Les Survivants - Saison 2

Chapitre 5 : Porous island

Par myfanwi

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Épisode 5 : Porous island

Par Myfanwi


— Restez derrière-moi en file indienne, ordonna Jessica. On va se diriger vers ce bus là-bas.


Toujours un peu désorientés après leur naufrage, les survivants avaient rapidement compris que le temps leur était compté. Les morts arrivaient et, malgré les deux blessés du groupe, ils devaient absolument se mettre à l'abri. La plage gigantesque qui s'ouvrait devant eux s'étendait à perte de vue. Pour échapper aux mâchoires des zombies, il allait falloir monter sur les falaises et vite.


Jessica, en tant que militaire expérimentée, avait déjà pris la tête du groupe. Elle portait Nathanaëlle sur ses épaules, laissant William soutenir Kumiko derrière elle, blessée au pied.


Canigou faisait lui des allers-retours nerveux devant eux, visiblement inquiet et peu à l'aise. Le chien avait repéré des mouvements étranges dans le sable, un peu plus loin, et sa nervosité montait à mesure que ses compagnons bipèdes s'en rapprochaient. Il y avait aussi ces monts de cadavres un peu partout sur la plage, la plupart immobiles, d'autres où des mains s'agitaient pour tenter d'en sortir. En alerte, le berger shetland ne se sentait en sécurité nulle part.


La militaire s'approcha de la surface mouvante dans le sable avec angoisse et donna un petit coup de pied dedans. Ce qu'elle avait pris pour un rocher releva la tête vers lui. Il s'agissait d'une gigantesque tortue luth, dérangée en pleine ponte. L'animal, plus curieux qu'effrayé, se contenta de leur adresser un regard vide. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait sans doute plus croiser d'humains. L'instinct sauvage des animaux s'évaporait peu à peu avec leur civilisation. Devant l'ébahissement des aventuriers, Canigou s'approcha pour renifler cet étrange chien à carapace. Malheureusement, il ne parvint pas à trouver ses fesses, peu importe le nombre de tours qu'il fit autour d'elle.


Pendant que William et Kumiko s'interrogeaient sur le potentiel nutritif des œufs de tortue, Jessica continua son avancée. Elle repéra une pelle à côté d'un cadavre un peu plus loin et décida de l'utiliser comme arme temporaire. Elle regarda ensuite autour d'elle avant de se diriger vers un enchevêtrement de véhicules tombés de la falaise, dont l'énorme bus jaune vers lequel ils se dirigeaient se trouvait, pendant par l'arrière au-dessus du vide. Un bruit la fit se figer. Quelqu'un ou quelque chose tapait sous la terre. Elle recula d'un pas et se tourna vers le chien. Canigou, toujours occupé à chercher les fesses de sa nouvelle amie, ne manifestait pas d'intérêt particulier envers elle. Elle en déduisit que le danger n'était pas immédiat.


— Est-ce qu'il y a quelqu'un ? appela la voix de Jensen. Est-ce qu'il y a quelqu'un ?


La voix provenait de quelque part autour du mont de véhicules. Jessica siffla, pour voir s'il allait répondre. Mais malheureusement, Jensen semblait avoir oublié tous ses instincts militaires. Jessica ne parvenait pas à le voir, signe qu'il devait être coincé quelque part sous les carcasses métalliques. Mais où ?


— C'est qui ? Qui est là ? appela la voix, sur la défensive.


La militaire distingua très clairement le bruit d'un chargeur qui se recharge. Elle s'avança un peu et réussit à distinguer au milieu un amas de poutres métalliques qui s'enfonçaient dans le sol, sans doute à un niveau inférieur. Plusieurs cadavres étaient étendus à côté, une balle au milieu du front. Ils étaient récents. Elle avança avec précaution.


— Foudre, dit-elle.


Le mot de passe des militaires du camp fit immédiatement réagir Jensen.


— Je... Jessica, c'est toi ? Je suis blessé !


