Une vie à s'aimer

Chapitre 1 : Une vie à s'aimer

Chapitre final

7012 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 30/04/2026 18:24

Cette fanfiction participe au Défi d’écriture du forum de fanfictions[.]fr de mars - avril 2026 « La Réparation »


« Un an… Un an que je souffre chaque jour, chaque nuit ! Un an que la peinture me brûle les veines, un an que l’encre noircit mes poumons, un an que je crache du sang irisé dans mes draps ! Tu crois que je ne sais pas tout ça ?! Je t’aime, je t’en prie, laisse-moi porter ce monde sur mes épaules même s’il doit finir par m’écraser ! »

Cela faisait bientôt un an que Maelle avait fait le choix de garder le tableau intact. Un an de rires, de joie, de concerts, de reconstruction. Dans tout ce chaos, Maelle était la seule gardienne des souvenirs liés à cette fausse existence. La jeune fille avait pris toutes ses précautions, en remodelant la mémoire de tout le monde afin que tous les habitants, y compris ses proches, ne se souviennent de rien, les plongeant dans une douce ignorance. Cependant, il lui arrivait de se demander si elle avait fait le bon choix quand la solitude la hantait tard la nuit. Elle ne pouvait trouver le sommeil qu’en se répétant sans cesse qu’oublier la mort de Gustave, la fausseté de leur vie, les innombrables morts, la perte du mari de Sciel… Que ne pas se rappeler tout cela était une bénédiction. 

À l’occasion de l’anniversaire du sauvetage in extremis du tableau, Maelle avait implanté dans l’esprit de tous que cette date était une tradition de Lumière qu’il fallait faire perdurer. Tout le monde avait mis la main à la pâte, y compris Esquie et Monoco. Gustave s’occupait des fleurs avec Sophie, Lune des feux d’artifice, Sciel de la troupe de danse et Verso du concert. Le jour précédant la fête, Maelle fit le tour de la ville afin de trouver Gustave et lui parler, mais en vain. Ni les autres. Cela l’inquiéta profondément. Esquie, lui, observait la panique de la jeune fille depuis un toit et baissa la tête. Il vit le visage de cette dernière se recouvrir d’une peinture irisée que personne ne semblait voir, à part lui. Il s’envola bien vite et atteignit les Esquisses de Verso, non loin de Lumière. Au cœur des plaines vertes et du ciel coloré se trouvait la cachette d’enfance du peintre que l’être le plus puissant de tous les temps s’empressa de rejoindre. À l’intérieur se trouvaient Gustave, Sciel, Lune, Verso et Monoco. 

« Mes amis… Maelle a l’air toute ‘bouuuuh’… Vous m’avez dit de vous prévenir quand elle serait ‘bouuuh’… »

Verso se mit à caresser sa barbe presque entièrement blanche et secoua la tête.

« Bon… Il semblerait qu’elle se soit rendue compte bien trop vite de la supercherie. Je vais devoir vous expliquer tout ça en vitesse… »

Lune plissa les yeux tout en s’avançant vers l’ancien membre de l’expédition Zéro.

« T’as plutôt intérêt ! J’ai un mauvais pressentiment. Cela ne te ressemble pas de nous convoquer tous ensemble. »

Verso mit la main dans sa poche et en sortit une lettre. Tout en soupirant longuement et douloureusement, il la déplia puis se mit à la lire.

« À l’attention du Verso à l’intérieur du tableau : je t’écris au sujet de ma sœur. Sa décision complètement inconsciente de rester dans l’œuvre de notre frère commence déjà à la tuer. Ses yeux doux ont peut-être su berner notre père mais pas moi. Comme tu sais, nos parents sont restés au sein du tableau pendant très longtemps et les dégâts étaient immenses, les poussant aux portes de la mort. Alors pourquoi je m’inquiète pour Alicia au bout de seulement un an coincée à l’intérieur ? Pour faire simple : elle n'est pas assez forte. D’une part, Aline et Renoir se sont entraînés dans un nombre incalculable de tableaux avant de s’immiscer dans la toile de Verso. D’autre part, le corps et l’esprit d’Alicia étaient déjà fortement abîmés dans le monde réel et encore plus depuis les évènements l’opposant à toi. De plus, je suspecte que ce qu’il reste de l’âme de mon frère ne veut pas continuer de peindre. Elle ne survivra pas longtemps mais je sais qu’elle s’en fiche. Cependant, toi, tu sais que si elle venait à mourir, cela tuerait nos parents. Je n’ai pas les épaules pour supporter une perte de plus et voir nos parents mourir à petit feu à nouveau. Je sais que tu n’es pas mon frère mais je sais aussi qu’au fond de toi, tu lui ressembles. Tu ne peux pas laisser Alicia faire. Elle a pris le dessus il y a un an pour vous, ne lui laisse pas l’occasion de le refaire. Elle ne te laissera pas une seconde chance pour agir et tu en es conscient. Tu sais ce qu’il te reste à faire. »

Pendant quelques longues secondes, personne ne parlait ni ne semblait respirer. Verso ferma les yeux et serra le poing. Il se remémora un jour qui avait changé sa vie. Quelques mois après le dénouement de l’année passée, Monoco avait approché l’homme aux côtés d’Esquie et lui expliqua le combat qui le mit face à Maelle ainsi que l’existence du morceau d’âme forcé de peindre inlassablement. D’abord incrédule, Verso rit aux éclats. Comment aurait-il pu oublier quelque chose d’aussi important et comment ses deux amis auraient-ils eu le droit de s’en souvenir ? 

