L' Âme Maudite

Chapitre 35 : Disparitions Suspectes, deuxième partie

1234 mots, Catégorie: K+

Dernière mise à jour 30/10/2026 07:50

La lumière du matin filtrait entre les rideaux de la grande salle.


William referma la porte derrière lui.


Son regard se posa immédiatement sur le cercueil au milieu de la pièce.


Héloïse Wayte y reposait inconsciente.


136649, lui, dormait assis contre le cercueil, la tête rejetée en arrière. Ses longs cheveux argentés s'étaient répandus sur le bois et jusque sur la jeune femme. Plusieurs mèches recouvraient son épaule, son cou et une partie de son visage.


William considéra cette installation une seconde.


Il était difficile d'imaginer une attitude moins professionnelle.


— 136649.


Un œil vert apparut sous la frange du croque-mort.


William s'avança et sortit une enveloppe de son manteau.


— J'ai ce que vous avez demandé.


Cette fois, Undertaker ouvrit les deux yeux.


Son attention se porta aussitôt sur l'enveloppe.


Il se redressa.


— Oh ?


William la lui tendit.


— Tout ce qui a pu être récupéré de Jade Blodweell.


Undertaker l'ouvrit.


Un fragment de pellicule détrempé reposait à l'intérieur.


Quelques centimètres à peine.


Il le prit entre deux doigts.


L'eau avait effacé tout ce qu'il avait autrefois contenu. À son extrémité, deux mots demeuraient cependant lisibles.


THE END


Le sourire d'Undertaker s'élargit.


William ajusta ses lunettes.


— Le démon a consommé son âme. C'est tout ce qu'il reste de sa lanterne.


— Quelle gourmandise...


— Comme à leur habitude, ces créatures parviennent à transformer les opérations les plus élémentaires en complications administratives inutiles.


Une âme inscrite sur les listes aurait dû être collectée à l'heure prévue.


Il avait suffi de l'intervention d'un démon pour que l'Organisation doive finalement se contenter de quelques centimètres de pellicule repêchés dans un lac.


Typique.


Undertaker, lui, ne semblait nullement contrarié.


Il contemplait le THE END détrempé avec un intérêt presque réjoui.


Puis son regard glissa vers Héloïse.


William suivit ce mouvement.


Il ignorait ce que 136649 comptait faire.


Cela ne figurait pas dans ses instructions.


Le bureau des Affaires générales avait validé l'accord. Sa tâche consistait à remettre le fragment demandé, à surveiller 136649 et à s'assurer qu'Eloa soit replacée sous confinement.


Rien de plus.


Undertaker releva finalement les yeux.


— Et ma contrepartie ?


Voilà au moins une question dont William connaissait la réponse.


— Lorsque vous aurez rempli votre part de l'accord.


Un petit rire lui échappa.


— Quelle méfiance.


— Une précaution.


— Hih... Bien sûr.


Undertaker posa distraitement l'enveloppe sur le ventre d'Héloïse.


William suivit le geste des yeux.


La jeune femme ne bougea pas.


— Puisque tu vas me tenir compagnie...


— Je suis chargé de vous surveiller.


Le sourire du croque-mort s'étira.


— Hih... C'est encore mieux.


Il se dirigea vers la porte.


— Viens. Je prépare un petit spectacle.


— Je ne suis pas ici pour me divertir.


Undertaker lui adressa un regard par-dessus son épaule.


— Je sais.


Puis il disparut dans le couloir.


William ajusta ses lunettes.


Et le suivit.


Le jour déclinait sur le cimetière de Kettering.


Ciel attendait près de la sépulture de Louise Lehzen, assis sur le muret de pierre qui bordait l'allée. Sa canne reposait contre sa jambe.


Deux pigeons picoraient entre les tombes quelques mètres plus loin.


Ciel les observait avec une irritation croissante lorsque Sebastian apparut au bout de l'allée, son long manteau noir fermé jusqu'au col. 


— Tu en as mis du temps.


— Toutes mes excuses.


Le majordome s'arrêta devant lui.


Son regard descendit brièvement vers les bras que Ciel avait croisés contre sa poitrine.


— Vous avez froid.


— Non.


Ciel lui lança un regard noir.


