Des fiançailles salvatrices

Chapitre 6 : Renforts

7624 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 12/01/2026 17:38

6. Renforts

 

 

L'aurore éclaira lentement le domaine de Tomoéda de sa pâle lumière. Bientôt, le ciel se colora délicieusement. Les mésanges piaillèrent et bondirent de branches en branches à la recherche de nourriture. Les oisillons, avertis par le chant de leurs parents, hurlaient à plein poumons la réclamation de leur pitance. La vie se réveillait dans la petite cour juxtaposant la chambre de la dame Kinomoto. Et celle-ci n'en avait cure.

Sakura avait eu du mal à trouver le sommeil cette nuit. Elle avait ressassé les événements de la veille en continue. Assise sur la terrasse en bois, elle était aveugle à la beauté de la nature, totalement perdue dans ses pensées. Devait-elle accepter ce nouveau prétendant? Devait-elle faire souffrir Shaolan comme elle avait souffert à la découverte de cette lettre injurieuse? Pourquoi l'avait-il regardée de cette façon à la clairière? Il avait semblé touché par ses paroles. Une part vengeresse d’elle-même lui soufflait de se méfier et, que si réellement il éprouvait encore des quelconques sentiments envers elle, il fallait qu’elle lui rende la monnaie de sa pièce. Le voir s’effondrer de douleurs la comblerait-elle vraiment?

-Ah, je me sens perdue, murmura-t-elle en repliant son corps et en cachant son visage.

La rosée du matin la fit frissonner. Sakura ne bougea pas pour autant. Bouger signifiait avancer. Elle aurait dû s'habiller, se rendre dans la salle à manger et affronter tous ces hommes qui venaient d'envahir son espace. Elle n'avait pas la force de leur sourire et d'agir comme si leur présence ne la dérangeait pas. Elle ne se sentait plus chez elle. Elle se sentait seule face à l'adversité.

-Si seulement j'avais quelqu'un de mon côté, marmonna-t-elle.

De brefs coups retentirent à sa porte. Elle soupira mais ne pouvait se soustraire à la venue de sa servante. Elle l'autorisa à entrer. Elle fut surprise de constater que ce n'était pas sa servante habituelle mais Yukito qui pénétra dans sa chambre. Ce dernier s'inclina en signe de respect. Il n'attendit pas son autorisation pour prendre la parole.

-Ma dame, on vous demande à l'entrée.

-Déjà ? Le soleil vient à peine de se lever. Et puis, je pensais que les hommes de Sha... de sire Read avaient pris possession des remparts. Je ne vois pas en quoi ma présence est requise.

Yukito sourit chaleureusement. Cette chaleur apaisa Sakura étrangement. Elle sentit les ondes positives envoyées par cette aura bienfaisante. Yukito avait un don pour adoucir l'atmosphère grâce à un tel sourire.

-Il semblerait que Ma Dame reçoit des renforts.

Sakura fronça les sourcils d'incompréhension. Qui pouvait bien la secourir? Cela l'intrigua. Elle n'avait pourtant... Son visage s'illumina quand l'information lui lui parvint dans un éclair de lucidité. Ce n'était pas possible! En si peu de temps! Elle n'osait y croire. Et pourtant, le sourire de Yukito s'élargit à la vue de sa maîtresse rayonnante. Elle ne pouvait être dans l'erreur.

Jubilant, la fleur se leva en sursaut. Elle prit violemment ses vêtements de la veille, les enfila hâtivement en sautillant vers la porte d’entrée. Yukito disparut discrètement, laissant son intimité à sa maîtresse. Il s'empressa de prévenir les servantes des nouveaux arrivants. Il leur faudrait des chambres appropriées. Il ne doutait pas que le temps de leur visite serait proportionnel aux besoins de sa dame.

Telle une enfant, Sakura courut dans les couloirs en bousculant un ou deux serviteurs. Elle leur murmura des mots d’excuse sans pour autant stopper sa course. Ce n'était pas digne de la maîtresse des lieux. Toya l'attraperait plus tard pour lui faire la morale, elle aurait pu parier sur ce fait. À cet instant, elle n'en avait cure. Elle se sentait pousser des ailes. Elle redevenait la jeune fille innocente du passé, celle qui était la complice de sa supposée invitée. Son cœur osait se gonfler d'espoir, même si ce sentiment l'avait déjà trahie, elle désirait tant y croire.

Enfin, elle arriva dans la cour intérieure. Des cris et des protestations lui parvinrent non loin. Essoufflée, elle se permit de prendre une minute afin de récupérer une apparence digne. Elle se força à calmer sa respiration. Elle lissa le tissu de sa tenue, remit une mèche rebelle derrière son oreille et tapota ses joues rougies par l'excitation. Sûre d'avoir récupéré un visage serein, elle se dirigea vers l'origine de ces voix.

Deux gardes, droits comme des "i", avaient croisés leur hallebarde en signe d'interdiction à l’entrée de la cour. Ils restaient stoïques malgré les rugissement de leur interlocutrice. C'était une jeune fille habillée d’un kimono traditionnel indigo, brodé d’argent aux motifs de lune. Sakura connaissait parfaitement cet emblème. La joie étreignit son cœur.

-Enfin vous voilà ! les interrompit-elle.

Les gardes se retournèrent, consternés par sa présence. Leurs sourcils froncés exprimaient mieux que des mots la question sur son intervention. L'un d'eux s'assura que la demoiselle inconnue n'en profitait pas pour s'infiltrer sur le domaine. Il assurait sa garde jusqu'au bout et sans se laisser distraire.

