Épisode 17 : The sewers
Par Kermadec
L'issue semblait si proche. Les égouts étaient là, au bout d'un ultime couloir dans lequel les survivants étaient désormais rassemblés. L'espace était encombré de quelques caisses, qui, à première vue, ne présentaient pas d'intérêt particulier. Pourtant, Canigou renifla dans cette direction avec l'air suspicieux bien connu des canidés habitués à lutter pour leur vie. Derrière lui, Igor progressa. Antonio et John fermèrent la marche. Ce dernier se rua vers les caisses, dont il examina le contenu. L'homme fort de la compagnie y découvrit des couvertures. Il en distribua à Dominique et Nathanaëlle et en conserva une pour son propre usage. Dans de telles circonstances, le moindre élément pouvait servir.
Igor, au même moment, fut interpellé par un tintement métallique provenant de l'arrière de ces boîtes. Canigou, lui, avait avancé par instinct, et était tombé nez à truffe avec un mort-vivant, vêtu d'un costume autrefois très chic. La créature avait une batte coincée entre ses mâchoires. Le soldat russe réagit immédiatement, logeant une balle dans le crâne du danger ambulant. John, toujours pragmatique, récupéra la batte. Dominique, apercevant le corps au crâne explosé, fut soudain victime d'une crise de panique. Elle déblatéra ses craintes. Surtout, ne pas s'enfermer sous terre. Tout le monde risquait d'y laisser sa peau. Et si tout cela n'était qu'un piège ?
Igor perdit patience. Il invectiva la pauvre femme enceinte, usant de tout son charisme bestial pour la forcer à se calmer. Dominique était sur le point de pleurer. Elle posa sa main sur son ventre rebondi, baissa les yeux et, enfin, elle poussa un soupir de reddition. Dans ce groupe, visiblement, elle ne trouverait aucun soutien.
Ce fut dans un silence de mort, certainement mauvais présage, que l'ensemble du groupe poursuivit sa route, pénétrant, enfin, dans les égouts. La promesse d'un abri résonna dans les esprits tandis que tous découvraient les boyaux souterrains dans lesquels ils s'enfoncèrent. Les lieux avaient visiblement été inondés récemment. Tout y était pestilence, humidité. L'espoir s'y étiolait au rythme du bruit des gouttes qui tombaient, implacables, le long des parois.
Igor ouvrit la marche, une lampe à la main. Il éclaira les bassins des égouts, qui paraissaient sur le point de déborder. L'odeur des déchets qui en émanait était presque pire que celle des morts affrontés jusque-là. Les oreilles affutées de Canigou perçurent les rats qui grouillaient dans les murs. Le chien couina, presque douloureusement. Il s'agita. Ses pattes arrière le gênaient. Le grattaient. Il se sentit tout drôle, presque malade. L'animal savait bien que ce n'était pas le moment, qu'il ne trouverait ici le réconfort d'aucun panier et qu'aucune gratouille derrière l'oreille ne suffirait à le soigner. Il allait falloir quitter cet endroit, vite.
Le groupe continua d'avancer. Une flaque d'huile sur le sol ralentit leur progression. John voudrait l'éponger de sa couverture, mais Igor insista pour passer, avec sa prudence pour seule protection. En prenant appui sur les parois suintantes, il parvint à franchir l'obstacle. Du coin de l'œil, il vit du mouvement sous l'eau poisseuse des bassins. Même ici, même sous terre, le danger rôdait. Il rôdait dans toutes les directions, à tel point que Canigou, de plus en plus agité, frénétique, posa ses yeux partout. Il entendit les rats approcher. Il en arrivait de la gauche, de la droite, de tous les côtés. Le chien jappa, attirant l'attention des humains. John ferma la marche, usant de sa précieuse couverture pour éviter toute glissade potentiellement mortelle.
Soudain, les rats émergèrent. Ces bêtes, qui n'étaient autrefois que des nuisibles, étaient désormais une véritable menace pour les vivants. Dominés par leur instinct, les rongeurs s'attaquaient à tout ce qui leur semblait comestible, et leur nombre pourrait leur permettre de vaincre jusqu'au plus habile des survivants. Le groupe accéléra la cadence, tandis que McGregor délivrait de nouvelles informations.
— Faites attention, il ne faut pas aller de l'autre côté, il faut continuer vers le sud. L'autre côté est bloqué par un barrage de déchets organiques. On a vu des morts s'agglutiner ici...
Face à la menace représentée par les rats, les rescapés, aidés par McGregor, mirent le feu à la couverture imbibée d'huile transportée par John. Le tissu s'embrasa, et fut immédiatement lancé au milieu de la horde de rongeurs. Cette manœuvre n'accorda qu'un très court répit au groupe, qui poursuivit sa course désespérée vers leur salut.
Un mur bloqua la progression des survivants. Igor sauta de l'autre côté du bassin, suivi par Antonio et John. Le reste du groupe avança en direction d'une plate-forme qui leur permettrait de traverser plus sûrement. Soudain, Canigou s'élança à son tour, se préparant à bondir. Le brave animal était prêt à tout pour rejoindre la sortie au plus vite. Il sauta de toutes ses forces, tendant les pattes, mais la pauvre bête n'avait pas su estimer les distances aussi bien que ses compagnons d'infortune avant lui. Le sol était trop loin, inaccessible. Canigou plongea au milieu de la vase infecte, lançant un appel à l'aide mêlé à un cri de terreur déchirant, qui pinça même le cœur des hommes les plus endurcis du groupe.
Antonio interpella John pour qu'il utilise la batte ramassée plus tôt afin d'aider leur ami canin. Le sportif tendit l'objet vers Canigou, mais il était trop tard. Plus rien ne pourrait sauver le compagnon, l'ami fidèle qui, dans un ultime acte de courage, aboya pour attirer sur lui la horde de rongeurs. Canigou offrit en cadeau d'adieu sa dernière diversion.
Le reste du groupe, abattu, miné par le chagrin et la culpabilité, poursuivit sa course. Il le fallait.