The Rescue's Hope par

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Side Story / Drame / Romance

23 Chapitre 23

Catégorie: T , 2480 mots
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Il était cinq heures du matin lorsque les soldats de la Cour conviés par Shûhei Hisagi dans sa garçonnière furent tous réunis. On ne voyait parmi eux que des visages dont la renommée n’était plus à faire : Izuru Kira et Sotaro Yoshida – pour qui la convalescence avait pris fin de manière inattendue –, Renji Abarai, Ikkaku Madarame, Yumichika Ayasegawa, et même Ichigo Kurosaki, débarqué en catastrophe au Seireitei avec Orihime Inoue après que la nouvelle de la mésaventure de leur amie blonde soit parvenue aux oreilles de Kisuke Urahara. Tandis que le groupe d’hommes s’interrogeait sérieusement sur les raisons qui avaient conduit à cette réunion beaucoup trop matinale à leur goût, Shûhei fit son apparition, les traits de son visage tirés dans une moue terriblement sérieuse.

– Hisagi ! fit Ikkaku. Tu peux nous dire à quoi rime ce bordel ?

– Ouais, acquiesça Renji en bâillant aux corneilles. Ça pouvait pas attendre dix ou onze heures ? Et puis d’abord, je croyais que t’avais failli y passer. Tu pouvais pas rester au pieu, question de bon sens ?

– C’est vrai, mon vieux, intervint Izuru en se grattant distraitement l’arrière du crâne. Si Tsunata s’en aperçoit, tu vas passer un sale quart d’heure.

Shûhei croisa les bras et adopta un regard étonnamment dur.

– C’est justement à propos d’elle que je vous ai réunis.

– A quel sujet ? demanda Yumichika.

– Je pense avoir découvert la motivation des Kurotama, ce pour quoi ils sont passés à l’action l’autre jour, dans le Dangai.

– Tu veux dire, en-dehors du fait qu’ils convoitent sa tête blonde depuis plus de six mois ? lança Ikkaku, dubitatif.

– Nous faisions erreur depuis le début.

I ls le considérèrent d’un même air interdit que la fatigue accentuait significativement. On pouvait accorder aux Shinigami d’être des entités relativement endurantes, mais il ne fallait pas oublier la situation délicate dans laquelle la Soul Society était plongée depuis de nombreuses semaines, et que chaque soldat de chaque Division avait contribué à sa défense. Shûhei n’était donc pas surpris de voir les meilleurs d’entre eux papillonner béatement en essayant de comprendre ce qu’il sous-entendait ; mais son propre état de santé était des plus douteux, et il était convaincu qu’avec un peu de bonne volonté, ses camarades pouvaient être productifs eux aussi. Le premier à lui donner raison ne fut pas des moindres, à son plus grand dam. Néanmoins, il tacha de se convaincre qu’une réaction d’Ichigo Kurosaki valait toujours mieux que rien.

– Mais bon sang, qu’est-ce que tu nous chantes, Hisagi ? C’est la morphine qui te tape sur le système ?

– La quoi ? s’enquit l’accusé en haussant un sourcil.

Izuru fut le deuxième à se réveiller. Il soupira, et mit sa main en visière au-dessus de ses arcades sourcilières.

– Ne me dis pas que t’es reparti là-dessus.

L’assemblée d’orateurs se tourna vers le Vice-Capitaine aux paroles intrigantes.

– T’as une idée de ce qu’il marmonne, Kira ? interrogea Renji.

– Rangiku nous a expliqué qu’à son réveil, Hisagi était persuadé que Tsunata avait été enlevée par l’ennemi, après l’attaque. Ils auraient ensuite eu recours à une sorte de manipulation psychique pour qu’aucun Shinigami ne se souvienne d’elle. Tsunata aurait elle aussi perdu la mémoire, et se serait prise pour une Kurotama.

Les quatre étaient pendus aux lèvres d’Izuru, lorsqu’Ikkaku Madarame éclata d’un rire désopilant, vite rejoint par ses camarades. Ils riaient tellement qu’ils durent se cramponner le ventre pour tromper la douleur. Sotaro et Izuru avaient la figure désabusée par leur réaction qu’ils jugeaient exagérée, et Shûhei ne put cacher plus longtemps son degré d’agacement.

– Arrêtez de vous esclaffer comme des hyènes, bande d’abrutis !

– Non mais t’entends ce que tu dis ? pouffa Ichigo en essuyant une larme à la commissure de ses yeux. Tsunata, une Kurotama ! Sans déconner, c’est la meilleure !

– Vous l’imaginez, en train de tailler la croûte avec eux ? renchérit Ikkaku.

– Avec leurs horribles guenilles ! gloussa Yumichika.

– Sérieux, c’est pas l’imagination qui te manque ! intervint Renji. Tsunata est une Shinigami – un peu bizarre, c’est vrai, mais rien à voir avec les macchabées en sursit qui, de toute évidence, ont dû te taper un peu trop fort sur la gueule. Si tu nous as tirés du lit pour tes conneries de cauchemar, la suite risque de pas te plaire.