Quant à la jeune fille, elle se tourna vers la fleur, affichant un sourire à sa vue. Sakura put admirer son geste gracieux ainsi que ses longs cheveux noirs aux reflets mauves virevolter dans le vent du petit matin. C'était une véritable beauté, représentant la féminité dans toute sa splendeur. À ses côtés, Sakura se sentait fade et disgracieuse. Comment lui en vouloir ? Tomoyo Daidoji cultivait le raffinement comme certains le faisaient des lotus dorés: avec patience et goût.

La nouvelle arrivante ouvrit les bras dans un geste amical. Cela suffit à la maîtresse des lieux pour qu’elle se jette dans ses bras. La complice la serra contre son cœur et on pouvait deviner des larmes naissantes chez chacune d'entre elles. Sentir une alliée à ses côtés, cela fit tellement plaisir à Sakura. Les dieux avaient dû entendre ses prières.

Le carrosse, situé derrière les jeunes filles et qui attendait patiemment à l'entrée du château, s'ouvrit brutalement. Un jeune homme grand et mince en sortit élégamment. Il n'avait rien à envier en grâce à la jeune fille bruyante. Il défroissa son splendide kimono gris et blanc aux motifs de lune également d'un geste nonchalant. Ses longs cheveux blancs avaient été savamment noués dans un chignon masculin à la mode. Une épingle argentée ornée de pierres semi-précieuses ocres les retenait. Yué Daidoji, héritier des terres du Sud, était la définition même de la noblesse. Il toisa les deux jeunes filles enlacées de ses yeux gris. Sa langue claqua.

-Allons, allons! les réprimanda-t-il doucement. Cela n’est pas digne du comportement de jeunes filles bien nées.

La nouvelle arrivante desserra son emprise sans lâcher Sakura pour autant. Elle foudroya du regard le noble qui leur avait parlé. Si Sakura ne les connaissait pas, elle aurait pu imaginer que l'antipathie exprimée était réelle entre eux. Ce n'était en réalité qu'une énième querelle fraternelle à laquelle elle assistait. 

-Grand frère ! Il me semble qu'attendre sagement dans notre carrosse que ta chère petite sœur négocie à ta place notre entrée dans le château ne sied guère plus à un jeune noble de ta catégorie. Je trouve tes paroles blessantes. Je n’ai plus vu notre cousine depuis des mois, dit-elle en se rapprochant de la fleur, laisse-moi la serrer contre mon cœur après tout ce qu’elle a traversé.

-Je suis étonnée de votre présence en ces lieux, commenta Sakura en rendant une nouvelle fois son étreinte à sa cousine. La dernière fois...

-Nous étions venus pour les funérailles de notre oncle, la coupa son cousin.

-Si nous avions su, trois mois plus tôt, tout ce qu'engendrerait sa disparition, nous ne serions jamais partis, ma petite Sakura, la rassura sa cousine.

Le jeune homme se rapprocha et posa sa main sur l'épaule de la jeune fleur. Cette dernière leva la tête. Elle le connaissait par cœur: Yué n'était pas homme à étaler ses sentiments et à en faire la démonstration. Ce geste, ce regard de compassion, ces lèvres pincées, c'était un partage plus qu'inespéré de sa part. C'était des excuses muettes sur leur présence tardive à ses côtés. Cela émut Sakura.

-Merci, murmura-t-elle en les regardant à tour de rôle. Merci d'avoir répondu présent à mon appel.

Yué ricana.

-Tu aurais dû voir Tomoyo. Dès qu'elle a reçu ton courrier il y a quelques jours, elle s'est littéralement transformée en tornade. Je ne l'ai jamais vue préparer ses tenues en un laps de temps aussi court. Elle a même soudoyé un cocher pour échanger ses chevaux avec les nôtres à une auberge afin de poursuivre notre route sans tarder. Une véritable tigresse!

-Grand frère!

Tomoyo rougit devant la narration de ses actions. Elle secoua la main comme pour chasser une mouche et s'interposa entre son frère et sa sœur de cœur.

-Maintenant, ma petite Sakura, nous allons nous occuper de toi.

-C’est que… Tomoyo il faut que je t’explique les changements survenus dans ce domaine.

Les gardes n'avaient rien perdu de ces échanges. Ils n'avaient pas desserré leur hallebarde pour autant. Seul leur maître pouvait leur donner des ordres sur l'autorisation ou non de la présence de cette famille lointaine. La dame n'avait jamais vraiment eu de gardes compétents à son service. Quelques militaires en fin de carrière avaient établi leur maison en ce lieu en espérant une retraite clémente. Le maître d'armes était le plus jeune soldat à habiter le domaine. Il n'était donc pas étonnant, aux yeux de ces hommes, que des pillards avaient officié sur ces terres et qu'ils n'avaient point encore été appréhendés.

Non loin de là, appuyé sur le garde-corps du rempart, un jeune homme aux cheveux ébouriffés les regardait. Un léger sourire planait sur ses lèvres closes. De part sa hauteur, il avait une vue imprenable sur les nouveaux venus. Il était arrivé pratiquement en même temps que la régente du domaine. Il n'avait pas osé intervenir, de peur de jeter un froid sur ces retrouvailles. Il aurait aimé prendre ses deux anciens compagnons de jeu dans ses bras. Aujourd'hui, cela lui était interdit. C'était encore une chose qu'il avait perdue en agissant bêtement. Si seulement il avait pu revenir en arrière, peut-être que... 

Une tierce personne arriva à ses côtés, le pas lent et lourd. Le seigneur Hiragisawa semblait être inquiet lorsqu’il s’approcha de Shaolan. Shaolan n'avait pas bouger, l'observant du coin de l’œil. Son instinct lui soufflait d'être sur ses gardes avec cet homme qu'il trouvait de plus en plus étrange. Il l'épiait dès qu'il le pouvait, cherchant à saisir les véritables intentions de ce seigneur de pacotille. Au moment où leurs regards se croisèrent, Eriol avait repris son humeur frivole habituelle. Il fit un signe désignant les nouveaux arrivants.

