Entre Vengeance et Chaos

Chapitre 10 : Epilogue - Ce qui revient ne guérit jamais

Chapitre final

1151 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 10/01/2026 10:48

Starling City, six mois plus tard.

La pluie tombait sur Starling City comme une habitude ancienne, régulière, presque résignée. Elle glissait le long des façades de verre et de béton, s’infiltrait dans les fissures de l’asphalte, s’accrochait aux rebords des immeubles avant de s’écraser en flaques tremblantes. Rien de spectaculaire. Juste une pluie persistante, qui semblait appartenir à la ville autant que ses rues et ses ombres. Les néons se reflétaient sur le sol détrempé, couleurs éclatées et instables, déformées par les ondulations de l’eau. Rouge, bleu, vert, autant de promesses artificielles brouillées par la nuit. Starling City n’avait jamais vraiment changé. Elle portait toujours ses cicatrices à ciel ouvert : immeubles éventrés, quartiers oubliés, ruelles où la lumière peinait à entrer. Une ville blessée, qui survivait par habitude plus que par espoir. Sam se tenait sur un toit, immobile. Sa silhouette se découpait contre le ciel bas et chargé de nuages. Le vent faisait claquer son manteau sombre contre ses jambes, tirait sur les pans du tissu comme pour la pousser en avant. Des gouttes de pluie perlaient sur ses épaules, glissaient le long de ses bras sans qu’elle ne cherche à les chasser. Elle semblait installée là, entre ciel et béton, comme une sentinelle silencieuse. En contrebas, les sirènes hurlaient, lointaines, mêlées au grondement constant de la ville. Un appel familier. Un chaos ordinaire. Sam observait sans intervenir, son regard parcourant les rues, les lumières, les mouvements indistincts des passants pressés. Elle restait là, suspendue dans l’instant, comme si elle devait d’abord s’assurer d’une chose essentielle. Qu’elle était encore capable de choisir.




Elle était revenue. Vivante. Mais pas indemne. Le Puits de Lazare avait refermé ses blessures. La chair avait cicatrisé, les os s’étaient ressoudés, le souffle était revenu dans ses poumons comme si la mort n’avait été qu’un détour. Il l’avait arrachée à l’abîme, ramenée de force vers la lumière. Mais il n’avait rien offert sans prendre. Sous sa peau, quelque chose brûlait en permanence. Une chaleur sourde, diffuse, impossible à localiser, comme une braise qu’on n’éteint jamais vraiment. Parfois, elle pulsait au rythme de son cœur. Parfois, elle restait tapie, silencieuse, attendant le moment de se rappeler à elle. Une colère ancienne, épaisse, qui n’était pas née d’elle, mais qui avait trouvé en elle un terrain fertile. Certaines nuits, Sam se réveillait en sursaut. Le cœur battant trop vite, la respiration hachée, les draps froissés sous des mains crispées à l’extrême. Ses muscles étaient tendus, prêts à frapper avant même que son esprit n’ait compris où elle se trouvait. Une rage brutale l’envahissait alors, sans visage précis, sans cause immédiate. Une rage qui voulait sortir, frapper, détruire, hurler. Et il lui fallait de longues secondes pour se rappeler qu’elle était en sécurité. Qu’il n’y avait rien à tuer. Rien à briser. D’autres fois, c’était pire. Il n’y avait rien du tout. Ni peur. Ni tristesse. Ni colère même. Juste un vide inquiétant, vaste et silencieux, qui s’installait en elle comme un gouffre. Les sons semblaient lointains, les couleurs ternies, les visages étrangers. Elle regardait le monde comme à travers une vitre épaisse, consciente de ce qu’elle devrait ressentir, sans parvenir à l’atteindre. Elle était revenue à la vie. Mais quelque part, entre la mort et le feu du Puits, une part d’elle était restée de l’autre côté.




Oliver savait. Il était le seul à remarquer les micro-fractures dissimulées derrière ses silences. Ces pauses imperceptibles, cette fraction de seconde de trop avant chaque décision, comme si elle devait d’abord lutter contre quelque chose d’invisible avant d’agir. Il voyait la tension dans sa mâchoire lorsqu’elle croyait être seule, la manière dont son regard se durcissait sans raison apparente, puis s’éteignait tout aussi vite. Il ne posait pas de questions inutiles. Il n’insistait pas. Il n’exigeait rien. Il restait. Présent dans l’ombre, attentif sans être intrusif. Une présence constante, calme, presque obstinée. C’était sa manière à lui de lutter contre ce qu’il ne pouvait ni comprendre totalement, ni réparer. Il ne cherchait pas à la sauver de force. Il se contentait de s’assurer qu’elle n’était pas seule face à ce qu’elle portait désormais en elle. Une nuit, alors que la ville dormait sous une pluie fine et que le silence semblait plus lourd que d’habitude, il avait brisé l’immobilité.

« Tu n’es pas un monstre », lui avait-il dit simplement.

Elle n’avait pas répondu. Elle était restée immobile, le regard perdu dans la nuit, laissant les mots résonner sans les repousser ni les accepter. Parce qu’au fond, elle ne savait pas encore si c’était vrai. Pas entièrement.




Sam inspira profondément. L’air humide de Starling City emplit ses poumons, chargé d’odeurs de pluie, de métal et d’électricité. En contrebas, la ville respirait encore, cabossée mais vivante, battante malgré ses cicatrices. Elle n’avait pas besoin d’un symbole parfait. Elle n’attendait ni pureté, ni rédemption absolue. La ville avait besoin d’elle. Pas parfaite. Pas pure. Juste debout. Sam fit un pas en avant, puis un autre, jusqu’au bord du toit. Le béton humide crissa légèrement sous ses bottes. Pendant un instant suspendu, le souvenir du vide s’imposa à elle, la montagne, le précipice, le sang se mêlant à la neige, le vent hurlant comme une sentence. Une image brutale, vive, qui tenta de la tirer en arrière. Elle ne détourna pas le regard. Puis elle sauta. Son corps répondit sans hésiter. Le mouvement était sûr, précis, maîtrisé. Le manteau s’ouvrit dans l’air nocturne, silhouette sombre découpée contre les lumières de la ville. La chute n’était pas une perte de contrôle, mais une trajectoire choisie. La malédiction était là. Toujours. Un feu sombre sous la surface, prêt à surgir, à consumer ce qui faiblirait. Elle le sentait à chaque battement de cœur, à chaque impact contre le vide. Mais ce feu n’était pas tout ce qu’elle était. Tant qu’elle choisissait de protéger plutôt que de détruire, tant qu’elle luttait contre ce qu’elle était devenue, tant qu’elle avançait malgré le doute… Elle restait Sam. Et cette nuit-là, sous la pluie et les néons tremblants, Starling City n’était pas prête de tomber.


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