Le grand incendie

Chapitre 1 : "La fleur blanche de la destruction... sur fond bleu"

Chapitre final

6505 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 24/08/2025 17:53

Cette fanfiction participe au défi d'écriture du forum de fffr : juillet août 25 : "Incendiaire". Niveau 1




00'02''

« [Toux étouffée.] Est-ce que ça marche, ce truc ? 

[Un clic suivi d'un grésillement.] 

Oui, apparemment, tout fonctionne. C'est parfait. J'aime quand tout fonctionne parfaitement. 

Nous sommes donc le 18 août 1993, jour un du journal de bord du Saint Dalmato II dont je suis le Capitaine ! Capitaine Kaïbara Shin, ça sonne très bien, je trouve ! 

Nous appareillons ce matin depuis New York en direction de Tokyo, Japon. Cap sur le canal de Panama. Le yacht est au nom de ma société immobilière, nous avons donc toutes les autorisations en bonne et due forme. Je laisse le reste de la paperasse aux bons soins du Premier Officier Dos Santos. Moi, je me charge de poser les jalons de mon plan. Mon grand projet... L'opération "Ryo" ! J'ai enfin toutes les cartes en main pour m'occuper de lui. Je vais retrouver mon fils ! »


00'51''

« Journal audio du Capitaine Kaïbara. Jour trois de navigation. 

Tout se déroule comme prévu. La traversée du canal de Panama s’est passée sans encombre, rien à déclarer dans les cales, ou presque rien. Cap vers Los Angeles, à présent. 

Le Capitaine en Second – ou le Premier Officier, il n'est jamais content du titre que je lui donne – a émis quelques réticences à suivre mes ordres. Il a rechigné à graisser quelques pattes aux douaniers et s'est permis de grimacer quand j'ai rappelé à un commissaire en uniforme que je savais où sa petite famille logeait et qu'un accident domestique pouvait malheureusement vite arriver. Et oui, une fuite de gaz, un court-circuit… vous savez ? Le type a plié. Mais ce Dos Santos n'aurait pas dû exprimer ses doutes. Il n'aurait même pas dû en avoir. Il a donc fallu que je le recadre rapidement, cet officier récalcitrant. Je crois qu'il a compris maintenant que s'il s'opposait à moi, ça serait la dernière chose qu'il ferait sur cette terre... ou cette mer ! [Rires.] »


01'51''

« Journal de bord du Capitaine Kaïbara. Jour six de navigation. 

Nous arrivons à Los Angeles. Je vais retrouver mes hommes là-bas, mes camarades de régiment. Ils se chargeront de mettre au pas le reste du personnel de bord. 

Mais avant, ils m’accompagneront à un rendez-vous très important. Depuis deux semaines, mon contact aux USA a localisé avec précision Mick Angel, un ancien partenaire de Ryo. On dit de lui qu’il est le tueur numéro un du pays, une fine gâchette, un très bon tireur, sans état d’âme et prêt à tout. Il paraît qu’il refuse de travailler pour des hommes, ou alors, il leur fait payer très cher la facture. Je sais qu’il ne voudra pas exécuter ma commande mais, je connais sa faille maintenant. Elle n’était pas facile à trouver mais je la connais ! Il ne pourra qu’accepter. »


02'38''

« Journal audio du Capitaine Kaïbara. Jour neuf de navigation.

On met le cap vers Tokyoooo ! J'ai du mal à contenir mon impatience maintenant que j'ai pu enclencher le premier rouage de mon projet pour débusquer Ryo.

[Clic.]

J'ai engagé Mick Angel. J’ai réussi. Le meilleur tueur des États-Unis ira provoquer Saeba en duel : lors de notre rencontre, cet Américain avait l'air d'un gros dur en apparence, mais... [Rire satisfait.]... je sais faire plier les types comme lui, même les plus vindicatifs. Pour un pro, être attaché à quelqu'un est une erreur qui conduit inévitablement à la mollesse, à la faiblesse et ensuite... et bien, à la défaite, c'est inévitable. Je n'ai jamais arrêté de répéter ça à Ryo, à mes hommes et, comme toujours, j'ai raison. 

Angel a serré les mâchoires et les poings, il a prétendu qu’il n’affronterait pas Ryo pour du fric, qu’il ne tuerait pas un ami, bla-bla, bla-bla. Il a juré, a tenté de me tuer, maiiis... j'avais tout prévu. Il a dû renoncer et accepter mon marché. Vouloir protéger la famille de ce flic qui a enquêté il y a des années sur l'assassinat de ses tantines-les-putains... [Rires.] ... faut vraiment être con ! 

Comme si la reconnaissance, la loyauté, la pitié envers les femmes et les enfants, c’était important ! C’est ça qui l’a rendu mou, oui ! Mou. Faible. Perdant. [Soupir.]

[Clic.]

Bon, ce qui compte pour moi, c’est que maintenant, Angel doit défier et abattre Saeba, son ancien coéquipier, son adversaire et camarade de débauche ! 

