L'Etoile du Soir
Chapitre 6 : Réunion au trou du Hobbit
4653 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 12/09/2025 16:19
Pour une fois, Faith regardait avec satisfaction ses maigres affaires qui, bien rangées dans la grande armoire en bois précieux de sa nouvelle chambre, semblaient avoir un aspect presque luxueux. Au motel, tout traînait en vrac dans son sac ou par terre. Ici elle avait ressenti un besoin d'harmonie.
En petite culotte et soutien-gorge de dentelle noire – son ensemble le plus sexy, réservé aux grandes occasions qui ne s'étaient jamais vraiment présentées – elle réfléchissait sérieusement à la tenue qu'elle allait mettre. Avant, la question ne se posait même pas : jean noir, t-shirt d'un groupe de heavy metal, et basta. Mais là... elle voulait faire honneur à Arwen, lui montrer qu'elle pouvait être autre chose qu’une jolie brute en cuir. Elle finit par opter pour sa seule tenue un peu "chic" : une jupe en lin rose pâle, assez courte mais pas provocante, et un simple chemisier blanc qu'elle noua à la taille. Elle se maquilla avec plus de légèreté qu'à son habitude, un simple trait de khôl pour souligner ses yeux et un peu de gloss sur les lèvres. Elle nettoya le vernis noir de ses orteils et opta pour un ton rose pâle trouvé là – elle avait décidé de rester pieds nus parce qu'elle trouvait ça plutôt sexy…
Dans la salle de bain elle découvrit un flacon d'eau de toilette à l'étiquette sobre et élégante… Chanel N°5. Elle s'en aspergea généreusement.
- Numéro cinq... Cinq sur cinq, ma belle.
L'odeur était exquise, un sillage floral et poudré, à des années-lumière des eaux de Cologne bon marché qu'elle utilisait parfois. Toute pimpante, elle se sentait fraîche et presque... classe, elle descendit au salon, puis se dirigea vers la terrasse où devait être Arwen.
*****
Lorsque Faith apparu sur la terrasse, le visage d’Arwen s'illumina d'un large sourire. Elle s'avança vers elle et la prit dans ses bras.
- Tu es absolument ravissante, ma chérie... Vraiment... Si tu continues à me faire cet effet, je crains de te faire subir les derniers outrages avant même l'arrivée de nos amis.
Faith qui commençait à apprécier le jeu de séduction d’Arwen l’embrassa fougueusement puis recula d’un pas…
- Oui… mais il paraît que l’attente rend ça encore plus délicieux…
Arwen rit doucement, le regard brillant de désir…
- Hmm… tu apprends vite… les jeux de l’amour courtois… tu en aurais fait tourner des têtes à la cour d’amour d’Aliénor d’Aquitaine…
- C’est qui ça… une de tes ex ?
- Je n’ai pas d’ex… femme du moins, adorable sale gosse jalouse… Aliénor c’était une très grande Dame au XIIème siècle… elle a été deux fois reine et mère de trois rois dont le fameux Richard Cœur de Lion. Ma maison du Poitou se trouve dans ce qui était son Duché d'Aquitaine. Un jour je l'accompagnais avec sa suite, nous nous sommes arrêtés à un endroit que j'ai trouvé ravissant, elle était déjà très âgée et était venue remettre une charte communale à la cité de Niort. C'était en 1203... Il y a quelques années je suis revenue à cet endroit, une maison y avait été construite, je l'ai achetée. Je crois que l'ancien propriétaire n'en est pas encore revenu de la somme que je lui ai donné... lorsque je suis venue le voir, il m'avait dit qu'il ne la vendrait jamais... et puis... elle eu un petit rire.
- Houla, c'est compliqué, qu'est-ce que c'est une Charte ? Richard Coeur de Lion, lui je connais j’ai vu le dessin animé !
- Il faudra peut-être que je te raconte deux ou trois autres choses sur lui, mon cœur…
C’est alors qu’un bruit de moteur se fit entendre dans l'allée suivi de voix joyeuses. Le Scooby-Gang déboulait…
Cordelia déboucha la première sur la terrasse. Elle s'arrêta net. L'allure de la propriété était au-delà de ses pires appréhensions – ou de ses rêves les plus fous. La maison familiale des Chase, pourtant considérée comme l'une des plus luxueuses de Sunnydale, ressemblait désormais à ses yeux à une simple cabane de jardin : L’humiliation absolue.