 -Qui sont-ils ? Je ne me rappelle pas les avoir autorisés à venir au domaine.

 -Ce sont Yué et Tomoyo Daidoji, les cousins de la dame Kinomoto. Ils habitent les contrées sud. Ils ont dû traverser le royaume. Ils viennent à peine de débarquer. J'imagine que la demoiselle Kinomoto leur a envoyé un courrier à notre arrivée, il y a quatre jours. Le voyage dure environ cinq jours. Ils ont dû cavaler jour et nuit pour arriver aussi vite.

Shaolan ne s'en était pas rendu compte mais il avait parlé sur un ton mi-amusé, mi-ému. Cela n'échappa pas au seigneur. Ses yeux se plissèrent. Un sentiment de danger étreignit Shaolan en s'apercevant de son erreur. 

-Comment connaissiez-vous l'identité de ces gens ? Moi-même, je l’ignorais.

Shaolan blêmit. C'était une erreur de plus. Décidément, Eriol était beaucoup plus perspicace que ne laissait présager son apparence frivole. Le jeune homme serra les poings sur le garde-corps. Il essaya d'être le plus impassible possible, afin de ne pas éveiller davantage de soupçons. Il se redressa faisant face à son seigneur.

-Vous m'aviez demandé de me renseigner sur le domaine avant de venir. Vous vouliez connaître tous les éléments pour discuter des noces de la dame Kinomoto et ainsi les négocier à votre avantage. Je me suis dit que connaître la famille de la demoiselle serait un atout pour mieux la défendre.

-Vous aviez des portraits de tous les membres de sa famille?

-Non, Seigneur.

Du menton, il désigna les emblèmes cousus sur les différents kimonos.

-J'ai retenu toutes les armoiries des différentes familles. Quant à leur nom, je l'ai déduit en me basant sur leur âge et leur apparente complicité avec la dame Kinomoto.

-Vous avez fait du bon travail.

Shaolan ne savait pas si ces mots étaient un compliment ou une remarque sarcastique dans ce jeu de dupe. Il décida de jouer cette comédie en mettant son poing sur la poitrine et en se penchant en signe de respect. Eriol ricana.

-Vous êtes bien naïf, mon ami, murmura Le seigneur.

Le guerrier crut mal entendre. Avait-il imaginé ces mots? Il se redressa prestement, incrédule et suspicieux. Il vit le dos du seigneur Hiragisawa s'éloigner, les pans de son kimono bleu nuit virevolter dans ce vent matinal. Il avait l'air digne. Shaolan se stoppa dans son désir de le suivre, interdit par cette vision.

-Je vous laisse le soin de les accueillir comme il se doit, Sire Read, dit-il au loin, le visage sérieux et le regard acéré.

Intérieurement, Shaolan se sermonna. Il avait été trop orgueilleux. Le seigneur Keroberos l'avait prévenu de se méfier de cet individu perfide. Il l'avait comparé à un serpent. Il constatait que les paroles de son aîné n'étaient pas dénuées de sens. Son air jovial et stupide avait endormi sa perspicacité. Il avait commis de nombreux impairs depuis son arrivée. Il tourna le visage vers le groupe, ses yeux caressant la silhouette de sa petite magicienne. Il avait bien conscience qu'elle était la source de son incompétence. Pourtant, il ne pouvait détourner son regard de cette majestueuse jeune femme. Elle était sa faiblesse.

Soudain, il vit le nouveau prétendant de Sakura arriver en grande pompe. Il portait des vêtements extravagants. Sa coquetterie n'avait donc aucune limite. Il lui fit penser à un coq arrivant dans une basse-cour, prêt à séduire la moindre poulette à sa disposition. Shaolan ne put réprimer une grimace écœurée.

La fleur de cerisier sourit à son prétendant, l’accueillant chaleureusement. Elle lui prit la main. Le guerrier devina des présentations aux mouvements de mains de la fleur et aux révérences des cousins. Les rires fusèrent. Puis, Sakura fit une mine boudeuse et désignant les deux gardes à l'entrée. Le seigneur Miyuko gonfla la poitrine. Il joua les héros en se portant garant des cousins comme s'il était déjà le propriétaire de ces terres. 

C'en était trop! Shaolan ne se contrôla plus. Il descendit les marches menant à la cour quatre à quatre. D'un pas résolu, il fonça lui aussi vers le groupe. Il remarqua l'étonnement chez Sakura à l'effacement de son sourire. Les cousins ne purent réfréner une mine amusée, un sourcil levé. Tomoyo eut tout de même la décence de cacher l’étirement narquois de ses lèvres du bout des doigts. Sakura lui assena un coup de coude quand elle s'en aperçut. Shaolan en fut satisfait: son arrivée, bien que simple en comparaison de ce paon ridicule, avait fait davantage d'effet auprès des convives.

Il se plaça à la droite de Yué sans dire un mot. Surpris, ce dernier posa ses yeux ambrés aux fentes de chat sur le jeune homme. Avant l’arrivée d’Hidéki, la régente avait eu le temps de leur donner une brève explication de la situation. Aussi, Yué ne fit aucun commentaire sur le nouvel arrivant. Il avait connu un adolescent empli de rêves, un amoureux transi incapable de contrôler ses états d'âme envers sa cousine. Il avait été évident pour tout le monde à l'époque que ce garçon était l'élu de Sakura et qu'il était prêt à donner sa vie pour sa bien-aimée. Yué était désolé d'un tel retournement de situation. Son esprit logique ne concevait pas un tel abandon de la part du garçon mais il en comprenait le sens.

