Les Survivants - Saison 1
Il y avait des cris dans tous les sens. Le flic braquait l'otage au sol, à genoux, les mains repliées derrière la nuque. Lui aussi suppliait qu'on le laisse en vie :
— Les apparences sont trompeuses, les apparences sont trompeuses... Non ! Non ! Ce n'est pas ce que vous croyez ! Ce n'est pas ce que vous croyez ! S'il vous plaît, baissez vos armes ! Faites quelque chose !
Au même moment, Youssef releva un tout petit peu la tête du moteur. Il n'était pas vraiment sûr de ce qui se passait. De toute manière, personne n'avait vraiment compris comment la situation avait pu déraper à ce point en si peu de temps. Le responsable de l'agitation, Andrew, continuait pourtant à pointer l'otage du doigt, aveuglé par sa paranoïa :
— C'est un traître ! Il veut tous nous tuer !
— Mais si, si, si j'étais un traître, j'aurais... Mais j'aurais fait ça dès le début ! se défendit-il. J'aurais profité que vous ayez le dos tourné pour vous tuer. Non, mais arrêtez ! S'il vous plaît ! Non ! Non !
— Je suis vieux et j'ai peur ! annonça Andrew avant de se raviser. Qu'est-ce que tu veux dire ! Explique-toi tout de suite !
Roger entre dans le véhicule, avec son fusil dans la main pour intervenir suite aux cris d'Andrew. Actuellement il voulait surtout garder des munitions et ne pas tirer sans réfléchir, mais l'instinct était trop fort. Il se jeta sur le prisonnier et lui colla le gros canon de sa grosse arme sur la tempe.
— PARLE ! PARLE ! Prouve-le, si tu n'es pas un traitre ! hurla le nouveau venu avec une aura menaçante.
Youssef aurait voulu annoncer qu'il avait vu un cheval. Mais au vu de la situation, personne n'était en train de l'écouter. Il baissa sa tête, pour tenter de se planquer et faire attention de ne pas se prendre une balle perdue en pleine face, pendant qu'il réparait le moteur.
Janet se trouvait dans des buissons avec Alex, un peu plus loin, et regardait ce qui se passait à distance respectable. Alex avait pris l'habitude de regarder par-dessus son épaule afin de couvrir ses arrières. Janet pouvait sentir qu'elle était un peu paranoïaque, à juste titre, elle était bien placée pour le savoir. Mais elle trouvait en la jeune femme une alliée qui lui ressemblait vraiment.
— Ça t'intéresse de vivre jusqu'à tes 20 ans ? proposa l'ex-junkie.
Dans un autre contexte, cela aurait pu être une pub pour une assurance vie, ou même pour une banque. Mais la proposition de Janet était très sérieuse. Alex la regarde avant de prononcer doucement :
— C'est quoi ton plan ?
— Eh bien, là, tu vois, c'est typiquement le genre de situation où on aurait envie d'aller voir ce qui se passe, par curiosité. Mais si tu veux un conseil, ce n'est pas souvent que j'en donne : l'information. Essaye de toujours comprendre ce qui se passe. Et si tu n'es pas sure, pense à ta survie.
— Ce que je suis en train de comprendre, c'est que tes copains sont des tarés. Et... Ça me donne franchement pas envie d'y aller.
— Bon, on est d'accord.
— Qu'ils sont tarés ?
— Oui. Non, qu'on a pas envie d'y aller.
À l'intérieur du bus, l'homme à genoux continuait d'implorer :
— OK ! S'il vous plaît ! Baissez vos armes, je vous explique tout. Les soldats du futur, c'est un groupe qui passe son temps à vampiriser les communautés ! Ils passent. Ils demandent d'abord l'asile, puis ils essayent de tout détruire de l'intérieur. Ils pillent, ils volent. Ils ont fait pareil avec nous. Et... C'est eux ! Ce sont des traîtres ! Il faut pas leur... Il faut pas leur faire confiance ! Vous avez bien vu de quoi ils étaient capables ! Vous les avez vus sous leur vrai masque ! Ils vous ont tiré dessus à la première occasion. Dès qu'ils étaient en position de force !
— Mais dites-nous quelque chose qu'on ne sait pas ! râla Andrew, approuvé par Roger.
— Il... Il y a une communauté qui n'est pas loin ! enchaîna-t-il. À quelques bornes d'ici ! Si on continue vers l'ouest ! Le futur se dirige vers eux ! On peut les sauver ! On peut les avertir ! On peut peut-être même les repousser ! On peut les arrêter avant que le futur les écrase, les affronte ! S'il vous plaît ! Aidez... Aidez-moi ! Rejoignez-moi, pour affronter le futur ! On peut même réunir du matériel ! On peut les combattre ! On peut les détruire ! On vous récompensera ! S'il vous plaît ! S'il vous plaît !
