Les Survivants - Saison 2
Épisode 14 : Hurricane kick
Par Juliabakura
Antonio et John ne savaient pas vraiment comment, mais ils s'étaient retrouvés en binôme. Ils avaient su compter l'un sur l'autre, surtout sur leurs compétences, de leur mental et de leur envie de survivre face au danger.
Ils s'étaient dirigés vers ce qu'il semblait être une ville, après avoir contourné des hordes. Ou plutôt d'avoir combattu des hordes. Ils se retrouvaient dans un lieu où l'eau commençait à poindre. L'ambiance était à semi-sombre, presque comme si la nuit était en train de s'effacer. Le climat hivernal s'effaçait peu à peu pour quelques pluies plus légères et agaçantes, alors que le jour commençait à se pointer tout autour d'eux.
Peut-être un moment de drama qu'ils allaient vivre ensemble, pensait John.
Les hordes étaient présentes tout autour d'eux. Elles semblaient être empêtrées dans de la boue. Ce qui semblait très étrange, car ils pourraient surgir et sauter vers eux. Mais la boue était tellement épaisse que quelque chose d'étrange en émanait.
Mais nos deux survivants étaient accaparés par le danger immédiat, avec les zombies qui étaient justes en face d'eux, ceux qui n'étaient pas bloqués par la masse boueuse. Ils n'avaient pas le temps d'analyser plus la situation. Ils devaient agir rapidement, malgré la pluie, malgré la fatigue, malgré la marche.
Antonio n'avait besoin que de trois choses : ses poings, son mental et ses pieds. Certes, on pourrait penser que ses vêtements n'étaient pas importants. Cependant, il y était attaché, car c'était sa mère qui lui avait cousu ce costume. Cette mère qui avait été tuée par une arme à feu, ce qui expliquait sa non-envie d'en user.
À ses côtés, John ne réfléchissait pas. Il effectua un Running Bulldog sur un des zombies. Il avait prévu de courir sur le zombi, de lui saisir la tête, puis le faire chuter. Par conséquent, s'il y arrivait, il ferait chuter plusieurs zombies avec.
Par esprit de compétition, Antonio se lança sur le même zombie, il se retourna au dernier moment en pensant que John lui adressait la parole, alors qu'en réalité, il se parlait à lui-même.
— Et que se passe-t-il ? Il revient au début du ring !
— Quoi ?
C'était la seconde d'inattention de trop. Ce n'était pas sa faute. Il était pourtant bien entraîné. Toutes ses années à faire des démonstrations sur scène de cosplay rendaient son art parfait. Sauf cette fois-ci.
Heureusement pour lui, le zombie s'empêtra également. Est-ce que les hurlements de John lui avaient fait perdre aussi la tête ? Dans tous les cas, il tomba sur Antonio sans le mordre. Antonio se trouva fort chanceux de ne pas être saisi par la créature, ni enchevêtré, ni bloqué.
Antonio et le zombie semblaient être éblouis par la richesse visuelle de John.
John se releva, tel un footballeur américain quand il marque un point, pour se la péter, avant de finir en Hell-bow drop sur le zombie d'Antonio. Antonio put voir ensuite son compagnon continuer de fanfaronner sur sa victoire. Puis John se retourna vers Ryu, lui tendit la main en disant :
— Viens, si tu veux vivre !
— Merci, mais j'avais la situation en main.
John se retint de lui donner un coup d'épaule, comme il le faisait lors des matchs de catch. Alors qu'ils se tenaient toujours la main, des phares projetèrent leur ombre derrière eux. John crut un instant à un retour sous les projecteurs.
*********
Jessica commençait à se rappeler que quelque chose avait cassé plus tôt dans le moteur du van. Cela allait avoir un impact à un moment ou un autre, et peut-être même en ce moment même. William l'avait viré afin de pouvoir réparer ce qu'il pouvait, à l'époque où il était en vie.