Son regard de "fashion victim" avertie passa aussitôt au crible la tenue d'Arwen. Ok… décontraction et luxe absolu. Le genre de pièces qui coûtent plus cher que ma garde-robe entière mais qui ont l'air de ne pas y toucher. Noté. Ma robe fuchsia évite le désastre du "trop". Mais à côté d'elle... j'ai l'air d'une meringue un peu engoncée. Elle a une prestance, une façon de se tenir... C'est inné… C’est terrifiant !
Elle se dit que ses relations futures avec Arwen allaient définir, ni plus ni moins, toute sa vie sociale à venir. Puis son regard tomba sur Faith, qui se tenait à côté de l'Elfe, un peu décoiffée mais rayonnante. Et Faith... Faut admettre, même avec sa jupe rose un peu improbable, elle a une sacrée allure quand elle est à côté d'Arwen. Elles... elles vont bien ensemble, en fait. Ce qui veut dire que Faith Lehane, la paria, vient de changer de statut social. Elle est passée de "zéro absolu" à " très influente grâce à son Elfe richissime et surpuissante. Donc, Faith est une cible prioritaire. L’esprit de Cordelia continuait à fonctionner à toute allure car l’enjeu était bien plus grave que toutes les apocalypses… Et ce couple... gay, inter-espèces... C'est tellement tendance ! Tellement avant-gardiste ! Les fréquenter ostensiblement, être vue avec elles, ça va ajouter à mon image ce petit parfum de scandale chic et tolérant qui fait fureur dans les meilleurs cercles. Parfait !
Elle se demanda un instant si, pour être vraiment au top de la tendance... elle ne devrait pas avoir une aventure avec une femme ? Juste pour voir ? Pour le cool factor ? Non. Décidément, j'aime trop les garçons. Encore que... face à des avances d’Arwen et pour rendre Xander fou… j'aurais probablement eu du mal à résister. Bon, le problème ne se pose pas, l'Elfe a fait son choix, un choix complètement bizarre, mais bon. La nouvelle Faith, la petite amie officielle d’Arwen, doit impérativement devenir ma meilleure amie, c’est une question de survie sociale. D’ailleurs, elle va avoir besoin de conseils pour son look et là, c’est ma partie…
Comme un général ayant arrêté son plan de bataille, Cordelia se sentait maintenant sereine. Ce Sauron, dont Giles n'arrêtait pas de parler, pouvait bien venir ; cela ne la préoccupait pas.
Elle s'avança vers Arwen avec son sourire le plus charmeur, l'opération "Séduction Sociale d'une Elfe et de sa Tueuse d'Amie" était engagée, Cordelia comprenait ce que Eisenhower avait ressenti le 5 juin 1944… à ceci près qu’elle ne se souvenait plus trop de qui était Eisenhower…
Ce fut un assaut de mondanités. Elle proposa à Arwen et à Faith une myriade d'activités "absolument incontournables" à Sunnydale et dans les environs – les boutiques branchées, les soirées les plus sélectes, les événements caritatifs où il fallait être vu… Elle fut plutôt bien accueillie. Arwen, amusée par son énergie et ses questions parfois totalement décalées sur la vie d'une Elfe la trouvait plutôt sympathique et amusante. Faith, appréciait, elle, le côté "sans filtre" de Cordelia. Bien sûr, son obsession pour les mondanités et le statut social l'agaçait un peu, mais elle se souvenait que dans les moments de crise, Cordelia, malgré ses jérémiades, n'avait jamais vraiment flanché et avait fait preuve d'un courage inattendu et puis, surtout, elle ne lui avait jamais fait la morale...
Les autres membres du Scooby Gang s’approchaient, impressionnés par les lieux. Giles, avait soigné sa tenue : costume de campagne en lin clair, la cravate en soie nouée avec ce qu’il fallait de désinvolture, l'air d'un gentleman farmer anglais prêt pour une garden-party. Ses yeux s'écarquillèrent comme ceux d'un enfant devant un sapin de Noël en apercevant à l’intérieur, les meubles anciens, les antiquités, les tableaux de maîtres et les rangées de livres précieux.
Son regard fut aimanté par un sabre, exposé en place d'honneur sur un support mural dans le salon, visible depuis la terrasse. Il entra dans la pièce et s'approcha de l’arme, les mains jointes derrière le dos, l'air presque recueilli.
