L'homme choisit, l'esclave obéit par

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Side Story / Drame / Action

15 Chapitre 14

Catégorie: T
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Un an et sept mois plus tôt

Ryan était assis sur le lit d'examen de son médecin, les pieds battant dans le vide. La pièce donnait dans des tons blancs, ce qui contrastait fortement avec l'eau sombre qu'on pouvait voir de l'autre côté des vitres. Ryan avait ôté sa veste,son gilet, sa cravate  et sa chemise, se retrouvant ainsi torse nu. Le médecin, un homme d'un certain âge en blouse blanche, examinait le maître de la ville avec un stéthoscope.

_Dites moi monsieur Ryan, demanda le docteur. Depuis quand fumez-vous ?

_Depuis mes seize ans, répondit Andrew sans réfléchir. 

_Je vois, murmura le praticien. Vous pouvez vous rhabiller.

Ryan se jeta littéralement au sol, récupéra ses habits et les renfila à la vitesse de l'éclair. Il n'eut pas le temps de renouer sa cravate qu'une terrible quinte de toux le prit. Son thorax lui faisait mal et il avait une respiration sifflante. Heureusement, la crise ne dura que quelques secondes. 

Ryan porta sa main à sa bouche et ne fut pas étonné d'y trouver de petites traces de sang. Ces crises étaient de plus en plus fréquentes, ces derniers temps. C'était d'ailleurs pour cela qu'il s'était rendu chez le médecin.

_Monsieur Ryan, dit le médecin d'une voix étrange, comme s'il cherchait ses mots. J'ai bien peur que cela ne soit plus grave que nous le pensions. Il pourrait s'agir d'un cancer des poumons, dû à votre tabagisme.

_Un cancer ? répéta Ryan. C'est impossible voyons. J'ai presque soixante ans. Pourquoi la maladie se déclarerait-elle aussi longtemps après ?  

_Vous fumez bien plus la pipe et le cigare que les cigarettes, n'est-ce pas ?

Ryan approuva. 

_Et bien, continua le médecin, les personnes qui fument cigares et pipe fument généralement un peu moins que ceux qui fument des cigarettes. La maladie met donc plus de temps à se developper.

_Je vois, dit Ryan.

C'était une sensation étrange. Il avait toujours aimé fumer. Même avant d'être riche. C'était devenu une habitude pour lui. Et voilà maintenant qu'un de ses grands plaisirs le jetait dans une grave maladie ?

_Puis-je guérir ?

_Difficile à dire. Cette maladie est l'un des cancers les plus mortels. Peut-être pourriez vous guérir avec des sulfamidés. Mais la recherche médicale sur ce point n'est pas encore très avancée.

_Vous voulez dire que je vais mourir parce que il n'y a pas de traitement ? demanda alors Ryan d'une voix forte. Mais bon sang, il doit bien y avoir quelque chose ! J'ai fait venir les meilleurs médecins du monde à Rapture, non ? cria t-il d'une voix forte.

_Ou sinon, dit le médecin, il y a l'ADAM.

Ryan grimaça. L'ADAM. La fameuse substance de Tenenbaum. Qui contre toute attente avait marché du tonnerre. Le travail de Suchong avait été remarquable à tous les points de vue. Pour faire simple, l'injection d'ADAM dans le corps humain permettait de le modifier. Un corps petit pouvait grandir, un corps faible pouvait devenir fort. Des maladies incurables pouvaient être vaincues et on murmurait même que certains plasmides -des sérums d'ADAM- permettaient d'accomplir des choses extraordinaires comme lancer du feu ou geler l'eau.

C'était Fontaine qui était derrière le tout et qui s'enrichissait chaque fois. Ryan qui avait toujours vu la fortune du français d'un mauvais oeil avait été pris de panique en voyant que les richesses de Fontaine ne cessaient de grimper. Ryan qui s'était toujours reposé sur son immense fortune avait dû redoubler d'efforts pour ne pas se faire dépasser. Il refusait de laisser la place de numéro un à Fontaine. Pas à un parvenu, un minable, un parasite !