Que c'est beau ! Quelle belle fin pour un tueur, pour un combattant tel que Ryo que de mourir par la main d'un ami ! Je lui fais un magnifique cadeau. J'ai demandé expressément à Angel de lui révéler qui lui offre ce superbe présent. Comme ça, si mon fils s'en sort vivant... il ne sera pas étonné de me voir. Et puis, de cette façon, je saurai ce qu’il vaut, il sera digne de moi et nous pourrons à nouveau travailler ensemble !

J'aimerais pouvoir offrir une si belle mort à tout homme de valeur, à chaque guerrier. Combien d'hommes sont tombés sous le feu adverse dans l’indifférence la plus profonde ? Combien ? C'est tellement triste. 

Et pourquoi ? Hein, pourquoi ? Je vous le demande ! 

Par haine ? Aucun soldat ne hait les hommes du camp ennemi au point d'avoir envie d'aller les tuer, juste comme ça.

Par loyauté ? Non plus. La seule loyauté des hommes va à l'argent. 

Pour défendre ses idéaux ? Pour la liberté du monde ? Non, non, non… Rien de tout ça. On se bat et on tue juste pour ne pas mourir. C’est tout.

[Craquements. Grognements.]

Je vais vous dire... Les chefs de gouvernement ou de partis n'en ont absolument rien à foutre de la chair à canon ! Ces connards de chefs ne nous voient pas patauger dans le sang jusqu'aux genoux ! Ils n'entendent pas les hurlements de douleur quand on coupe un membre sans anesthésie ! Ils ne sentent pas l'odeur de la mort et de la gangrène ! Ah non, ils ne voient rien, n'entendent rien, ne sentent rien. 

RIEN ! Ils ne savent RIEN ! 

[Grésillements.]

Ils se laissent simplement aveugler par tous leurs sentiments à la con, des idées de liberté ou d'égalité, des concepts inutiles et creux, des rêves de "civilisation" comme ils disent ! Parce que mourir dans la boue et le sang, c’est civilisé peut-être ? Ah, mais ensuite, ils s’offusquent et accusent les soldats d’être des monstres, des criminels. Comme c’est facile ! Ils oublient que ces hommes les ont servis ! Ils oublient que seuls les guerriers sont les vrais maîtres de ce monde. Depuis la nuit des temps, depuis l'aube de l'humanité, l'homme est un animal de guerre ! La guerre est nécessaire ! La guerre est dans la nature humaine, l'homme est né pour se battre et tuer les faibles. Seuls les mous et les perdants pensent le contraire !

Les soldats devraient être craints et respectés de tous ! Pas humiliés et traités comme des moins que rien !

[Claquements répétés, grésillements.]

Nous, les guerriers, nous devons être respectés pour ça ! Ça devrait être nous, les maîtres de ce monde ! Pas ces lâches mous, faibles et perdants ! 

Grâce à moi, grâce à mon travail pour parfaire le PCP, grâce à cette drogue magnifique qu'est l'angel-dust, les hommes de guerre, les vrais combattants, les invincibles soldats, nous, nous serons enfin respectés de tous ! Adulés ! Adorés ! Honorés ! NOUS, NOUS, NOUUUS ! 

[Saturation sonore.]

MES guerriers ne mourront plus comme des chiens ! Ils ne mourront même plus du tout ! Et ça, c'est grâce à MA drogue divine, MA poussière angélique, MON idée sublime, MON œuvre d’éternité ! Mes hommes se battent au-delà de la mort, parce qu'ils sont des héros ! Ils sont des dieux ! Ils sont immortels !!! .

[Fracas, grésillements, profonde respiration puis silence.]

[Clic.] 

07’12’’

Mon bateau devrait atteindre les côtes nippones dans quelques jours. Angel doit me contacter par radio pour me donner les lieux et date de son affrontement fatal avec Ryo. Je tiens à être présent pour voir ça. »


07’22''

« Douzième jour de navigation. Putain, ça fait déjà douze jours qu'on se traîne sur ce rafiot à attendre que quelque chose se passe à Tokyo. [Soupir.] N'empêche, la mer… quel ennui, toute cette flotte...

[Rire sarcastique et moqueur.] Pardon, j'oubliais : 

Journal audio du Capitaine Kaïbara, jour douze de navigation... Temps radieux, baromètre à je ne sais pas combien d'hectopascals, vent à quinze nœuds et vagues de submersion... pffff.... [Soupir.] Franchement, je me demande qui peut bien en avoir à foutre qu'on soit au jour douze, treize ou quatorze et quelle est la vitesse du vent... [Soupir.] Enfin... Continuer à parler à ce dictaphone me permet de garder les pieds sur terre et de rester concentré sur mon objectif. Ne pas me disperser alors que les cauchemars et les migraines deviennent de plus en plus insupportables. [Soupir. ] 

[Voix chuchotée :]

J'ai encore fait ce rêve cette nuit...

... La bombe antipersonnel qui explose sous moi...

... Je sens... la douleur... en bouillie, ma jambe gauche est en lambeaux... la chair pend depuis mon ménisque à nu...

[Voix presque inaudible :]

... Et puis la lame approche...

... Je sens à nouveau la douleur...