- Arwen... Est-ce que... Est-ce que ce serait possible que cette lame soit... Hadhafang ? Le sabre d'Idril, transmis à Elrond, votre père ?
- C'est bien elle, Rupert. Un héritage parfois très utile. Elle s'approcha et décrocha délicatement l'arme. Tenez, prenez-le.
Giles, les mains tremblantes, sortit précautionneusement le sabre de son fourreau. La lame légendaire, parfaitement conservée, sembla s'éveiller sous la lumière du soleil, dégageant un très léger halo bleuté, signe de sa nature elfique. Il reposa précautionneusement l’arme à sa place et ils ressortirent sur la terrasse où le groupe bavardait.
Xander et Willow observaient Faith, qui se tenait près d'Arwen et ils avaient du mal à dissimuler une certaine hostilité mêlée de méfiance. Xander n'avait pas oublié la nuit torride qu'il avait passée avec la Tueuse, suivie d'un rejet qui lui avait laissé un souvenir cuisant. Il la trouvait toujours aussi dangereuse et imprévisible. Willow, quant à elle, ne lui faisait absolument pas confiance. Le meurtre de l’adjoint Finch l’avait choqué et elle la soupçonnait d’avoir d’autres secrets à cacher.
Oz entra le dernier, traînant un peu les pieds. Il lança un regard noir à Arwen et fit clairement la tête. L'Elfe s'en aperçut mais n'en fit pas cas, se disant intérieurement que le loup-garou, revenu à sa forme humaine, n'avait probablement guère apprécié la démonstration d'autorité de la veille. Elle songea avec une pointe d'amusement qu'il aurait dû s'estimer heureux qu'elle n'ait pas procédé à la manière un peu plus... expéditive... des Cavaliers du Rohan, qui avaient coutume de trancher la tête des loups-garous récalcitrants avec une lame d'argent, sans autre forme de procès.
Effectivement Oz était profondément vexé. Même s'il se refusait à tuer des humains sous sa forme de loup, il appréciait secrètement la crainte respectueuse qu'il suscitait chez ses amis, et même chez Willow. Il pensait que cette aura de dangerosité lui permettait de la dominer subtilement, malgré son intelligence et ses dons de sorcière grandissants. Avec la manière dont Arwen l'avait soumis, son image de bête indomptable venait d'en prendre un sacré coup.
Buffy, s'approcha et embrassa chaleureusement Arwen sur les deux joues, puis fit de même avec Faith. C'est dingue de voir Faith comme ça... apaisée, presque rayonnante, pensa-t-elle. Arwen est vraiment incroyable. Je l'admire profondément, même si je ne comprends pas encore tout ce qu'elle est. J'espère juste que Faith se rend compte de la chance qu'elle a. J'espère qu'elle ne va pas tout gâcher en replongeant dans ses vieux démons. Ce serait tellement... dommage.
- Commençons par prendre l’apéritif, que puis-je vous offrir ? Proposa Arwen. Je vous aurais bien proposé un Bloody-Mary, vous savez ce cocktail rouge sombre que je buvais au Bronze l’autre soir… et que Buffy a peut-être pris pour… autre chose… mais, Rupert, je crois que vous aimerez plutôt cet excellent whisky irlandais. Je l'affectionne particulièrement. C’est un Redbreast de vingt-et-un ans d'âge, je crois qu'il vous plaira.
- Il est super bon lança Faith !
Arwen se servit elle-même un verre bien tassé du même whisky. Xander, voulant jouer les connaisseurs et impressionner la galerie, se rengorgea.
- Je prendrai la même chose que Monsieur Giles et... Arwen. Un homme, un vrai !
Buffy, Willow, Faith et Cordelia optèrent sagement pour une sangria blanca, magnifiquement présentée avec des fruits frais et des feuilles de menthe, qui semblait encore plus exquise et rafraîchissante que celles qu'elles auraient pu déguster à Barcelone. Oz, lui, se contenta d'un verre d'eau, qu'il but d'un trait, l'air toujours aussi maussade.
Tandis que Giles et Arwen savouraient leur whisky avec une lente délectation, échangeant quelques mots sur les notes de dégustation, Xander engloutit une large lampée de son verre. Il s'étouffa aussitôt, pris d’une quinte de toux, le visage écarlate.