Une veine gonfla sur la tempe de Shûhei. Il ferma les yeux et grogna :

– Kira…

Celui-ci sentit ses cheveux se dresser sur sa tête.

– La prochaine fois, si tu pouvais te contenter de la fermer, ça m’aiderait.

– Vice-Capitaine Hisagi, qu’est-ce qui vous préoccupe autant dans la tentative de meurtre de mon maître ?

Shûhei échappa un soupir de soulagement. Sotaro n’était décidemment pas le disciple de Tsunata pour rien : il avait hérité de sa perspicacité, de la précaution dont elle faisait preuve en ne mettant aucune hypothèse sur le banc de touche, peu importe la probabilité pour que celle-ci s’avère être exacte. Il passa la main dans sa crinière ébène et prit un air nonchalant.

– Ce qui me chiffonne, c’est que ça n’avait rien d’une tentative de meurtre. Ça ressemblait davantage à celle d’un enlèvement.

Les quatre complices repartirent dans leur hilarité.

– Pour en faire un soldat de l’Armée Noire ? ricana Ikkaku en hoquetant sur chaque syllabe.

– Ou pour mener des expériences sur elle et gagner la guerre.

Les rires cessèrent.

– Attends, tu veux bien répéter ? fit Ichigo.

– Dans mon rêve – car, merci, mais je sais que c’en était un –, les Kurotama mettaient les pouvoirs de Tsunata et de Tetsuribon à contribution pour assurer leur sécurité. Maintenant, imaginez qu’ils parviennent à mettre la main sur elle et l’étudient : le souffle blanc, la permutation, la régénération spontanée… Toutes ces capacités que nous n’arrivons pas à expliquer font d’elle une source de reiatsu illimitée ! S’ils nous en privent et en prennent le contrôle…

– Ce sera la fin de la Soul Society, conclut Sotaro.

– Et, inévitablement, de toutes les dimensions qui y en dépendent.

Le sérieux se répandit comme une onde de choc dans l’appartement de Shûhei, imposant dans son sillage un silence de mort et de grands yeux écarquillés. Mais l’un d’entre eux resta sceptique, ce qui n’étonna pas plus que ça le coéquipier de Tsunata, et eut le mérite de lui faire revêtir son expression la plus dépitée.

– Peut-être qu’il s’agissait effectivement de leur but, admit Ichigo, mais tu penses sincèrement que Tsunata se laisserait faire aussi facilement ? T’as déjà essayé de lui faire faire quelque chose dont elle n’avait pas envie ?

– Là-dessus, on est d’accord. Mais, depuis Miya Tanabe, les Kurotama connaissent sa corde sensible : nous. Ils n’hésiteront pas à appuyer dessus pour l’affaiblir et la rendre vulnérable. Ils s’y sont essayés dans le Dangai, avant-hier, et si l’équipe de secours était arrivée deux minutes plus tard, l’affaire aurait été réglée.

– Alors, qu’est-ce que tu proposes ? demanda Renji.

Shûhei profita d’avoir leur entière attention pour exposer son plan.

– On sait où ils l’attendent. On s’y rend, on s’en débarrasse, et on revient avant même qu’elle n’ait eu le temps de se douter de quoi que ce soit.

– Tout ça m’a l’air un peu risqué, avoua Yumichika. Tu crois vraiment qu’à son réveil, cette entêtée va rester assise bien sagement en attendant qu’on lui apporte la tête de nos ennemis sur un plateau ?

– Sans compter que je me suis déjà rendu à Kagamino pour leur passer le bonjour, et que ces enfoirés se sont soigneusement planqués parce qu’elle n’était pas là, rappela Ichigo.

– Oui mais cette fois-ci, c’est différent : j’ai rêvé de toutes ces choses parce que le Maître me les a montrées.

L’incrédulité se lut sur le visage des six autres Shinigami.

– Qui c’est que t’appelles comme ça ? interrogea Renji.

– C’est le nom qu’il se donne. Pour le peu que j’en sais, il s’agit du Kurotama responsable de l’embuscade, et aussi de la mort de Miya Tanabe. Depuis le début, ses intentions sont toujours restées les mêmes, et il me les a clairement exposées pour me provoquer.

– Et toi, tu veux foncer tête baissée ? demanda son meilleur ami.

– Je veux leur montrer à qui ils ont affaire. Les Shinigami ne sont pas du genre à abandonner un camarade pour se préserver, et il est hors de question que je laisse passer ce qu’ils ont fait subir à Tsunata sans broncher. Que vous soyez ou non avec moi, je ne reculerai pas.

Un silence flotta dans l’air, puis Ichigo se leva et dit :

– C’est bon, je marche.

– Ouais, fit Ikkaku en le suivant. Ils vont voir ce que ça leur en coûte de se frotter à cette tête de mule !