... Ensuite, j'ai l'impression d'avoir encore ma jambe, puisque j'ai toujours mal mais elle n'est plus là... 

[Grésillements. Quelque chose tombe sur le sol.]

[Clic.]

08’34’’

Cet après-midi, nous sommes arrivés en eaux internationales où nous avons échangé notre drogue contre un stock d'armes et de munitions. Mes hommes ont dû mettre au pas l’équipage mais tout se passe comme prévu. 

Angel tarde. Après-demain, le délai arrive à échéance. C'est trop long. Je n'ai plus confiance en lui. J'ai ordonné à mon contact sur place de le surveiller de loin. »


08'55'' 

[Craquement. Grésillements.]

« Putain, je le savais ! Le temps imparti est écoulé et ce lâche d'Amerloque n'a pas eu les couilles d'aller jusqu'au bout ! Il n'y a toujours pas eu de duel. Mon informateur a découvert qu'Angel a même emménagé chez Ryo et la petite pouffiasse qui lui sert de partenaire. En gros, il se fout de ma gueule. Mais ça ne m'étonne qu'à moitié. Il faut être particulièrement discipliné et fort pour assassiner de sang froid son ancien partenaire. Ce n'est pas donné à tout le monde, il faut bien le dire. 

[Clic.]

Après réflexion, je ne suis pas déçu. Au contraire. Je crois qu'au fond de moi, je me doutais que ce guignol n’abattrait pas Ryo. Ça m'arrange presque. Je prépare un plan B, un très beau plan B.

Je vais me charger d'Angel dès que l'occasion se présentera. Si ce lâche n'a pas honoré son contrat, c'est qu'il a choisi de mourir, non ? Ou bien il croyait pouvoir me défier ? [Rires.] Ça revient au même de toute façon : qui me défie, meurt ! 

[Silence.]

[Clic.]

Je vais lui préparer une mort flamboyante, à la gueule d'ange. Ryo comprendra le message. Je n'en doute pas une seconde. »


09'59''

« Journal de bord du Capitaine Kaïbara. Jour de navigation numéro seize. 

Le plan pour éliminer Angel est en place. L'Amerloque a utilisé une de ses fausses identités pour se réserver un billet d'avion pour Los Angeles. Son compte est bon. [Rire.] 

J'aimerais tant voir sa tronche quand notre gars de l'Union Teope appuiera sur le détonateur en plein vol pour tout faire péter !!! Ohhh, ça serait tellement bien d'assister à ça et découvrir le regard de ce soit-disant pro, ce numéro un de pacotille, quand il comprendra, quand il réalisera qu'il ne peut rien faire contre moi, moi qui viens accomplir la sentence inévitable ! Moi qui l'ai coincé, moi qui peux faire ce que je veux de lui, moi qui ai gagné !

Je sais qu'il s'attend à une autre forme de confrontation, que je mette un contrat sur lui ou que j'envoie mes tueurs, ce genre de choses. Mais ça serait lui offrir une occasion de s'en sortir. C'est qu'il a une sacrée réputation, le blondinet arrogant ! Là, pris au piège dans son avion, il n'aura pas d'échappatoire. Oh non ! Il devra assumer les conséquences de ses actes jusqu'au bout. Il ne pourra pas se défiler.

Après le crash, les enquêteurs se focaliseront sur le poseur de bombe au siège 64C. Jamais ils ne penseront qu'il s'agit du meurtre ciblé du passager du 67A et encore moins d'un message personnel adressé au tueur Numéro Un du Japon, celui qui se fait appeler : City Hunter. Si Angel meurt, il ne sera qu’une victime parmi toutes les autres. Et si Angel ne meurt pas... Oh, j'ai une idée ! Une merveilleuse idée ! [Rire réjoui.] »


11'36''

« Journal de bord du Capitaine Kaïbara, jour dix-sept de navigation. 

À 13 heures 12, l'avion a explosé. Comme prévu. Quel beau feu d'artifice ! Mon Capitaine en second remonte dans mon estime : il a réussi à nous amener aux premières loges pour admirer le spectacle, pile à l'ouest du couloir de vol du Tokyo-Los Angeles ! Il sait faire des calculs, ce petit binoclard ! 

Je m'étais assis sur le pont du yacht pour guetter le ciel. Et d'un coup, une gerbe de feu s'est épanouie dans le ciel, telle une fleur incandescente. Et seulement quelques secondes plus tard, j'ai perçu la détonation. Une déflagration plus sourde que le tonnerre. C'était... magnifique !

BOUUUUM ! 

Les débris les plus petits ont coulé comme des larmes de lave avant de tomber lentement dans la mer. Ils ont créé de petites éclaboussures blanches à l'horizon, une légère vapeur s'est élevée sur l'azur. 

Pschhhhh ! 

Et puis la carlingue a touché l'eau.. Ahhh que c'était beau ! La brume immaculée a formé un nuage brûlant, suivi d’un déluge de flammes rouges et de colonnes de fumée noire. L'air, le feu, l'eau, le métal, les éléments se mêlent et se transforment. La vie, la mort, la civilisation. C'en était poétique... oui, de la poésie. Ou bien de l'art ? 

