Pas comme ça

Chapitre 1 : Pas comme ça

Chapitre final

3970 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 16/08/2026 09:48

La salle était presque entièrement plongée dans l'obscurité.


Le concert était terminé depuis quelques minutes déjà. Les lumières qui avaient illuminé la scène s'étaient éteintes une à une, laissant derrière elles quelques faibles halos provenant des couloirs et des sorties. Les spectateurs étaient partis. Les techniciens avaient commencé à ranger. Les voix, les applaudissements et la musique qui avaient rempli la salle quelques instants plus tôt avaient complètement disparu. Il ne restait presque plus rien.


Alvin apparut finalement à l'entrée de la salle. Il s'arrêta un instant.


Son regard parcourut les rangées de sièges désormais vides avant de se poser sur la scène, au loin.


Tout était fini.


Il avança lentement dans l'allée. Ses pas résonnaient dans le silence de la salle, beaucoup plus fort qu'ils n'auraient dû. À chaque pas, il avait l'impression de se rapprocher un peu plus de ce qu'il aurait préféré éviter. Il savait déjà ce qu'il allait trouver.


Rien.


Il avait raté le concert. Il avait laissé ses frères seuls au moment où ils avaient le plus besoin de lui. Et maintenant, ils étaient partis sans lui. Alvin baissa les yeux.


Pourquoi est-ce que j'ai fait ça ?


Il haussa soudainement la voix, espérant qu'une personne l'entende.


« Hé oh, y'a quelqu'un ? »


Sa voix se répercuta faiblement dans la salle avant de mourir quelques mètres plus loin.


Rien.


Alvin attendit. Une seconde. Deux secondes.


Toujours rien.


Son expression se crispa légèrement.


« Oh génial… » Le murmure lui échappa presque malgré lui.


Alvin baissa les yeux. Il sentit sa gorge se serrer légèrement. Une pensée lui traversa l'esprit, simple, presque inévitable. Ils sont partis. Il savait ce que cela signifiait. Simon, Theodore... Ils étaient probablement déjà loin. Peut-être qu'ils ne voulaient même plus le voir. Il aurait voulu pouvoir revenir en arrière, changer ce qui s'était passé, faire les choses autrement. Mais il n'y avait plus rien à faire. Il avait laissé passer sa chance.


Puis il entendit un bruit derrière lui.


Alvin se figea légèrement. Des pas légers venaient de résonner dans son dos. Ils approchaient lentement, presque timidement, jusqu'à s'arrêter à quelques mètres de lui. Alvin ne se retourna pas tout de suite. Il resta simplement immobile, le regard toujours dirigé vers la scène, tandis que la présence derrière lui devenait de plus en plus évidente. Il finit par tourner légèrement la tête.


Brittany était là.


Elle avait entendu des bruits provenant de la scène et était revenue voir ce qui se passait. Elle avait trouvé Alvin seul, debout dans la pénombre, face à la scène vide. Pendant un instant, aucun des deux ne parla. Puis la voix de Brittany s'éleva derrière lui, calme mais dépourvue de douceur.


« Ils sont partis, Alvin. »


Alvin resta silencieux.


Ces quatre mots suffirent pourtant à faire retomber un peu plus lourdement la réalité sur ses épaules. Il regarda encore la scène devant lui, puis baissa légèrement la tête. Sa voix sortit finalement, beaucoup plus faible qu'à son arrivée.


« Ils me le pardonneront jamais. »


Puis, la voix de Brittany s'éleva de nouveau dans la salle, plus tranchante que précédemment. Elle ne parlait plus avec la même retenue. Ses mots semblaient presque se détacher du silence environnant, venant frapper Alvin alors qu'il se tenait toujours face à la scène.


« Tu sais Alvin, c'est Ian qui a raison. Tu fais attention à personne, tu penses qu'à toi. »


Alvin ne répondit pas. Il resta parfaitement immobile, le regard perdu devant lui. Ses oreilles s'abaissèrent légèrement tandis que les paroles de Brittany résonnaient encore dans son esprit. Ian a raison. C'était probablement cette partie qui lui faisait le plus mal. Après tout ce qui venait de se passer, après avoir échoué à rejoindre ses frères, après avoir déjà passé le trajet à se reprocher ce qu'il avait fait, il n'avait aucune force pour se défendre. Pendant un instant, il sembla presque accepter le verdict sans même chercher à le contester.

