The Rescue's Hope par

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Side Story / Drame / Romance

2 Chapitre 2

Catégorie: T , 4644 mots
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« Je t’avais prévenu, Hisagi. Maintenant, il est sans doute trop tard. »

En effet, c’était bien ce qui terrifiait le plus Shûhei : Tsunata venait d’accepter de devenir Capitaine, certifiant qu’il l’avait donc définitivement perdue. A qui la faute ? La réponse était tellement évidente qu’il ne prit même pas la peine de la formuler. Kira, Rangiku, Kurosaki et son Capitaine avaient eu raison : aujourd’hui, il s’en mordait bel et bien les doigts.

Le crépuscule venait d’arriver, lui signifiant que cela devait faire cinq ou six heures qu’il déambulait dans tout le Seireitei d’un pas absent sans but précis. Son cœur battait la chamade alors que son esprit, embrumé, se perdait dans l’élaboration de nombreuses méthodes potentielles pour réparer ses fautes. Bien entendu, l’idée de demander conseil à ses amis lui avait traversé l’esprit, mais il avait fini par y renoncer : après tout, ne l’avaient-ils pas mis en garde à de nombreuses reprises ?

Le choix de son ancienne coéquipière marquait à l’encre rouge la fin de tout ce qui les liait à ce jour, mais il ne pouvait pas lui en vouloir pour cela. Comment l’aurait-il pu ? Tout ceci n’était que le résultat de la distance qu’il avait lui-même instauré entre eux, il était normal qu’elle finisse par vouloir aller de l’avant sans se préoccuper de lui.

Une grimace douloureuse étira ses lèvres de biais. A présent, il devrait apprendre à la regarder silencieusement devenir une parfaite inconnue, à voir se dessiner sur ses lèvres parfaites son plus beau sourire pour d’autres que lui, à l’observer vivre sans lui. Peut-être allait-elle en oublier jusqu’à son nom et tourner la page dans les bras d’un Shinigami sortit d’on-ne-sait-où ? Cette hypothèse le mit hors de lui. Il restait conscient que cette torture psychologique était amplement méritée, mais cela ne changeait rien au fait qu’une telle scène restait des plus difficiles à imaginer.

Il s’arrêta. Le regard dans le vague, il prit l’initiative de mettre fin à son errance sans but et vota pour une destination bien précise, une qui lui rappellerait de merveilleux souvenirs en la compagnie de Tsunata, une où il pourrait laisser s’exprimer toute la douleur qu’il renfermait dans son for intérieur. D’un pas plus engagé, il parcourut le petit kilomètre qui le séparait de son but. Une chance pour lui que celui-ci se trouvait si près de sa précédente position, sans quoi il n’aurait pu être sûr de pouvoir se tenir jusqu’au moment de son arrivée.

Les paysages défilèrent dans son champ de vision panoramique. Il ne restait au cœur des rues plongées dans la pénombre, éclairées par la faible lueur de quelques bougies et lampes à huile, qu’une poignée de Shinigami soit légèrement alcoolisés, soit de garde. Ainsi, personne ne détourna le regard pour observer la course folle du ténébreux et l’interroger sur sa veille tardive.

Cinq minutes plus tard, il parvint enfin là où son cœur l’avait guidé. Fort heureusement pour lui, l’endroit ne pouvait être plus désertique, lui permettant de la sorte de pouvoir se laisser aller à une énième flagellation mentale sans risquer d’être interrompu jusqu’au petit matin si l’envie l’en prenait. De plus, comme si le destin s’en était mêlé, sa Division tout entière avait le lendemain quartiers libres. Une nuit blanche ne serait donc une gêne pour personne.

Sans nécessairement le désirer, Shûhei s’arrêta de nouveau. Il contempla silencieusement cet endroit autrefois synonyme de tant de tendres souvenirs avec la jolie blonde qui, en ces instants, était encore sa précieuse coéquipière. Rien n’avait changé depuis trois mois, constatation qui lui arracha un pâle sourire. A la différence près que les épais buissons qui cernaient la petite place étaient à présent ornés de petites fleurs aux coloris divers et variés, le spectacle offert par l’eau de la fontaine offrait toujours ce même sentiment de réconfort et d’apaisement.