Mais ouiiii, de l’art ! MON art ! J'ai même le titre de l'œuvre : "La fleur blanche de la destruction... sur fond bleu". [Rires.]

Il faudra refaire ça, c'est tellement... fascinant. J'ai adoré ! Maintenant, direction : l'épave pour la prochaine étape !  

[Clic.] 

13’09’’

Comme je le pensais, nous sommes arrivés à 13 heures 45 sur place, bien avant les premiers secours. Des morceaux de carlingue flottaient et ondulaient à la surface de l'eau. C'était tout ce qu'il restait du vol Tokyo-Los Angeles. J'avais réussi ! Mon plan s'était parfaitement déroulé. J'aime quand tout se passe comme prévu. 

Ce magnifique tableau a bien failli être gâché par l’intervention d’un membre de l'équipage. Cet idiot voulait secourir une naufragée qui s'accrochait piteusement à un morceau de siège. J’ai dû l'assommer en personne, cet imbécile. D'autres ont osé me regarder de travers mais, quand mes hommes ont montré leurs armes, tous les marins ont fermé leurs gueules. Ils commencent à comprendre qui est le maître ici. Comme tous les autres. J'en ai vu trois qui ont quitté le pont pendant que j'observais la rescapée, "trop" dur pour eux, j'imagine. Moi, sa ténacité m'a fasciné. Elle nous regardait avec ces grands yeux pleins d'espoir mais personne n'a bougé. 

Elle a fini par s'évanouir au bout de trois ou quatre minutes. J'ai vu son visage à moitié calciné se détendre soudain comme si elle avait trouvé la sérénité tant attendue. Elle a lâché lentement son ridicule bout de fauteuil et elle a sombré, engloutie par le bleu immense. Disparue, effacée, annihilée, purifiée, libérée par la nature qui l'avait prise dans ses bras pour un dernier baiser. Quelle magnifique mort. Disparaître ainsi... Le feu. Le vide. Le bleu. Un retour aux origines liquides. 

[Clic.]

Un seul rescapé m'intéressait : un grand blond avec une gueule d'ange. À moitié mort mais qu'importe, JE L'AI TROUVÉ !!!

Il a été mis en cale, attaché. 

Moi, je suis resté sur le pont du Saint Dalmato II, je voulais profiter du paysage et admirer encore un peu MON œuvre ! Pour le plaisir des yeux, j'ai jeté mon mégot sur une flaque de kérosène qui flottait à la surface. Elle s'est embrasée. Peu à peu, la petite flaque en a rejoint une autre et encore une autre et ainsi de suite. Chaque petite flaque de combustible s'est allumée, formant des volcans sur la mer. Le feu a achevé de détruire ce qu'il restait. Quelle splendeur ! Ça vaut la peine de vivre quand on peut admirer des choses pareilles. On sentait la chaleur des flammes en plein milieu de l'océan ! Quelle force, quelle puissance ! Le feu et l'eau, les deux ennemis de tous temps réunis en une danse ultime. J'aime ce paradoxe. 

Je serais bien resté un peu plus longtemps mais nous avons dû quitter rapidement la zone : les garde-côtes et les secours étaient en route et je ne tenais pas à les croiser pour le moment.

[Clic.]

15’36’’

22 heures 30, le rescapé se porte bien mieux, tellement mieux que j'ai fait renforcer ses chaînes, pour protéger les autres membres de l'équipage. Sa métamorphose est impressionnante. Magique poussière d'ange !

C'est drôle maintenant que j'y pense. Mick Angel, angel-dust... [Rire gras.]... il était prédestiné !

Mon plan se déroule comme prévu. Ce soir, nous serons à Tokyo. Je vais pouvoir entrer en action. Je me réjouis !!! Demain, j'irai présenter mes condoléances à mon fils... et faire passer clairement le message, si jamais il avait encore un doute. Par contre, je ne lui dirai pas qu'Angel est encore en vie, je veux garder ça pour la fin. La cerise sur le gâteau, comme on dit. »


16'15''

« Journal de bord du Capitaine Kaïbara. Jour dix-neuf de navigation.

Mes hommes préparent le canot pour me conduire à terre. 

Tokyo... ça faisait longtemps que je n'avais pas vu ses lumières. Je les ai admirées cette nuit, c'était presque apaisant de se retrouver à la maison. Mais pas de sentimentalisme inutile. Je vais aller chez mon fils, Ryo. J’ai hâte de le retrouver après tout ce temps sans se voir mais en se détestant toujours.

Je veux raviver sa haine envers moi. Je sais qu'il ne l'a pas oubliée. On n'oublie pas une haine comme ça. Elle a couvé pendant toutes ces années où nous avons été séparés mais je sais qu'elle ne demande qu'à revivre et à s'épanouir. Il n'y a que la haine pure qui rende les hommes plus grands, plus forts. Je veux qu’il devienne invincible. 

La "mort" de Mick Angel sera mon souffle sur les cendres rougeoyantes de sa haine ! 