Et cette idée d'ADAM...Ryan frémissait rien qu'en entendant son nom. Si d'un point de vue scientifique, il ne pouvait qu'être impressionné par les effets de la substance, il était horrifié quant à sa philosophie. Améliorer l'homme par des produits, c'était le transformer en drogué. L'homme devait évoluer grâce à lui-même et personne d'autre.

Désormais, tout le monde ou presque utilisait de l'ADAM sans se soucier des conséquences. Ryan espérait qu'il n'y aurait pas d'effets secondaires.

D'une voix pâteuse, Ryan articula difficilement :

_Pas d'ADAM, dit le maître de la ville. Les sulfamidés.

_C'est vous qui choisissez, répondit le practicien en signant l'ordonance.

Ryan récupéra le papier et tendit une laisse de billets verts au médecin et sortit du cabinet. Il avait payé en dollars rapturiens, avec sa tête à lui dessus.

Ryan avait désapprouvé cet idée mais encore une fois, il avait dû céder à son incroyable popularité. Enfin, "popularité"...

On ne pouvait pas vraiment dire que ces derniers temps, elle était au beau fixe. Les critiques se multipliaient. Les rapturiens voulant renouer contact avec le monde extérieur étaient de plus en plus nombreux. Ryan avait beau leur expliquer qu'ouvrir Rapture serait la livrer aux parasites, ils ne voulaient rien entendre.

Ryan pouvait affronter les critiques. Il l'avait toujours fait. Mais là, ça commençait à faire beaucoup : on lui reprochait que bien qu'étant contre un Etat, il centralisait les pouvoirs dans ses mains et dans ceux de ses hommes.  

Est-ce qu'ils ne pouvaient pas comprendre qu'il fallait malgré tout un pouvoir à la tête pour éviter les débordements ? Ryan croyait en l'homme mais c'était justement parce qu'il croyait en lui qu'il devait lui mettre la bride sur le cou. Les critiques étaient injustes : Ryan n'était pas un Hitler ou un Staline. 

Et pour ne rien arranger, la contrebande était plus florissante que jamais. Sullivan manquait de preuves pour coincer Fontaine et ses hommes et en désespoir de cause, Ryan lui avait donné carte blanche. Le chef de la sécurité avait tout pouvoir pour stopper les agissements du français. 

En quittant le pavillon médical et s'enfermant dans la batysphère, îl tira le levier qui devait le conduire à son bureau. La sphère traversa lentement Rapture.

En admirant sa ville, Ryan sentit que quelque chose n'allait pas. Quelque chose était en train de changer Rapture, de la faire lentement pourir. Andrew connaissait quelques rares notions de médecine, de par son père. Et une des plus évidentes était la suivante : si la main mettait le bras en danger, il fallait la couper. On pouvait facilement passer cette idée de façon plus symbolique. Il fallait éliminer les éléments dangereux avant qu'ils ne s'attaquent au reste de la société.

Et Fontaine était cette main. 

Ryan se fichait pas mal de la légalité de son acte. La loi, c'était lui qui la forgeait. C'était sa ville, son idéal, son utopie !

Des parasites comme le français n'avaient pas le droit de venir la souiller.

En sortant de la batysphère au Coeur d'Hephaîstos, le regard du maître de la ville se porta sur une série d'affichettes, collées à même le mur. Celles-ci étaient de couleur blanche et jaune. Elles representaient un homme jusqu'à la taille, en chemise de travail et bretelles. Il avait les poings croisés sur les hanches et levait la tête au ciel avec un air de défi. Une inscription rouge écrite juste en dessous du dessin parachevait le tout.

_Qui est Atlas ? répéta Ryan en lisant l'inscription. 

Atlas...un nom qui revenait souvent dans les rapports de Sullivan. Un opposant à la Grande Chaîne, très populaire dans les milieux pauvres de Rapture.

Il semblerait que les choses allaient en croissant : Culpepper -la rivale de Cohen- chantait de plus en plus contre Ryan et sa politique. Atlas, qui bénéficait d'un fort soutien -disait-on- dans la population pauvre de Rapture. Fontaine, qui innondait le marché de cette nouvelle drogue et s'enrichissait de plus en plus avec la contrebande.

