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Chapitre 7 : Songes d'une nuit d'automne

1810 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 28/01/2024 15:50

Tu luttes contre Morphée qui cherche à t’attirer à lui, je le sens à ta tête qui devient lourde et à tes gestes qui se ralentissent. Tu es blottie contre moi, tes longs cheveux doux chatouillant mon épaule quand ton visage tombe progressivement dans le creux de mon bras. J’apprécie la chaleur de ton corps, ton souffle léger, ta main gauche perdue contre mon torse nu. Je la caresse, cette main, avec soulagement, avec tendresse. Je trace tes doigts longs et fins aux ongles peinturlurés et je m’arrête sur ton anneau, celui qui scelle définitivement notre relation par l’amour qui s’est installé entre nous insidieusement il y a de ça plusieurs années.

 

Le jour de notre mariage aurait dû être le plus beau, semblable à tes rêves d’enfant. Je peine encore à réaliser ce qu’il s’y est réellement déroulé, je m’en suis tant voulu, je m’en veux encore. Ce que j’avais dit à Kaori, lorsque tu es revenue dans ma vie, faisant preuve d’une détermination sans failles, s’est bel et bien produit : en t’épousant, je n’ai pas su te protéger dans ce monde qui est le nôtre. Le jour où j’ai enfin osé montrer l’amour que je te porte aux yeux de tous, est aussi celui où tu es devenue le dommage collatéral d’une embrouille concernant Ryô. Ce jour-là, j’ai cru te perdre. Tout est encore parfaitement clair dans mon esprit : le coup de feu, ton corps qui chute lourdement que je rattrape de justesse, me blessant moi-même par balle. Les supplications discrètes que j’ai susurré dans ton oreille, celles-ci, les as-tu entendues ? J’ai beau être aveugle, j’ai tout de suite senti le sang humidifier ta robe, ta respiration qui se ralentissait rapidement, ton esprit qui se débattait entre la vie et la mort. Je réentends l’angoisse à peine camouflée du professeur, alors qu’il est habituellement le roi du poker face. Je ne pouvais pas rester près de toi, les bras croisés à ne rien faire alors qu’on venait tout juste de t’attaquer.

 

Je n’avais jamais vu Ryô aussi sérieux, à vouloir me convaincre de rester auprès de toi pendant que Kaori était elle aussi en danger. Les raisons de mes agissements étaient multiples : Kaori en faisait partie. Elle est nôtre amie, tu m’aurais vraiment achevé si je n’avais pas essayé de la sauver. Mais j’avais aussi peur, peur de tourner en rond dans le couloir, de devenir fou à essayer de comprendre si oui ou non tu allais t’en sortir. Je n’aurais pas pu survivre dans un environnement anxiogène tel que celui-ci. D’un autre côté, peut-être que Ryô avait raison, qu’il aurait fallu que je sois tout proche de toi au cas où quelque chose arrivait. L’autre raison, certainement la dernière, c’était mon désir de vengeance. Ce gars avait surentraîné ses hommes pour que nous ne puissions rien voir, et il s’en était pris à toi en guise d’avertissement avant de kidnapper Kaori, sans aucun scrupule. Ce type était une ordure dont on en voit rarement dans ce bas monde, et pourtant j’en ai vu des types malsains avide de pouvoir et de sang.

 

Ton corps se crispe faiblement alors que tu as enfin lâché prise sur le sommeil. La position que tu as adoptée, inconsciemment ou non, n’est pas la même que d’habitude. Tu dors sur le dos, le thorax libéré de tes bras. La blessure est encore fraîche, c’est notre première nuit tous les deux depuis l’incident, chez nous, au Cat’s Eye, loin de chez le professeur. Ma main droite, curieuse, se déplace délicatement vers ta poitrine, frôlant du bout des doigts le pansement qui recouvre l’entrée de la balle. Une larme s’échappe d’un de mes yeux avant de rouler sur ma joue. C’était grave, tu aurais pu y laisser ta vie, sauf que tu n’as jamais cessé de te battre.

 

Aujourd’hui, je pense être capable de dire ce qui m’effraie le plus. Tous nos amis savent que j’ai une peur bleue des chats, peur affreusement ridicule et qui me vaut de trop nombreuses moqueries de la part de Ryô. Même le plus effroyable des nettoyeurs a des points faibles, Ryô étant de prendre l’avion. Nos ennemis peuvent bien jouer avec nos phobies comme ils le désirent pour nous affaiblir, tant que le danger reste loin de vous, Kaori et toi, nous pouvons bien rester debout. Vous êtes devenus nos talons d’Achille, ce qui est bien plus dangereux que n’importe quelle autre tactique militaire. Les ennemis de Ryô ont saisi avec enthousiasme que Kaori était désormais la personne la plus précieuse qu’il avait, que c’était à elle qu’il était nécessaire de s’en prendre. Ils n’avaient pas tort : même s’il l’a admis à demi-mots, sa plus grande de toutes ses peurs est de la perdre. Au sens propre comme au figuré. Chaque fois que quelqu’un a tenté de l’éloigner de lui, il commençait à perdre pied : Mary, Sonia, Mick mais aussi moi.

