Batman - Rouge Gotham

Chapitre 1 : UN NOUVEAU GOTHAM

Chapitre final

2716 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 28/08/2025 02:12

UN NOUVEAU GOTHAM

Le smoking est parfait, la tête pimpante, le cigare à la bouche, le cul sur son divan, le regard posé sur la télévision. Oswald Cobblepot est prêt à passer une agréable journée. Sa femme du jour, elle, s’affaire à se brosser les cheveux, à se ma­quiller et à s’habiller d’une longue et élégante robe blanche et noire. Lorsqu’elle a fini de se façonner une belle image, elle re­joint son homme du jour. Elle se place derrière le divan, accou­dée à l’épaule d’Oz, rapprochant sa tête de son oreille.

— Tu es magnifique aujourd’hui, Oz, dit-elle d’une voix sé­ductrice.

— Je te remercie, ma belle. Viens devant moi, que je puisse t’admirer !

Elle obéit, roule des hanches jusqu’à se mettre en face de lui. Une femme parfaite, selon Oswald : blonde, fine et sexy.

— Tu aimes, chéri ?

— Je t’adore. Ce soir, je te réserve la plus belle des nuits.

— Tu ne seras pas occupé ?

— Pour toi, je ne pourrais pas me le permettre.

Elle s’approche de son oreille, la mordille et lui murmure :

— Pourquoi ne pas commencer maintenant ?

Un sourire s’esquisse sur le visage de Cobblepot. Il com­mence alors à lui caresser le corps tout entier. Le plaisir s’en­tremêle à la passion. Elle pousse de légers gémissements, cou­vrant le bruit de la télévision, qui diffuse le journal.

— Aujourd’hui, à la une : la montée en puissance de Mon­sieur Oswald Cobblepot. Ce dernier a su convaincre une bonne partie des Gothamites et sera sûrement le gagnant des élections. Nous avons envoyé notre journaliste Jack Beckham recueillir vos avis sur le sujet.

Jack apparaît à l’écran, micro à la main.

— Bonjour Jack ! Vous nous recevez ?

Quelques secondes passent avant qu’il ne réponde :

— Je vous reçois ! Effectivement, Sean, je vais demander aux gens leur avis sur la possible montée au pouvoir de Mon­sieur Cobblepot. Voilà une dame qui a accepté de nous parler en direct.

Il se tourne vers elle.

— Bonjour, quel est votre avis, madame ?

— Je suis assez convaincue qu’Oswald va remporter les éléctions. Il soigne ses apparitions, a su se placer du bon côté et présente de bons projets pour Gotham. Je pense pouvoir profi­ter pleinement de mes dernières années avec un homme comme lui.

— Vous n’aviez donc aucun espoir pour Harvey ?

— Harvey ? Quelle blague… On a bien vu ce qu’il est deve­nu, à la télévision, avec mon mari. Il est devenu fou.

— Vous pensez ?

— Si je le pense ? Évidemment que je le pense ! Vous avez vu comme moi ? Il ne propose plus rien, il n’apparaît même plus publiquement pour sa campagne. Et puis, on a vu ce qu’il est devenu depuis la mort de sa femme. Femme qu’il a trom­pée, apparemment. Non… Oswald va l’emporter.


*


— Merde ! hurle Harvey en projetant son verre de whisky contre le sol.

Il bondit de son canapé, furieux, détruisant tout ce qui se trouve à sa portée. Son cœur lui pèse autant que les regards qu’il imagine posés sur lui. Des éclats de verre jonchent le par­quet, ses mains saignent, son esprit se consume.

