La moitié de City Hunter

Chapitre 2 : La fusillade

4993 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 13/09/2022 09:30



*** 24 Juin 1983 - 07h23 ***


Quelques instants plus tard, alors que Saeko pensait qu'ils commençaient à voir le bout de cette histoire, tout bascula. Hideyuki était en train de superviser une dizaine d'hommes qui était parvenue devant l'entrée de la Banque. Ils récupéraient un à un les otages, tenant en joue trois braqueurs qui les menaçaient aussi de leurs armes. 


La tension était à son comble et Saeko sentait une goutte de sueur froide couler le long de sa colonne vertébrale, ses cheveux étaient collés sur son front mais elle n'osait pas bouger pour les dégager de là. Le souffle court, elle ne pouvait faire qu'attendre que l'échange se termine mais les secondes paraissaient aussi longues que des minutes et les minutes semblaient des heures. 


Quand soudain, une déflagration déchira le silence et Saeko vit avec horreur un des braqueurs s'écrouler. Les otages hurlèrent de terreur et se mirent à courir droit devant eux. 


Elle voulut s'élancer pour les aider mais les braqueurs répliquaient déjà avec leur AK47, mitraillant tout autour d'eux : les voitures de police, la camionnette, les bâtiments alentour, tout ... Saeko se jeta au sol et se planqua derrière une voiture de patrouille dont les pneus explosèrent. Elle sortit son arme et attendit une fenêtre de tir pour répliquer, le cœur battant à tout rompre. Elle chercha Hideyuki du regard et pendant quelques affreuses secondes, elle ne le vit pas. 


Elle voulut se diriger vers la camionnette qui servait de QG, espérant l'y trouver mais une nouvelle salve de tir l'empêcha d'aller plus loin et elle dut se recroqueviller une nouvelle fois, entourant sa tête avec ses bras pour protéger son visage. Quand enfin, la cadence des détonations ralentit, elle fit volte face, braqua son arme et tira, de même que tous les autres policiers, sans qu'aucun ordre n'ait été donné. 


Toute la tension des dernières heures d'attente accumulées se libéra soudain en une déferlante de balles et d’explosions. Les voitures de police étaient criblées d'impacts, les vitres de la Banque Nationale Japonaise volèrent en éclats, des morceaux de verre, de ciment déchiraient l’air dans un vacarme épouvantable. Et puis soudain, elle entendit, une voix familière hurler au milieu des déflagrations :

- "STOP ! Cessez le tir ! Cessez le tir !" 


Son cœur se relâcha un peu et elle ne put retenir un soupir de soulagement : il était en vie ! Visiblement très en colère mais en vie !


Elle se retourna et l'aperçut enfin, tentant tant bien que mal de passer d'un homme à l'autre pour transmettre ses ordres. Saeko rangea son arme et fit de même, criant les mêmes instructions elle aussi entre les détonations qui commencèrent lentement à s'espacer. 


Alors que le calme revenait peu à peu, elle risqua un regard vers la porte d'entrée de la Banque Nationale Japonaise et elle aperçut un volet du bâtiment se refermer brusquement. C'était fini ... En regardant mieux, elle découvrit, sur le parvis principal, cinq corps allongés sur le sol : trois braqueurs et deux policiers. 


Elle se releva et se dirigea rapidement de l'autre côté, gardant bien de rester baissée et protégée le plus possible, trébuchant dans les éclats de verre et les gravats : non loin d'elle, les hommes de l'équipe d'intervention avaient regroupé et sécurisé les otages derrière les sacs de sable d'un barrage routier. 


Arrivée à leur hauteur, elle s'assit à côté d'un des hommes :

- "Bilan, Sergent Shiki ?"

- "Civils OK mais j'ai des hommes sur le carreau là-bas."

- "Bien, je vous couvre, allez les chercher."