Oh, c'est beau ça ! [Rire satisfait.] Je m'améliore de jour en jour, on dirait ! 

La haine comme un feu... Le feu sur l'eau... Comme l'explosion d'hier... 

[Soupir.]

[Clic.]

J'en ai rêvé d'ailleurs cette nuit. C'était agréable. Ça faisait très longtemps que je n'avais pas fait de rêve agréable. Pourtant, ça commençait comme d'habitude, la douleur, la scie qui s'approche, mon amputation... Mais ensuite, la lame qui devait m'estropier s'est soudain retrouvée cernée de flammes. Elle a fondu avant de m'atteindre, puis a disparu. J'ai été libéré. Je me demande si ce n'est pas la seule voie à suivre... Un incendie, une déflagration, un cataclysme comme le big-bang primordial pour tout effacer et tout recommencer. 

[Silence.]

[Clic.]

Voilà !

Ryo doit brûler pour renaître ! Il doit se consumer dans la haine et la colère. Je veux un brasier, un incendie, un enfer de fureur !

Ouiii !

C'est tellement évident ! Comment est-ce que j'ai pu ne pas le voir plus tôt ? Ryo... le feu... embraser... Lui aussi, il est prédestiné par son nom. (Note de l'auteur : 燎 (ryō) signifie « embraser, incendier », homophone du prénom Ryō ,獠) 

C'est moi qui ai choisi son nom... Saeba Ryo... Il doit s'enflammer ! C'est le seul moyen pour lui de devenir invincible !

Il me faut un combustible.

[Silence.] 

[Clic.]

Ses souvenirs, c'est ça. Ses souvenirs seront le combustible. Ce qui alimente la haine, c'est bien le passé, non ? 

Ma seule présence ravivera certaines blessures, c'est inévitable. Je sais que Ryo n'a jamais mesuré mon cadeau à sa juste valeur quand je lui ai inoculé l'angel-dust, lorsque nous étions en pleine guérilla. Il n'a pas compris à quel point je l'aimais, que je voulais simplement le rendre immortel. [Soupir.] C'est ingrat, les enfants. 

Et puis, il n'aura certainement pas oublié la mort de son ancien partenaire, le fameux Makimura, dont la disparition avait mis le feu aux poudres, il y a six ou sept ans. Ryo avait choisi de mettre mon organisation à feu et à sang. C'est d'ailleurs à ce moment-là que j'avais retrouvé sa trace. Quelle merveille, le hasard quand même ! 

[Clic.]

Ryo nous avait humiliés à l'époque mais je n’étais pas encore prêt à l’affronter. Je devais renforcer notre organisation et perfectionner ma drogue. Alors, j’ai fait machine arrière et j’ai laissé Ryo tranquille.

Il traînait déjà avec la sœur de ce Makimura à ce moment-là. Comment elle s'appelle encore celle-ci ? [Grognement agacé.] Ahhh, oui, Kaori. Elle s'appelle Kaori, la petite pouffiasse qui sert de partenaire à Ryo maintenant. [Rire de gorge satisfait.]

Tiens ! Je me demande... Est-ce que Ryo a fait de cette greluche plus que sa partenaire ? Je l'espère... Ça servirait mon plan. Ce serait une belle faille à exploiter ! Et puis, sa haine à elle pourra être très efficace aussi ! Un petit souffle vivifiant sur un charbon rougeoyant ! [Applaudissements assourdis.] Elle sera l'activateur, le souffle, l'oxygène nécessaire à la vie de flammes plus puissantes !

L'étincelle viendra de sa soif de vengeance ! Ryo a toujours voulu se venger de tout ce qui lui arrivait et le meurtre de son ami Angel ne fera pas exception, je le connais. Quand il saura que j'en suis responsable... [Rire.]... Et bien, quand il saura que j'en suis responsable, l'étincelle brillera, ses souvenirs remonteront à la surface et viendront brûler dans les flammes de sa rancune. Le tout, attisé par la présence de cette petite conne. Je sais déjà comment je vais m'y prendre avec elle. J'ai juste besoin d'être sûr qu'il s'est attaché à elle. Au moins un petit peu... juste assez pour craindre de la perdre.

En se nourrissant de la rage qui couve en lui, Ryo déployerait alors son plein potentiel. Oui, c'est ça... Je vais lui montrer. Je dois encore l'éduquer, lui indiquer la voie pour qu'il comprenne. Ouh, j'ai hâte de voir le résultat !

Et les retrouvailles avec Mick Angel pour la touche finale. Ça sera grandiose !

Je me mets en route !

[Clic.]

20’43’’

Il est 19 heures 30 et le Capitaine Kaïbara est de retour à bord. [Rire satisfait.] Mission accomplie !

J'ai trouvé facilement. Mon informateur avait fait une description précise des lieux, il faudra que je le récompense. Je me suis caché dans un café voisin et j'ai attendu que Ryo sorte de son immeuble. Il n'a pas tellement changé. Il a peut-être un peu forci. Cela dit, la dernière fois que je l'ai vu, il n'était qu'un ado. Aujourd'hui, il est devenu un homme. Quand je pense à tout ce que nous aurions déjà pu accomplir s'il s'était rangé à mes côtés depuis le début ! Quel gâchis ! Quel temps perdu ! Mais je vais peut-être pouvoir changer ça. 