Il s’approcha d’un pas lent. Lorsqu’il fut à hauteur de la sculpture de pierre, il se laissa lourdement tomber à genoux. Les bras entremêlés, appuyés sur le bord froid et humide, il y nicha son menton et observa sans vraiment la voir la danse aquatique qui s’exécutait inlassablement devant lui : tout ce qu’il arrivait vraiment à distinguer restait les jeux de lumière lunaire dans les mouvements saisissants de l’eau, l’éblouissant comme l’éclat de véritables diamants, les mêmes que ceux qui vibraient dans les yeux de Tsunata lorsque celle-ci se mettait à contempler avec envie un sachet de sucreries rempli à ras-bord par sa meilleure amie dans le monde des humains.

Une désagréable sensation remonta la pente de son œsophage : l’ignorer un mois durant était une chose, mais concevoir sa vie sans elle en était une autre. D’ailleurs, bien avant la nomination de la jeune femme – pour ne pas dire dès son arrivée dans les infirmeries de la Quatrième Division –, Shûhei avait commencé à connaître les limites de sa détermination. Depuis le départ, l’absence de sa coéquipière lui avait été insupportable, mais plus les jours défilaient, moins elle devenait gérable. Une semaine encore, et le ténébreux aurait fini par craquer ; seulement, il avait été pris de court par les récents événements, et c’était sans doute bien fait pour lui.

Il se rappela amèrement la fois où lui et Tsunata s’étaient retrouvés près de cette même fontaine et avaient observé ensemble l’astre lunaire inonder de sa lumière opaline la Soul Society encore endormie, avant que Shûhei ne lui fasse le serment de ne jamais l’abandonner.

S’il en avait eu la force, il se serait bien volontiers frappé. Etait-il profondément stupide, ou quelqu’un – par le biais de techniques vaudous ou de cruelles manipulations mentales – s’amusait-il à le faire saboter toutes les opportunités qu’il avait d’être heureux ? Il poussa un interminable soupir. Ses yeux, plongés dans les remous de l’eau translucide, s’emplirent progressivement de la matérialisation de son désarroi. Lui, un Vice-Capitaine de renom dont la réputation n’était plus à faire, pleurait à chaudes larmes. Après tout, qui pouvait l’en empêcher ? Par sa faute, à lui et son comportement juvénile, il avait perdu celle qui lui donnait une raison de sortir un pied du lit chaque matin, de regarder droit devant et non derrière, de devenir plus fort et de se sentir mieux dans sa peau. Dire qu’il avait tout fichu en l’air était un parfait euphémisme.

Alors qu’une nouvelle larme quitta la commissure de son œil pour rouler tristement le long de sa joue marquée par ses trois cicatrices parallèles, Shûhei perçut un bruit non loin de lui. Un claquement, pour être exact. Celui occasionné par un caillou que l’on malmène contre les pavés d’une des rues annexes. Alerté, il se redressa et essuya d’un geste vif ses pommettes aqueuses et jeta son regard sur les quatre points cardinaux. Il sentit alors une présence se matérialiser dans son angle mort. Le brun se tourna dans une lenteur absurde et écarquilla ses yeux d’un gris argenté en découvrant la personne qui avait apparemment eu la même idée que lui.

–  C’est bien toi ? s’enquit-il.

La personne le considéra d’un air incrédule, arquant un sourcil pour l’occasion. Son cœur tambourinant contre ses côtes, elle sentit la panique la submerger et tourna les talons dans un mouvement bref pour rebrousser chemin.

–  Attends, Tsunata !

Celle-ci se figea, raidie par l’entente de son nom prononcé dans la bouche de celui qui l’avait tant fait souffrir.

Shûhei, quant à lui, se dressa d’un bond sur ses longues jambes musclées. Il observa attentivement la longue chevelure de Tsunata briller sous le joug du clair de lune et virevolter au gré de la légère brise fraiche fidèle au printemps. Il entreprit de s’approcher d’elle, mais à peine eut-il le temps d’achever son premier pas qu’elle annonça froidement :

–  Reste où tu es.

Le ton cinglant qu’elle avait employé le dissuada d’en faire autrement, accentuant cet arrière-goût désagréable dont il n’arrivait plus à se défaire : celui de l’avoir perdue à tout jamais. Néanmoins, ce silence pesant, à des années-lumière des éclats de rire qu’ils avaient partagé par le passé, fut de trop pour lui.