Il acquiesça et donna des ordres par gestes. Lui et trois hommes en noir, casque, gilets par-balles, armés de lourds fusils s'avancèrent lentement pendant que Saeko mettait le bâtiment en joue, guettant le moindre mouvement suspect. Mais tout était redevenu calme. Atrocement calme. Saeko n'entendait que les gémissements de peur et les sanglots étouffés des femmes et des enfants qui se tenaient à quelques mètres d'elle.


Les hommes revinrent, tenant fermement deux des leurs, passèrent devant elle, puis se dirigèrent vers une ruelle hors de portée de tir des braqueurs. Elle les suivit et quand ils furent en sûreté, elle se tourna vers eux et le sergent lança à son attention :

- "Les braqueurs sont morts. Touchés à la tête. Mes hommes sont simplement dans les vapes ! Ce sont les gilets qui ont morflé ! Mais trois autres manquent à l'appel. Je crains que ..."


Il fut interrompu par une voix qui claqua dans l'air :

- "Mais qu'est-ce qui vous a pris, Sergent Shiki ?"


L'homme se tourna vers Makimura qui arrivait d'un pas décidé, livide de rage. Le sergent releva sa visière qui avait été brisée, dévoilant un visage en sang, la joue profondément entaillée et éclata :

- "Comment ça, qu'est-ce qui m'a pris ?"


Hideyuki arriva à sa hauteur et attrapa le Sergent Endo Shiki par le gilet par-balle :

- "Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi ?"


Le sergent se redressa, les mâchoires serrées et repoussa brutalement Makimura :

- "Je vous retourne la question, enfoiré !"

- "Enfoiré ? C'est moi l'enfoiré ?"

- "Yep ! Et pas qu'un peu ! C'était un coup à tous nous faire crever !"


Saeko vit Hideyuki serrer le poing. Avant qu'il n'ait abattu ce dernier sur le visage déjà salement amoché du Sergent, elle s'élança vers la ruelle et se plaça entre les deux hommes :

- "Hého ! On se calme !" 

- "Vous avez ouvert le tir !" S'exclama Hideyuki, plein de rage. "Qu'est-ce que vous avez dans le crâne ?"


Endo Shiki sursauta et le dévisagea, les yeux écarquillés :

- "Quoi ?! Mais jamais de la vie ! C'est vous qui êtes aux commandes, non ?"

- "Vous pensez que ... Que j'ai ... Que j'aurais pu donner l'ordre de ... Non, non, non, non !!! J'ai bien dit : pas de démonstration de force ! Protection des civils en priorité ! " Hurla Hideyuki, puis, il se calma brusquement et demanda d'une voix blanche, réalisant peu à peu ce que cela impliquait : "Ce n'est pas vous qui avez tiré ?"

- "Non, Inspecteur. Vous aviez dit de ne pas les abattre, de garder les armes en force de dissuasion et je n'aurais jamais tiré avec des civils dans la ligne de mire."

- "Un de vos hommes ?"

- "Mes hommes savent résister à la pression et obéissent aux ordres." Affirma Shiki, sûr de lui.


Hideyuki resta silencieux quelques secondes, dévisageant le sergent qui soutenait son regard sans ciller. Puis, soudain, faisant sursauter tous ceux qui se trouvaient alentour, Makimura balança un violent coup de pied dans un gravat, l'envoyant fracasser définitivement le peu de ce qu'il restait d'une vitrine de magasin dévasté juste à côté. 

- "Putain de meeeeerde !" 


Saeko s'approcha de son partenaire, tendant une main vers son bras pour l'apaiser mais Hideyuki la repoussa sans ménagement.

- "Si ce n'est pas vous et que ce n'est pas un de mes hommes, alors c'est qui ?" Demanda Shiki.


Makimura resta silencieux, la tête basse, les mains enfoncées dans les poches de son pardessus. Le Sergent ajouta :

- "J'ai pensé que l'ordre était de vous parce que le tir venait de derrière nous ! Donc, les braqueurs n'ont pas ..."


