Pour trouver les bonnes réponses...

Chapitre 8 : Une seconde chance

Chapitre final

2103 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 13/01/2023 20:15

Ryo était réveillé mais ne voulait pas ouvrir les yeux. Pas maintenant, il était encore trop tôt. Trop tôt pour faire face à nouveau à la réalité qui ne manquerait pas de lui montrer combien elle était cruelle. Les ténèbres étaient bien plus confortables.

Il était perdu au milieu d’un tourbillon infernal sans fin. Il ne s’en relèverait pas, c’était certain. La veille, la douleur avait été si intense, qu’il avait eu l’impression qu’il allait en crever. Et pourtant il était toujours là, son cœur battait dans sa poitrine, son sang coulait dans ses veines et il respirait toujours. Pour combien de temps encore ? Il avait déjà survécu a tellement d’épreuves, de champs de bataille et de dangers pourtant, cette fois-ci, il ne survivrait pas, c’était finit. A quoi bon continuer à se battre quand il ne nous reste plus rien ? Plus rien que des souvenirs qui n’étaient même pas censés exister ?

Kaori…

Il ouvrit les yeux bien malgré lui et remarqua qu’il faisait jour. Était-on le matin ou l’après-midi ? Peu importe après tout. Il fixa le plafond de longues minutes et du coin de l’œil, aperçut des posters de femmes dénudées aux murs, un lit plus grand, des meubles différents… Il se trouvait dans sa chambre. Pourtant il était sûr d’être allé se réfugier dans celle de Kaori la veille, mais avec les – quelques ? – verres d’alcool qu’il avait avalés, il ne pouvait être sûr de rien. Peut-être qu’inconsciemment il était retourné dans sa propre chambre.

Il roula sur le côté en grognant. Il tenta tant bien que mal de repousser les images toutes plus horribles les unes que les autres mais il n’y parvint pas. Il voyait les larmes de Kaori après qu’elle soit rentrée chez elle, il comprenait sa solitude et sa tristesse. Il espérait fortement qu’elle ait, ne serait-ce que pensé à l’appeler. Puis, ce… monstre était entré chez elle. Pour qu’elle revienne sûrement. Mais ça s’était mal terminé et maintenant elle était… elle était… tout ce qui lui restait d’elle, c’était une photo.

La photo… il avait dû la laisser dans la chambre de Kaori. Il soupira et se résigna à se lever. L’esprit embrumé par le manque de sommeil et l’alcool ingurgité la veille, il se dirigea à tâtons dans le couloir. Englué dans un brouillard épais, il entra dans l’ancienne chambre de sa partenaire et regarda sur la table de chevet. Aucune trace de la photo. Pourtant il était sûr de l’avoir laissée là. Il se mit à la rechercher par terre, sur le lit qui était défait et il se baissa même pour jeter un coup d’œil sous le lit. Cette photo était la seule chose qui lui restait de Kaori, la seule image qui lui restait d’elle. S’il l’avait perdu…

Accroupi près du lit il souffla, ferma les yeux et se força à réfléchir. Ou avait-il laissé cette photo bon sang ?!

— Ryo ?! fit une voix.

Il arrêta de bouger et de respirer. Même son cœur s’arrêta de battre l’instant d’une seconde. Il avait des hallucinations maintenant. Il fallait à tout prix qu’il s’en défasse.

Kaori est morte. Elle ne reviendra plus.

— Qu’est-ce que tu fais dans ma chambre Ryo ? reprit la voix, menaçante cette fois.

Il n’eut pas d’autre choix que d’ouvrir les yeux et de tourner la tête vers la porte, là où se tenait Kaori, les mains sur les hanches, les yeux lançant des éclairs. Il cligna plusieurs fois des paupières pour s’assurer qu’elle n’était pas une illusion. Qu’elle se tenait bien devant lui, prête à lui balancer une massue sur la tête.