— Du calme. C'est toi qui es armé ?


— Oui. Je crois que j'ai une jambe cassée. Il faut... Je vais...


Un grognement plus si distant les figea. Jessica se tourna vers la plage. Les premiers zombies sortaient de l'eau difficilement. La plupart se faisaient repousser par les vagues, mais ils étaient bien plus proches. Ils ne pouvaient pas ralentir. Elle lança un regard vers ses compagnons qui arrivaient seulement, la blessure de Kumiko n'aidant pas à marcher plus vite.


— William ! Kumiko ! Venez m'aider !


Elle décrocha Natanaëlle de son dos et la déposa un peu plus loin pour éviter qu'elle ne les gêne. Canigou, entraîné à jouer la sentinelle, décrocha enfin de la tortue pour leur donner un coup de patte. Il disparut dans le trou avant de remonter. Il aboya pour leur indiquer que le passage qu'il avait pris ne représentait pas de danger. Cependant, s'il était assez grand pour un chien, c'était une autre paire de manches pour un humain. Même Kumiko, plus petite et fine que les autres, se demanda bien comment elle allait pouvoir se glisser jusqu'au militaire.


Jessica réussit à dégager quelques morceaux qui bloquaient le passage, mais le grincement inquiétant du bus au-dessus d'elle la dissuada d'en faire plus. Elle en avait enlevé cependant suffisamment pour avoir un point de vue sur Jensen. L'homme se trouvait dans un sale état. Les vêtements imbibés de sang, un gros morceau de ferraille dépassait de son flanc. Il avait l'air complètement pitoyable. Jessica en resta coite.


— Je... Je crois que ma route s'arrête ici, dit-il, défaitiste. Ce n'est pas ce que je voulais. Je sais que ce n'est pas ce qu'on voulait. Mais tout ça... Tout a changé. Le monde a changé. On n'était pas tous d'accord sur ce qui se passait sur l'île. Écoutez, on n'a plus beaucoup de temps.


Le bus produisit un nouveau grincement. Canigou replia les oreilles en arrière et recula à bonne distance. Il commença à aboyer pour encourager les autres à en faire de même.


— Écoutez, j'ai caché du matériel dans une grange sur les hauteurs. Il y a de quoi faire démarrer un van, il y en a derrière la colline. La solution... La solution, c'est vous. Je vous jure qu'il y a encore des gens bien, marmonna-t-il, en plein délire. On ne voulait pas tout ça. On n'était pas tous d'accord.


— Jensen... Jensen... Je n'ai rien compris, avoua Jessica.


— Atteignez la grange ! reprit-il, presque hystérique. Quittez la ville, prenez le van. Il y a un hôtel sur le passage, le Red Raven. Là-bas il y a un survivant. Il va tout vous dire et tout vous expliquer. On avait pour habitude de se réunir là-bas régulièrement, avec les autres communautés. Et je savais que ce jour-là allait arriver. Je savais que ça allait merde et je n'étais pas d'accord avec toute l'équipe. On y parlait de ce qu'on faisait sur l'île, et vous ne savez pas tout. La solution, c'est vous ! La solution, c'est vous... répéta-t-il encore et encore, en se balançant sur lui-même.


Kumiko, qui ne parlait pas trop anglais, n'avait absolument rien compris à ce qu'il disait. Elle se tourna vers ses compagnons, mais le sentiment était de toute évidence partagé. Même Jessica, proche de Jensen, ne cessait de lâcher des « Hein ? » et des « Quoi ? » d'incompréhension. Le pauvre homme avait sans doute perdu la tête lors de l'explosion du navire, c'était la seule explication possible. À cause de leur incapacité à comprendre ce qui se passait, ils ratèrent le plus gros des problèmes.


Un grand bruit retentit au-dessus d'eux avant que toute la structure ne s'effondre. Canigou fonça vers Jessica pour essayer de la sortir, mais se retrouva pris au piège avec eux. Seul William, sorti pour s'occuper de Nathanaëlle, ne put qu'observer impuissant le bus et le reste des véhicules s'effondrer sur ses amis. Le poids entraîna un effondrement du sol et ils tombèrent encore plus bas dans les profondeurs de la terre avant de sombrer dans l'inconscience.