Il s'interrompit quand Makimura fit volte-face en murmurant, la voix teintée d'une rage froide que Saeko ne lui connaissait pas :

- "Alors quel est le con qui a ... ? Non ... Ça ne serait quand même pas ..."


De loin, un agent l'interpella :

- "Inspecteur Makimura ?"


Il releva la tête mais ne répondit pas. Un agent lui tendait un combiné téléphonique. Il accéléra simplement le pas en jurant à voix basse, les poings serrés de rage. 


Qui était en ligne ? Le Grand Pacificateur ? Le Préfet Nogami ? La presse ? Le Ministre en Personne ? Qui que ce soit, il fallait trouver quelque chose à répondre et pour le moment les seuls mots qui lui venaient à l'esprit étaient : Putain de merde !



*** 31 Mai 1995 - 01h48 ***


- "Comment vous savez ?" Avait demandé Saeko.


Sous le regard inquisiteur de la Commissaire Nogami, Ryo sourit, visiblement satisfait :

- "Ça t'en bouche un coin, pas vrai ?"

- "C'est plutôt inquiétant, oui. Toute cette affaire aurait dû rester confidentielle. Nous voulons à tout prix éviter une panique générale."

- "Désolée de te dire que le coup des exercices de déminage dans toute la ville, c'est pas très crédible."

- "Hummm ... Admettons. Et tu viens me faire part de ton scepticisme ?"

- "Non. Mais on a laissé traîner nos oreilles ... Enfin surtout la demoiselle derrière moi ..." 


Saeko se retourna vers Kaori qui piqua un fard sous le regard désapprobateur de la Commissaire.

- "C'est que ... heuuu ... j'ai mis en place un système de balayage des ondes radios, avec un déclenchement automatique quand ... heu ... Enfin, c'est une question d'algorithmes et de heuuu ... enfin bref, c'est juste au cas où, hein ... C'est " Bredouilla-t-elle jusqu'à ce que Saeko l'interrompe :

- "Mouais, pas la peine de m'en dire plus. Je préfère ne rien savoir ..." 


Ryo en profita pour s'éclaircir la gorge et reprendre :

- "Bref ... D'après ce qu'on a pu entendre, ce type a pris un flic en otage ..."

- "Moui ..." Avoua Saeko tout en croisant les bras, les sourcils froncés de contrariété. 

- "Et ce n'est pas un agent lambda, d'après ce que j'ai compris." Glissa Ryo d'une voix teintée de jubilation dissimulée.

- "Moui ..."


Ryo se pencha vers elle

- "Allez ... dis-moi qui c'est ..."

- "Un de mes supérieurs."

- "Ah ouiiii, quand même !"

- "Moui ..."

- "Ne me dis pas que c'est ton père ?" s'exclama Kaori, pâle d'inquiétude.

- "Non." Répondit Saeko avec un maigre sourire. "Heureusement, non. Papa va bien ... enfin ... Il est stressé comme jamais, il doit gérer la plus grande crise de toute sa carrière mais, oui, il va bien."

- "Alors pourquoi le nom de City Hunter a été mentionné dans cette affaire ?"


Saeko s'étrangla et lança un regard inquiet vers Kaori :

- "Comment ça ?"

- "Tu as très bien compris ma question, Saeko." Répondit la jeune femme, soudain pleine d'assurance. "Pourquoi avez-vous parlé de nous sur une fréquence sécurisée ?"


La policière serra de nouveau les poings mais resta muette, forçant ainsi Kaori à se pencher en avant pour répéter d'une voix douce : 

- "Qui est ce flic qui a été pris en otage et en quoi sommes-nous impliqués ? C'est personnel, n'est-ce pas ? Alors pourquoi ne pas nous avoir appelés tout de suite ?"


Un silence pesant s'installa dans l'habitacle de la voiture jusqu'à ce que Saeko murmure, tout en dissimulant son visage entre ses mains : 

- "Putain de merde !" 