- Oh, Xander, quelle surprise ! Toi qui as l'habitude de descendre des litres de bière bas de gamme, tu ne tiens pas un simple whisky ? C'est pathétique. Tu devrais peut-être te contenter d'un jus de pomme, ça correspondrait mieux à tes capacités, lança Cordelia…
Oz restait silencieux, presque hostile. Lorsque Willow, s'inquiéta de le voir si morose et lui demanda doucement si tout allait bien, il la rabroua. Arwen, sans en avoir l'air, n'avait rien perdu de l'attitude du jeune homme et se dit, sans s'en inquiéter outre mesure, qu'il faudrait tout de même garder un œil sur ce loup-garou un peu trop susceptible.
Giles, accepta un autre whisky qu'Arwen lui servit avec un sourire. Il commençait à se sentir merveilleusement euphorique, les mots lui venaient plus facilement, il était totalement sous le charme d’Arwen. Pour un peu il lui aurait demandé une mèche de ses cheveux comme Gimli à Galadriel.
Xander, prudent et un peu verdâtre, avait décliné la seconde tournée. Il se sentait déjà passablement étourdi par la puissance d’un breuvage auquel il n'était pas habitué.
Un peu à l'écart, Buffy et Faith bavardaient, complices, comme de vieilles amies qui se retrouvent.
- Sérieusement, Faith... je suis super heureuse de te voir comme ça. Tu... tu es vraiment jolie quand tu es heureuse. Ça te va bien.
- Whoa, Summers ! Arrête de me draguer comme ça, ok ? Mon cœur est déjà pris, et c'est du sérieux !
- Je ne savais même pas que tu avais un cœur, Lehane ! Rétorqua Buffy hilare…
Quelques jours, quelques semaines auparavant, une telle remarque aurait pu dégénérer en dispute, voire en bagarre. Aujourd'hui, elle ne provoqua que des rires.
Cordelia, déroulait son plan de bataille et,s'était jointe à la discussion entre Arwen et Giles, qui devisaient maintenant sur les mérites comparés de Keats et Shelley. Elle tentait de les suivre sur ces terrains qui lui étaient, assez peu familiers. Heureusement pour elle, le whisky avait suffisamment égayé Giles pour qu'il ne s'offusque pas de ses interventions parfois naïves, et Arwen semblait toujours aussi amusée et charmée par la vitalité et l'aplomb de la jeune femme.
Giles eut tout de même un mouvement de tête désespéré lorsque Cordelia, ne put s'empêcher de poser la question qui la tourmentait depuis qu'elle avait vu Arwen…
- Excusez ma curiosité, mais votre pantalon... il a l'air si simple, et pourtant, il est d'une élégance folle ! C'est quelle marque ? Où peut-on trouver des merveilles pareilles ?
- Ah, ce pantalon... C'est typique du Pays Basque, une région entre la France et l'Espagne. On en trouve facilement là-bas, mais ils sont souvent assez mal coupés, un peu grossiers. J'ai la chance d'avoir trouvé un petit artisan près de Biarritz qui me les confectionne sur mesure dans des toiles de très grande qualité.
- Biarritz ! Sur mesure ! C'est le rêve absolu !
- Si cela te fait plaisir, Cordelia, je pourrais t’en prendre un à l'occasion de ma prochaine commande. Il suffirait d’avoir tes mesures.
La jeune femme manqua de s'évanouir de bonheur. Un pantalon basque sur mesure ! C'était au-delà de ses espérances les plus folles. Elle remercia Arwen avec une effusion qui fit sourire tout le monde excepté Oz, qui continuait de bouder dans son coin.
C’est alors qu'Alfred, le majordome, s'approcha.
- Madame... le déjeuner est servi, Madame.
*****
Giles, d'ordinaire si prompt à rappeler le Scooby Gang à ses devoirs et à la gravité de sa mission, s'était lamentablement affalé dans une confortable chaise longue en teck, un léger ronflement s'échappait même de ses lèvres entrouvertes. Le déjeuner avait été un enchantement. Arwen était une hôtesse attentionnée, conviviale. Sa conversation était absolument passionnante, passant d'anecdotes sur la cour de Byzance à des considérations sur la musique avec une aisance déconcertante. Et sa cave...
Après ses deux verres de whisky irlandais, Giles, guilleret, avait suivi avec enthousiasme les suggestions gastronomiques et œnologiques d'Arwen. L'Elfe avait affirmé, avec un clin d'œil entendu, que l'excellent saumon fumé – qui, de toute évidence, ne provenait pas du supermarché du coin mais probablement d'une lointaine rivière écossaise – devait impérativement être accompagné non seulement de blinis tièdes et d'une crème fraîche épaisse parsemée d'aneth, mais surtout, de petites rasades de vodka polonaise Żubrówka, servie glacée.