Et pour ne rien arranger, d'un strict point de vue personnel, les choses allaient mal avec Jasmine.

Il la pressait mais elle refusait de se montrer en public avec lui. Elle avait peur des ragots qui fleuriraient sur leur compte. Ryan lui avait alors raconté une anecdote : au début des années 30, à la surface, il avait été invité à une soirée dans la haute société texane. Malgré ses positions libérales affichées, on s'arrachait la compagnie du milliardaire. Ryan réchignait à fréquenter les milieux conservateurs et en particulier, les partisans des lois Crow. Il ne comprenait pas qu'un pays libéral pouvait entraver à ce point son propre peuple pour une histoire de peau. Il ne trouvait pas normal que pour arriver à son niveau, un noir devait fournir encore plus d'efforts. C'était injuste. 

Il avait donc décidé de jouer un tour à ses hôtes : il s'était effectivement rendu à la soirée, au bras d'une de ses conquêtes. Mais personne à la réception ne s'attendait à ce qu'Andrew Ryan se présente accompagné de Dorothy Van Engle.

L'information avait fait le tour de la bonne société sudiste et choqué les biens pensants : pensez donc : un millionaire, d'origine russe, se présentant à une réception texane au bras d'une actrice noire !

Ryan en riait encore. Il se moquait bien du qu'en dira t-on. Il affichait ouvertement ses opinions, ses choix et ses préférences. Et s'il voulait se montrer avec une personne qu'il aimait, il le ferait.     

Mais il avait beau prier, insister et se traîner à ses pieds, Jasmine répondait par la négative. Cela mettait Ryan hors de lui : il l'aimait et se moquait bien de l'avis du monde ! Peu lui importait qu'on voie le maître de la ville en couple avec une prostituée de luxe, deux fois plus jeune que lui !

C'aurait été une autre qu'elle, il aurait encore préféré rompre que se plier à ce qu'il estimait une crainte futile. Mais il s'inclinait devant la femme qu'il aimait. Il faisait même plus que l'aimer, il en était fou amoureux. 

Il avait presque soixante ans et était amoureux pour la première fois de sa vie. 

 Du fait du refus de Jasmine d'officialiser leur liaison, seules quelques rares personnes étaient au courant : à savoir les deux intéréssés et Bill McDonagh à qui Andrew se confiait régulièrement. C'était son bras droit après tout.

Ryan se doutait bien que Sullivan devait être au courant lui aussi : les oreilles de l'irlandais étaient dans tout Rapture. Impossible qu'il l'ignore. 

Andrew avait préféré se taire auprès du reste des rapturiens pour respecter le voeu de la femme qu'il aimait, même ses plus proches collaborateurs et amis comme Cohen ou Steinman. 

Encore pire, il devait pour donner le change -à sa demande !-, continuer à se comporter comme avant, c'est à dire en parfait séducteur. Il devait se montrer aux quatre coins de Rapture, avec à chaque fois une femme différente, comme il le faisait avant. Mais il ne les aimait pas. Pas vraiment.

Plutôt cocasse si on songeait à sa carrière de séducteur mais Ryan n'avait jamais vraiment aimé ses partenaires. Il avait eu de l'affection pour certaines oui, mais aucune n'avait fait vibrer son coeur comme Jasmine savait le faire. C'était pour elle et pour personne d'autre qu'il agissait ainsi.   

Ryan soupira. Il aurait adoré une petite cigarette mais ne pouvait pas se la permettre, pas avec sa maladie. Il décida d'évacuer son stress par une marche rapide jusqu'à son bureau. Il salua sa secrétaire en coup de vent, et lui demande de ne pas être dérangé. 

Le bureau était plongé dans le noir. Sullivan attendait son patron, admirant l'onéreuse collection de clubs de golf qui trônait sur un mur. Ryan lui signala sa présence par un raclement de gorge. Sullivan laissa là son ouvrage et pivota sur ses talons.