Ryo et Kaori se regardèrent, interloqués. Ce n'était pas vraiment le genre de la famille Nogami, de jurer comme ça, et encore moins le style de Saeko se laisser dominer par ses émotions de cette façon.  

- "Putain de merde !" Répéta la policière, nerveuse, le visage toujours caché entre ses mains légèrement tremblantes.


A l'arrière, Kaori finit par lâcher dans un souffle :

- "A ce point ?"

- "Vous auriez mieux fait de rester chez vous." Répondit Saeko. 

- "A ce point ?" Répéta Kaori en échangeant un regard amusé avec son partenaire.

- "Oui, à ce point." Conclut sèchement Saeko, le visage toujours caché entre ses mains et couvert par ses cheveux. "Et je suppose que maintenant que vous êtes là, je ne parviendrai jamais à vous convaincre de rester en dehors de cette histoire ?"


Ryo éclata de rire :

- "Bien vu, Commissaire de Mon Coeur ..." et il se pencha vers elle et retira délicatement ses mains qui protégeaient son visage et lui adressa d'une voix plus douce qu'à l'accoutumée : "Bon, on t'écoute."


Saeko prit une grande inspiration et désigna du menton le bâtiment plus loin :

- "Dans le bâtiment de cette carrière désaffectée, il y a effectivement un type retranché avec toute sa bande. Il a pris un flic en otage, qui, selon toute vraisemblance, va bien et est plutôt bien traité."

- "Oh ..." Releva Ryo. "C'est la première fois que je te vois si peu inquiète pour le sort d'un être humain ..."


 Saeko souffla sur sa mèche :

- "On va dire que ce n'est pas mon collègue préféré ..."


Saeko se tourna vers Ryo. Sa voix avait retrouvé ses intonations habituelles. Elle était redevenue elle-même, professionnelle, maîtresse de ses émotions, pragmatique :

- "En échange de la libération de ce type, ce forcené exige qu'on libère son père qui croupit depuis plus de dix ans en prison où il purge une peine incompressible à perpétuité."

- "Et bien, perpet ... ça doit être un mec super sympa, le papounet ..." Lança Kaori, sarcastique.


Saeko lorgna la jeune femme dans le retrovieuseur intérieur et sourit doucement, amusée par le changement de comportement de Kaori ces derniers temps. Elle avait pris en assurance, osait s'affirmer sur le plan professionnel, ne rougissait plus autant qu’auparavant des facéties de Ryo ...


Elle l'observa encore quelques secondes puis souffla sur sa mèche rebelle :

- "Super sympa, oui ... Je confirme."

- "Mais bon, où est le problème ?"


Saeko la lorgna à nouveau dans le rétroviseur et Kaori poursuivit : 

- "Je veux dire ... S'il a un otage et qu'il demande son père, il suffit d'entamer les négociations, de procéder à l'échange et de mener l'assaut ensuite. D'après ce que j'ai vu, tes hommes sont sacrément équipés, ça ne devrait pas poser de problème."

- "Effectivement. Si il n'y avait que ça, j'aurais déjà fait passer un de mes hommes pour son père, on aurait mené l'échange et attaqué de front. Mais je ne peux pas faire ça."

- "Comment ça ?"

- "Le problème numéro un, c'est que le Ministre refuse toute intervention directe qu'il juge trop risquée pour l'otage."

- "Ah ..."

- "Oui. Ils sont ... familialement liés, si je peux m'exprimer ainsi. Ce qui pèse nécessairement dans la balance, vous vous en doutez. Problème numéro deux : je ne sais pas si vous avez remarqué mais ..."


Ryo l'interrompit, regardant droit devant lui, le regard perdu dans les ombres descentes des gyrophares, concentré :

- "C'est la configuration du terrain et l'emplacement du bâtiment. Il est impossible de s'approcher sans se faire remarquer. Et je suppose que le gars en question a prévenu qu'il avait placé quelques mines, non ?" 