Le van crachota encore sur quelques mètres avec les phares allumés, puis cala aux pieds de deux personnes masculines qui se tenaient la main et qu'ils dérangeaient visiblement au milieu d'un moment « bromantique ». Antonio et John se retournèrent pour regarder dans leur direction.
Jessica remarqua comme ces deux nouveaux compagnons de route qu'il y avait quelque chose d'étrange dans les environs en cette semi-nuit, mais ils n'avaient pas une grande ouverture visuelle pour analyser les alentours. Les morts-vivants se retournèrent vers le véhicule. Ceux qui n'étaient pas enlisés arrivaient vite vers eux, tandis que les autres étaient en train de se déplacer difficilement pour les rejoindre.
Jessica sortit du véhicule en donnant un ordre à Canigou :
— Canigou, reste pour surveiller le chauffeur. Et s'il bouge, mange-le !
Elle avait eu tellement de fois le coup de la panne qu'elle ne pensait pas que la voiture avait atteint le bout de sa route. Canigou pencha d'abord la tête de côté, avant d'entendre le mot « Manger » et chercha aux alentours sa récompense. Jessica s'approcha des deux types. Elle pointa son flingue vers eux en disant :
— On ne bouge pas ! Qui êtes-vous ?
Elle ne les avait pas reconnus de suite, car ils étaient dans l'obscurité. Mais les phares, la carrure de John en faisait un être à part. John ignora le flingue tendu vers lui, s'approcha de Jessica et dit :
— Bonjour madame ! Je suis John !
— John... ?! Vous êtes catcheur ? Mon petit frère est très fan de vous. Non, mais écoutez ! se reprit-elle. On a calé ici. Est-ce que vous avez un véhicule ou quelque chose ?
Antonio remarqua que des zombies commençaient à arriver.
— Bon, on n'a pas le temps de discuter, reprit Jessica en remarquant les créatures. Je vais essayer de réparer le véhicule, est-ce que vous pouvez nous couvrir pendant que je fais ça ? On en discutera plus tard !
Antonio hocha la tête et se prépara à attaquer le zombie qui arrivait.
Canigou désobéit à sa maîtresse pour aller en repérage dans les environs et pouvoir indiquer d'où venaient les créatures afin d'aider ceux qui se battaient à les localiser. Il ne détecta rien derrière le van, mais cela n'allait pas tarder. Ils avaient fait du bruit, ils avaient crié et les morts avaient forcément entendu ça.
McGregor les interrompit en passant sa tête par la fenêtre de la voiture.
— C'est plus loin ! On pourrait continuer avec le van s'il marchait. Je ne sais pas pourquoi il a calé ! Mais c'est à peine plus loin, il faut y aller.
— C'est surement William qui a dû faire une erreur en le réparant, se justifia Jessica, ne voulant pas accepter une erreur de sa part.
— Vous êtes sûr que ce n'est pas... Kumiko ?
— Non !
— Bah, attendez, je vais pousser le véhicule ! sourit John en s'avançant.
L'idée était bonne, mais ils allaient devoir récupérer du bois pour éviter que les roues s'enlisent dans la boue. John ne pouvait quand même pas porter la voiture. Jessica savait qu'elle ne pourrait pas faire redémarrer le véhicule suffisamment vite pour aller jusqu'à la route. Elle dirigea vers Canigou et lui montra un chemin vers un pilier.
— Écoute, Canigou. Tu vas aller par là. Tu vas aller aboyer afin de les attirer. Tu nous rejoindras vers le bus.
Elle ne savait si l'animal avait parfaitement compris la situation. Jessica se releva et se tourna vers ses compagnons.
— Écoutez, John ou pas, suivez-moi ! Et toi aussi, le clown !
Heureusement pour elle, John était un marine. Par conséquent, il suivait les ordres des militaires.
— J'ai aussi un nom. Antonio Ryu Loppez. Vous pouvez m'appeler Ryu.
— Tu t'appelles Ryu ? Tu ne t'appelles pas Ryu ? répliqua Jessica en ayant une idée préconçue des noms que devaient porter des Mexicains. C'est quoi cette tenue ridicule ?