Brittany le regarda quelques secondes. Elle semblait avoir compris qu'elle avait touché juste. Pourtant, au lieu de s'arrêter là, elle ajouta d'une voix plus basse, comme si elle voulait clore définitivement cette conversation:


« Oh, puis tu sais, ce n'est pas comme ça que j'avais envie de gagner. »


Le silence retomba sur la salle.


Elle détourna alors les yeux d'Alvin et se retourna. Sans attendre une réponse, elle commença à s'éloigner, prenant la direction de ses sœurs et d'Ian. Pour elle, la discussion était terminée. Elle avait dit ce qu'elle avait à dire. Maintenant, elle ne devait pas tarder avant que Ian ne commence à s'impatienter de son retard.


Mais Alvin ne bougea pas.


Un silence glacial s'installa derrière Brittany. Il resta planté là, ses yeux marrons fixés sur elle tandis qu'elle s'éloignait. Pendant quelques longues secondes, rien ne troubla l'atmosphère. Puis, dans ce silence presque pesant, un petit bruit sec se fit entendre : Il déglutit.

Il baissa légèrement les yeux, comme s'il cherchait à contenir ce qui lui montait à la gorge. Il prit alors une longue inspiration par le nez. Son visage, jusque-là marqué par la déception et la culpabilité, commença lentement à changer. Ses sourcils se froncèrent. Ses yeux se relevèrent vers Brittany avec une exaspération nouvelle, presque incrédule. Il venait de comprendre qu'il ne pouvait tout simplement pas la laisser partir après ça.


Sa voix finit par briser le silence.


« Tu es vraiment en train de me dire ça maintenant ? »


Brittany continua encore quelques pas, sans se retourner.


Alvin inspira une nouvelle fois, puis croisa lentement les bras sur sa poitrine. Un léger rictus sarcastique apparut au coin de son visage.


« Tu sais quoi ? C'est vraiment gonflé de ta part de me dire ça. »


Cette fois, Brittany s'arrêta net.


Une de ses oreilles trembla légèrement. Elle resta immobile un instant, comme si elle essayait de comprendre ce qu'elle venait réellement d'entendre. Puis elle tourna lentement la tête par-dessus son épaule avant de se retourner complètement vers lui. Son expression était légèrement perplexe.


« Pardon ? »


Alvin ne détourna pas les yeux. Il resta là, les bras croisés, à la regarder.


« Tu viens de me dire que je pense qu'à moi, et juste après tu me sors que t'avais pas envie de gagner comme ça. » Il marqua une courte pause, son regard toujours fixé sur elle. « Tu ne trouves pas ça un peu gonflé ? »


Brittany fronça légèrement les sourcils, comme si elle ne voyait toujours pas où il voulait en venir.


« Et alors ? »


« Et alors ? Alors tu viens de me faire exactement le même reproche que tu pourrais te faire à toi-même. » Alvin décroisa légèrement les bras, sans quitter Brittany des yeux. « Tu crois vraiment que ça te donne le droit de me faire la morale ? »


Brittany plissa légèrement les yeux, son expression passant peu à peu de l'incrédulité à l'agacement. « Attends une seconde… tu es vraiment en train de me reprocher ça ? » murmura-t-elle, d'une voix qui commençait à s'impatienter. Elle croisa à son tour les bras, comme pour se fermer à ce qu'Alvin était en train de lui dire.


Alvin ne détourna pas les yeux. « Oui. Parce que tu viens de me faire exactement le même reproche. » Dit-il, d'un ton posé, mais encore chargé d'une certaine irritation. « Tu viens de me dire que je ne fais attention à personne… que je pense qu'à moi. » Il marqua un court silence, laissant ses mots retomber entre eux.