_Monsieur Ryan, commença l'irlandais. Je...

_C'est bon, déclara Andrew en faisant un geste circulaire de la main. Pas de problème. 

Le maître de la ville s'assit dans son fauteuil préféré et étira ses membres. Parfois, il avait l'impression de sentir le poids de chacune de ses cinquante-huit années et se désespérait de ne pas avoir d'héritier.

Bien sûr, il avait Rapture, la Grande Chaîne et tout le reste. Les rapturiens étaient sa famille. Mais malgré tout, il aurait aimé avoir un enfant qui porterait son sang et ses idées. Qui pourrait poursuivre la lignée des Ryan après lui.

Andrew regarda le chef de la sécurité qui transpirait à grosses gouttes. Cela rendit Ryan également nerveux : Sullivan n'était pas le genre d'homme à s'inquiéter pour un rien.

_Vos conclusions, demanda sèchement Ryan.

_Terribles, répondit simplement l'officier. Fontaine est bien plus dangereux que ce que nous pensions.

_Expliquez-vous.

_La contrebande et l'ADAM ont fourni à Fontaine un incroyable pouvoir sur les bas fonds de la cité. Toute la pègre de Rapture est à ses pieds et craint bien plus Fontaine que nous.

_Vous en êtes sûr ?

Sullivan hocha la tête :

_Moi et mes hommes avons "interrogé" un des contrebandiers de Fontaine. Il n'a rien voulu dire, même après que nous lui ayons cassé les...

Ryan le stoppa dans son élan :

_Stop ! De grâce...épargnez moi le reste. Allez au but.

Sullivan prit un air grave :

_J'ai finalement obtenu des informations de la part d'un des hommes de Fontaine. Il est en train de bâtir une armée. Il posséde des armes, des munitions et certains de ses partisans auraient reçu des injections de plasmides de combat.

_De combat ? répéta Ryan

_C'est simple : imaginez qu'au lieu de se servir d'un plasmide de feu pour allumer son cigare, on s'en serve pour faire brûler un homme.

Ryan sentit un terrible frisson parcourir son corps. Une telle arme entre les mains des hommes de Fontaine ? C'était comme confier la bombe atomique à un fou. Un sourire triste étira les lèvres du maître de la ville :

_Alors nous n'avons plus le choix mon ami...nous devons passer à l'action. Couper la main.

_Je vous demande pardon ? questionna Sullivan.

_Non, rien, je pensais à haute voix. Vous allez procéder à l'arestation de Frank Fontaine dès ce soir. Vous menerez vos hommes dans les quartiers des contrebandiers et à Fontaine Futuristics. Faites-vous accompagner par MacDonagh. Il s'occupera de nationaliser l'entreprise.

_Monsieur Ryan...hésita Sullivan. Nationaliser l'entreprise de Fontaine, c'est peut-être un peu...

Andrew le coupa.

_C'est indispensable. C'est cette entreprise qui contrôle les plasmides. Je ne veux pas qu'un autre parasite en devienne maître.

_Et comment comptez vous "nationaliser" ? Il n'y a pas d'Etat à Rapture.

_Fontaine Futuristics deviendra possession de Ryan Industries. Si mon entreprise contrôle les plasmides, cela évitera tout débordement.

_Je crains que le peuple n'apprécie pas.

_Au diable le peuple ! cracha Ryan. Ce qu'il veut c'est des plasmides, non ? Alors peu lui importera que cela soit moi ou Fontaine qui lui tende la coupe du moment qu'il peut y boire ! 

Sullivan s'inclina.

_A vos ordres monsieur Ryan. Je ferais quand même renforcer la sécurité autour de votre bureau. On ne sait jamais.

Ryan le remercia d'un hochement de tête et le reconduisit. Resté seul dans son bureau, il alla embrasser Rapture du regard.

_Ne t'inquiètes pas. Je vais m'occuper de ce parasite avant qu'il ne s'attaque à toi.    

Il tendit le bras et caressa la vitre du bout des doigts.

_Ma fille...murmura t-il.

  

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