Mes mémoires

Chapitre 40 : Seconde peau

Par lynnhel

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Il y avait déjà quelques jours que la discussion avec Ekko avait eu lieu. Et si je ne doutais pas de son amour, je doutais de moi. Moi et mon autodestruction. La drogue, l’alcool et… Les scarifications, surtout ça en réalité, bien que je n’avais pas repris de devil’s depuis ma rencontre avec Jacob. C’était déjà ça, n’est-ce pas ? Mais n’arrivant pas à me dire que je n’en reprendrais jamais, il fallait bien avouer que je devais tirer la sonnette d’alarme. Comment faire ? En plus d’avoir fugué, d'avoir perdu un nombre de kilos énorme, bien que cela ne se voyait pas. Et de me faire du mal. En réalité, les deux dernières choses, seuls mes amis proches et ma sœur le savaient. Mes parents n’en avaient aucune idée, même Mylo d’ailleurs… Quant à mon psychiatre ?  J’avais presque arrêté de lui parler, ne sachant comment lui dire que je perdais totalement pied. Je n’osais même pas lui dire pour ma prise de drogue.


Aujourd’hui était un nouveau jour, aujourd’hui je… J’avais pris mon courage à deux mains. Je savais que c’était le moment idéal. Pourquoi ? Comment j’en étais sûr ? En revoyant le visage de Lizzy derrière moi dans le miroir, puis, inconsciemment, je l'avais dessinée. En cours, dans une sorte de frénésie dissimulée par un visage sans expression, juste la violence du trait de crayon qui noircissait la page de mon carnet. L’ombre de Lizzy, voilà ce que je voyais dans ma tête, elle m’aspirait dans sa spirale infernale. Elle ricanait en voyant mes pleurs, mes cris, mon sang couler, goutte par goutte. Lentement, très lentement, alors que mes plaies s’ouvraient de plus en plus.


J’étais chez moi, dans ma chambre. Comment étais-je arrivée là ? Et… Du rouge ? Ce liquide, si familier, si… Chaud qui coulait le long de mes avants bras. Alors c’était ça ? Je ne savais même pas comment j’avais atterrit là, comme ci, oui… C’était cet endroit, cet instant pour en finir. Des larmes coulaient le long de mes joues. Mon index s'était arrêté sur une page, blanche, immaculée et d’un coup… Une tache rouge, puis un mot «Pardon». Je vous aime ? Non. Je n’avais plus la force pour ça. Ma tête tournait, à genoux, je regardais le sol en reniflant, essuyant mes larmes qui se mêlaient au sang présent sur mes avants bras. Et puis un boum, j’étais tombée, j’avais basculé et ne tenais même plus sur mes genoux. Ma vue se brouillait doucement, mais mes yeux restaient ouverts. Un second boum, et je sentis soudain des pressions sur mes avants bras. Un hurlement. Un hurlement presque inhumain, mais… Impossible de comprendre ce qui était hurlé, mais d’un coup, je vis une seconde ombre. Lizzy ? Non… Qui ? Vi? Vi! Elle devait passer aujourd’hui. C’était-elle ce hurlement ? Je sentis qu’on me soulevait, mais ce n’était pas Vi cette fois. Cette fois… Je reconnaissais son étreinte : mon père, notre père, puis… Trou noir.


Combien de temps s'était écoulé ? J’étais dans les ténèbres, parsemées de milliers d’étoiles qui scintillaient, de toutes les couleurs et d'un sentiment de légèreté. J’étais légère et libre, libre et à la fois emprisonnée dans cet immense vide noir comme le fin fond de la galaxie. Ce vide m’enveloppait comme un cocon, m’étouffant presque. Et j’essayais de l’attraper, me raccrochant à la noirceur de cette matière qui ressemblait à du sable sous l’eau, palpable, mais impossible à garder en main. Oui. Et les étoiles qui scintillaient… Peut-être que… Oui… C’était bien un rêve, j’avais échappé à la mort ? Les étoiles étaient de plus en plus brillantes jusqu’à se transformer en lumière. Je sentais le poids de mes paupières qui luttaient pour s’ouvrir et finalement… Je regardais tout autour de moi et vis ma sœur dormir affalée sur une chaise.


«Hm…» 


Ma bouche était pâteuse, ma langue engourdie et ma gorge sèche.


« Salut?»


Vi bondit de son siège, se mettant debout d’un coup comme si elle avait été dérangée par un revenant. C’était ce que j’étais ? Je me redressais avec difficulté, mais ma grande sœur posa sa main sur sa poitrine, portant la seconde sur la sienne, haletante.


«Bouge pas !»


J’avais envie de lui dire que je ne pouvais pas, mais elle était déjà dans le couloir à alpaguer tous les soignants pour dire que j’étais réveillée. Mais depuis combien de temps j’étais là pour qu’elle ait sursauté comme ça ? Lorsqu’elle revint, elle était avec un infirmier qui prit mes constantes. Vi elle était paniquée.