[Clic.]

J'ai patienté quelques minutes supplémentaires et je suis allé à la rencontre de sa partenaire. Je voulais la voir en premier. J'ai été surpris par son instinct parce qu'elle m'a accueillie armée. Elle est restée discrète, je n'ai pas vu son revolver mais j'ai entendu le bruit de l'acier qu'on glisse contre un tissu. Un colt à sa ceinture, sans aucun doute.

Je suis resté poli, je me suis présenté. J'ai glissé – avec une voix douce, j'ai fait attention – que j'avais élevé Ryo comme un fils, j'ai accentué ma claudication en faisant mine de repartir et elle m'a ouvert leur porte. Prudente mais encore attachée à certaines valeurs futiles. Tellement classique ! Elle est assez jolie, il faut bien le reconnaître. Je n'ai pas mis longtemps à obtenir les informations dont j'avais besoin. Elle est attachée à Ryo mais ne le montre pas, elle est affectée par la mort d'Angel et ne s'en cache pas. Émotive. Mauvais point pour une pro.

[Clic.]

Et Ryo est arrivé. Il a perçu ma présence, comme j'ai perçu la sienne, alors qu’il gravissait le dernier étage de son immeuble. J'ai senti sa haine. Cette braise brûlante qui ne demandait qu'à rougeoyer, à exploser, à respirer pour brûler à sa pleine puissance. 

S’il n’avait pas encore compris qui était derrière la mort d’Angel, à cet instant, c’était chose faite. J'ai failli sourire, tellement j'en ai été ravi ! Il a déboulé dans l'appartement en hurlant, arme à la main. La rage flamboyait en lui, je l'ai vue dans ses yeux. Il était menaçant, étincelant de colère ! Sauvage et magnifique ! Le brasier a failli prendre complètement, attisé par la fournaise de sa peur... Sa peur de me savoir chez lui, près de sa copine Kaori. Il a certainement imaginé, pendant quelques secondes, ce que j'aurais pu lui faire. 

La peur... oui, il puait la peur et la colère de s'être laissé surprendre et d'avoir laissé cette petite à ma merci ! C'est qu'il me connaît bien, mon fils, il sait ce dont je suis capable et que je ne suis pas un gentil vieillard avec une jambe de bois.

J'ai donc eu la confirmation que cette greluche était vraiment devenue son point faible. C'est honteux. J'en ai eu mal pour lui. Après tout ce que je lui ai inculqué pendant son enfance, il se laisse encore guider par ses émotions. 

Lamentable. Mais, ça m'arrange, cela dit.

Soudain, il a dû se rendre compte de sa situation et il a soudain su se reprendre. En un claquement de doigts. [Claquement.] Je ne sais pas comment il a réussi ce tour de force, j'ai failli être impressionné. [Soupir.] En réalité, ça a été ma première déception. 

[Clic.]

J'ai alors dit à Ryo ce que j'avais à dire : lui signifier clairement qu’il pouvait encore me rejoindre. Je lui ai bien précisé que mon organisation n'est plus une petite mafia locale, c'est un groupe international qui va se hisser encore plus haut et négocier avec les chefs des gouvernements. Nous pourrons bientôt faire la pluie et le beau temps, la paix ou la guerre, nous serons les maîtres ! Ahhhh... Saeba et Kaïbara, réunis comme au bon vieux temps, à la tête de l'Union Teope, et le monde sera à nos pieds ! Bien sûr, il a joué l'homme outré. Comme s'il n'avait jamais commis de crime par le passé. Deuxième déception.

Ensuite, il m'a sommé de partir. Ce que j'ai fait… mais pas tout de suite. Je voulais raviver les braises que j'avais entraperçues juste avant, il fallait que je revois mon fils en proie à la colère ! Il était si fort, si redoutable, si impressionnant ! 

Sur un ton badin, j'ai dit tout haut ce qu'il avait craint en me trouvant chez lui : 

« Sois reconnaissant envers moi. Aujourd'hui, je suis simplement venu te saluer, alors je t'ai fait un cadeau. J'ai attendu ton retour sans tuer cette fille ! »*

Évidemment, je n'ai pas pu me retenir d'ajouter :

« Tu crois vraiment que tu peux me vaincre, toi qui n'es même pas capable de protéger une femme ? Tu dois connaître tes limites !»*

[Clic.]

En jouant ainsi avec sa culpabilité, en me moquant de son honneur et de ses capacités, j'étais certain que j'allais le voir s'enflammer à nouveau. Je pensais vraiment que j'allais revoir cette rage magnifique, cette haine fabuleuse, cette force irrésistible. 

Mais rien. Il ne s'est rien passé. [Soupir.] Troisième déception !

[Clic.]