– Laisser une pareille beauté entre les mains de ces ignobles créatures serait le pire des blasphèmes !

– Allons venger maître Tsunata !

En souriant de satisfaction, Shûhei regarda son meilleur ami. Izuru lui rendit son sourire, impressionné par la détermination qui l’animait et la force de persuasion dont il pouvait faire preuve lorsque le sujet du débat était Tsunata. Avant son arrivée au Seireitei, Shûhei Hisagi était quelqu’un de relativement effacé, qui ne brillait que par ses pitreries ou ses descentes vertigineuses de bouteilles de saké dans les bars, et se mettait en quatre pour ses compagnons par simple sens du devoir, sans jamais rien demander en retour. Il avait parcouru beaucoup de chemin depuis, et cela imposait le respect.

– Kira, tu penses pouvoir ouvrir un passage sécurisé pour Kagamino ?

Le blond bondit sur ses jambes, habité par une motivation à toute épreuve.

– Oui !

***

Une heure plus tard, dans la chambre qui avait accueilli le Vice-Capitaine mourant, les yeux de Tsunata s’ouvrirent avec le plus grand mal. Elle était persuadée, aux vues de la sensation de brûlure qui les rongeait, que de gros cernes noirs et profonds devaient les souligner. Ils se posèrent au hasard sur quelques points de la pièce, puis se refermèrent. Alors qu’elle s’apprêtait à retourner dans les bras de Morphée, une voix guillerette et un peu trop stridente à son goût l’en empêcha.

– Salut, belle blonde !

Assommée par le poids de ses longues heures de sommeil inassouvies, la jeune femme étouffa un grognement dans son oreiller.

– Quelle heure est-il, Rangiku ?

– Alors ça, je n’en ai aucune idée. Mais apparemment, il est suffisamment tard pour que nos trois amis aient décidé de s’offrir une petite balade.

Le sang de Tsunata ne fit qu’un tour. Que venait-elle de dire ? Elle tâtonna la place à côté d’elle. Rien. Le vide. Cette fois au moins, Rangiku pouvait se féliciter de l’avoir réveillée pour de bon.

– Où sont-ils allés ? demanda-t-elle en se redressant.

– Bonne question ! Je me suis levée il n’y a pas dix minutes, et impossible de leur mettre la main dessus. Personne ne les a vus sortir.

Tsunata fut en proie à un sentiment de panique virulent. Elle rejeta la couverture et quitta le lit ; mais sa maladresse légendaire trouva le moment idéal pour une piqûre de rappel : elle se prit les pieds dans le câble d’alimentation du moniteur à sa gauche, et manqua de peu une rencontre fatale entre son nez et le parquet de l’infirmerie. Fort heureusement, Rangiku était une habituée des chutes spectaculaires de son amie, et elle eut le réflexe de la rattraper au bon moment pour la blottir contre sa poitrine.

– Calme-toi un peu. Je te rappelle que tu es en pleine convalescence.

– Eux aussi ! Qu’est-ce qui leur est passé par la tête ? Shûhei est mort, hier soir, et il a failli en être de même pour nous trois !

– Je sais bien, je vais me charger de les retrouver. J’étais venue t’en informer pour éviter que tu te fasses du mouron à ton réveil.

Tsunata avait la langue pendue pour lui dire qu’elle avait raté son effet, mais elle se persuada que ce ne devait pas être nécessaire. Au lieu de cela, elle essaya de se défaire des bras de son amie, mais son état de Shinigami blessée et éreintée s’y opposa.

– On peut savoir ce que tu essaies de faire ? soupira la Vice-Capitaine.

– Il faut qu’on les rattrape, j’ai un mauvais pressentiment.

– Je t’ai dit que j’allais m’en occuper, alors détends-toi.

– Tu ne comprends pas, Rangiku ?

Interloquée par la voix tremblante de son amie, elle s’en éloigna et l’observa avec intérêt. Les yeux de Tsunata débordaient d’angoisse et de terreur.

– Je ne crois pas que Shûhei ait fait ce rêve pour rien.

***

Dans le monde réel, alors que le jour commençait à poindre à l’est de Kagamino et en colorait le ciel d’un camaïeu d’oranges, des silhouettes se dessinèrent sur les toits de bâtiments désaffectés, dans le quartier en rénovation de la ville. Le souffle du vent de juin n’avait rien de ces effluves qui vous préparent à la chaleur de l’été : il était froid, pour ne pas dire sinistre, comme le présage d’une catastrophe imminente. Les cheveux kaki qu’il balayait sur la tête d’un homme de bonne carrure dévoilèrent ses yeux ambrés, cernés de mauve. Dominant le monde de toute sa hauteur dans un sourire plein d’animosité, l’homme jubila :

– Comme c’est excitant ! J’entends d’ici les pas des Shinigami.

– Êtes-vous sûr que ça va marcher, Maître ?

Il fit un pas en avant, le regard fixé sur un point précis.

– J’en suis absolument convaincu.




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