Saeko se tourna vers lui, l'observa une seconde, impressionnée même après toutes ses années par la facilité et la rapidité du nettoyeur à évaluer une situation dangereuse.

- "Comment tu sais ?"

- "C'est ce que j'aurais fait à sa place. Vous avez donc affaire à un pro."

- "Exact. Ce qui nous amène au problème numéro trois : Il ne s'agit pas d'une petite bande de rigolos ou de petits mafieux en manque de reconnaissance. Loin de là. C'est un groupe terroriste. Un vrai de vrai. Et parmi les plus violents et les plus fanatiques du pays. Ce type nous a annoncé qu'il a posé une bombe quelque part en ville. Et pas un exercice de déminage cette fois."

- "Mon Dieu !" S'exclama Kaori en plaquant une main sur sa bouche, les yeux écarquillés.


Saeko se tourna vers Ryo mais lui restait toujours si calme, si impassible ... inébranlable, comme toujours. Elle poursuivit :

- "Ensuite, problème numéro quatre : mon père tente de convaincre Monsieur le Premier Ministre de décréter l'Etat d'Urgence pour pouvoir faire évacuer la ville par les militaires et faciliter les déplacements des démineurs mais c'est compliqué ... pour ne pas dire autre chose."

- "C'est pour ça qu'il y a eu des exercices et des soi-disant simulations de déminage un peu partout ?" Demanda Ryo.


Saeko hocha la tête :

- "On intervient sur chaque colis suspect, chaque sac abandonné, chaque alerte, même minime est traitée en priorité. Nos équipes vérifient les bâtiments administratifs, les zones stratégiques ... Mais c'est comme chercher une aiguille dans une meule de foin et on n'a aucun indice. C'est d'autant plus compliqué que nous n'avons que deux équipes de démineurs sur Tokyo. Comme par hasard, la nuit dernière, nous avons eu six alertes aux quatre coins du pays et il ne nous reste que les équipes de réserve, ici, à Tokyo ... Ce qui crée le problème numéro cinq : nous manquons de spécialistes, toutes les forces de l'ordre sont sur les dents depuis des heures et on commence à avoir du mal à éviter des fuites dans la presse. Ce qui pourrait provoquer un mouvement de panique catastrophique."

- "Il veut quoi pour ne pas la faire exploser ?" Demanda Kaori d'une petite voix inquiète. "De l'argent ? Parce que bon ... il a le flic pour échanger son père. Alors pourquoi poser une bombe en plus d'un otage ?" 

- "J'y viens. Tu as raison, Kaori, il veut plus que ça. Il a posé des conditions très précises qui n'ont rien à voir avec de l'argent. Il affirme qu'il donnera les coordonnées de l'emplacement exact de la bombe ainsi que le code de désamorçage si on lui livre ..." Saeko suspendit ses mots quelques secondes pour reprendre son souffle et jurer encore une fois.


Puis, au bout de quelques secondes, elle reprit, détachant chaque syllabe, contenant sa voix pour qu'elle ne tremble pas :

- "C'est mon problème numéro six. Et ce n'est pas le plus simple. Il fera exploser la bombe, quelque part en ville demain matin, au lever du soleil à moins qu'on lui livre ... le duo City Hunter." 


Ryo ne broncha pas, imperturbable, comme toujours, mais Kaori, elle, se redressa brusquement, se cognant au plafond trop bas de la décapotable.

- "Hein ? ... Aïeuuuu ! M'enfin ... pourquoi ?!?" S'exclama-t-elle en se frottant le crâne. "Qu'est-ce qu'on lui a fait bon sang ! Pour son père, c'est pas de notre faute ! Je veux dire ... Ca semble assez évident que tout est lié à l'emprisonnement de son paternel. Mais tu as dit tout à l'heure que ce dernier est en taule depuis plus de dix ans ... Et on ne travaillait pas encore ensemble, Ryo et moi."


