et elle ont finit par l’accepter, Stefan n’utilise pas ce lien et ils vivent en paix. Je peux vous assurer, dit soudain Wulfe d’une voix bien plus sérieuse, qu’Aiko n’utilisera jamais ce lien, s’il existe encore. Je sais que tu dois penser que je peux retourner la tête de ta compagne comme il me plaît Charles, mais je ne lui ferais jamais ça. Zaira est libre, et c’est comme ça que je l’aime. Libre, et elle-même, dit-il en insistant sur ce dernier mot.


Charles ainsi que Zaira entendirent que Wulfe disait l’absolue vérité. Même si Charles savait qu’il n’avait apparemment pas d’inquiétudes à avoir concernant ce lien, il ne pouvait pas le digérer. L’idée que sa compagne était liée à quelqu’un d’autre était déjà assez affreuse sans rajouter à cela qu’il s’agissait d’un vampire qui pouvait décider à tout moment de contrôler son esprit.


-         Vous devez également savoir que si Zaira est dans un autre pays, le lien est nettement plus faible. Je ne suis même pas sûre qu’elle puisse l’appeler depuis les Etats-Unis. Et Aiko ne peut rien faire à son esprit.


Là encore, il disait la vérité. Zaira savait que Charles était prêt à plier bagage sur le champ afin de l’éloigner de ce vampire. Il avait ce besoin viscéral de la protéger, même si elle en était plus que capable seule. Ni Charles ni Zaira ne répondirent à cela. Ils savaient tous les deux qu’il n’y avait rien qu’ils pouvaient faire à ce sujet pour le moment, et tous deux étaient conscients qu’elle ne risquait rien dès lors qu’ils rentreraient chez eux. Après tout, ils n’avaient plus qu’à passer cette journée, et ce serait finit. Zaira sentait que Charles faisait tout ce qu’il pouvait pour ne pas tuer Wulfe, et pour ne pas tuer le vampire à qui elle était liée. Ils étaient venus ici pour éviter une guerre mondiale après tout, ce n’était pas vraiment le moment d’enfoncer le couteau dans la plaie. Wulfe, au bout de quelques minutes de silence absolu, dit alors :


-         Eh ben, j’imagine que c’est le moment où vous vous reposez avant la chasse. On vous attend dans le jardin du château à 22heures.


 Charles et Zaira avaient passé l’après-midi à retourner ce problème de lien avec le vampire Aiko dans tous les sens, mais ils n’étaient parvenus qu’à la seule et même conclusion : ils ne pouvaient rien faire à moins de mettre le monde entier en péril, et il leur semblait que c’était un motif un peu léger pour faire une telle chose. Après tout, Aiko ne s’en était jamais servi, et puis elle serait hors d’atteinte dès lors qu’ils seraient rentrés à Aspen Creek. Ils n’avaient pas mangé depuis le petit-déjeuner, conscients que Wulfe les laissaient avoir faim tout le reste de la journée pour les préparer à la chasse. Chez les loups, la chasse organisée comme un événement constituait à trouver un trésor, quel qu’il soit. Ils ne savaient pas vraiment ce qu’ils allaient devoir traquer avec la chasse que proposait Wulfe, mais Charles l’appréhendait nettement. Si ce voyage proposé par le vampire avait effectivement comme motivation de récupérer Zaira, Charles songeait que ce devait être là le clou du spectacle, d’autant plus qu’ils repartaient le lendemain matin. La boule au ventre et Frère Loup toujours en colère, ils descendirent les marches de l’escalier les menant dans le jardin du château.

             


             Wulfe, Aiko, Matteo et les autres vampires dont Zaira avait oublié les noms se tenaient face à une sorte de labyrinthe végétal alors que le soleil s’était couché. Il y avait une petite entrée dans le labyrinthe pour chacun, et tous étaient déjà positionnés, sauf Wulfe. Il indiqua la place de Zaira puis celle de Charles, juste à côté d’elle.


-         Mes amis, voici l’heure des réjouissances ! dit Wulfe avec un ton théâtral. Bienvenue à la chasse ! Il a été attribué à chacun d’entre vous un criminel de la pire espèce : des violeurs, des meurtriers… pour la conscience de certains, dit-il avec défit. Le jeu est simple : vous devez traquer votre criminel, et le tuer. Le premier qui réussit gagne la chasse, et remporte le droit de tuer tous les autres criminels pas encore assassinés. Attention, si le premier criminel que vous tuez n’est pas le vôtre, vous êtes éliminé. Si vous le souhaitez, Zaira et Charles, vous pouvez participer sous forme de loups. Vous avez dix minutes pour changer.


Zaira se déshabilla et entama sa transformation. Charles n’en fit rien, il n’avait l’intention de tuer personne.


-         Moi, j’arbitrerais la partie, ajouta Wulfe avec excitation.


Puisant dans son lien de couple, Zaira fut pleinement transformée en cinq minutes.


-         Prenez position… commença Wulfe.


Les babines relevées et la bave dégoulinant, Zaira s’approcha de son entrée du labyrinthe. Elle n’avait absolument rien contre le fait de tuer des criminels, et sa louve adorait la chasse. Pour les loups, c’était comme être sous ecstasy.


-         La chasse est ouverte ! hurla Wulfe.


La louve de Zaira s’élança sans attendre et commença à tracer l’homme qu’elle apercevait au loin. Elle n’en ferait qu’une bouchée. Ensuite, pensa-t-elle alors qu’elle courrait aussi vite qu’elle le pouvait, elle pourrait dévorer tous les autres humains présents dans le labyrinthe. 


Nous revoilà pour ce début de deuxième tome ! J'espère que le premier chapitre vous aura plu, il y en aura trois au total ! Si c'est le cas, n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire, ça fait toujours plaisir, et vous pouvez également voter pour ce chapitre ! A très bientôt ehe,


Liv Stivrig


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