Alors oui, j'ai vu pâlir mon fils. C'était presque imperceptible, mais je le connais mieux que personne. Il a blêmi, je le sais. Il m'a fusillé du regard aussi mais rien de plus. Il a su garder son calme. C'est la gamine qui a compensé un peu car elle n'a pas réussi à cacher sa surprise et sa peur. Au moins ça. Ils auront clairement compris tous les deux que ce n'était pas une visite de courtoisie, mais bien une véritable menace. 

Je suis retourné sur mon navire un peu déçu mais confiant. Il faut laisser les braises couver et patienter un peu. Ça finira par prendre, j'en suis sûr. Ryo et sa partenaire doivent avoir beaucoup de choses à se dire maintenant... Il y aura de quoi alimenter le feu par les reflux de la rancœur et du désir de vengeance. Il viendra m'affronter, je le sais. Il n'a plus d'autre possibilité. La petite soufflera doucement sur la colère, la peur et la haine de Ryo pour les faire brûler pour de bon. Oui, son émotivité et leur affection mutuelle feront le travail. 

Les faibles...

[Clic.]

26’14’’

Il est 23 heures 35 et nous venons d'avoir une petite surprise, une visite à laquelle je ne m'attendais pas du tout. Mary Moon, Mary la Rouge, ancienne coéquipière de Ryo, que je croyais morte, est venue pour nous espionner. Apparemment, elle a trouvé Angel puisqu'un des gardes de la cale a été assommé. Mes hommes l'ont poursuivie jusque sur le pont où ils l'ont cernée. Acculée, elle a plongé, et j'ai lancé des grenades dans sa direction. La connaissant, si elle n'a pas fini en bouillie pour poisson, elle aura réussi à rejoindre la terre ferme. J'ai envoyé des hommes à sa recherche pour qu'ils lui règlent son compte. Ça ferait un cadavre de plus, un combustible supplémentaire pour transformer le feu couvant de mon fils en incendie incontrôlable ! 

[Clic.]

26’57’’

Il est 2 heures du matin. Ryo a certainement deviné mon plan. Il ne viendra pas cette nuit. Pourtant... je pensais que mes menaces auraient réussi à le faire venir ici pour m'affronter le plus vite possible. Preuve qu'il me surprend encore, ce gamin. »


27'12''

« Journal de bord du Capitaine Kaïbara. Jour vingt de navigation. Nous sommes repartis au large de la baie de Tokyo.

Il est 8 heures et les hommes sont épuisés de leur garde de nuit. Toujours pas de visite de Ryo. 

J'ai refait un rêve étrange : l'explosion de l'avion et le feu qui brûle sur l'eau viennent retenir la lame avant qu'elle n'atteigne ma jambe. Les flammes se sont ensuite enroulées autour de ma blessure. Je n'ai pas du tout eu mal, c'était doux, délicat, soyeux... chaud mais agréable. Et puis, d'un coup, j'ai été entouré d'eau et le feu s'est éteint. Ma jambe était guérie. Comme avant. Je la sentais de nouveau, je pouvais bouger les orteils, la cheville, plier le genou. Et là, j'ai entendu la voix de Ryo me dire quelque chose. Un truc comme quoi j'aurais souri quand j'ai perdu ma jambe en le sauvant quand il n'était encore qu'un môme, qu'il me remerciait, qu'il avait compris... **

Et je me suis réveillé en sursaut, mais j'étais presque apaisé. Ça veut dire que j'ai fait le bon choix. La fin est proche et elle sera magnifique !

[Clic.]

28’18’’

Il est 10 heures 20. 

ENFIN ! Une embarcation se dirige vers moi. En regardant dans la lunette de la vigie, je les ai reconnus. Ryo et Kaori. Ils ont tout un arsenal dans ce petit hors-bord. Bien... C'est qu'ils veulent en découdre ! C'est exactement ce que j'espérais. 

Que Ryo me déteste assez pour laisser enfin l'incendie de la haine le consumer.

Qu'il cesse de se cacher.

Qu'il assume sa rage.

Qu'il veuille me détruire, TOUT détruire.

Qu'il me haïsse assez pour ne plus RIEN aimer en ce monde, absolument plus rien, pour ne plus être faible, pour ne plus jamais être perdant.

Je veux qu'il soit fort !

Comme quand il était sous angel-dust. Beau, puissant, destructeur, animal. Ravageur. Un dieu primordial. Magnifique. Mon Fils. Je le retrouve enfin !

[Clic.]

29’09’’

Il est 10 heures 25, je suis allé dans la cale. J'ai programmé notre ami Angel. Grâce à ma drogue divine, il aura une force et une détermination à toute épreuve pour éliminer les intrus. Il pourra enfin accomplir son contrat et se laver de sa honte. Je me réjouis tellement de voir les retrouvailles de Mick et Ryo, ça promet d'être un beau spectacle ! Sanglant, tragique, épique, fratricide ! Tout ce que j'aime !

Si Ryo s'en sort, c'est moi qui l'affronterai. Il doit en être ainsi.