Ryo se tourna brusquement vers la policière et demanda :

- "Qui est son père ? Celui qui est en prison ?"

- "Je ..."

- "Tu as évité de prononcer son nom."


Saeko prit une grande inspiration et répondit le plus calmement possible :

- "Celui qui est en taule, c'est Tsukino Fujimaro dit Le Grand Pacificateur, Chef du Syndicat de l'Ombre ... Son fils s'appelle Hiro Fujimaro et dirige la Coalition nocturne.”


Ryo la dévisagea, dépité :

- "Ouais, ça m'aide pas tout ça... Je suis censé savoir de qui tu parles, là ?"

- "Sérieux ? Ryo ? Tu ne te rappelles pas du Syndicat de l’Ombre?"

- "Non. Absolument pas. Et ne me regarde pas comme ça, Commissaire de mon Coeur, tu sais bien que, les noms grandiloquents, moi, je ne les retiens pas."

- "Oui, toi, tu retiens juste le nom des Miss Mokkori pour qui tu bosses, de celles des magazines, les prénoms des miss météos, des journalistes, des mannequins, des actrices ... hein ? Et pour les trucs importants, faut pas compter sur toi, c'est ça ?" Persifla Kaori, se frottant encore le crâne. "Cela dit, moi non plus, ça ne me dit rien du tout, le Syndicat de l'Ombre et la Coalition Nocturne … on dirait un nom de groupe de death metal !"


Saeko leva les yeux au ciel, souffla sur sa mèche, se demandant comment ces deux-là pouvaient former le duo le plus craint des yakuzas et des tueurs du pays. Elle précisa ensuite :

- "Le Syndicat de l'Ombre, ce sont ceux qui ont braqué La Banque Nationale Japonaise en mai 1983."


Ryo se raidit et répondit d'une voix froide :

- "La dernière affaire d'Hideyuki en tant que policier."

- "C'est ça." Confirma Saeko.

- "Et la première en tant que City Hunter ..."


Saeko se tourna brusquement vers lui :

- "Pardon ?"

- "Oui ... C'est à ce moment qu'Hide a décidé de se joindre à moi."


La policière resta silencieuse, se contentant de le dévisager, pendant que Kaori s'était approchée, s'accrochant aux deux sièges avant. Ryo poursuivit :

- "Le type affirmait qu'Hideyuki, en tant que policier, n'oserait jamais le descendre froidement. Il pensait tenir Makimura par les ... hum hum, enfin tu vois quoi. Il menaçait de descendre quelques otages, en précisant qu'il le ferait avec une arme de la police puisqu'il avait réussi à en récupérer quelques-unes. Comme ça, il aurait fait croire à une bavure et déstabiliser encore un peu plus l'ordre établi."

- "Oh ! Bah dis-donc, c'est bizarre pour des braqueurs de banques." 

- "Oui, tu as raison, Kaori." Confirma Saeko. "Leurs revendications étaient essentiellement politiques et idéologiques. Ils n'en avaient rien à faire de l'argent qu'ils considéraient comme un simple outil dans leur lutte."


Ryo hocha la tête et reprit :

- "Bien sûr, comme toujours, quand on s'y attend le moins, Makimura avait le chic de sortir une énormité."

- "Qu'a-t-il dit ?" Demanda Saeko.

- "Il ne t'en a jamais parlé ?"

- "Non ... A un certain moment, on ne parlait plus tellement boulot."

- "Bah tiens ... "

- "Ouais bon, qu'est-ce qu'il a dit ?"

- "Il a tout simplement affirmé qu'il ne serait bientôt plus flic, qu'il n'avait pas donné son vrai nom, qu'il pouvait donc rendre justice lui-même, qu'il connaissait les moyens de faire disparaître un corps et de ne pas être inquiété par la suite, ce genre de truc ... qu'il serait bientôt City Hunter, et que, de ce fait, si ce type ne se rendait pas, il le retrouverait et le descendrait, purement et simplement."