Tomoyo, par contre, observait le jeune homme tel un insecte indésirable. Son sourire devint carnassier, signe qu'elle s'amuserait délectablement de la souffrance prochaine du jeune homme. Il avait osé faire souffrir sa Sakura. Elle s'assurerait qu'il en payerait le prix.

-Enfin vous voilà, Sire Read, dit-elle d'une voix haut perchée, en guise de raillerie.

-Seigneur Daidoji, ma Dame, nous sommes heureux de vous accueillir au domaine Kinomoto, répondit-il sans réagir au ton de la demoiselle.

Shaolan fit un geste en direction des gardes.

-Ces personnes sont mes invités. Veuillez les laisser s'installer. Toi, dit-il en désignant le garde le plus jeune, va trouver l'intendant Yukito. Demande des chambres pour les cousins de dame Kinomoto.

Dociles, les gardes s'exécutèrent. Shaolan dégageait un certain charisme quand il faisait preuve d'autorité. Sakura ne pouvait pas le nier. Seulement, elle ne pouvait réfréner la frustration qui montait en elle. Elle était CHEZ elle. Cependant, elle ne parvenait pas à se faire obéir. Lui, ce parjure, arrivait comme une fleur et réglait une situation insoluble en un claquement de doigts. Fut une époque où c'était elle qui réglait les soucis d'autorité de ce crétin. Elle serra le tissu de sa robe de sa main libre. Elle n’aimait pas la situation actuelle. Elle tourna son sourire le plus radieux à son compagnon coloré.

-Vous n'auriez pas dû vous déplacer, seigneur Read. Le seigneur Miyuki avait déjà pratiquement régler le problème.

Ravi d'être mis en avant par sa belle, Miyuki se redressa, véritablement fier. Tomoyo le toisa, dégoûtée. Chacun pouvait clairement lire dans son esprit ce qu'elle pensait de ce bellâtre suffisant.

-Ne vous inquiétez pas, dit-il en caressant la main posée sur lui, je vous soutiendrai en toute occasion, belle Sakura. Vos hommes, seigneur Read, savent reconnaître une figure d'autorité quand ils en voient une. Ce n'était qu'une question de secondes avant qu'ils ne cèdent à mes ordres. Après tout, je suis l'héritier du domaine d'à côté. Nos terres sont riches et importantes. Ils savent reconnaître les détenteurs de pouvoirs.

-Voyez-vous ça, sourit Shaolan, ses yeux lançant des éclairs en direction de l'imbécile.

-Je suppose que vous avez d'autres qualités en plus de votre héritage, flatta Sakura en battant des cils.

Tomoyo et Shaolan la dévisagèrent en même temps. Yué qui assistait à cela en se mettant quelque peu en retrait ne put s'empêcher de s'amuser de la réaction de chacun. Le garçon n'était pas aussi indifférent que sa cousine avait l'air de le croire. Cela l'intrigua davantage.

-Merci de le souligner, ma chère. Effectivement, j'ai reçu une éducation très stricte de la part de notre maître d'armes. Sans vouloir me vanter, je suis capable de combattre plusieurs adversaires en même temps sans une égratignure. D'ailleurs, je prendrai les choses en main au sujet des problèmes de votre domaine. Bientôt, ces pillards ne seront plus qu'un souvenir désastreux. Je m'engage personnellement à éradiquer cette calamité, ajouta-t-il en plongeant son regard dans celui de sa compagne.

Sakura joua les fascinées devant tant d'éloquence. Elle tâtonna les muscles fictifs du seigneur Hidéki, le flattant sur sa prestance et son habilité imaginaire.

Shaolan enragea devant ces faux semblants. Cette femme n'était pas la femme qu'il aimait en secret. C'était une parodie de Sakura Kinomoto. C'était une séductrice sans aucun éclat. Elle se vendait. Shaolan fut déçu. Il s'imposa de respirer lentement. Il ne voulait pas faire sauter une dent à ce pitre devant tout le monde alors qu'il était censé accueillir les Daidoji.

Tomoyo, trop dégoûtée par cette mièvrerie pitoyable, mit fin à ce spectacle. Elle sépara les deux jeunes gens, se mettant entre eux. Elle plaça son bras sous celui de son amie, affrontant du regard Miyuki, le mettant silencieusement au défi de la séparer de sa cousine. Devant sa mine contrite, Tomoyo sur qu'elle avait gagné.

-Sakura, ma chérie, le voyage m'a exténuée. En attendant que nos chambres soient prêtes, tu pourrais m'emmener me reposer un peu dans ta chambre.

-Si tu veux...

-Parfait! Messieurs, nous allons prendre congé.

Elle appela ses propres domestiques qui attendaient patiemment près du carrosses. Elle leur indiqua les malles à prendre et où les déposer. après toutes ses années à venir au château Kinomoto, elle connaissait les lieux par cœur. Sakura la laissa faire. Elle appréciait sa cousine qu'elle considérait comme une sœur. Elle était sa confidente, sa conseillère et son soutien inébranlable. Elle lui insufflait la force qu'il lui manquait en certaines circonstances. Elle était son espoir en des jours meilleurs. Donc, le fait qu'elle se montre directive en cet instant n'était pas une cause de conflit entre elles. Au contraire, Sakura était heureuse que sa cousine se sente comme chez elle en ces lieux. Elle aurait même aimé qu'elle reste pour toujours à ses côtés.

-Oh, attends j’ai failli oublier quelqu’un !