Un silence plana dans le véhicule et en dehors également. Youssef osa le couper en criant :
— Je vous entends, et je ne comprends rien à ce que vous racontez. Mais moi, ce que je sais, c'est qu'il y a des zombards qui commencent à arriver ! Alors on devrait repartir ! Le moteur tourne ! Y a pas de problème ! Mais faut pas traîner !
— Il y a combien d'ici vers ce campement ? questionna Roger. Parle !
— Euh... Il doit être à encore une heure de route ou deux, répondit leur « nouveau compagnon ».
— Et tu en viens ? Tu viens de là-bas ? Tu connais des gens qui vivent dans ce camp ?
— On a déjà échangé avec eux ! S'il vous plaît ! Baissez votre arme !
— Oui, oui, baissez votre arme, souffla Andrew, qui avait été le premier à lancer l'alerte.
Il se tourna vers la flic qui semblait l'écouter depuis le début. Elle finit par baisser son arme, mais elle regarda l'historien en acquiesçant. Elle avait une certaine autorité et n'aimait pas trop devoir se plier à celle d'un autre. Roger, quant à lui, continuait de braquer tout le monde.
— Pourquoi est-ce qu'on essayerait de les aider ? C'est super dangereux ! lâcha-t-il d'un ton agressif. On vient à peine de sortir de la merde et regardez ce qui reste ! Vous voulez qu'on sauve vos potes avec quoi ? Un vieil indien, une femme enceinte et une petite fille ? Mais attendez !
La petite fille en question fronça les sourcils. Si cela était possible, elle aurait sorti un couteau ou un Nutchaku pour prouver qu'elle était plus forte que ce que prétendait ce barbare américain. Lily-Rose semblait prête à affronter n'importe quoi, on lui avait appris à maîtriser la situation. Une certaine forme de résolution se lisait dans son regard. La vétérinaire, elle, agita juste la main, lasse :
— Mmm... J'ai encore mal aux côtes. J'aimerais bien ne pas aller au combat !
Youssef remarqua la chevelure de Janet au loin et interpella les filles également.
— Les filles ! Je ne sais pas si vous m'entendez, mais il faut aller dans le bus ! On va partir, c'est maîtrisé.
Soudain, l'attention du réparateur fut attirée par un râle qui emplit les vrombissements du moteur. D'où il était, il n'arrivait pas à définir d'où il venait, peut-être de sous le bus à bien en juger. Youssef fit un pas en arrière, poussa Janet du bout du bras.
— Reculez tous ! Reculez tous ! Il y a quelque chose sous le bus !
— C'est pas moi ! Je... Je... Je... fit l'homme à l'intérieur du véhicule. Je ne savais....
— Pas d'entourloupe ? T'es sûr ? ragea Roger. C'est pas des potes à toi ? Y en a marre des traîtres !
— Non, non ! informa Youssef. C'est comme les zombies qu'on a rencontrés précédemment. Ceux qui s'accrochent et qui collent. Y en a peut être un sous le Bus.
— Un Glou-Zombie ? baptisa Roger en rappel de ce méchant souvenir.
Youssef appela Roger pour qu'il vienne l'aider. Le prisonnier se mit à trembler, toujours plus terrifié :
— Écoutez ! Je m'appelle Gordon ! On va essayer d'être un tout petit peu civilisé. Je m'appelle Gordon. Je ne suis pas votre ennemi. Et je vous demande très humblement de venir avec moi, pour sauver des vies. Vous serez même récompensés en nourriture. Vous serez récompensé en matériel. Nous avons l'occasion...
— On va surtout perdre du monde, rabâcha Andrew.
— Et on va mourir pour absolument rien ! ajouta Youssef. Parce que ce bus ne pourra pas démarrer, parce que quelque chose est coincé en dessous.
— Et, c'est intéressant, lâcha Janet, qui venait d'arriver. Il nous montre exactement l'inverse de l'endroit où il faut aller. Du coup, le Futur à tous les coups, ils seront là-bas.
Tous acquiescèrent à cette idée, à l'exception de Gordon, qui voyait les chances de son plan de sauvetage diminuer au fur et à mesure qu'il donnait des informations.
— Mais on sait où va le Futur !