- "Ohhh ... Sans déconner ? Hideyuki a vraiment dit un truc pareil ?" Demanda Kaori, abasourdie.


Ryo hocha la tête :

- "Il était à bout de nerfs, ça faisait des heures qu'il négociait avec ce Fuji-je-sais-plus-quoi. Il pensait avoir avancé et l'autre débile de flic venait de la lui jouer à l'envers. Il en avait ras-le-bol."

- "Oui, je me rappelle bien. En plus, il y avait eu la fusillade juste avant."

- "La quoi ?" La coupa Kaori, abasourdie par toutes ces révélations sur son frère.

- "Oui, à un moment, ça a dérapé ..." Murmura Saeko.

- "La faute à ce Commissaire idiot ... Comment il s'appelait déjà ?" 

- "Ryo, ta mémoire m'inquiète quand même ... Sozen. C'était le Commissaire Okano Sozen. C'est lui est détenu en otage."


Ryo éclata de rire :

- "Ah bah, au moins, il sait choisir ses otages, ce type. Bien fait pour ce gros imbécile."

- "Ryo ..." Le morigéna Saeko, en fronçant des sourcils réprobateurs.


Le Numéro Un du Japon éclata de rire :

- "Quoi ? T'es gonflée, Saeko, de me faire des reproches, alors que toi tu viens de dire : "Ce n'est pas mon collègue préféré" ... la blague … T’as le sens de l’euphémisme, toi !"

- "Oui, bon ..." Répliqua Saeko en soufflant de nouveau sur sa mèche. "Je reconnais que son sort me laisse plutôt indifférente. Mais il a une femme, deux fils et ce n'est pas parce que je ne le porte pas dans mon coeur qu'il doit être concidéré comme de la chair à canon."


Ryo hocha la tête :

- "Oui, je comprends."

- "Et donc, Hideyuki a menacé son père ?" Demanda Kaori, curieuse d'en savoir plus sur son frère.

- "C'est ce qu'il a fait, oui. Mais, comme le type ne l'a pas cru ... Je suis intervenu. C'était à moi de me salir les mains. Fuji-truc senior a eu la trouille de sa vie et a rendu les armes."


Kaori était devenue très pâle, Ryo serra les dents, navré de raviver le chagrin de sa partenaire. Elle porta une main à son coeur avant de murmurer :

- "Oh ... Donc ... Donc, c'est Hideyuki et toi qu'il veut, finalement, pas City Hunter."

- "Yep ..." Confirma Ryo.

- "Et bah, vous avez compris mon problème numéro six ..." soupira Saeko. "Impossible de livrer un fantôme."

- "OK ... Pour l'instant, il reste logique, le bonhomme." Répliqua Kaori d'un ton soudain pragmatique.


Saeko se tourna vers elle pour la dévisager et Kaori se sentit obligée de poursuivre pour se justifier : 

- "Non, enfin, je veux dire ... Il reste sur son idée de vengeance, sa psychologie est facile à cerner : il veut retrouver son père et faire payer ceux qui l'ont privé de son papa-chéri pendant tout ce temps. On est dans la vengeance bien ruminée pendant des années et il n'a pas peur d'aller dans les extrêmes ... Il serait assez facile à manipuler avec un bon négociateur."


Saeko la dévisagea encore plus intensément, achevant de mettre la jeune femme terriblement mal à l'aise. 

- "Mais c'est bon, je dis plus rien ..." Murmura cette dernière en s'adossant à nouveau sur le siège arrière, croisant les bras.

- "Oui, tiens, c'est vrai, ça ... il est où votre négociateur ?" Demanda Ryo à Saeko. 


Il la sondait, tente d'évaluer la situation en observant dans ses yeux, pendant qu'elle sentait le regard tout aussi scrutateur et perplexe de Kaori dans sa nuque. 