La dépression le ronge, et même ses blessures ne l’incitent pas à chercher des soins. Il n’a rien avalé de la journée, si ce n’est un café — désormais renversé dans une tasse brisée. Son odeur, lourde et rance, emplit l’appartement. Se laver ne lui vient même pas à l’esprit. Devant le miroir, il répète toujours la même phrase :

— J’aimerais avoir un autre visage…

Une chose est sûre, Harvey ne va pas bien. Le Chevalier Blanc n’existe plus. Ne reste que l’ancien procureur, l’homme politique déchu, celui qui a trahi sa femme et l’a laissée mourir. Il se fixe dans son reflet, se méprise. Tout ce qu’il entend, c’est le tic-tac de l’horloge, qui résonne de plus en plus fort à mesure qu’il s’y accroche. Puis, soudain, la sonnerie de l’inter­phone. Il se fige. Sur l’écran, le visage de Bruce Wayne appa­raît. Son ami. Mais Harvey choisit de ne pas répondre.

— Harvey, tu es là ?… Harvey ! Cela fait des semaines que j’essaie de te joindre. Tu ne réponds plus à mes appels, tu sembles avoir disparu… ou peut-être que tu ne veux plus me voir ?… Qu’importe. Sache que tu me manques, Harvey. Ça me fait mal de te savoir dans cet état. Et je suis persuadé que ce qu’ils disent aux infos est faux. Tu es incapable de faire ça à Rachel.

Un silence. Puis la voix de Bruce se brise :

— Si tu m’entends, excuse-moi… Excuse-moi de ne pas avoir été assez présent. Je me sens stupide… Appelle-moi, s’il te plaît, Harvey.

Une larme coule sur la joue d’Harvey. Il pose une main tremblante sur l’écran comme pour retenir son ami, mais il se tait. Il laisse Bruce repartir. Il choisit la solitude.

Contrairement à James “Jim” Gordon, commissaire depuis deux ans à Gotham City. Il enchaîne le travail et la vie de père à la maison. Le boulot lui prend un temps fou, et parfois, cela laisse un sentiment de solitude à sa fille. Il essaie tout de même de faire de son mieux. Mais sans sa carrière, il ne pourrait pas prendre soin d’elle.

Cette journée commence difficilement pour lui : un café à la main, le coude posé sur le rebord du toit du commissariat, le re­gard plongé sur Gotham. Ses pensées le tourmentent. Les crimes ne cessent de croître depuis quelques années. Il se de­mande encore si ce n’est pas la faute de Bat­man. Trop de tra­vail, d’ailleurs, depuis son apparition. Gordon est encore perdu dans ses pensées quand son collègue l’inter­rompt. Il ouvre la porte et lance :

— Commissaire ! On a du nouveau concernant le groupe de personnes s’en prenant à Viktor Garden.

— Dites m’en plus, officier Reeves.

— Il s’agit des hommes de Black Mask. Ils continuent de s’en prendre aux hommes d’Oswald.

— Il sera prochainement maire de cette ville. On devra assu­rer sa sécurité, même si ça me déplaît.

— Vous pensez qu’une fois maire, il sera moins la cible d’attaques ?

— Oswald est un homme d’affaires avant tout. Il est la cible de nombreux criminels et rivaux de Gotham. Et une fois maire, il va s’attirer les foudres de beaucoup d’autres. Cela peut aller de simples criminels à des hommes comme Car­mine Falcone.

— Alors on va devoir protéger cet homme ?

— Malheureusement, oui, Reeves. C’est notre devoir en tant que policiers de Gotham. Et sous son régime, si on n’obéit pas, on est cuits. Alors mieux vaut ne pas broncher et s’exécuter.

— Même s’il nous pousse vers la corruption ?

— On y est pas encore. Mais la réponse est non. J’ai horreur de l’illégalité. C’est pas un maire qui va changer mes valeurs.

— Mais votre place de commissaire…

— On y est pas encore, Reeves, dit-il en soutenant son re­gard.

Reeves, l’air déterminé, retourne à ses occupations. Et Gordon garde toujours un œil sur la ville.

Une grande tour se distingue parmi les autres bâtiments : la Wayne Entreprise. Une tour d’une centaine d’étages, où les em­ployés s’acharnent au travail. Bruce est à son bureau, distraite­ment occupé à faire tourner son stylo entre ses doigts.

— Votre projet me laisse perplexe, Hilton. J’en attendais plus de votre part.