Antonio fit un Kata, un mouvement très impressionnant. Avant de lui montrer gestuellement qu'il allait la surveiller et qu'il l'avait dans le collimateur. Jessica et John ouvrirent la marche, ils passaient tout près de la boue, très épaisse, spongieuse, qui semblait capter la moindre parcelle de lumière dans les environs. McGregor les rejoignit avec la femme enceinte et Nathanaëlle.
Jessica sentait une certaine pression venant de la part d'Antonio. Elle s'approcha de lui pour essayer de le rassurer, mais le regard du jeune homme se braqua sur son arme avec méfiance. Il détestait les armes à feu qui avaient tué ses parents. Cependant, Antonio était en train d'essayer de calmer son stress, en se rappelant de son entrainement dans le dojo avec son maître.
Canigou se mit à courir vers la pointe d'un pilier écrasé. Il vit des choses remuer dans la brume et s'arrêta deux secondes. Il fléchit les pattes avant. Ses oreilles se pointèrent vers le ciel quand il vit un bâton bouger. Il ne put résister à aller saisir le bâton, qui était en fait un fémur, collé avec le reste d'un corps. Quand il essaya de l'extraire avec sa mâchoire, il releva la tête et vit que la créature était toujours en mouvement. Sa quête de crier aux lueurs de la lune, s'était retrouvée brisée par ses instincts canins. L'animal ne comprenait pas le langage humain, surtout si l'on ne parlait pas sa langue maternelle : l'allemand. Il n'avait donc pas conscience des dangers de la brume qui apparaissaient maintenant devant ses yeux sous la forme d'une horde de zombies.
Au même moment, Antonio se rappela de la mort de son père, par un déserteur de l'armée américaine. Il portait les mêmes médailles de bravoure que Jessica, il était même pilote d'hélicoptère et il était blond... Et elle portait exactement la même arme que celle qui avait tué son père. Même modèle, même posture. Antonio se demanda si c'était elle qui avait tué son père.
Antonio devint incontrôlable. Il prépara son Tatsumaki, avant de s'élancer dans les airs et de lui bondir dessus. Jessica reçut un Hurricane Kick. Elle ne vit pas le coup arriver. Et pire que ça, quand à peine elle réouvrit les yeux, elle vit des mains au-dessus d'elle. Elle se disait, qu'elle allait pouvoir bouger pour les éviter, avant de comprendre qu'elle ne sentait plus ses jambes, ou son dos.
Heureusement pour Ryu, les autres alliés étaient devant. Il n'y avait donc aucun témoin pour expliquer le drame. Il pourrait leur dire qu'elle avait été mangée par la horde. McGregor était le seul à avoir assisté à la scène. Elle espérait une dernière chance de survie grâce à lui. Hélas, il ne lui offrit qu'un léger sourire et un haussement des mains. Elle avait encore son arme à feu avec une balle dans son chargeur. Elle ne ressentait plus rien. Elle n'avait plus rien à perdre. Une seule et unique balle. Elle voulait au moins tuer McGregor, qui lui avait fait un sale coup. Mais toute la volonté du monde n'était pas suffisante face aux conséquences du coup de Ryu.
John eut à peine le temps de se retourner, pour entendre McGregor dire :
— Elle est foutue. J'ai essayé de lui venir en aide ! »
John ignora et continua sa route, alors que Mac Gregor se dirigea vers Ryu en hurlant :
— Ryu, viens ! Viens ! Elle est foutue !
— Justice a été rendue, souffla Antonio pour lui-même, qui avait fait de son traumatisme, une haine envers l'armée américaine. »
Canigou arriva à se concentrer sur sa mission. Il réussit à échapper à la horde pour se positionner dans un endroit différent de ceux de ses maîtres. Il se mit à aboyer pour attirer les zombies vers lui.
John ouvrit la marche vers le nord. Canigou les rejoignit en quelques sauts, mais pas Jessica, qui avait fini dans la horde.