« Les parents sont appelés, t’en fais pas ils arrivent d'ici à dix minutes. J’avais pris le relais… »


Je pus voir des larmes dans les yeux de la mi-louve avant qu’elle me sert fort dans ses bras, faisant néanmoins attention à mes perfusions. Elle se recula en me tenant les épaules.


« Putain Jinx… Ça fait cinq jours que t’es là… Que t’étais inconsciente !»


Son ton n’était pas énervé, non, il était soulagé, apaisé. Cependant, elle ressortit un carnet de son sac. Elle le tenait par le haut, montrant un dessin d’une ombre gigantesque avec des crocs immenses et, à côté, le mot écrit avant que je ne tombe inconsciente : pardon.


« Je n’ai rien lu, tu m’en parleras si tu veux, mais cache-le aux parents pour l’instant, voit avec le docteur Donovan. Putain Jinx… Jinx! J’ai cru qu’on allait te perdre pour de bon ! Fais plus jamais ça.»


Elle rangea le carnet dans son sac et se retourna vers moi pour prendre mon visage entre ses mains et venir m’embrasser le front. Que j’aimais ça ! Et mes parents arrivèrent quelque temps plus tard, me serrant tour à tour dans leurs bras. À ma plus grande stupéfaction, ils n’étaient pas énervés, cependant une peine, une déchirure immense se lisait dans leurs yeux. J’avais failli détruire notre famille à peine reconstituée. Baissant les yeux, je vis la grosse main de mon père, chaude, appuyant son front contre le mien avant de prendre la parole.


« On y arriva… Tous les quatre. On te sortira de ce gouffre, ma fille. On va rallumer la flamme qui n’est plus là. »





Mais cet instant de rapprochement familial, où je savais que je pouvais compter sur ma famille, se stoppa net. Effectivement, un soignant était venu accompagné du médecin qui semblait s’occuper de moi pour changer mes pansements. Mes parents et ma sœur durent donc sortir, bien que le médecin, Paul, le soignant, laissa la porte ouverte. Quant à moi, j’étais prête à voir l’ampleur des dégâts, je savais que si je m’étais retrouvée dans le coma, ce n’était pas pour rien. Cependant, lorsque l’infirmier défit mes bandages, il écarquilla les yeux et entrouvrit la bouche.


«Quoi? C’est votre première fois ?» questionnai-je d’un ton taquin.


«Ne... Ne bougez surtout pas, mademoiselle ! Je… Je dois parler à votre médecin !»


Et sur ces mots, il partit en courant, mes parents et ma sœur revenant dans la chambre en me demandant ce qu’il se passait. J’écartais les bras en soulevant les épaules.


«J’sais p…»


Je vis alors ma mère s’approcher de moi, la bouche entrouverte comme le soignant juste avant, l’air choqué. Elle prit mon avant-bras, avec délicatesse et le montra du doigt…


« Regarde ta… Peau!»


Je regardai et vis une sorte de seconde peau, noire, sous un voile blanc qui semblait friable. J’allais le toucher lorsque je fus interrompue par le médecin.


«Ne touchez surtout pas mademoiselle Vistellween !»


Il s’approcha, ajustant ses lunettes de son index et de son pouce. Prenant mon avant-bras, je le vis regarder avec attention et demander au personnel d’aller lui chercher une pince à épiler et un tube à essai. Une fois cela fait, il prit le morceau de… Peau ? Et le mit dans le tube à essai, me faisant ensuite une prise de sang et finissant de me soigner. Il se racla la gorge et regarda mes parents.


« Nous ne savons pas ce qu'à votre fille. Cela ressemble à une mue, je ne peux rien affirmer, mais votre fille est peut-être une hybride. Le sang que je lui ai pris va être analysé pour le savoir. Sur ces mots, il se retira, sous les yeux ébahis de ma famille. Alors il nous annonçait une chose qui faisait l’effet d’une bombe et repartait comme si de rien était ?


« Quel salaud de se barrer comme ça. »


Vi prit la parole.


« Putain et dire que t’étais une hybride depuis tout ce temps sans qu’on le sache !»


« Arrête! J’en suis ptêtre pas une !»


« Ça te gênerait d’être… Comme papa et moi, alors ?»


Je vis son poing se serrer et sa mâchoire se contracter.


«Bien sûr que non, grande sœur! Au contraire ! Je me battrai encore plus pour notre cause !»


«Bon Jinx… Sur ces dernières paroles optimiste, nous allons te laisser te reposer, tu viens à peine de sortir du coma, tu dois te ménager.»


« Mais!»


« Pas de mais, ma fille.»


«Oui, papa.»


Et la famille repartit en promettant de revenir le lendemain. Jinx s’adossa contre le matelas en bougonnant et se posant tout un tas de questions.






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