— Mais, Monsieur Wayne ! J’ai travaillé des jours et des nuits pendant des mois pour mettre au point cet appareil. Vous ne pouvez pas me dire ça.

— Travailler plus n’est pas gage de qualité. Vous devriez le savoir. Je veux un projet solide.

— Excusez-moi… Mais, s’il vous plaît, on pourrait se pen­cher plus longtemps dessus.

— Pas maintenant, Hilton. On reprendra demain. Même heure. C’est bon ?

— D’accord, Monsieur Wayne… Alors, à demain.

Hilton quitte la pièce, et Bruce s’approche de la fenêtre, re­gardant Gotham, toujours le stylo à la main. Et il pense… D’abord à Harvey, à l’état dans lequel il se trouve, et au fait qu’il n’a plus eu de nouvelles de lui depuis plusieurs semaines. Puis à son amie d’enfance, Rachel Dawes. Sa mort, trop sou­daine, a bouleversé beaucoup de choses. Il pense aussi à Al­fred, à qui il porte un amour d’un fils à son père. Gordon lui revient en mémoire : l’homme qui l’a aidé à être Batman, et qu’il a aidé, lui, à devenir commis­saire. Puis son esprit dérive vers tous ces criminels, la plupart masqués. Black Mask, récemment arrêté mais qui a laissé une marque indélébile sur Gotham. Et cet homme au masque rouge, apparu depuis peu.

Trop de pensées s’entremêlent, une mon­tagne de soucis qui prend une place écrasante dans son esprit. Tant que ses émo­tions le dévorent. Les crises d’angoisse sur­gissent trop souvent, tout comme ses accès de colère. Heureu­sement qu’Alfred est là pour le canaliser. Bruce est un homme bien atypique : un mil­liardaire névrosé, hanté par la mort de ses parents, qui use de sa fortune pour se travestir en justicier mas­qué et mener une guerre solitaire contre la criminalité.


*


Deux semaines sont passées dans une atmosphère tendue où Gotham retenait son souffle, attendant les élections.

— Amanda, vous avez préparé les caméras et les micros avec Knox ?

— Oui, Monsieur Ford. Tout est en place, nous allons pou­voir lancer le direct.

L’équipe de journalistes est rassemblée devant le Gotham City Hall. C’est le grand jour : l’élection du prochain maire de Go­tham. Tout est prêt, il ne manque plus que les deux candidats.

Oz se trouve encore dans une pièce de la mairie, occupé à soigner son apparence, accompagné de sa nouvelle femme. Il est apprêté pour l’occasion, son chapeau sur la tête et sa canne à la main pour l’aider à marcher convenablement.

— Monsieur, vous êtes prêt ? Vous devez être là dans deux minutes.

— Je suis prêt.

L’homme s’apprête à sortir, mais Oswald l’interrompt.

— Attends deux minutes !

— Oui ?

— Il y a du monde ?

— Énormément.

Il esquisse un sourire en coin, satisfait de la réponse.

Dehors, le brouhaha enfle devant la mairie. La foule ac­clame Cobblepot avant même qu’il ne paraisse. Le résultat semble déjà joué. La journaliste et maîtresse de cérémonie de l’événement, Elizabeth Parker, s’avance vers le pupitre. Un si­lence s’installe aussitôt. Les caméras et les micros sont braqués sur elle, et les Gothamites — sur place comme chez eux — at­tendent avec attention.

— Mesdames et messieurs. Vous êtes nombreux à attendre le résultat des élections.

La foule lève la voix, scandant le nom d’Oswald.

— Avant de vous révéler le vainqueur, nous allons accueillir les candidats. Tout d’abord, veuillez applaudir : Oswald Chesterfield Cobblepot !

Il s’avance et se place à la gauche de la journaliste. La foule l’acclame, à la mairie comme derrière les écrans.

— Bonjour, Gothamites, dit-il solennellement. Ravi de vous voir aussi nombreux !

La plupart l’accueillent avec enthousiasme, mais certains es­pèrent encore la victoire de Monsieur Dent. Ils attendent son arrivée avec impatience.

