Les Yeux d'Ambre. par

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Side Story / Romance

1 Un malheur n'arrive jamais seul.

Catégorie: G , 1944 mots
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Le trois Septembre de l'année où commence cette histoire, Chloé Lavillier, une jeune femme aux longs cheveux roux et bouclés et possédant deux yeux jaunes rappelant fortement ceux des loups, s'apprête à faire son entrée dans le lycée de Sweet Amoris pour la première fois.


C'est la peur au ventre qu'elle entre dans la cuisine, dépose un baiser sur la joue de son père, enclenche la cafetière, ouvre le frigo pour en sortir une bouteille de jus d'orange, sort un verre et grimace lorsque sa chaise crisse sur le sol quand elle s'y assoit.

Sans un mot, elle remplit un verre de jus d'orange, le porte à ses lèvres, puis se ravise : elle se sent bien incapable de boire ou de manger quoi que ce soit ! Son stress n'échappe pas à son père, qui pose son journal sur la table, se lève lentement, se place derrière elle et l'entoure de ses bras avant de murmurer à son oreille :


- Tout va bien se passer, ma petite lune, il est impossible de ne pas t'aimer, tu es parfaite.


Depuis toujours, Chloé a du mal à s'habituer au changement. Non seulement elle vient de déménager dans une autre ville, mais, de surcroît, elle va devoir s'intégrer dans un nouveau lycée, dans lequel elle ne connaît absolument personne.


Malgré la voix douce et rassurante de son père, elle ne parvient pas à se détendre, si bien que lorsqu'elle se décide enfin à boire son jus d'orange, sa main tremble tellement qu'elle renverse la totalité du verre sur la toile cirée et sur sa tenue, qu'elle avait spécialement achetée pour son premier jour au lycée en l'attente de son uniforme.


Son chemisier à fleurs et son tailleur rose pâle sont tâchés et collants, et son soutien-gorge devient visible, son haut rendu transparent par la substance froide et poisseuse. De la détresse dans le regard, elle fixe son père, qui sourit pour lui signifier que ce n'est pas grave, alors même qu'elle sent des larmes perler au coin de ses yeux. Elle se lève et, dans la précipitation, glisse sur le jus d'orange qui a coulé sur le sol et tombe sur les fesses. Elle se relève en gémissant, se disant que la prédiction de son père quant au bon déroulement de sa journée ne peut être qu'absolument fausse, compte tenu du seul dénouement du petit déjeuner.


Sous le regard scrutateur de son père, elle quitte la cuisine, une main sur les fesses, la seconde sur son opulente poitrine et une grimace de douleur sur le visage.


C'est en soupirant qu'elle referme la porte de sa chambre : elle avait mis des heures entières à laver, repasser, épousseter et plier soigneusement sa tenue du jour, et elle s'était levée à quatre heures et demie du matin pour s'habiller... Il lui est impossible de partir pour le lycée vêtue de la sorte, désormais, et si elle ne trouve pas rapidement quoi se mettre sur le dos, la panique aura raison d'elle, c'est une certitude ! Elle s'imagine déjà exploser comme un ballon à cause de la nervosité et de la colère qui va croissant et qu'elle ne peut s'empêcher de diriger contre elle-même et sa maladresse légendaire.


Intérieurement, elle se maudit d'être toujours gentille, attentionnée et à l'écoute des besoins de son prochain. Comme chaque année depuis au moins trois ans, elle a fait don, au début de l'été, de la quasi-totalité de ses vêtements, livres, jouets et autres babioles. Elle s'est promis de renouveler sa garde-robe à son retour de vacances, ce qu'elle n'a bien évidemment toujours pas fait, tête en l'air qu'elle est ! Très vite, son dressing avait été bien loin de ses préoccupations, ne faisant pas le poids face à l'immense plage de sable blanc sur laquelle elle avait pris plaisir à se prélasser dans son petit bikini rose, duquel elle n'avait pas réussi à se séparer malgré toute la bonne volonté dont elle était capable.


Pourtant, au lieu de se mettre en colère comme n'importe qui l'aurait fait, Chloé sort, un à un et avec le plus grand soin, tous les habits, c'est-à-dire très peu, qui sont dans sa penderie. Une moue boudeuse sur le visage, elle isole son pull moulant jaune et son jean bleu foncé, rescapés chanceux de l'altruisme débordant de leur propriétaire. Elle se baisse ensuite pour prendre ses baskets jaunes, les seules, à vrai dire, qui sont assorties à la couleur de son pull et celles qui, surtout, sont les moins aptes à la rendre victime de sa maladresse.


Nostalgique, elle regarde la tenue préférée de son ex, Jonathan, qu'elle portait pour lui faire plaisir quand ils sortaient : une mini-jupe plissée blanche, un haut croisé court rose et des escarpins, également roses. Bien sûr, elle sait que ce n'est pas la tenue idéale pour se faire bien voir de ses professeurs, particulièrement pour son tout premier jour. Elle soupire et range les vêtements dans sa penderie, exceptés ceux qu'elle compte enfiler.

Elle entre dans la salle de bain à pas de loup et ferme la porte à clef. Elle se déshabille en frissonnant, une moue de dégoût sur le visage. Pour la seconde et la dernière fois aujourd'hui, du moins elle l'espère, elle va devoir prendre une douche.


Sa douche est très rapide, et pourtant, quand elle se recouvre de sa serviette de bain, elle sait qu'elle doit partir dans la minute qui suit si elle ne veut pas être en retard. Elle a horreur d'être en retard, ou même d'arriver juste à l'heure. Elle a besoin d'au moins cinq minutes d'avance pour être détendue et se sentir à l'aise.