–  Tsunata, commença-t-il, je…

–  Je n’ai aucune envie de t’entendre, Shûhei Hisagi.

Il se tut un instant, avant de reprendre d’un ton des plus tristes en abaissant la tête :

–  Toutes mes félicitations pour ta promotion, Tsunata. Tu feras un excellent Capitaine, probablement l’un des meilleurs que la Soul Society n’ait jamais connu.

Elle ne broncha pas, plantée devant lui sans esquisser le moindre geste.

–  Tu as l’air en forme, poursuivit-il.

Un faible son franchit la barrière de ses lèvres qu’il savait alors crispées, une sorte de gloussement exprimant davantage sa consternation plutôt que le rire habituel dont elle seule avait le secret.

–  Je suis désolé de t’avoir…

–  Accorde-moi une faveur, et ferme-la. Je ne suis pas d’humeur à entendre tes excuses. Ni maintenant, ni jamais.

Tandis qu’il sentit la situation tourner à son désavantage, Tsunata pivota sur elle-même pour lui faire face : ses yeux, d’un vert pourtant si lumineux, emprunts de vie et de malice, étaient à présent aussi glacials que la mort, vides de toute émotion. Shûhei se sentit défaillir tant ils s’avéraient foudroyants.

–  Toi et moi n’avons plus rien à nous dire. C’est toi-même qui l’as décidé. Ce serait bien trop facile de revenir maintenant en rampant.

–  Je voulais simplement te dire que je…

–  Que tu es désolé, le coupa-t-elle, oui, j’avais compris la première fois. Seulement, je n’en ai rien à faire de tes excuses. Tu as pris une décision, assume-la ne serait-ce que par honneur pour ton rang de Vice-Capitaine.

Alors qu’elle choisit de partir, Shûhei l’interpela une fois de plus.

–  Tu ne t’es jamais demandé pourquoi je m’étais tenu à distance de toi ?

Tsunata se raidit, avant de déclarer d’un ton des plus acerbes :

–  Bien sûr que si. Il ne m’a pas fallu aller chercher très loin pour trouver une explication.

–  Quelle est-elle ?

Elle soupira bruyamment, visiblement exaspérée par cet interrogatoire nocturne improvisé. Elle se tourna de nouveau à son adresse.

–  La promesse que tu m’as faite. Pas celle que tu as rompue il y a un mois, non. Celle que, au contraire, tu as parfaitement tenue : me détester si j’utilisais la permutation pour te sauver. Je l’ai fait, et tu as respecté ta parole. Que puis-je ajouter de plus à ça ? Comme je te l’ai dit ce jour-là, je me fous éperdument de ton avis : tu es en vie, et c’est tout ce qui importe. Maintenant, excuse-moi, mais je dois me présenter demain à la première heure dans la salle de réunion des Capitaines pour la cérémonie. Bonne nuit, Shûhei.

–  Ce n’est pas pour cette raison que j’ai agis ainsi, Tsunata.

–  Ça, je n’en sais rien et ne veux pas le savoir. C’était il y a un mois que tu aurais dû venir m’en parler, pas une fois qu’il est trop tard.

Shûhei déglutit péniblement : il savait d’ores et déjà que, pour lui, c’était perdu d’avance, mais l’entendre confirmer ses soupçons de vive voix était bien plus douloureux qu’il ne l’aurait pensé. Toutefois, il prit sur lui.

–  Je n’en avais pas la force, avoua-t-il.

–  Arrête, tu vas me faire pleurer, ironisa la jeune femme.

–  Si j’étais venu te trouver il y a un mois, jamais je n’aurai pu tenir mes résolutions !

–  Et ça aurait été une si mauvaise chose que ça ?

En prononçant ces mots, elle jeta à son ancien coéquipier un regard lourd de reproches et, surtout, de tristesse. Sa voix, tremblante, sut convaincre le ténébreux qu’il venait de toucher la corde sensible.

–  Ce n’est pas ce que je voulais dire, assura-t-il, c’est seulement qu’il s’agissait de la meilleure chose à faire ! Mais maintenant, je le regrette.