Tomoyo mit son index et son pouce entre ses lèvres. Elle siffla un bon coup. Un aboiement lui répondit non loin. Quelques secondes plus tard, une boule de poile blanche courut vers eux et sautilla en bousculant le plus de monde possible sur son passage. Cette chose était une véritable tornade passant entre les jambes de chacun à l’exception de Yué (elle n'avait pas intérêt) et Tomoyo. Shaolan crut voir un grand chien, mince et véloce. Ce dernier tirait la langue de manière bienheureuse. Sa joie était communicative. Sakura rit en même temps que ses aboiements joviaux. Elle sautillait en même temps que lui, cherchant à le caresser dès que le chien la frôlait.

Finalement, la bête se prit d'affection pour la maîtresse des lieux. Le chien la plaquait de son corps robuste. Il la poussait sans relâche, réclamant la moindre flatterie, la moindre caresse. Si bien que Sakura fut sur le point de tomber. Effectivement, le chien, à force de la pousser, la déséquilibra. Des bras puissants la secoururent et la soulevèrent du sol. Ce fut ainsi que la fleur de cerisier se retrouva collée au torse du loup affamé d’amour. Sakura s'accrocha naturellement au cou de Shaolan. Ses doigts caressèrent sa nuque. Shaolan la contempla. La bouche soudainement sèche. S'il n'avait pas eu ce public inopportun, il aurait posé ses lèvres sur les siennes. Ces pensées étaient interdites. Mais elles inondaient la tête de Shaolan comme un raz de marée.

Enfin la tornade blanche s’arrêta en sautant sur le seigneur Hiragisawa qui était venu s'enquérir de leur retard. Eriol, las de les attendre dans la grande salle, était revenu dans la cour intérieure. À peine était-il arrivé que cette merveilleuse boule de poil l'avait salué. Il n'avait pu retenir sa joie bonne enfant. Il l'avait caressée derrière les oreilles, souriant et complimentant la créature au passage. Le chien joua de tout son poids sur son nouvel ami. Il le fit tomber à terre et entreprit de lui lécher le visage. Eriol rit sincèrement à l'attaque d'amour qu'il recevait. 

-Cette louve est vraiment câline.

Shaolan sursauta à cette remarque. Une louve? Maintenant que la bête s'était arrêtée, il pouvait davantage l'observer. Son museau allongé, ses oreilles pointues, cette queue touffue; effectivement, cette tornade blanche était une magnifique louve au pelage de neige. Elle était sans conteste magnifique et toujours d'humeur joyeuse. Elle démontrait cette joie à cette heure au dépend d’Eriol, victime consentante de cette avalanche de câlins.

 -Ruby Moon, arrête ça tout de suite !! Laissez-moi vous aider, Seigneur !

Tomoyo, confuse devant le comportement de sa louve, se pencha auprès de la proie bienheureuse. Elle plaça ses mains entre sa gueule et le visage maculé. D'abord réticent, l'animal se résigna à abandonner sa cible si délectable. Elle se retira en gémissant. La jeune fille lui prit les deux mains et l’aida à se relever. Eriol faisait une tête de plus qu'elle une fois debout et face à elle. Il la regarda avec bienveillance. Tomoyo le dévisagea, incapable de déchiffrer le mystère de ses pupilles. Au bout d'un instant, elle se reprit. 

-Excusez Ruby Moon. Elle est encore bien jeune et je n’ai pas terminé son éducation.

-Elle est toute pardonnée pour avoir une aussi jolie maîtresse que vous.

Eriol garda les mains de sa sauveuse dans les siennes, ne désirant pas briser ce contact. Cependant, la jeune fille n’était pas dupe aux manœuvres du jeune seigneur. Aussi cassa-t-elle cette emprise en retirant prestement ses mains. L’affrontant du regard, enfin maîtresse de ses émotions, elle lui offrit son plus beau sourire.

-Toute beauté a des vertus à défendre et ne peut se contenter d’un tel pardon. Nous ferons en sorte de réparer cette entorse à la bienséance. Sakura, nous y allons ?

Cette dernière sortit de sa propre torpeur et se résigna à quitter l’étreinte forcée de son bien-aimé. Comment ce simple incident avait pu la mettre dans un tel état de sensiblerie ? Elle s'incendia d'injures. Elle était trop faible. Elle devait l’oublier et se venger.

Se dégageant maladroitement, les deux anciens amants se séparèrent. La dame rejoignit sa cousine. Toutes deux s’apprêtèrent à partir lorsqu’elles entendirent dans leur dos.

-Toute beauté a des pêchés à se faire pardonner !

Tomoyo écarquilla les yeux.

-Excusez-moi? demanda-t-elle calmement en se retournant.

-Je dis simplement qu'être aussi belle est un pêché en soi. Vous devez exceller dans l'art du pardon. J'ai hâte de recevoir vos excuses en bonne et due forme.

Indécise sur le comportement adéquat à adopter devant ce genre de réplique, Tomoyo fit une révérence en souriant. On ne se moquait pas impunément d'elle. Il aurait bientôt ses excuses et elle s'assurerait qu'il le regrette aussitôt.

Tomoyo décela de l'amusement dans ses iris. Il avait parfaitement compris le sens de son sourire carnassier. Comment faisait-il pour voir à travers elle? Elle sentit un malaise grandir en elle.

La jeune fille reprit le bras de sa cousine. Ensemble, elles pénétrèrent dans le bâtiment. Une fois certaine d'être hors de portée des garçons, la dame à la chevelure de geais reprit la parole. 

-Cet homme n’est pas ce qu’il paraît être.

Sakura l'observa. Sa parente ne jugeait que rarement les gens à la légère même si elle était prompt à s'emporter. Celle-ci semblait cogiter, encore ébranlée par les mots du seigneur Hiragisawa. Elle se mordillait l'ongle de son pouce.

-Que veux-tu dire par là?