Ensuite, un fabuleux Cornas rouge, puissant et velouté, avait magnifiquement accompagné les magrets de canard sauce Périgueux. Un Tokaj de Hongrie, liquoreux et doré comme le miel, avait suivi avec le Roquefort, avant qu'un soufflé glacé aux fruits de la passion, d'une légèreté aérienne, ne vienne clore le repas en apothéose. Et comme si cela ne suffisait pas, après le café, Arwen avait sorti un mathusalem – une bouteille de six litres ! – de Chartreuse Vieillissement Exceptionnellement Prolongé, affirmant à Giles, qui commençait à ne plus trop savoir où il en était et baignait dans une douce euphorie, que ce breuvage divin, élaboré par des moines depuis des siècles, ne pouvait avoir aucun effet indésirable sur la santé, bien au contraire.
Giles avait commis l'erreur fatale de vouloir suivre Arwen au fil des verres. Mais si l'Elfe, après ce festin digne de Valinor, était restée parfaitement imperturbable et sa conversation toujours aussi pétillante, lui, le respectable Observateur, ronflait maintenant paisiblement au soleil, assommé, malgré son entraînement de jeunesse dans les pubs enfumés d'Oxford où il avait, jadis, une solide réputation de joyeux et solide compagnon.
Le Scooby Gang, attablé autour des restes du festin, riait de bon cœur en voyant le digne bibliothécaire momentanément hors service. Tous s'étaient montrés beaucoup plus prudents avec l'alcool, surtout après l'expérience peu glorieuse de Xander à l'apéritif.
Buffy et Willow étaient restées totalement sobres, se contentant de la sangria et d'eau fraîche. Cordelia et Faith, elles, avaient légèrement goûté aux différentes boissons proposées par Arwen, trempant à peine leurs lèvres dans chaque verre, ce qui avait seulement attisé leur gaieté naturelle.
- Arwen, sérieusement... comment fais-tu pour tenir aussi bien l'alcool ? Giles est un pro d'habitude, mais là, il est K.O. technique. S’interrogea Buffy
- Oh, ceci n'est rien, vraiment rien à côté de ce qu'il fallait parfois ingurgiter en compagnie des Nains lors de leurs banquets souterrains, ou même avec des Hobbits ! Leur soif et leur appétit sont inversement proportionnels à leur taille, je t'assure. Après une soirée chez les Gamgie ou les Sacquet, un mathusalem de Chartreuse paraîtrait une simple tisane. Et puis, disons que cette... capacité... m'a parfois été bien utile, surtout lorsque je travaillais avec Winston Churchill. Ses déjeuners de travail étaient souvent, toujours même... copieusement arrosés.
- Buffy jeta un coup d’œil vers son observateur… Bon, pour la stratégie anti-Sauron avec Giles, je crois qu'on repassera demain matin. Avec beaucoup de café pour lui. En attendant, il y a autre chose... Il y a deux vampires particulièrement dangereux qui traînent en ville depuis quelque temps : Spike et Drusilla. Spike est... imprévisible et très puissant. Drusilla est complètement folle, mais ça la rend encore plus dangereuse. Si un mauvais coup se prépare à Sunnydale, il serait vraiment surprenant qu'ils n'en soient pas, d'une manière ou d'une autre.
- Spike... Ce nom ne m'est pas familier.
- Mais si ! Tu nous en as parlé hier… Cheveux blond platine, style punk rock, très porté sur le cuir noir et les insultes...
- Guillaume le Sanglant... ce crétin peroxydé et braillard. Oui, bien sûr. Le comparse d'Angelus et Darla et de cette pauvre folle de Drusilla. Tu as raison, Buffy. Si ce duo infernal, est dans les parages, il est fort probable qu'ils soient attirés par les remous que pourrait causer Sauron, ou qu'ils cherchent à en tirer profit. Il faut absolument leur mettre la main dessus pour les faire parler. Savoir ce qu'ils savent, ce qu'ils préparent.
- Ce ne sera pas si simple... Ce sont deux adversaires redoutables. Spike a déjà assassiné deux Tueuses dans le passé. Et les faire parler... c'est une autre paire de manches. Ils sont coriaces.