Alvin baissa un instant les yeux, comme s'il réfléchissait à ce qu'il voulait réellement lui dire. Puis il releva doucement la tête vers elle. « Mais… tu crois vraiment que je suis le seul à faire ça ? »


Brittany resta silencieuse une seconde, légèrement déconcertée par la question.


« Qu'est-ce que tu veux dire ? »


Alvin haussa légèrement les épaules. « Rien. Enfin… si. » Il chercha ses mots, puis reprit : « Je veux juste dire que… tu n'es peut-être pas aussi différente de moi que tu le crois. »


Brittany fronça davantage les sourcils. « Je ne vois vraiment pas où tu veux en venir. »


Alvin souffla doucement par le nez, toujours les bras croisés. Son regard glissa un instant vers la scène plongée dans l'obscurité, puis revint vers Brittany.

« Peut-être que tu devrais juste… réfléchir à ce que tu viens de me dire. »


Brittany le fixa, de plus en plus agacée.

« Et à quoi je suis censée réfléchir, exactement ? »


Alvin resta silencieux un instant. Il aurait pu répondre immédiatement. Il ne le fit pas. Puis, plus doucement :

« À toi. »


Brittany eut un léger rire, quelque peu cocasse, presque saugrenu au vu de la tension qui régnait encore dans la salle. Elle inclina légèrement la tête, un faux sourire innocent venant se dessiner sur son visage, comme si elle cherchait déjà à provoquer Alvin sans vouloir le montrer.


« Qu'est-ce que tu me reproches, Alvin ? » demanda-t-elle, d'un ton faussement candide.


Alvin la fixa quelques secondes sans répondre. Il connaissait suffisamment ce sourire pour comprendre qu'elle ne cherchait pas réellement à savoir ; elle voulait surtout l'entendre le dire. Il inspira doucement, puis demanda, d'une voix plus basse :

« Tu veux vraiment que je te le dise ? »


Brittany haussa légèrement les sourcils, son sourire ne disparaissant pas.

« Oui. »


« Très bien... Alors commençons par ce qui vient de se passer l'autre jour… »


Brittany perdit légèrement son sourire. Elle ne répondit pas immédiatement. Alvin, lui, ne semblait plus chercher à la provoquer. Il voulait simplement qu'elle entende ce qu'il avait à dire. Il désigna vaguement la scène d'un mouvement de tête avant de poursuivre, toujours d'une voix contenue :

« Parce que tu sais ce que j'ai vu, moi, sur ta petite démo l'autre jour ? » Il marqua une courte pause. « J'ai vu quelqu'un qui était tellement occupé à gagner qu'il n'y avait plus vraiment de place pour le reste. »


Brittany fronça légèrement les sourcils. « Tu parles de moi ? »


Alvin eut un bref mouvement de tête. « Oui. » Il marqua encore une pause, comme s'il voulait éviter d'aller trop loin trop vite. « Je ne dis pas que tu n'avais pas le droit de vouloir gagner. Évidemment que tu voulais gagner. Tout le monde le voulait. Mais... » Il chercha ses mots. « Il y avait une différence entre vouloir gagner et avoir besoin de gagner. Et toi, j'ai eu l'impression que tu avais besoin de prouver quelque chose. »


Brittany resta silencieuse, son expression se faisant progressivement plus méfiante.


Alvin continua, sans hausser la voix. « Et c'est ça que je ne comprends pas. Tu me reproches de penser qu'à moi, mais depuis le début, j'ai parfois l'impression que tu ne vois les choses qu'à travers ce que toi, tu veux. »

Il s'interrompit. Cette fois, il ne chercha pas immédiatement à enchaîner. Le silence de la salle reprit sa place entre eux. Alvin savait qu'il venait seulement d'ouvrir la porte. Il n'avait pas encore dit ce qui lui brûlait réellement les lèvres.


Brittany, elle, le regardait toujours. Et son faux sourire avait complètement disparu. Sa voix se fit sèche, et son regard se durcit légèrement.

« Oh, vraiment? C'est ça que tu penses de moi ? » Elle avait prononcé ces mots avec une assurance presque immédiate, comme si elle venait de trouver une faille dans son raisonnement.


