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Univers Parallèle / Drame / Aventure

4 Changement de cap

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Changement de cap



A l’attention de Mademoiselle Kaylee Aleyna Meredis.


La Triade vous fait l’incommensurable honneur de vous offrir une place parmi les futurs Guardians de notre nation. Vous recevrez la meilleure éducation ainsi que la préparation adéquate à votre fonction. Nous sommes impatients de montrer votre potentiel au monde.


Vous pourrez rejoindre nos rangs dès la fin du mois de juillet, et vous installer dans l’internat Est. Les ouvrages et les uniformes vous seront fournis, en supplément du logement et des repas.


Dans l’attente de votre venue,


Avec tout notre respect,


La Triade. 



Tu parles d’une invitation. Le contenu de cette lettre est une vaste plaisanterie. Il n’y a pas plus hypocrite. La vérité, c’est que personne n’est jamais invité dans cette école. Refuser est considéré comme un tel outrage que vous y seriez amenés de force, ou traité comme un criminel. Mais, le titre de Guardian procure une grande renommée, et peut redorer le nom d’une famille, alors quand quelqu’un reçoit cette lettre, il est honoré, en effet. Mais pas moi. J’ai simplement l’impression d’entendre la voix malicieuse d’Abby s’éloigner et s’envoler. Je n’ai pas fondu en larmes, je n’ai pas éclaté de colère. Je suis restée là, les doigts crispés sur le papier, à survoler les mots sans être capable de les déchiffrer une seconde fois. Tout est devenu flou, brumeux. J’ai la sensation d’être sortie de mon corps.

Ma grand-mère finit par me reprendre la lettre, la lit à son tour et s’exclame qu’il faut fêter la bonne nouvelle tous ensemble. Elle a demandé à ce que l’on prépare une cannette pour le repas du midi, et à ce que l’on sorte une bouteille de champagne. La seule chose que j’ai pensé à faire, c’est requérir une coupe pour Helena et sa mère, pour l’occasion. Extasiée par l’idée d’avoir un nouveau Guardian dans sa lignée, ma grand-mère consent à leur faire ce cadeau. Malgré sa gêne, Helena esquisse un sourire une fois la coupe remplie entre ses mains. Cette vision adoucit mon humeur. J’écoute mes grands-parents se féliciter de m’avoir pour petite fille, et remercier les dieux pour le privilège que l’on m’a octroyé. Etre un Guardien, c’est un peu comme être au service de nos esprits bienfaiteurs et de leur bonté divine, d’après eux. C’est pour cette raison que ce titre est autant adulé. 

Helena et sa mère sont retournées en cuisine pour terminer le laquage de la viande. Moi je continue de les écouter déblatérer sans réagir. La porte a claqué, celle de l’entrée, cette fois. Il passe son temps à claquer les portes. Sûrement qu’à chaque fois il a des neurones en plus qui sautent. Il déboule dans la salle à manger et nous dévisage d’un air mauvais. 

« A voir la table on dirait bien que La Triade a engagé cette petit bâtarde ». Ma grand-mère est visiblement outrée, mais aucun mot ne sort de sa bouche. Son mari s’insurge quant à lui face à la violence de son fils. J’apprécierais qu’il fasse autre chose que lui hurler dessus, déjà parce que leur petite comédie n’a jamais rien changé, et parce qu’en plus ça a le don de me casser les oreilles. Personne n’ira s’étonner que je ne sois pas une personne très sereine. Bien évidemment, comme je viens de le dire, ça ne l’empêche pas de continuer sur sa lancée. « Vous êtes pitoyables de croire que cette chienne va vous amener la gloire. Elle n’est même pas une vraie Meredis, elle a la prestance d’une domestique ». Il est reparti sous les cris moralisateurs de son père. Il me haïssait déjà bien assez, mais maintenant que j’ai hérité de ce fichu titre… S’il avait pu être Guardian, il aurait eu tout la reconnaissance qu’il croit mériter. Même les cafards répugnants peuvent porter l’uniforme, mais, pas de chance, je n’en veux pas, et c’est moi qui le reçoit. Il semblerait que le destin me crache au visage. Merci. 


Le week-end s’est terminé dans la même ambiance ; mes grands-parents ravis, mon oncle aux abonnés absents, fou de rage, et moi totalement indifférente à leur état d’esprit. J’ai eu l’autorisation de retourner rendre visite aux Silber, pour annoncer la nouvelle à Abby. Mais je préfère attendre que nos examens soient terminés. J’ai passé la semaine plongée dans mes bouquins, à relire des cours en diagonale la veille de chaque épreuve. Tous les jours, je me suis rendue dans mon établissement, j’ai répondu aux questions, rendu ma copie, et je suis rentrée. Souvent, j’ai fini un peu en avance, ce qui m’a permis de me promener un peu, mais surtout de ne pas croiser trop d’étudiants sur ma route. Après la dernière épreuve, j’ai attendu Abby, installée sur les escaliers du parvis. Son visage illuminé en m’apercevant m’a rendue mélancolique.