- Ne t'inquiète pas pour cela. J'ai quelques... arguments... pour délier les langues les plus récalcitrantes. J'en fais mon affaire personnelle, rétorqua Arwen avec un sourire vraiment pas du tout rassurant...
Buffy songea qu'elle n'aurait vraiment, mais alors vraiment pas, aimé avoir Arwen pour ennemie. Il y avait une puissance tranquille et parfois implacable chez l'Elfe qui était bien plus terrifiante que la fureur brute de bien des démons. Elle se réjouit et rendit grâce à Faith, que la question « Angel » ait été résolue…
Willow les rejoignit, l’air inquiet.
- Les filles... La nuit commence à tomber. Et... c'est encore une nuit de pleine lune. Oz... Oz a disparu. Il n'est plus près de l'étang. Je ne le vois nulle part.
- Il faut qu'on retrouve cet idiot de loup-garou avant qu'il ne provoque un drame dit Arwen.
Donan sortit estomaqué, du bureau lambrissé du Conseiller à la Sécurité Nationale, un jeune et brillant général de l'Air Force. Alors qu'il s'apprêtait à quitter son service et montait dans sa Ford de fonction banalisée, un sergent des Marines, l'avait rattrapé au pas de course.
- Monsieur, l'Agent Spécial en Chef Johnson, vous demande immédiatement dans son bureau, Monsieur.
L'Agent Spécial en Chef Sarah Johnson, le supérieur direct de Donan, chef du détachement de protection présidentiel, était une femme d'une quarantaine d'années au physique athlétique. Diplômée de Yale, son l'élégance naturelle rappelait un peu celle de l'actrice Andie MacDowell. Elle l'accueillit avec un sourire amical.
- Salut Dan, assieds-toi. Le Conseiller à la Sécurité Nationale vient de me demander de lui désigner un homme de confiance absolue pour une mission sensible. J'ai pensé à toi. Viens, il veut te voir tout de suite.
Intrigué, Donan suivit Sarah jusqu'au bureau du Conseiller.
- Agent Donan, on m’a dit le plus grand bien de vous. J’espère que c’est vrai. Vous partez immédiatement pour la Californie. Une petite ville du nom de… il hésita un instant… Sunnydale. Là-bas, vous vous mettrez à l'entière disposition de Lady A qui s’y trouve en ce moment.
- Sunnydale... Lady A... Quelle sera ma mission sur place, Monsieur ?
- Mon vieux, pour être tout à fait honnête avec vous, je n'en ai pas la moindre idée. Comme d’habitude s’agissant de Lady A, l'ordre vient directement du Président. Tenez ceci pourra vous être utile.
Il tendit à Donan une carte plastifiée ornée du sceau présidentiel qui lui permettait de réquisitionner à peu près tout ce dont il pourrait avoir besoin, et de faire tout ce qui lui paraitrait utile, sauf peut-être de déclencher la Troisième Guerre mondiale…
Donan n’avait pas encore fini de digérer sa surprise que la porte du bureau du Conseiller s'ouvrit sur le Président en personne.
- Donan. Votre mission est simple : conformez-vous scrupuleusement, et en toutes circonstances, aux instructions de Lady Undómiel. Elle vous dira ce qu’elle jugera utile à propos de votre mission et vous lui obéirez scrupuleusement.
- A vos ordres Monsieur. Le président avait déjà disparu, laissant Donan sidéré.
Il obtint l'autorisation de repasser rapidement chez lui prendre quelques affaires et de revenir au plus vite. Il partait ce soir même de la base aérienne d'Andrews, d'où un avion banalisé l'emmènerait directement à Sunnydale.
Il repensa à Miller. Quelle coïncidence se dit-il et comment cet idiot avait-il pu se débrouiller pour rencontrer Lady A ? Qui sait, il l’avait peut-être importuné pour une broutille, un excès de vitesse ou autre… Cela lui fit soudainement repenser à une anecdote de l'école de police. Miller, alors élève en dernière année, avait grossièrement rabroué une jeune femme aux allures d'étudiante qu'il avait pris pour une nouvelle recrue un peu perdue. Il avait rapidement compris son erreur lorsque la jeune femme s'était révélée être, non seulement un professeur d'Harvard, mais aussi un capitaine de réserve du corps des Marines, venue donner une conférence sur les techniques d'interrogatoire. Miller avait frisé le renvoi et n'avait dû son salut qu'à une intervention de dernière minute d'un instructeur apitoyé et à de plates excuses.