Alvin resta silencieux quelques secondes. Il aurait pu chercher à se défendre, à prétendre qu'il savait exactement ce qui s'était passé sur scène, mais il ne le fit pas. Son regard se détourna brièvement vers la scène avant de revenir sur Brittany. « Oui. » avoua-t-il simplement. Il marqua un court silence, puis reprit d'une voix plus posée : « Je le pense, depuis que je te connais. »


Brittany laisse échapper un petit rire incrédule.


« Tu sais quoi ? Tu es vraiment mal placé pour me dire ça. »


« Mais au moins, je ne passe pas mon temps à faire croire que je suis différent. » rétorqua Alvin. Sa voix s'était légèrement durcie, mais il ne criait toujours pas. Il la regardait droit dans les yeux, comme s'il cherchait à lui faire comprendre qu'il ne prétendait pas être meilleur qu'elle. « Tu me reproches d'être égoïste comme si toi, tu ne l'étais jamais. Comme si tu étais toujours celle qui pense aux autres. »


Brittany commença à perdre patience. Son visage se crispa légèrement et ses oreilles se redressèrent. « Parce que je pense aux autres ! » lança-t-elle, plus vivement.


Alvin secoua immédiatement la tête.


« Ferme-là ! »


Le mot claqua dans la salle vide. Brittany se tut.


Alvin prit une inspiration, visiblement incapable de retenir davantage ce qu'il avait sur le cœur. « Tu m'as peut-être écouté, quand je t'ai prévenue à propos d'Ian, la dernière fois à la cantine ? » Il la fixa un instant. Puis, sans même lui laisser le temps de répondre : « Non ! » Sa voix avait cette fois nettement monté. Il décroisa complètement les bras et fit un léger pas vers elle. « Je t'ai parlé. Je t'ai dit qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas avec lui. Je t'ai expliqué ce que je pensais. Et qu'est-ce que tu as fait ? »

Il eut un bref rire sans joie.

« Tu ne m'as même pas écouté. Alors ne viens pas me dire que tu penses toujours aux autres ! Parce que quand c'était moi qui essayais de te prévenir, quand c'était moi qui essayais de te faire comprendre quelque chose, tu n'en avais rien à faire ! » Il s'arrêta. Sa respiration était devenue plus lourde.


Brittany, elle, ne baissa pas les yeux. Son expression s'était durcie. Elle semblait agacée, mais surtout convaincue de sa position. « Normal. » répondit-elle finalement, d'un ton sec. Elle marqua une courte pause, puis ajouta, sans la moindre hésitation : « Car ce n'est pas vrai. »


Alvin resta interdit une fraction de seconde. Il cligna des yeux, comme s'il venait d'entendre exactement la réponse qu'il redoutait. « Pas vrai ? » répéta-t-il.


Brittany hocha légèrement la tête.

« Non. »


Alvin la fixa. Il aurait presque pu rire tant la réponse lui paraissait invraisemblable. Mais il ne rit pas. Son visage se referma progressivement. « Donc c'est ça ? » demanda-t-il. « Tu ne m'as pas écouté parce que tu avais déjà décidé que j'avais tort ? »


« Oui. Parce que j'avais déjà une raison de ne plus te faire confiance. Je ne t'ai pas écouté parce que je sais très bien que tu ne supportais pas l'idée qu'Ian puisse nous faire gagner ! »

Sa voix eut l'effet d'une bombe sur Alvin. Il resta silencieux, les yeux légèrement écarquillés. Pendant un bref instant, son expression sembla se vider de toute colère, comme si cette accusation venait de le prendre complètement au dépourvu.

« Tu sais... quand je te voyais à la télé, je me suis dit que je serais la plus comblée si je pouvais te rencontrer un jour. »


Alvin releva légèrement les sourcils.


Brittany détourna un instant le regard vers la scène avant de revenir à lui. Son ton avait changé. Il n'était plus aussi mordant. Quelque chose de plus personnel venait de s'installer dans sa voix.