En remontant sur le pont, j'ai découvert que le bateau de Ryo a été devancé par celui de Falcon – j'ai tout de suite reconnu sa silhouette massive, même de loin. Ça fait tout drôle de retrouver une si vieille connaissance. Tout aussi drôle de le savoir dans le camp de Ryo, quand on sait ce qu'il lui a fait quand il était sous angel-dust... Falcon porte des lunettes noires d'ailleurs, j'imagine que sa blessure n'est pas totalement guérie. 

Quoiqu'il en soit, plus on est de fous, plus on rit, ça va être une belle fête ! 

J'ai laissé mes hommes s'occuper de ce nouvel invité. Je ne peux pas commencer mon petit jeu avant l'arrivée du protagoniste principal quand même !

[Clic.]

30’17’’

10 heures 50. Ça y est, tout est en place. Je me suis installé confortablement dans mon salon d'apparat. Sur mes caméras, j'ai pu voir Ryo et Kaori débarquer sur le pont avant. Ils ont trouvé Falcon. Mes hommes n'ont d'ailleurs pas fait long feu face à la force de frappe de ce grand guérillero et ils sont tous à terre. Il fait honneur à sa réputation, comme toujours. Mais, cette fois, il n'en réchappera pas. 

Je reste le seul maître à bord maintenant. Le spectacle peut enfin commencer. D'où je suis, je peux actionner les pièges en temps voulu et attendre tranquillement l'arrivée de Ryo en profitant de mon petit jeu dont je suis le maître ! Sur les haut-parleurs, j'ai pu leur souhaiter un bon voyage ! Un voyage sans retour, vers l'enfer ! [Rire.]

[Clic.]

J'ai déconnecté la bombe de ma prothèse. Elle n'explosera pas si mon cœur s'arrête. C'est une toute autre charge que j'ai amorcée : une bonne dizaine de kilos de C4 dispersés dans plusieurs zones stratégiques du navire. Quoi qu'il arrive, dans un peu moins d'une heure, le Saint Dalmato II disparaîtra dans les flammes et le souffle de la destruction. Et pendant ce temps, Ryo et compagnie se démènent pour sortir de ce rafiot ! Mais c'est impossible, ils sont prisonniers, à ma merci.

Je vais tout faire exploser. Tout ! Tout sera détruit, quelle que soit l'issue des différents combats. 

Comme l'avion dans le ciel, mon bateau sera mon œuvre d'art, ma performance ultime, ma fleur incandescente, ma destruction dans l'azur, mes pétales de lave dans la mer infinie... Je veux la même beauté, la même féerie, la même mort glorieuse.

C'est ainsi que cela doit être ! Une victoire par le feu et la destruction ! L'annihilation totale ! La fureur et le brasier ! L'acier qui se tord et se fend sous la chaleur ! Nos corps réduits en cendres par les flammes avant de disparaître dans les abysses !

Si Ryo ne se range pas de mon côté, si nous ne dirigeons pas l'Union Teope ensemble, si nous ne régnons pas sur le monde tels des princes des ténèbres, nous mourons ensemble. Je détruirai tout. Le bateau, Ryo, la greluche qui l'accompagne, son copain Mick, tout.

Ce sera leur dernier voyage, NOTRE dernier voyage, un voyage vers l'enfer ! Ryo et moi serons réunis pour un ultime voyage sur les flammes de la haine, le grand incendie de la vie et de la mort.

[Un clic puis, plus rien d’autre que le silence.] »



La bande s'arrêta, l'appareil grinça quelques longues secondes puis le bouton "play" se releva bruyamment. Le silence régna alors dans la petite chambre d'hôtel où étaient entreposés pêle-mêle bouteilles à air comprimé, masque, palmes et combinaison néoprène à même le sol et encore humides. On n'entendait plus qu'une respiration saccadée et nerveuse. 

Soudain, une main puissante vint s'écraser sur la table, à quelques centimètres du magnétophone, faisant sursauter le verre de whisky vide posé juste à côté.  Les glaçons tremblèrent puis reprirent leur équilibre sur les parois transparentes. Une voix sourde vibra dans le noir :

— Saeba…. Saeba Ryo. Encore et toujours, toi. Sale traître ! Comment as-tu pu le tuer ? C'était mon père ! Lui qui te considérait comme un fils ! Tu me le paieras !


La chaise racla sur le parquet, un revolver fut glissé dans un holster après avoir été vérifié, un paquet de cigarettes regagna une poche d'imperméable.

— Comme ça Angel, Kaori et Falcon sont tes alliés ? Mary Moon est aussi dans ton camp ? Je m'occuperai d'eux, ne t'inquiète pas. Ils regretteront d'avoir été tes amis, Saeba. Ils le regretteront amèrement, je te le promets. 


La porte de la chambre d'hôtel se referma lourdement et des pas résonnèrent dans les escaliers. 

— Les chemins du paradis commencent en enfer... mon frère




__________________

[*] Dialogue tiré du Chapitre "Le pendentif des larmes", City Hunter, tome 33 "Départ pour l'enfer", édition J'ai lu.

[**] Rêve inspiré du monologue de Ryo à Kaïbara lors de leur duel, Chapitre "Mon fils !", City Hunter, tome 33 "Retour de l'enfer", édition J'ai lu.


Laisser un commentaire ?