- "Dans son bureau. C'est mon père qui se charge de parler directement avec lui."

- "Ton père !" S'étrangla à moitié Ryo.

- "Quoi ?"

- "Bah, il est pas connu pour sa patience et sa finesse d'analyse."

- "Alors, je vais te dire un truc ... Je ne sais pas où il a appris toutes ces tactiques ... mais, j'avoue qu'il m'a épatée. J'ai découvert il y a quelques heures qu'il avait mis au point une unité d'élite secrète, spécialisée dans l'approche et la neutralisation de groupes terroristes. Il s'agit d'ailleurs des sept hommes en noir qui sont en renfort des militaires, là-bas et qui vous ont accueillis tout à l’heure." Dit-elle en désignant un groupe près d'un camion blindé un peu plus loin. "Ses nouvelles méthodes sont encore expérimentales et non reconnues par notre Ministre mais bon ... Il suit son chemin, comme toujours ... tu connais mon père ?"

- "Je préfère m'en tenir éloigné, ne le prends pas mal, Saeko ... mais je ne suis pas prêt pour les présentations à la famille et tu sais bien qu'entre nous ... Aïeuuuuu !!!"


Kaori venait de le frapper rudement à l'arrière du crâne. Ryo gronda :

- "Non mais ! Tu peux pas t'en empêcher ou quoi ?"

- "Et toi ? Tu peux pas garder tes allusions débiles pour toi ?"

- "Rooo, t'as aucun humour, Kaori."

- "Aucun humour ? Si Môsieur, j'ai de l'humour et c'est justement pour ça que je peux te dire que c'est pas drôle du tout !"

- "Je vois pas en quoi, franchement !"

- "Tu vois pas ?"

- "Non."

- "Sérieux ? Tu vois pas ?"

- "Non."

- "Mais, je rêve ! Tu vois vraiment pas ?"

- "Bah naaaaan ..."

- "Tu vois pas en quoi ça peut me blesser quand tu insinues que toi et Saeko, vous ..."

- "Ohhh, ça suffit, vous deux ! C'est franchement pas le moment !" Les coupa Saeko d'une voix forte.


Ryo se figea puis se pencha théâtralement vers la policière, se plantant sous son nez pour scruter attentivement ses traits : 

- "Attends voir ..." 

- "Qu'est-ce que tu regardes comme ça, toi ?" L'interpella Saeko, louchant sur le visage de Ryo.


Il pointa alors son index sur le nez de son amie et s'exclama la faisant sursauter :

- "Tu as souri ! Au moins on a réussi à te faire sourire ! Faut dire que depuis qu'on est arrivé, tu tires une de ces tronches !"

- "Ryo, l'affaire est grave quand même." Lui répond-elle avec un ton de reproche.

- "Oh allez ... On a toujours réussi à s'en sortir, non ? C'est pas aujourd'hui que ça va changer !"

- "Hum ..." Répliqua-t-elle, dubitative. "Ça ne résout en rien mes problèmes cinq et six. Car Papa a beau lui expliquer autant qu'il peut que City Hunter n'est qu'une légende urbaine et qu'il est impossible de répondre à sa demande ... Le type ne veut rien entendre. Il veut City Hunter. Alors quand il va devoir lui dire maintenant qu'un des types en question est mort ... Fiston va le prendre pour un menteur fini. Et le mensonge marque la fin de toute négo ..." 


Saeko détourna le regard vers sa vitre, serra les dents pour ne pas montrer son émotion, sa colère, sa rage ... sa tristesse, ses regrets ... 


Kaori, quant à elle, restait pétrifiée, les yeux rivés sur son partenaire, attendant sa réaction. Comme elle ne venait toujours pas, ce fut elle qui rompit le silence en annonçant, sûre d'elle :

- "Vous savez quoi ? Il veut un Makimura ? Et bah, il va l'avoir !"



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