Dos à lui, elle dit :

–  Je suis navrée mais, de mon côté, le temps des explications est passé. Tout ce que je garde, c’est le fait de m’être réveillée dans la Quatrième Division avec des douleurs dans chaque parcelle de mon corps, sans la moindre possibilité de me lever, de bouger, et sans quiconque pour m’expliquer ce qui m’était arrivé. Je me suis réveillée seule, Shûhei. Tu n’étais pas là, et je ne savais pas pourquoi. Le dernier souvenir que j’avais était celui de notre dispute, avant que tout ne devienne qu’un gouffre sombre qui m’effrayait autant qu’il m’attristait. Lorsque Rangiku, Isane-san et les autres m’ont brièvement raconté ce qu’il s’était passé, tu sais quel a été mon seul regret ?

Le jeune homme resta interdit, le regard braqué sur la jolie blonde dont la voix devenait de moins en moins contrôlable, l’oreille tendue à son paroxysme.

–  C’était que tu ne l’aies pas laissée gagner, Shûhei. Que tu ne m’aies pas laissée mourir des mains de Miya une bonne fois pour toutes.

Le sang du ténébreux ne fit qu’un tour.

–  Maintenant, si tu veux bien m’excuser, je dois me reposer avant de prendre mes responsabilités au sein de la Troisième Division.

Alors qu’elle s’éloignait une fois de plus de lui dans ce qu’il était certain d’être leur tout dernier échange verbal, il utilisa un shunpo et apparut devant elle, si proche qu’elle n’eut le temps de réaliser sa soudaine proximité et percuta de plein fouet le torse contre lequel elle avait tant aimé se blottir. Avant même qu’elle n’ait pu se frotter le front pour atténuer la douleur, son corps se retrouva enlacé par les bras puissants de Shûhei, ne lui laissant ainsi ni la possibilité de se débattre, ni celle de s’échapper. Néanmoins, c’était sans compter sur le caractère borné à souhait de Tsunata, qui tenta sans y parvenir de repousser de ses petits poings serrés l’étreinte de son ancien partenaire.

–  Shûhei, lâche-moi.

–  Pas tant que tu ne m’auras pas écouté, dit-il d’un ton ferme.

–  Je t’ai dit de me lâcher ! Je n’ai aucune envie de te voir, encore moins de t’entendre, et je ne te parle même pas du fait de te sentir me toucher !

–  Je ne cèderais pas, Tsunata. Plus vite tu entendras ce que j’ai à te dire, plus vite tu seras libre.

–  Je me fous de tes excuses à dormir debout ! Laisse-moi partir, ou je t’envoie un Souffle Blanc à bout portant, et ne compte pas sur moi pour te soigner !

–  Grand bien te fasse, ça m’est égal. Je vais t’expliquer les raisons de mon absence, et tu vas m’écouter bien sagement.

–  Et en quel honneur est-ce que je ferai ça pour toi ?

–  Parce que tu n’as pas le choix.

Elle grogna puis, voyant qu’elle n’arriverait à rien sans lui faire de mal, cessa de se débattre et soupira :

–  Fais vite.

Shûhei se détendit, profondément soulagé. C’était une maigre victoire, certes, mais une victoire quand même. Il se permit de rendre son étreinte plus douce, plus tendre, en posant l’une de ses mains derrière la tête de la jeune femme et en la ramenant contre son pectoral. Il nicha son nez dans les cheveux de Tsunata et s’imprégna de cette fragrance sucrée qui lui avait tant manqué.

–  N’en profite pas.

Elle disait cela, mais ne pouvait s’empêcher de rougir en sentant le cœur du ténébreux battre plus fort tandis qu’il se délectait de son parfum. Toutefois, elle tâcha de ne pas s’en formaliser : Shûhei et elle, c’était de l’histoire ancienne.

–  D’abord, commença-t-il, j’aimerais que tu ne profères plus d’absurdités telles que tu aurais préféré mourir des mains de cette folle à lier.

Elle tenta de nouveau de s’écarter du jeune homme, en vain.

–  Je t’en pris, je n’ai pas besoin de tes leçons de morale.

–  Je n’ai pas fini.

Tsunata se calma de nouveau, non sans soupirer de lassitude.

–  Les autres t’ont peut-être raconté que tu avais été enlevée, mais t’ont-ils expliqué comment ça s’était passé ?

Elle répondit par le silence.