« Je pensais que je pourrais peut-être changer à vos côtés. Je vous voyais à la télévision. Vous aviez tout ce que je voulais. Le succès, les fans, les chansons... Tout semblait tellement facile pour vous. Et je me disais que si je pouvais vous rencontrer, si je pouvais être avec vous, peut-être que je pourrais apprendre. Peut-être que mes sœurs et moi pourrions devenir comme vous. » Elle marqua une pause. Elle regarda Alvin droit dans les yeux. « Mais quand Ian nous a raconté ce que vous lui aviez fait pour votre propre succès… j'ai changé d'avis. Oui, je voulais devenir une star. Je voulais que mes sœurs deviennent des stars. Je voulais gagner. Mais pas de cette façon. Pas avec toi. »


Alvin fronça légèrement les sourcils.


« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »


Brittany hésita à peine. « Je veux dire que je pensais que tu étais quelqu'un que j'aurais aimé connaître. » Elle eut un petit rire sans joie. « Mais maintenant que je te connais... je comprends pourquoi Ian avait raison à ton sujet. »


Alvin se figea.


Brittany poursuivit, plus froidement :


« Tu sais ce qui me déçoit le plus ? Ce n'est même pas ce que tu as fait. C'est que, pendant tout ce temps, je pensais qu'il y avait quelque chose de bien chez toi. »

Elle le regarda droit dans les yeux.

« Je me suis trompée. »


Alvin soupira profondément. Blessé. Ses épaules s'abaissèrent légèrement tandis qu'il détournait les yeux. Il avait beau chercher les mots, il avait l'impression de tourner en rond depuis le début de cette conversation. Il savait qu'il avait foiré. Il ne cherchait pas à le nier. Il avait fait des erreurs, il avait pris de mauvaises décisions et, surtout, il avait laissé tomber ses frères au moment où ils avaient besoin de lui. Il le savait. Et il savait également qu'il devrait en assumer les conséquences. Mais ce qui lui échappait complètement, c'était cette certitude que Brittany semblait avoir construite autour de lui.


Pour elle, Ian avait donné une explication à tout ce qu'Alvin faisait. Une explication simple, facile à croire : Alvin était égoïste, Alvin ne pensait qu'à son succès, Alvin voulait être le centre de l'attention. Et maintenant, chaque fois qu'Alvin essayait de lui expliquer quelque chose, elle semblait déjà avoir la réponse. Il savait pourtant qu'il ne pouvait pas répéter la même chose indéfiniment. Il avait déjà essayé de lui parler. Il avait déjà essayé de lui expliquer ce qu'il pensait d'Ian. Et chaque fois, elle avait refusé de l'écouter.


Alvin serra légèrement les mâchoires.


« Tu sais quoi ? » murmura-t-il. « Je pourrais rester là pendant des heures à essayer de t'expliquer ce qui s'est vraiment passé... Mais si tu as déjà décidé que tout ce que je dis est faux, ça ne sert à rien. Tu dis que tu t'es trompée sur moi... alors que tu ne m'as même jamais vraiment laissé la chance de te montrer qui j'étais. »

Son expression s'était considérablement refroidie. Sa colère était toujours là, mais elle semblait désormais recouverte par quelque chose de plus résigné.

« Tu as choisi ton camp. »


Brittany resta silencieuse.


Alvin soutint son regard quelques secondes. Puis il ajouta, plus lentement, avec une pointe d'amertume : « Mais ne viens pas te plaindre si la cage te pend au nez, Brittany. »

Les mots restèrent suspendus dans l'air.


Brittany le fixa quelques secondes, le visage fermé. Elle semblait à la fois vexée et profondément agacée par ce ton qu'il employait avec elle. Puis elle détourna légèrement la tête, comme si elle refusait de lui accorder davantage d'importance.


« Tu sais quoi ? Garde tes leçons pour toi. Je n'ai pas besoin de toi pour savoir où je vais. »


Elle se détourna alors et commença à s'éloigner. Son ombre s'éloignant progressivement derrière les rideaux rouges.