« Salut ma guenon ! Enfin je t’attrape ! » Je lui réponds d’un sourire forcé, ce qu’elle ne manque pas de remarquer. Je ne sais pas très bien mentir, à ce qu’il parait. 

« Viens, on va chez Mary, on pourra manger des pâtisseries et prendre un chocolat chaud, ça fait des mois qu’on n’y a pas mis les pieds ». J’accepte sa proposition, très tentante, et la suit jusqu’au salon de thé. J’adore cet endroit, il y a toujours un tourne disque avec un vinyle de vieux rock ou de soul, de vieux fauteuils et banquettes en cuir, des murs en briques apparentes. Peu importe le monde qu’il y a, c’est toujours plutôt calme. Une serveuse nous installe sur une petite table de la mezzanine. On a commencé par parler un peu du Brevet, pour se moquer des surveillants trop coincés ou des étudiants trop stressés. Finalement, une fois servies, je me suis lancée :

« Abby… Je suis désolée, et vraiment dégoûtée, mais je ne pourrai pas venir avec toi à Veredia » je chuchote presque, la situation me démoralise complètement. 

« Quoi ? Ils ont refusé c’est ça ! Mais je vais aller les convaincre moi, tu vas voir ! grogne-t-elle en remontant les manches de son chemisier. Sa réaction m’amuse, comme toujours. Elle ne donne jamais l’impression de prendre les choses au sérieux. 

-      Tu pourrais les torturer mais ça ne changerait rien, j’ai reçu une lettre de La Triade, je vais devoir devenir Guardian » Je me tiens la tête d’une main et triture ma part de gâteau de l’autre. Abby prend quelques instants pour réfléchir, puis elle me sourit de nouveau :

-      C’est sûr que ça aurait été beaucoup plus amusant si tu étais venue avec moi, mais Guardian c’est la grande classe ! Et puis une fois tes trois années terminées, tu auras un passeport et tu pourras venir me rendre visite ! Peut-être même avant ! » 

Cette idée m’a un peu rassurée, même si je n’arrivais pas à me montrer aussi optimiste qu’elle. Elle m’a promis de m’envoyer une lettre chaque semaine, pour me donner des nouvelles et que je fasse de même. Abby me propose aussi d’aller faire les magasins, en profitant de la bonne humeur de mes grands-parents. 

« On t’achètera des pantalons et des shorts, tu pourras les laisser à l’internat comme ça !

-      Oui, bonne idée ! On pourra aussi passer à la musithèque, pour voir ce qu’on pourrait ajouter à nos baladeurs » j’ajoute avec enthousiasme. 

Cela fait longtemps que je n’ai pas complété ma collection de chansons, et le seul endroit pour acheter de la musique légalement, c’est à la musithèque !

On va profiter des quelques semaines qu’il nous reste pour passer du temps ensemble, tant que les Meredis sont dans de bonnes dispositions. 

Alors la semaine suivante, comme prévu, nous avons passé nos journées ensemble. Nous avons créé de nouveaux souvenirs, des moments simples mais précieux. 

Nous voilà déjà Lundi matin. On se retrouve au coin de la rue pour la journée de la remise des diplômes. Notre premier regard partagé est lourd de sens : quelle barbe cet événement. On le sait toutes les deux, il va falloir que l’on se retienne de rire en écoutant les discours solennels et élitistes. Comme le jour de la rentrée ou des fêtes nationales, nous avons l’obligation de porter notre béret rouge. Pour le reste de la tenue, il est de coutume pour les jeunes femmes de porter une robe à fleurs, pour symboliser le renouveau, à l’image du printemps. Malgré mes derniers achats, je n’ai pas l’intention d’être dévisagée toute la journée, alors j’ai respecté cette tradition sans discuter, pour une fois. 

Nous avons étouffé un fou rire à plusieurs reprises durant la cérémonie, c’était prévisible. Les regarder monter un à un sur l’estrade, transpirant la fierté, c’est hilarant. Quand le tour d’Abby arrive, elle profite de son salut général pour m’adresser un clin d’œil discret. Elle n’en a vraiment rien à faire. Quand je pense à ma grand-mère qui la trouve si distinguée, c’est à mourir de rire.  

Nous voilà donc toutes les deux avec notre Brevet d’études fondamentales. Je ne sais pas si on doit fêter l’événement ou en pleurer. Il symbolise la fin de nos années d’écoliers, d’enfants innocents et irresponsables, du moins en principe. Et c’est aussi le début d’une course contre la montre pour partager, ensemble, les journées d’été qui nous attendent. 




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