— Et maintenant, veuillez accueillir : Monsieur…

Un agent de sécurité s’approche d’Elizabeth Parker et lui mur­mure :

— Il n’est pas présent.

La journaliste affiche un air inquiet. L’agent se retire et quelques visages dans la foule se tournent, intrigués.

— Gothamites… Harvey Dent n’est pas présent.

Le public se met à huer. Les partisans d’Oswald se moquent de Dent, tandis que ceux venus pour le soutenir affichent leur dé­ception. Cobblepot, lui, savoure la scène, satisfait… même fier. Parker reprend la parole.

— On se calme… Habitants de Gotham, heureux électeurs, voici donc le verdict. Sans grande surprise, celui qui remporte les élections municipales n’est autre qu’Oswald Chesterfield Cobblepot !

La foule éclate en applaudissement. Oswald célèbre sa vic­toire entouré de ses hommes, qui montent sur scène pour l’ac­compagner. L’ancien maire, Hamilton Hill, lui serre la main, tandis que les journalistes se précipitent pour recueillir les réac­tions des résidents.

— Bonjour, monsieur ! Quelle est votre sensation suite à la victoire de Cobblepot ?

— Je suis heureux. Heureux qu’un homme puissant, soigné dans son image et porteur de promesses soit élu maire de Go­tham.

— Parfait ! Merci, monsieur.

Quelques mètres plus loin, d’autres journalistes cherchent à ob­tenir un avis sur la défaite de Dent.

— Bonjour, madame ! Êtes-vous satisfaite de la défaite d’Harvey Dent ?

— Clairement. C’est un salaud ! Un homme qui nous a pro­mis des choses alors qu’il n’est pas mieux que les criminels de Gotham ! Qu’il crève !

— Wow… Vous allez peut-être un peu fort, madame, mais on a compris l’idée, répond le journaliste, gêné, esquissant un sourire nerveux.

Sur les marches du Gotham City Hall, une marée de journa­listes tend leurs micros en direction d’Oswald, au point de presque lui arracher les bras. Les caméras le fixent comme une cible, et les questions fusent de toutes parts :

“Êtes-vous fier de vous ?”

“Qu’en est-il de la suite ?”

“Êtes-vous vraiment en guerre avec Harvey Dent ?”

“Les rumeurs sont-elles vraies ?”

“Gotham est-elle désormais une ville sûre ?”

Submergé, incapable de souffler, Oswald finit par se retirer, protégé par ses hommes et escorté par des agents du GCDP.

C’est le début d’une nouvelle ère. La victoire d’Oz marque la naissance d’un nouveau Gotham : plongé dans la corruption et la criminalité. Mais ça, les Gothamites l’ignorent encore…


En revanche, quelqu’un d’autre sait absolument tout. Il connaît Oswald, ses agissements et ses ambitions. Il s’agit du plus grand homme d’affaires de Gotham à ce jour : Carmine Falcone, alias le Romain. Jouant au billard avec un collègue, la télévision allumée sur les informations, il se fait questionner.

— Vous comptez mettre les bouchées double ?

— Je profiterai de la moindre occasion pour mettre un coup de pression à cette vermine. Il a profité de ses liens avec Ha­milton, sans quoi il aurait été seul.

— Comme avec Black Mask, finalement. Il a eu de la chance que les flics l’embarquent.

— Exactement. Tu sais, c’est le genre d’homme qui veut être reconnu. Toujours dans les grandes ambitions, uniquement pour servir son image et se faire passer pour un héros malgré ses actes. Il croit que les gens seront fiers de lui après sa mort, qu’il aura sa statue devant le Gotham City Hall. Mais ce n’est que de la fumée.

Il frappe une bille du bout de sa queue de billard, puis reprend :

— Il va s’éteindre tout seul. Beaucoup trop peureux pour endosser ce rôle. Et si ce n’est pas le cas…

Il tourne son regard vers son collègue.

— Ce sera à nous de le faire, répond-il, le sourire aux lèvres.

Ils poursuivent leur partie, déviant ensuite sur d’autres su­jets.

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