-Je ne sais pas. Dans ta lettre, tu me l'avais décrit comme un seigneur lunatique. Or, il a compris le sens de mes paroles et m'a même sorti une réplique adéquate à ma moquerie. Ses yeux, il y avait une lueur dans ses yeux.

-Tu le détestes?

La jeune fille répondit d'un rire cristallin.

-Non, bien au contraire. Il me plaît ton nouveau tuteur. Je sens que je vais m’amuser.

-Tomoyo, ne laisse pas la colère te dominer une fois de plus, répondit-elle.

Elle connaissait par cœur la folie vengeresse qui habitait sa cousine. Il y avait eu des vêtements découpés, des chaussures brûlées, des clous plantés sous des selles ou encore des savons aux odeurs nauséabondes. Ceux qui avaient payé le prix de cette vengeance étaient les gamins du village n'ayant aucune éducation. Tomoyo s'était assurée leur respect. Tout cela était évidemment des blagues enfantines. À présent qu'elles étaient adultes, Sakura n'osait imaginer ce que sa parente pourrait attenter contre son nouveau tuteur.



Laissés à l'arrière par la gente féminine, les hommes se jugèrent du regard. Yué détailla l'homme en face de lui. Il semblait si niais. Pourtant, il avait su tenir tête à sa petite sœur. C'était un exploit en soi quand on connaissait la jeune fille.

-Vous ne devriez pas provoquer ma sœur, jeune seigneur. Elle paraît calme ainsi mais vous ne connaissez pas ses moments de colère.

-Ne vous inquiétez pas, Seigneur Daidoji. Je sais m’y faire avec les femmes !

Cette assurance n'était pas au goût du grand frère protecteur. Il avait envie de lui effacer ce petit sourire narquois. Tomoyo le remettrait à sa place, il en était certain. Il avait hâte d'assister à sa déchéance. Les pédants moralisateurs ne faisaient pas long feu face à l'ingéniosité de la petite demoiselle. Yué esquissa un sourire.

-Vous venez,  Seigneur Miyuki? J’ai un magnifique endroit à vous montrer sur ce domaine, invita le seigneur Hiragisawa.

Le jeune prétendant lança un regard mauvais à Shaolan. Il n’avait pas aimé son geste envers sa future femme. Sakura Kinomoto lui appartenait. Ce n'était pas ce jeune blanc-bec qui allait lui voler sa promise. Miyuki s'approcha du guerrier d'un air menaçant.

-Toi! Tu ferais mieux de connaître ta place.

-Plaît-il? nargua Shaolan.

-Dame Kinomoto n'est pas un vulgaire sac que tu peux porter comme bon te semble.

-La dame n'est pas non plus un morceau de viande que vous pouvez acheter au marché avec votre richesse. Si vous ne voulez pas qu'un autre la protège, vous feriez mieux de vous tenir correctement à ses côtés.

-Je...

-Je vous prierai également de vous adresser à moi avec le respect dû à mon rang. Je ne suis pas un de vos larbins mais le seigneur Read, le bras droit du Seigneur Hiragisawa.

-Toi...

-Seigneur Miyuki? interpella Eriol qui l'attendait.

-Vous ne perdez rien pour attendre, Seigneur Read.

Shaolan se tut, se contentant de le provoquer d'un petit rictus suffisant. Le guerrier le regardait de haut. Il n'avait pas peur de ce paon ridicule. Au contraire, il le défiait silencieusement de mettre à exécution sa pseudo menace. Il ressemblait à un chien mal élevé qui ne faisait qu'aboyer sans jamais attaquer. Lui, il avait fait ses preuves sur un champ de bataille.

Miyuki Hidéki grinça des dents. Il suivit Eriol avec dédain.

Yué en profita pour fixer le jeune loup. Ils étaient enfin seuls. Il avait une multitude de questions à lui poser.

-Quelles sont tes intentions envers ma cousine ?

Surpris, le guerrier se tourna face à son interlocuteur. Il avait toujours été mal à l'aise auprès du cousin de Sakura. Calme, posé et incroyablement intelligent, il mettait en avant les raisonnements logiques et qui avaient du sens. Il n'avait jamais connu cet homme s'emporter par la passion ou ses sentiments. S'il lui posait une telle question, c'était qu'il avait réfléchi à sa présence en ces lieux et qu'il savait des choses. Il ne le questionnait pas sur sa venue ou encore sur son rôle. Sa question portait sur la jeune fille de son cœur.

-Je ne vois pas de quoi tu parles.

Yué ricana semblable à un adulte se moquant de la bêtise d'un enfant.

-Ne joue pas les innocents avec moi.

Shaolan inspira lentement. Il fallait qu'il reste impassible.

-Je n'attends rien de la part de Sakura. Je suis là pour une autre raison.

-Je ne veux pas que tu la courtises !

Shaolan sentit un courant glacé le parcourir. Il avait déjà pris cette décision. Yué ne l'empêchait pas de poursuivre son objectif initial. Cependant, cette interdiction formulée à haute voix le dérangeait. Cela rendait réel cette distance qu'il s'était imposée entre Sakura et lui. Les jours heureux de leur amour et de leur innocence s’éloignaient de plus en plus, jusqu’à devenir un souvenir douloureux. Il devait raffermir sa décision et contrôler davantage son comportement. On le surveillait.

-Je... Pourq...

-Je suis au courant de ton passé, LI !

L'effroi gagna davantage le jeune homme. Ce nom! Il était proscrit. Cela aurait été tellement facile de le prononcer à haute voix auprès de Sakura. Si cet homme dévoilait son secret, il était certain que la jeune fille ne voudrait plus lui adresser la parole. Cette décision serait tellement plus simple. Leurs liens se couperaient net, sans aucune zone grise ou de mirage sur leur potentielle union.