Une confusion était en train de régner entre les différents survivants. Certains voulaient rentrer dans le bus pour voter. D'autres préféraient s'occuper du monstre sous le bus. Andrew finit par ordonner à Roger d'aller tuer le Glou-bi et de remettre la discussion à plus tard. Il voulait que tout le monde vote, même la petite fille, même l'indien. Tout le monde. Ils étaient une communauté, ils devaient décider ensemble.
Averti par Youssef, Roger réussit à voir le Glou-bi à droite du bus. C'était un amalgame de chairs qui commençaient à fusionner, comme un organisme uniforme. Roger eut l'idée de donner un coup de fusil dans la bestiole en espérant de pouvoir la crever. Dans un juron peu gracieux, le plomb siffla contre la carrosserie et sur la créature. Les râles se poursuivirent. Il fallait trouver un moyen autre que les balles. Trouver la tête dans un amalgame de morts-vivants était un peu compliqué.
Youssef proposa de rouler un peu avec le bus, en espérant de pouvoir les décoller un tout petit peu, mais il fut interrompu par l'apparition de morts-vivants qui étaient à l'orée de la forêt, alertés par le coup de feu de Roger. Janet avait un autre plan : celui de se servir de Gordon comme bouc émissaire que la créature aurait envie de manger, elle se décrocherait du bus pour aller l'attraper.
Roger ne les attendit pas pour des expériences. Il alla chercher une branche dans un arbre non loin du bus. Youssef commença à mettre de l'essence sur la branche d'arbre pour préparer la torche. Les flammes léchèrent la créature. Roger maîtrisa les flammes, et fit en sorte que tous les morts-vivants amalgamés se dissocient du bus. Youssef valida le départ du moteur quelques secondes plus tard. Tous remontèrent les uns après les autres, Janet fermant la marche avec Alex. Les survivants profitèrent de leur légère fenêtre de tir pou' quitter cet endroit, non sans indiquer à ce Cher Gordon que ce sauvetage risquait d'être probablement compliqué. Ils devaient encore décider de leur choix de route. Roger resta sur son idée de ne pas y aller. Mais il allait laisser la possibilité de faire un vote dans la communauté.
Après quelques minutes de route, Gordon les regarda alors qu'un silence s'installait dans le bus. Roger demanda une nouvelle fois que tous s'expriment sur la destination. Janet aurait voulu un vote à l'unanimité, car cela engageait des vies. Andrew le lança finalement :
— Qui veut aller sauver des gens qu'on ne connaît pas et qui vont probablement mourir ?
Janet rajouta :
— Face à des gens qui ont tenté de nous tuer et qui ont presque réussi.
— Alors qu'on est sous-armés et sous-équipés, renchérit Youssef.
— Mais on doit aussi penser côté pratique. On a besoin de matériel, des médicaments, des armes... lista Roger.
Janet observe la petite du coin de l'œil. La petite fille était prête à y aller.
— Lilly Rose n'a pas l'âge de voter, râla la junkie.
Tout le monde refusa l'excuse de Janet.
— Écoutez ! Écoutez ! commença la flic. Si vous ne m'aviez pas sauvé la vie, je ne serais pas là. Je pense que la moindre des choses serait de faire de même avec d'autres personnes.
— Vous voulez mettre votre sœur en danger ? demanda Andrew.
— Elle est suffisamment grande pour s'assurer de se mettre en danger toute seule, mon coco.
— Je ne suis pas votre coco, ma jolie.
— Je ne suis pas votre jolie, mon coco.
Youssef osa timidement prendre la parole entre les deux meneurs du vote.
— Je suis contre. Et au contraire, ce qu'a dit Janet me parait intelligent. On sait exactement où ils vont. Ils nous ont déjà capturés, tous les gens dans le bus ont été libérés par Janet. Ils nous ont humiliés, on a failli mourir plusieurs fois. Il est hors de question qu'on y aille, ce sont des survivants suréquipés qui vont nous défoncer.
Andrew vota non également, mettant en avant le fait qu'ils n'avaient pas une équipe suffisamment constituée pour affronter les soldats du Futur. Janet refusa également, tout comme Alex, fidèle à la jeune femme. Roger, le chauffeur du bus et la vétérinaire montrèrent également leur désapprobation.
— Ma réponse est oui, reprit la flic.
Wakenda l'approuva. Sa religion lui interdisait de laisser un homme derrière. La petite Lily-Rose voulait elle aussi aller au combat, mais la majorité en décida autrement. C'est sur ce choix qu'ils partirent en leur âme et conscience. Ils roulèrent vers l'inconnu, mais surtout, ils espéraient trouver un endroit sûr.