Alvin resta là. Il ne bougea pas. Quelques secondes passèrent, mais elles lui semblèrent durer des heures. Le silence était revenu, plus pesant encore qu'auparavant. Il regardait toujours l'endroit où Brittany avait disparu, comme s'il s'attendait presque à la voir revenir, à entendre une dernière remarque, quelque chose qui pourrait prolonger cette dispute. Il inspira profondément, puis passa une main sur son visage. Toute l'énergie qu'il avait eue quelques minutes plus tôt semblait l'avoir quitté d'un seul coup. La colère était toujours présente, mais elle avait laissé derrière elle une fatigue immense. Il resta encore un instant immobile.


Avant qu'Alvin ne puisse à son tour quitter les lieux, quelque chose bougea imperceptiblement dans l'ombre des gradins. Une présence l'observait depuis plusieurs minutes.

Jeanette.


Elle était restée dissimulée au coin d'un gradin, légèrement recroquevillée derrière la rangée de sièges, suffisamment loin pour ne pas être remarquée. Lorsqu'elle avait compris que Brittany s'était éloignée, elle avait prétexté auprès d'Ian qu'elle devait simplement aller chercher quelque chose. Une excuse banale, presque anodine. Elle ne voulait pas vraiment s'attarder. Mais lorsqu'elle était arrivée ici, elle avait aperçu Alvin. Et puis elle avait entendu leurs voix. Elle aurait pu repartir. Elle aurait probablement dû. Pourtant, elle était restée. Sans intervenir. Sans même oser bouger. Elle avait entendu Brittany lui reprocher son égoïsme. Elle avait entendu Alvin se défendre, puis retourner progressivement les accusations contre elle. Elle avait entendu parler d'Ian, de ce qu'Alvin avait essayé de lui dire, de la manière dont Brittany avait choisi de ne pas l'écouter.


Jeanette n'avait pas vraiment su quoi penser de tout cela.


Elle connaissait à peine Alvin.


Elle l'avait rencontré seulement depuis presque deux jours, avec Simon, Theodore. Elle n'avait donc aucune histoire personnelle avec lui, aucune raison particulière de prendre sa défense. Mais quelque chose dans la conversation l'avait troublée. Elle avait vu son visage lorsqu'il avait compris que Brittany avait cru Ian. Elle avait entendu sa voix changer. Et elle avait surtout vu ce moment où, après toute cette colère, Alvin était simplement resté seul au milieu de la salle. Elle se sentit soudain mal à l'aise d'avoir entendu tout cela. Elle releva doucement les yeux vers Alvin.


« Ça doit faire mal... »


Elle baissa légèrement les yeux.


« ...de se faire dire tout ça. »


Jeanette soupira doucement. Elle resta encore quelques secondes immobile, les yeux fixés sur Alvin. Elle ne savait pas vraiment pourquoi cette conversation l'avait autant touchée. Elle le connaissait à peine, après tout. Et pourtant, elle n'arrivait pas à chasser de son esprit l'expression qu'il avait eue quelques instants plus tôt. Alvin finit par se détourner et commença à s'éloigner à son tour. Ses pas résonnèrent faiblement dans la salle vide, avant de s'atténuer peu à peu.

Elle devait partir, elle aussi. Si elle restait trop longtemps, Ian finirait certainement par se demander où elle était passée. Elle se redressa donc doucement, prenant soin de ne pas faire grincer le siège contre lequel elle s'était cachée. Mais avant de partir, elle jeta un dernier regard en direction du couloir où Alvin venait de disparaître. Les paroles qu'elle avait entendues lui revenaient encore en tête.


Elle ne connaissait pas suffisamment Alvin pour lui faire confiance. Mais elle ne connaissait pas non plus suffisamment Ian pour savoir s'il avait réellement raison. Elle soupira doucement.


« Peut-être qu'il se trompe... » murmura-t-elle pour elle-même.


Elle fit quelques pas. Puis, après un court silence :


« ...mais peut-être pas. »


Jeanette soupira une dernière fois, puis quitta à son tour les gradins.


Elle rejoignit le couloir, laissant derrière elle la salle désormais complètement silencieuse.


Et sans le savoir, elle emportait avec elle quelque chose de cette conversation.

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