— C'est quand même une sacrée journée de merde, réagit William devant l'énorme tas de métal.


********


Dans un réflexe de survie, Jessica réussit à amortir sa chute en s'accrochant à ce qu'elle pouvait. Habituée aux situations désespérées, elle n'eut pas trop de problèmes à retrouver son équilibre. Elle porta une main à ses poches et en sortit sa lampe. Elle mit du temps à s'allumer à cause de son passage dans la mer. La petite lumière illumina faiblement Jensen, ou tout du moins ce qu'il en restait. Le haut de son corps était désormais enseveli sous une pile de décombres, il ne restait plus que ses jambes visibles. En tournant sur elle-même, elle repéra rapidement Canigou, à moitié enseveli sous les décombres, ainsi que Kumiko. La terre autour d'elle était imbibée de sang autour de sa jambe, ce qui n'était pas spécialement bon signe du tout.


Elle tira doucement la Japonaise et réussit à la dégager des décombres. Une nouvelle blessure hideuse était apparente sur sa jambe blessée. Un morceau de tôle l'avait ouverte de la cuisse au mollet. Par chance, aucune artère n'avait été touchée dans l'opération. Jessica arracha une de ses manches et entreprit de faire un garrot avec, tant bien que mal. William avait la trousse de soins, mais il se trouvait malheureusement à la surface. Sous la douleur, Kumiko poussa un gémissement, mais elle somnolait encore. Il en était de même pour Canigou, qui revenait peu à peu à lui, complètement sonné.


Du sable continuait de couler le long des parois, signe que leur refuge était extrêmement temporaire. Ils devaient bouger et vite.


— William ! William, vous m'entendez ? appela Jessica.


Elle attendit quelques secondes, mais n'obtint pas de réponse. Tant pis. Elle avait repéré un chemin pas loin d'elle et décida de s'y engager. Elle attrapa Kumiko sous les bras et la tira tant bien que mal derrière elle. Le boyau rocheux n'était pas assez large pour se tenir entièrement debout, elle ne pouvait donc pas la porter sur son dos.


Canigou, les voyant s'éloigner, se remit sur ses pattes. Complètement désorienté, il voulut prendre la tête du groupe pour partir en sentinelle, comme à son habitude, mais sa truffe ne fonctionnait pas très bien dans ce milieu trop sableux et humide. Pourtant, puisqu'il ne détectait pas de danger, Jessica décida de le suivre aveuglément. Le chien ne comprenait pas trop ce qu'elle lui voulait, mais faire trois pas en avant semblait la rendre heureuse, donc il continuait. Grave erreur.


Une main agrippa brusquement le pelage du chien. Canigou poussa un cri de surprise et rebroussa chemin, la queue entre les pattes, y perdant une touffe de poil au passage. Une pluie de grognements s'éleva des parois autour d'eux. Jessica comprit qu'ils venaient de foncer dans la gueule du loup. Devant elle, le chien aboya furieusement vers la menace.


— Canigou ! Reviens ici ! chuchota la militaire. Foutu chien !


Elle s'approcha un peu pour mieux apercevoir ce qui le faisait paniquer. Des mains dépassaient d'un passage particulièrement étroit et essayaient d'attraper l'air avec désespoir. Il n'y avait pas d'autre passage. Si Canigou réussit à se glisser facilement, Jessica savait que l'affaire n'en serait pas de même pour elle. Elle s'engagea à tâtons, Kumiko toujours dans les bras. Ils arrivèrent tant bien que mal au bout du tunnel où une fine brise vint les cueillir, signe de liberté.


— Où est-ce que vous êtes ? appela la voix de William au-dessus d'eux. Jessica, Jensen, Kumiko ? Vous êtes là ?





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