Puis il aperçut l’ensemble de la pièce autour de lui. Le brouillard s’était brusquement levé et il pouvait constater que la chambre était pleine de petites touches de féminité par-ci par-là, la photo de Kaori et son frère était posée près du lit, ses meubles et ses affaires remplissaient la pièce. Comment avait-il fait pour ne pas remarquer tout ça en entrant ?

— Et ne me raconte pas de salades, je veux savoir ce que tu fais vraiment ici. Tu venais chercher des sous-vêtements c’est ça ? Allez, peut-être que si tu dis la vérité je pourrais être clémente pour une fois.

Ryo se redressa et il eut l’impression de sortir d’un long sommeil. Un rêve. Tous ce qu’il avait vécu ces derniers jours n’était qu’un rêve finalement. Il repensa aux dernières heures qu’il avait vécu, à la douleur qu’il avait ressentie. Ce n’était pas réel. Il dû se le répéter plusieurs fois dans sa tête pour s’en convaincre. Pas réel. Juste un cauchemar… Il n’avait jamais eu de mauvais rêves aussi vrai…

— Ne cherche pas un moyen de t’échapper ou ça va mal se terminer ! menaça Kaori en le voyant plongé dans ses pensées.

— Quel jour on est Kaori ? demanda-t-il.

— On est samedi, lui répondit-elle, légèrement surprise. Pourquoi ?

Le soir où il était sorti avec Mick était un vendredi. Il avait du mal à croire qu’il ne se soit écoulé que quelques heures depuis. Kaori était bien là, bien vivante devant lui et elle se souvenait de lui. Il était sûr également que chaque chose était à sa place, que Mick habitait toujours l’immeuble d’en face et que Sayuri travaillait à New York.

En contemplant le visage interrogateur de Kaori, il se souvint qu’il devait lui donner une réponse.

— Je… commença-t-il.

Il se racla la gorge, chercha ses mots, gagna du temps. Ces trois derniers jours, même s’ils n’avaient pas été réels, l’avaient profondément secoué. Comment un cauchemar pouvait autant le bouleverser ? Tout était encore si net dans sa mémoire…

Sortant de sa torpeur, il prit une profonde inspiration et poursuivit :

— Il s’est produit pas mal de choses cette nuit. J’ai même encore du mal à croire que tout ça ne se soit pas réellement passé.

— Mais de quoi tu parles Ryo ?

— C’est un peu compliqué à expliquer.

Puis il rit nerveusement en s’apercevant qu’il avait répété cette phrase pendant tout son rêve : « C’est compliqué à expliquer », « Tu ne me croirais pas… » Il toussota et reprit contenance.

Il n’était plus dans son rêve. Kaori était vivante, elle n’avait pas été au prise d’un mari violent. Tout était encore possible…

— Quoiqu’il en soit, ça m’a fait prendre conscience de certaines choses. De choses très importantes même.

Cette fois, il regardait Kaori avec sérieux. La pauvre se demandait toujours de quoi il voulait parler. Il n’avait pas encore prit de coup sur la tête puisque qu’elle n’avait pas encore sorti sa massue. Mais alors, où voulait-il en venir ?

Il fit un pas dans sa direction, puis un autre. Lorsqu’il fut tout près d’elle, il lui prit les mains et les serra délicatement dans les siennes. Il plongea son regard dans le sien et lui souffla :

— Je suis désolé Kaori.

— Mais je… Désolé de quoi ?

Il prit une profonde inspiration avant de déclarer :

— Pour tout le mal que je t’ai fait.

A trop se poser de questions, il l’avait fait attendre bien trop longtemps. Pendant toutes ses années, il avait cherché le meilleur pour elle. Sans se douter une seule seconde qu’il pouvait être lui-même la cause de son bonheur.

— Mais qu’est-ce qui t’arrive ce matin Ryo ?

Le cœur de Kaori n’arrêtait pas de faire des bonds et ses joues ne savaient plus qu’elle couleur prendre.