C'est à la vitesse de l'éclair qu'elle s'habille, ronchonnant parce qu'elle a dû mettre son pull sans soutien-gorge dessous, puisqu'ils sont tous étendus sur le fil à linge et que celui qu'elle portait est tout poisseux. Se grattant la poitrine d'une main, à cause de la matière de son pull, elle jette ses vêtements sales dans le panier à linge et quitte la salle de bain d'un pas énergique, se cognant au passage.


Lorsqu'elle ouvre la porte d'entrée pour sortir et enfin se rendre à l'arrêt de bus, son père est déjà parti. Quant à sa mère, il est rare qu'elle la croise le matin.


Sur le chemin, elle ressasse ce début de journée : décidément, ce n'est pas son jour ! Elle a tout préparé dans les moindres détails, mais rien ne se passe comme prévu : elle aurait dû porter une tenue agréable qui lui donne de l'assurance et une image d'élève studieuse et gentille, au lieu de cela, elle porte un pull qui la démange tellement qu'elle doit se faire violence pour ne pas se tortiller dans tous les sens en se grattant le ventre, le dos, les bras et les seins. ; elle aurait dû arriver vingt minutes en avance devant le lycée, dans le pire des cas, au lieu de cela, elle n'est même pas sûre d'être à l'heure ; elle aurait dû rassembler ses longs cheveux roux en un magnifique chignon tressé, au lieu de cela, elle les sent rebondir contre ses fesses au rythme de ses pas, et s'estime heureuse qu'il n'y ait pas de vent pour les emmêler et lui cacher le visage.


Au moins, et c'est une consolation, certes maigre, mais une consolation tout de même, elle ne ressemble pas à un boudin court sur pattes. En effet, Chloé pèse trente-huit kilos pour un mètre cinquante et, même si elle n'a que faire des surnoms moqueurs dont on l'affuble souvent à cause de sa petite taille, elle aime paraître plus grande et élancée qu'elle ne l'est en réalité, complexant notamment par rapport à ses fesses rebondies et à sa forte poitrine, qui ne lui rend d'ailleurs pas service quand elle est à la danse ou au rugby.


Malgré l'absence de vent, l'air est froid, faisant gercer ses lèvres et rosissant ses joues. Mais elle avance d'un bon pas, sans rouspéter : elle n'a jamais plié devant les aléas de la vie et ne compte pas commencer maintenant !


Comme toujours lorsqu'elle doit faire face à des petits malheurs, elle positive et se répète inlassablement "Après la pluie, le beau temps...". Ainsi, lorsqu'elle monte dans le bus scolaire, un sourire béat illumine son visage, et c'est avec une voix enjouée qu'elle salue le chauffeur tout en lui présentant sa carte de transport.


Lorsqu'elle arrive devant le portail de l'établissement, Chloé est bouche bée : le lycée est immense, si bien qu'elle ne sait pas où porter son regard. Regardant partout autour d'elle, elle avance distraitement le long d'une grande allée bordée de bouleaux. Au bout de cette allée, trois marches mènent au bâtiment principal. Focalisée sur le vent, qui vient de se lever et s'active dans les bouleaux, donnant l'impression qu'ils sont dotés de vie et peuvent bouger comme les humains, elle butte contre la première marche et tombe en avant, s'écorchant les mains et les genoux, trouant son jean au passage. Comme si ce n'était pas suffisant, ses longs cheveux roux et bouclés se prennent dans sa gourmette en or, dont elle ne se sépare jamais. Quelques rires fusent alors qu'elle grimace de douleur.


Malgré tout, une âme charitable lui tend une main secourable, qu'elle saisit sans réfléchir. Sans qu'elle n'ait le temps de dire ouf, elle se retrouve debout sur ses pieds, chancelant quelque peu contre le torse d'un beau jeune homme blond qui lui sourit gentiment.


Le visage rubicond, elle s'écarte lentement de lui et, sa main droite dans ses cheveux, sa gourmette l'empêchant de bouger comme elle le souhaiterait, elle lève la tête et plonge son regard dans celui du garçon. En cet instant, elle rêverait de se cacher dans un trou de souris et d'y passer l'année entière, mais elle lui renvoie son sourire et, d'une voix claire et énergique, le remercie :


- Merci pour votre aide, qui était la bienvenue. En espérant ne pas abuser de votre patience, j'aimerais vous demander si vous sauriez où je peux trouver le délégué principal. Je dois encore régler quelques détails administratifs pour finaliser mon dossier d'inscription. Il aurait dû être complété plus tôt, mais j'étais à l'étranger et je ne suis rentrée qu'hier soir.


- Oh, je vois, tu dois être Chloé, la petite nouvelle. La directrice m'a parlé de toi : je suis Nathaniel, le délégué principal en personne. Le bureau des délégués est juste là, je vais récupérer ton dossier.


Il tourne le dos à Chloé et avance de plusieurs pas dans le couloir, puis, comprenant qu'elle n'a pas bougé d'un sourcil, ne sachant pas si elle doit le suivre ou bien l'attendre, il lui fait un signe de la main pour l'inciter à marcher derrière lui et s'exclame, sans même lui lancer un regard :


- Viens, je ne vais pas te manger !


A ces mots, trois filles, accoudées contre leurs casiers, pouffent de rire en détaillant Chloé des yeux.

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