 

C’était sans compter sur le caractère déterminé de sa partenaire, qui est semblable au tien. Comment est-ce possible d’être aussi têtues au point de se mettre en danger volontairement pour nous, qui ne sommes que des hommes de batailles ? Chaque fois vous tenez bon, nous restant fidèle tandis que la mort nous surveille silencieusement. Néanmoins, votre hardiesse a prouvé son efficacité : avec l’écoulement du temps, vous avez réussi à faire de nous des hommes nouveaux. La véracité de cette affirmation me concerne davantage – bien que Ryô ait énormément évolué de son côté, secrètement. Qui aurait pu croire que j’allais un jour tenir un café avec ma partenaire, à la vie comme au travail ?

 

Je ne regrette rien de ma vie d’avant, qui était emplie d’instabilités en tout genre, de violence et de sang. En acceptant que tu avais réussi ton pari – ce qui n’était qu’un vaste mensonge –, j’ai également conçu que de gros changements allaient s’opérer dans ma propre vie. Sans savoir réellement pourquoi, j’ai cessé de fumer et de boire de l’alcool seul et régulièrement, j’ai pris goût à la vie de gérant de café, qui est l’opposé total de ma vie de nettoyeur. Ta présence m’est progressivement (re)devenue vitale, même quand nous ne disons rien et que seuls nos deux corps se détectent, se frôlent, s’apprivoisent. Tu ne m’as jamais reproché mes erreurs passées, voulant certainement les oublier pour te concentrer sur le moment présent. De mon point de vue, je trouve ça aberrant, car je ne parviens pas à me pardonner moi-même.

 

Rester auprès de moi malgré deux tentatives d’abandon n’est-ce pas là ta plus grosse bêtise ? Lorsque Sonia est entrée dans nos vies, tu as persisté encore et toujours à vouloir m’aider, me comprendre pendant que je n’ai que lâchement abandonné. C’est la seule et unique fois où je t’ai senti faiblir, où tes émotions te submergeaient et que ton esprit rationnel ignorait comment réagir avec moi. Ne crois pas que ça m’a fait du bien de me comporter ainsi avec toi, j’avais le cœur lourd de sentir ta détresse face à mon comportement. Les nuits passées loin de toi étaient excessivement longues. Sais-tu que je t’ai longuement observée travailler au café, avec Saeba – qui lui aussi était seul – pour seul interlocuteur ? Ce sont les dernières fois où j’ai pu te voir et imprimer ton image dans ma mémoire à tout jamais. J’étais persuadé qu’après ça, tu n’aurais plus jamais eu le désir d’être avec moi, avec un aveugle. J’avais encore tout faux.

 

Miki, que serai-je devenu sans toi ? Toi qui m’as tant apporté, qui m’a soigné, qui m’a aidé dans ma rééducation, qui a embauché Ryô pour me protéger lorsque des types voulaient me tuer – et oui, je le savais, d’où l’amalgame fait par Ryô avec le fait que j’avais une maîtresse et que je te trompais. Mais surtout… Que serions-nous tous devenus si tu n’étais pas arrivée sur le bateau de Kaïbara ? Je commençais déjà à me voir mort et à me faire manger par les poissons à cause d’un fou. Cette histoire a été un nouveau tournant pour notre relation, puisque tu as accepté malgré ton désaccord, que je parte m’occuper du père de Ryô. Tu as encore une fois dévoilé toute la confiance en moi que tu éprouves, en faisant le sacrifice de tes propres craintes.

 

Je reviens à la réalité lorsque je te sens gigoter, cherchant probablement une position qui te convient le plus. Ma main gauche retient toujours prisonnière la tienne, ma droite caresse ta hanche. Tu es encore si faible ayant perdu beaucoup de sang, tenant tout juste sur tes jambes et pourtant tu parles déjà de rouvrir le café. Je m’y refuse, il est temps que tu te reposes, je veux m’occuper de toi cette fois-ci, sans t’apprendre les techniques d’auto-défense et à manier une arme à feu, seulement en te préparant des petits plats et en faisant des activités qui te plaisent.

 

Tu m’as trop souvent dit sans que je ne te réponde que j’étais tout ce que tu avais. Avant toi, j’étais persuadé de pouvoir vivre heureux sans personne… Tu m’as prouvé le contraire. Avant toi, je n’étais qu’un gros bonhomme avec des bazookas en guise de jouets, maintenant je suis un nettoyeur tokyoïte, un gérant de café, un amant et un époux. Avant toi, ma vie était terne, désormais elle est lumineuse. Avant toi, je ne craignais pas que la mort vienne m’arracher le cœur, aujourd’hui, je la traque. Et surtout, avant toi je n’avais rien à perdre. À présent, tu es mon trésor, celui que j’ai peur de voir périr, parce que je t’aime.

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