Il sourit doucement et lui répondit :

— Rien. J’ai juste trouvé des réponses…

Il s’approcha encore un peu plus. Il était tellement près qu’elle pouvait sentir son souffle sur sa joue.

— Des réponses à toutes mes questions.

Il laissa ses lèvres frôler les siennes, savourant l’instant. Puis il s’en empara tendrement. Il avait arrêté de réfléchir. Terminé les questions. Terminé les remarques blessantes. Sa carapace céda complètement et… ce n’était pas aussi horrible que ce qu’il pensait. La foudre ne leur tomba pas dessus, aucun coup de feu ne retentit, aucun danger en vue. Et mieux que tout, elle lui rendit son baiser. Malgré toute ses bonnes résolutions visant à ne plus rien ressentir pour lui, Kaori succombait.

Elle passa les bras autour de son cou, se serra un peu plus contre lui, sentant sa chaleur et son cœur battre contre le sien.

Une question néanmoins lui traversa l’esprit malgré le chaos qui s’y était invité : comment en étaient-ils arrivés là ? Certes, elle avait formulé une prière la vieille. Elle voulait que Ryo ouvre les yeux. Qu’il se rende compte à qu’elle point elle tenait à lui. Mais il ne pouvait pas l’avoir entendu, il n’était même pas chez eux lorsqu’elle avait formulé ce souhait. Comment c’était possible alors ? Peu importe après tout…

Ils s’écartèrent légèrement l’un de l’autre. Kaori avait le rose aux joues mais les yeux pétillants. Un léger sourire étirait leurs lèvres à tous les deux et…

Un grondement sourd retentit faisant éclater la bulle dans laquelle ils se trouvaient. Apparemment, l’estomac de Ryo venait de se manifester d’une manière assez bruyante. Ils se regardèrent avec effarement puis éclatèrent de rire tous les deux.

— Bon, je crois qu’il est temps d’aller remplir cet estomac, Monsieur Saeba.

— Mais avec grand plaisir, Mademoiselle Makimura.

Ils prirent tous deux le chemin de la cuisine, se dirigeant vers un petit déjeuné qui promettait d’être succulent. Les choses bougeaient, la vie évoluait et ils avaient tout le temps devant eux.

Pourtant, en sortant de la chambre de Kaori, Ryo cru voir un morceau de papier dépasser du pied du lit. On aurait dit…une photo. Non. Il devait se faire des idées. De toute façon, il n’eut pas le temps de s’attarder que Kaori l’entraînait déjà hors de la pièce.

Néanmoins, le souvenir de la photo vint titiller sa conscience. Il revoyait le cerisier en fleur derrière Kaori, son large sourire pétillant qui éclairait tout le cliché, l’ombre des feuilles qui se découpait sur son visage… Pouvait-on retenir autant de détails en sortant d’un rêve ?

Il se repassa mentalement chaque instant de son rêve. Le moment où il était allé voir Saeko à son bureau, le château de Matsumoto et ses reflets sur l’eau, la pluie qui était tombée pendant qu’il discutait avec Kaori à l’intérieur de ce café…

Puis il revit la femme dans le cimetière, celle qui l’avait poussé à trouver des réponses. Il revit ses cheveux encadrant son visage légèrement soulevés par la brise et son visage fin et harmonieux. Qui pouvait-elle bien être ? Dès qu’il se la représentait, un drôle de sentiment familier s’insinuait en lui mais il ne saurait dire quoi… Bah, ça provenait surement du fait qu’elle était très belle, voilà tout.

Il chassa son cauchemar de sa mémoire. Ça ne servait plus à rien de chercher comprendre. Rien de tout ça n’avait eu lieu. Le plus important, c’était qu’il avait ouvert les yeux. Il allait tout faire pour rendre Kaori heureuse, puisqu’apparemment il était le seul à avoir ce pouvoir. Et même s’il n’était pas sûr de le mériter, il remercia le ciel de lui laisser une seconde chance.

Fin !


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