–  Tsunata ?

–  Ils ne m’ont rien dit.

–  Comme tu le sais, toi et moi, on venait de se disputer. Néanmoins, après être parti de chez toi, je me suis rendu compte à quel point j’avais pu être con de réagir ainsi à ton égard.

–  Con ? reprit-elle. Le mot est faible.

Le Vice-Capitaine tenta de ne pas s’en offusquer et poursuivit :

–  Quand je suis arrivé chez toi, elle te tenait, inconsciente, et s’est volatilisée la seconde d’après.

–  En dehors du fait que tu t’en es voulu de t’être conduit comme un parfait abruti, qu’est-ce que ça m’apporte de plus de savoir ça ?

–  Tu ne comprends pas ?

–  Pour tout t’avouer, je commence à en avoir marre de jouer aux devinettes avec toi.

Sa prise sur la jeune femme s’intensifia soudainement.

–  Tu t’es laissé avoir par cette fille, Tsunata. Dans ton état normal, tu aurais pu en venir à bout aisément. Seulement, on venait de se disputer après que tu aies veillé deux jours consécutifs sur moi avec tout juste trente minutes de repos. Si je n’avais pas été là, rien de tout ça ne serait arrivé : tu serais restée attentive à ce qui t’entourait, tu te serais défendue lorsqu’elle serait venue te chercher, et tu n’aurais sans doute pas perdu la vie au sens propre du terme. Par ma faute, tu as perdu la seule chance que tu avais de pouvoir un jour retrouver une vie normale, Tsunata. Je suis néfaste pour toi, tu es bien plus en sécurité si je ne suis plus là, à tes côtés.

Le souffle coupé, l’ancienne remplaçante resta stoïque, muette, dans l’incapacité de ne serait-ce que battre des cils.

–  Si je me suis tenu éloigné de toi, c’était uniquement pour te protéger. Seulement, tu vois, la vie sans toi est encore plus difficile que ce que j’avais imaginé. Ton sourire me manque, ta bonne humeur me manque, tes coups de gueule me manquent, ta présence me manque… Bref, j’ai sans doute fait la plus grosse erreur de toute ma vie en prenant la décision de te laisser seule, mais aujourd’hui, je le regrette sincèrement. Je pense même que je le regretterai jusqu’à la fin de mes jours. Cependant, je ne suis pas aussi stupide que j’en ai l’air : je sais qu’il est trop tard pour revenir en arrière, et je ne t’en demande pas tant. Je voudrais juste que tu comprennes que je ne t’ai jamais haïe, Tsunata, j’en suis tout bonnement incapable. Pour moi, tu es et resteras ma précieuse coéquipière, celle qui m’a redonné le goût de vivre, celle à qui je dois tout aujourd’hui. Je suis désolé, tellement désolé de t’avoir tant fait souffrir, toi, ma petite Shinigami remplaçante devenue aujourd’hui Capitaine du Gotei 13. Je suis si fier de toi, de tout ce que tu as accompli. J’espère qu’avec le temps, tu arriveras à me pardonner, mais dans le cas contraire, je tiens à te remercier pour tout le bonheur que tu m’as apporté, Tsunata.

Shûhei réprima au mieux l’émotion qui menaçait de le submerger, et termina :

–  Bonne chance pour la prise de tes fonctions, demain. Je suis sûr que tu deviendras un des Capitaines les plus respectés de l’histoire de la Soul Society, et que la Troisième Division t’adorera.

Bien que son cœur se tordît de douleur dans sa poitrine, le ténébreux relâcha son étreinte sur la jolie blonde et entreprit de la libérer de ses bras puissants.

Sans crier gare, les mains de Tsunata se refermèrent sur le haut du kosode de Shûhei. Interloqué par cette réaction qu’il ne s’expliquait pas, il rougit davantage en la sentant blottir son visage contre lui et souffler douloureusement à même sa peau hâlée :

–  Idiot.

Shûhei l’emprisonna de nouveau en la sentant défaillir sous son propre poids ; alors qu’elle tombait au sol, il suivit son mouvement et tous deux atterrirent brutalement sur les genoux, soulevant autour d’eux une faible nuée poussiéreuse.

–  Idiot, idiot, idiot !