— Les policiers ?


— Une information concernant un homme aperçu près d'un autre cimetière a éveillé leur intérêt. Ils ne devraient pas revenir avant plusieurs heures.


— Elle était crédible ?


— Suffisamment.


Ciel se leva.


— Bien. Il ne reste plus qu'à attendre.


Sebastian regarda le ciel.


— La nuit promet d'être longue.


— Je m'en remettrai.


— Je n'en doute pas.


Le soleil disparut peu à peu derrière les arbres.


Lorsque l'obscurité eut entièrement gagné le cimetière, Sebastian alluma une petite lampe et la posa au pied de la tombe.


Sur la pierre, le nom de Louise Lehzen se distinguait encore dans la lumière vacillante.


Ils attendirent.


Une heure passa.


Puis une autre.


Ciel consulta sa montre.


— Rien.


— En effet.


— Tu es certain que personne n'est entré ?


— Absolument.


Ciel s'appuya contre la pierre derrière lui.


Quelques minutes plus tard, sa tête s'inclina légèrement.


Il la redressa aussitôt.


Sebastian ne fit aucun commentaire.


— Ne dis rien.


— Je n'en avais pas l'intention.


Ciel ferma les yeux une seconde.


Puis deux.


— Sebastian.


— Oui, jeune maître ?


— Tu me réveilles immédiatement s'il se passe quoi que ce soit.


— Évidemment.


Ciel rouvrit un œil.


Sebastian sourit.


— Immédiatement, jeune maître.


Ciel referma les yeux.


Quelques minutes suffirent pour que sa respiration devienne régulière.


Sebastian l'observa brièvement avant de retirer son manteau et de le déposer sur lui. Il éteignit ensuite la lampe.


Une source de lumière au milieu d'un cimetière désert aurait signalé inutilement leur position.


Pour lui, l'obscurité ne constituait guère un problème.


Le silence retomba.


Une heure encore s'écoula.


Puis quelque chose gratta sous terre.


Le regard de Sebastian se tourna immédiatement vers la sépulture.


Le bruit recommença.


La terre remua.


Sebastian attrapa Ciel et le tira en arrière au moment où le sol s'effondrait devant eux. Une main grisâtre en jaillit brusquement.


— Qu'est-ce que—


Ciel se réveilla d'un coup.


— Nous avons de la compagnie, jeune maître.


Sebastian ralluma la lampe.


Ciel cligna des yeux, puis se retourna vers la tombe.


Une seconde main venait d'émerger.


Puis un visage.


Une femme âgée se hissa lentement hors de la terre.


Sa luxueuse robe funéraire était déchirée et couverte de boue. Ses cheveux gris collaient à son visage. La décomposition avait creusé ses joues et terni sa peau.


Ciel se redressa complètement.


— Louise Lehzen.


Sebastian se plaça légèrement devant lui.


La morte continua de s'extraire de sa tombe.


Un craquement sec accompagna le mouvement de son épaule.


Elle ne sembla pas le sentir.


Sebastian l'observa avec intérêt.


— Voilà qui est curieux.


— Elle est morte.


— Indiscutablement.


Le corps acheva de se redresser.


Sa tête retomba un instant sur le côté avant de revenir lentement dans l'axe.


Ciel resserra sa main autour de sa canne.


— Sebastian.


— Elle ne semble pas vouloir nous attaquer.


La femme fit un pas.


Puis un autre.


Elle leva lentement un bras et plaça la seconde main devant elle.


Puis elle pivota.


Ciel fronça les sourcils.


La morte recommença.


Un pas de côté.


Un demi-tour maladroit.


Puis encore un.


Comme si une musique inaudible guidait ses mouvements.


— Elle danse ?


Sebastian suivit des yeux l'étrange valse.


— C'est ce qu'il semblerait.


Louise effectua encore un tour avant de s'éloigner entre les tombes, poursuivant seule les mêmes pas irréguliers.


Ciel se mit immédiatement en mouvement.


— On la suit.


Sebastian récupéra son manteau et l'enfila avant de ramasser la lampe.


— Et ne la quitte pas des yeux.


Un sourire discret reparut sur les lèvres du démon.


— Yes, my lord.


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