La bête d'égoïsme tapie au fond de lui ne pouvait s’y résoudre. Cette créature malsaine ne voulait pas que Sakura le regarde avec dégoût et mépris. Cette part de lui se refusait d'être ainsi rejeté. Yué devait absolument tenir sa langue!

-Je ne veux pas que ma chère cousine souffre à cause de toi. Je l'aime trop pour te laisser faire. 

-Comment es-tu au courant ? demanda-t-il d’une voix éteinte.

-Par ton protecteur, le seigneur Keroberos. N’oublie pas qu’il est mon oncle.

Shaolan le regarda avec incompréhension. Pourquoi le parrain de Sakura aurait-il trahi son secret? Cela n'avait aucun sens.

Sentant qu'il lui devait davantage d'explications, Yué soupira avant de continuer.

-Quand le père de Sakura est décédé, je voulais que tu sois à ses côtés pour la soutenir. Tu étais son meilleur ami, voire plus quand tu es parti. Ne sois pas si surpris, c'était évident pour tout le monde que votre relation dépassait la simple amitié. Tu étais parti guerroyer avec les hommes de mon oncle. Malheureusement, il m'a déconseillé de te contacter. En insistant, j'ai appris ce que tu avais fait et le déshonneur qui t'accompagne à présent. Alors ? Jures-tu de la laisser en paix ? 

-Comment oses-tu me poser cette question ? Je ne veux pas la mêler à tout ça. C’est pourquoi je suis aussi froid avec elle.

Yué durcit son regard. Il était présent quand, il y a quelques minutes, Shaolan avait accouru au secours de Sakura. Leur échange de regard langoureux ne lui avait pas échapper.

Shaolan comprit le reproche muet. Il secoua la tête en guise d'excuse et détourna le regard.

-Enfin, autant que je le peux. Je la respecte énormément. J’ai juré sur la tombe de son père que je la protégerais de tous les dangers, même de moi-même. Tu sais à quel point j’aimais son père, je le considérais comme le mien.

-C’est bien ce qui me fait peur !

Yué abandonna le seigneur Read ( ou Li) à ces mots, le laissant triste et déconfit.

 

 

Les chevaux hennissaient joyeusement dans les écuries. Chacun avait pu trouver un box accueillant. Avec les nouveaux arrivants, cela avait donné un surplus de travail aux palefreniers. Jusque-là, ils ne s'étaient pas inquiétés des réserves de nourriture et de foin. Le domaine de Tomoéda ne comprenait pas énormément d'animaux de ce type. Les seigneurs n'étaient pas spécialement friands d'équitation. À partir du moment que leur carrosse était tiré, ils laissaient la gestion des chevaux de combat au maître d'armes.

Justement,  le maître Kuréno et le majordome étaient en train de rédiger l’inventaire. Ils avaient discuté des réserves, du travail de chacun et de ce qu'il faudrait envisager prochainement pour restaurer toutes ces nobles bêtes. Il fallait qu'ils soient en parfaite coordination pour gérer ces nouveaux désagréments.

Voyant qu’un cheval avait besoin de soin, Yukito délaissa un instant son registre. Il prit une brosse et entra dans le sas où était l'animal. Il entreprit de le brosser. Toya s’arrêta dans son geste et l’observa attentivement. Son compagnon semblait heureux et plein d’entrain, pourtant, il savait la douleur qui l’habitait.

-Tu sais, tu n’es pas obligé de faire ça ! Tu es le majordome du domaine, pas un vulgaire employé des écuries. 

-Mais si voyons ! Ce brave cheval a tiré une lourde voiture, il a bien mérité de se faire cajoler. Hein, mon beau!

Accompagnant le geste à la parole, il flatta le flanc de l'animal. L'étalon hénnit et secoua sa tête. Sa queue fouetta l'air joyeusement. Yukito sourit, apaisé par un bonheur aussi simple. 

-Non, ce n’est pas ce que je veux dire, reprit Toya. 

Il s’approcha de Yukito et lui prit doucement les mains. Il les examina en les caressant doucement. Quant au majordome, il scruta avec incompréhension le visage du maître guerrier. Il n'était pas habitué à autant de douceur. Il en fut déstabilisé.

-Tu vas abîmer tes mains. Tu dois les garder aussi parfaite qu’en ce moment. Ce travail n’est pas digne de toi.

-Mais maître Kuréno, je suis issu d'une naissance modeste, un enfant du peuple. J'ai effectué pas mal d'emplois avant de devenir le majordome de cette maison. Vous le savez aussi bien que moi que le travail manuel ne me fait pas peur, répondit-il en souriant. 

Le regard de Toya se fit incertain. Yukito devint de plus en plus inquiet. Le maître d’armes approcha son visage de celui de son ami. Ce dernier eut la bouche sèche. Toya était si près. Yukito se fit la réflexion qu'il était vraiment beau. Le sérieux de son regard ne faisait que l'embellir davantage, lui octroyant un aspect viril irrésistible.

-Yukito, je sais que tu…

-Maître d’armes !!!! Le seigneur Hiragisawa aimerait s’entretenir avec vous.

-Oui, j’arrive de suite. Mais c’est pas vrai !!

Encore une fois, il était interrompu. Ses traits exprimaient sa frustration. Réalisant qu’il avait toujours les mains de son ami dans les siennes, il les lâcha subitement. Yukito en fut déçu. Il n'imainait pas se faire repousser si violemment.

D’un mouvement brusque, Toya se dirigea vers la sortie. Soudain, il s’arrêta dans l’entrebâillement de la porte et se tourna vers Yukito. 

-Alors tu viens ? Tu sais que je ne peux aller nul part sans toi. Tu es…le précieux majordome de cette maisonnée, fit-il avec un léger sourire contrastant avec son regard impassible. 