Il le sentait : à présent, Tsunata pleurait. Ses épaules tressautaient au gré de ses soubresauts et hoquets de chagrin. Ses larmes s’écrasaient sur ce que le haut du shihakushô du brun laissait à découvert.

Dévasté par ce qu’il avait lui-même provoqué, il l’enlaça plus fort encore pour la cajoler tendrement.

–  Comment as-tu… Comment as-tu pu croire un seul instant me rendre service en m’abandonnant, Shûhei ? J’ai sincèrement cru qu’on ne s’adresserait plus jamais la parole, toi et moi ; que jamais tu ne me pardonnerais de t’avoir désobéi au péril de ma vie ! Tu voulais me protéger ? Mais enfin, quand comprendras-tu qu’une vie sans toi ne vaut pas la peine d’être vécue ! Je te l’ai pourtant déjà dis, non ? Tu es ma famille, Shûhei ! Tu es bien plus qu’un coéquipier, ou quoi que ce soit d’autre ! J’ai besoin de toi pour avancer ! Comment est-ce que t’as pu me faire ça, espèce d’imbécile profond !

En s’écriant de la sorte dans le tableau obscur de cette nuit de Mars, elle le martelait de ses petits poings crispés dans des coups qui le chatouillaient davantage qu’ils ne lui faisaient de mal. En dépit de tous ses efforts, Shûhei ne put se retenir et éclata de rire : cette Tsunata colérique qui débitait des insultes comme des bonjours lui avait tant manqué. Il la retrouvait enfin, celle avec qui, jadis, il avait partagé les moments les plus agréables de sa longue et périlleuse vie, et cela l’emplissait d’une sensation des plus délectables.

Cependant, Tsunata ne l’entendit pas de cette oreille. Elle s’écarta du jeune homme balafré – bien que toujours dans ses bras – et s’enflamma :

–  On peut savoir ce qui te fait marrer comme ça, sombre abruti ?

En guise de réponse, il réduisit la distance entre eux deux à son minimum et posa avec beaucoup de douceur ses lèvres contre le front partiellement couvert de mèches dorées de Tsunata. Hébétée par ce geste, elle se calma instantanément. La chaleur dégagée par ce baiser, la tendresse réconfortante qui en émanait et l’enivrait… Son cœur battait la chamade tandis que l’odeur boisée du jeune homme lui faisait tourner la tête. Son absence lui avait autant pesé que sa présence lui faisait de bien.

Alors qu’il se recula et essuya de son pouce les larmes qui masquaient les lignes parfaites du visage de Tsunata, celle-ci se plaqua contre lui sans plus de cérémonie et l’enlaça de son mieux avec une poigne qu’il ne lui sous-estimait pas.

–  Tsunata ? rougit Shûhei brusquement.

–  Ne me fais plus jamais ça, crétin.

Le Vice-Capitaine de la Division de l’oubli s’empressa de lui rendre son étreinte et lui demanda doucement dans le creux de l’oreille :

–  Est-ce que… ça veut dire que tu me pardonnes ?

Elle renifla légèrement.

–  Te pardonner, oui, mais oublier, certainement pas. Ce serait trop facile pour toi de t’en tirer à si bon compte, Shûhei. Crois-moi, tu vas le sentir passer.

Dans un sourire en mesure de faire succomber n’importe qui, trop heureux pour se laisser impressionner par les menaces de la jolie blonde, le ténébreux susurra :

–  Jamais je ne voudrais vivre de nouveau loin de toi, Tsunata.

***

Le lendemain matin, alors que le soleil baignait peu à peu le Seireitei d’une douce lueur orangée, onze personnes attendaient patiemment debout dans la salle de réunion des Capitaines des Treize Armées de la Cour. En haie d’honneur, les mains le long du corps, ils ne détournèrent le regard que lorsque le douzième d’entre eux – Shunsui Kyôraku – s’éclaircit la voix et déclara :

–  Bien, tout le monde est là, nous pouvons donc commencer. Je déclare ouverte cette assemblée en l’honneur de notre nouveau Capitaine de la Troisième Division. Tu peux entrer, Tsunata-chan !

Les portes se poussèrent, laissant apparaître dans un halo de lumière une belle jeune femme aux longs cheveux blonds vêtue d’un haori blanc sans manches au dos duquel était brodé le chiffre de sa nouvelle maison.




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