Heureux, Yukito abandonna son travail pour le suivre.

  

 

-Tu m'avais prévenue de son retour dans ta lettre mais... Je n'imaginais pas votre relation au plus mal.

-Il n'est plus du tout le même.

-C'est un fait.

-Il a osé me rejeter.

-Tu es vraiment sûre de ça?

Sakura se tourna vers Tomoyo. Elle la sermonna silencieusement d'une grimace suite à la question aberrante qu'elle venait de poser. N'avait-elle pas vu son regard froid? Sa manière de s'adresser à elle? Cette distance qu'il s'efforçait de mettre en place entre eux? Shaolan n'était plus l'amoureux amouraché qui l'avait quittée des années auparavant.

Assises dans la chambre de Sakura, la dame avait demandé du thé et une collation à ses suivantes. Enfin au calme, Tomoyo avait décidé de l'interroger sur le fonctionnement du domaine depuis l'apparition de ces hommes. Elle se vantait d'être davantage impartiale que sa cousine, surtout au sujet du dit parjure et de son attitude. Tomoyo avait lu la lettre. Elle comprenait parfaitement que sa petite fleur ait pu être blessée par ces mots. Shaolan payerait pour cela. Mais, elle n'était pas certaine que les phrases injurieuses représentent les pensées du jeune homme.

-Disons qu'il t'a effectivement rejetée, qu'il ne veut plus rien à faire avec toi. Toi, qu'est-ce que tu en penses?

-Moi?

Sakura croisa les bras, peu encline à aborder ce sujet.

-Que veux-tu dire par là?

-Es-tu heureuse de le revoir? As-tu envie de le faire fondre?

-Il n’est rien pour moi.

Tomoyo ne put s'empêcher de rire face à la mauvaise foi de sa parente. Sakura détourna le regard, incapable de soutenir la vérité que son amie essayait de formuler à voix haute. Elle était contrariée. Sa cousine voyait trop claire dans son jeu.

-Ne me mens pas à moi, ma belle !

-Je ne mens pas!

-Tout le monde vous a vus lorsque vous avez dû vous séparer l’un de l’autre : on aurait dit deux âmes en peine.

Sakura releva la tête. Ce n'était donc pas son imagination, ce regard doux que Shaolan lui avait lancé quand elle était dans ses bras. Elle repensa au jeune homme tendre de ses souvenirs. Ses lèvres tremblèrent. Ses yeux s'embuèrent. La mélancolie des jours heureux l’inonda.

N’y pouvant plus, la jeune fille s’écroula en larmes dans les bras de sa cousine. Celle-ci la tint contre elle, caressant sa chevelure miel d'un mouvement apaisant. La dame Daidoji étreignit avec toute la compassion dont elle était capable la jeune éplorée. Elle savait que l'épreuve de son cœur serait difficile.

Soudain, Ruby Moon émit des bruits très aigus. Elle grattait un coin de la pièce, excitée par un objet bien précis. Elle farfouillait dans des caisses de son museau. Finalement, elle réussit à obtenir ce qu'elle cherchait.

Attirées par l’agitation, les jeunes filles arrachèrent de la gueule de l’animal un petit objet métallique. De ce coffret, se dégageait une forte odeur florale. Cette fragrance avait dû attirer l'animal sensible.

-Qu’est-ce que c’est ? demanda Tomoyo. 

-Je ne sais pas. C’est un petit coffret que j’ai trouvé hier dans les affaires de ma mère. J’ignore ce qu’il contient. 

-Peut-être est-ce un trésor fabuleux ou un secret de famille extraordinaire ou mieux encore, les esquisses d’un magnifique kimono, déclara une Tomoyo aux yeux pétillants d’étoiles. 

-Je chercherai la clé plus tard dans les affaires de mon père. 

-Oui, en attendant, nous devrions parler de la prochaine étape.

-Comment ça?

-Tu n'as pas remarqué? Shaolan est véritablement jaloux!

Sakura essuya son visage. Elle prit un instant pour saisir l'importance de ces paroles. Shaolan? Jaloux?

-Tu crois?

Tomoyo fit un signe d'assentiment de la tête. Sakura se sentait davantage perdue. Cela soulevait davantage de questions que de réponses sur cet homme. Et elle? Que ressentait-elle? De la joie de savoir que son ancien amant éprouvait encore quelque chose pour elle ou un désir de vengeance?

-Lorsqu’il te voit avec ce messire, continua sa parente, il devient cramoisi. Je suis sûre que tu peux le sortir de ce personnage qu'il s'est construit en usant de cette méthode. Mais ne va pas trop loin, ma petite Sakura. Cet homme, cet Hidéki, je ne le sens pas. Il faut se méfier des gens aux auras troubles.

-Oui, je te le promets, ma chère Tomoyo.



Mot de l’auteur


Enfin, je peux me remettre à cette histoire! Comme vous avez pu le constater, j’ai déjà enregistré en brouillon les chapitres suivants. Donc, je compte bien la finir cette narration. Mais, je ne me rendais pas compte de la tâche colossale à laquelle je m’attaquais. Comment avais-je pu rédiger une telle atrocité? Il y avait des personnages qui apparaissaient et disparaissaient comme par enchantement dans le récit. Il y avait des répliques pratiquement tout de suite contredite par les paroles d’un autre personnage. J’étais sous acide ou quoi quand j’avais rédigé tout ça? Même pour moi c’était incompréhensible alors que je suis l’auteure!!! J’avoue, je me suis pris la tête en essayant de rendre un peu plus logique cette histoire. J’espère avoir suffisamment rattrapé le coup.


Merci de m’avoir lue! A très bientôt et bonne année!


 


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