« Eh bien, Verso. Il semblerait que Cléa ait réussi à se faire reconnaître par le morceau d’âme de son frère, qui se faisait une joie de revoir son compagnon de jeu. Elle lui a expliqué que seul lui avait le pouvoir de nous rendre nos souvenirs à Esquie et moi, vu que c’était notre créateur, et qu’en te remuant la mémoire, on pouvait te les rendre à toi aussi… Tu… te sens différent ? 

– Franchement, non ? C’est encore une de tes blagues, c’est ça ?

– Hmm… Écoute, mon vieux, quand tu joues sur scène, tu as toujours l’air si triste. Au fond de toi, tu dois savoir que c’est mal, que tu fais ça contre ton gré. »

Après quelques secondes de tétanie, Verso tomba au sol et hurla. Les souvenirs pénétraient son esprit comme un millier d’aiguilles. Toute sa vie au sein du tableau, depuis sa création jusqu’au combat contre Alicia, lui revint d’un seul coup, comme un torrent destructeur qui brisait le barrage séparant son esprit de la folie.

« Je… Je ne voulais pas de cette vie… Pourquoi ? Pourquoi ?! Maelle, pourquoi ?! Je t’avais dit non ! Non, non, non, NON ! »

Sans un bruit, Esquie s’approcha de l’homme et le prit dans ses bras. Monoco mit le genou au sol pour parler face à face avec son plus vieil ami.

« Je sais ce que tu ressens. Cela m’a fait le même effet. Esquie aussi, même s’il le cache bien. »

Un très léger sourire décora le visage de Verso, malgré les larmes qui ne cessaient de couler. Les trois amis prirent quelques secondes avant de continuer leur discussion.

« Esquie, Monoco… Pourquoi Cléa a-t-elle fait ça ? Pour que l’on souffre ? 

– Je pense qu’elle veut qu’on outrepasse la décision de Maelle. Pour cela, je pense qu’il serait mieux qu’on…

– Qu’on mette au courant les autres ? Je veux en finir avec cette vie mais eux non… On risque de les détruire. Je ne sais pas si je pourrais leur faire ça. Lune ne veut pas mourir et Sciel a pu revoir Pierre.

– Je sais. Mais je pense qu’il faudrait être honnête. Tu leur dois bien ça. 

– Et Gustave ?! Je… Je l’ai laissé mourir, ça l’a épargné de découvrir la vérité. Maintenant, il est vivant, il ignore tout cela et a récupéré l’amour de sa vie. Pourquoi je lui ferais ça ?

– Encore une fois, tu lui dois aussi la vérité. Je ne l’ai pas connu avant que Renoir ne le tue mais je pense que Maelle a dû prendre soin de le repeindre aussi intelligent, bienveillant et honnête qu’il a toujours été. Si l’un d’eux doit te comprendre, c’est bien lui. Il a donné sa vie pour sauver Maelle, il le refera. C’est un homme raisonnable. Une fois que tu leur auras expliqué, ils vont retrouver leurs souvenirs comme toi… Ton mini-toi a besoin de ton aide pour leur remuer les méninges. »

Verso garda les paroles de son meilleur ami en tête quand il alla confronter les trois anciens membres d’expédition. Il convoqua Sciel et Lune dans le grand théâtre de Lumière. Il savait que les deux femmes comptaient énormément l’une pour l’autre et qu’elles s’apporteraient plus de soutien qu’il ne le pourrait jamais. La danseuse, les mains dans les poches, sourit à l’homme et s’assit sur le bord de la scène. Plus sensible aux mauvais pressentiments, la scientifique resta debout, les bras croisés.

« Qu’est-ce qu’il y a, Verso ? T’as jamais eu l’air aussi sérieux.

– Roh, Lune, lâche-le un peu, il a l’air fatigué. »

Verso expliqua alors aux deux amies la situation. Bien vite, leurs souvenirs revinrent. Sciel commença à rire, tout en pleurant à chaudes larmes. Lune, elle, resta bouche bée et s’écroula, complètement défaite. L’homme prit la main de Sciel, s’agenouilla puis prit celle de Lune. 

« Je suis désolé… Profondément. Je sais que vous avez peur mais… C’est la vérité. »

Sciel prit Lune dans ses bras. La femme aux longs cheveux noirs enlaça son amie en retour. La cartomancienne tourna la tête pour fixer Verso du regard.

« C’est vrai. Je m’en souviens maintenant… Nous avons battu Renoir sous la tour penchée, tu es sorti brièvement du tableau et après… Plus rien. »

La jeune femme regarda la bague qui ornait son annulaire gauche. Avant qu’elle ne puisse continuer, le visage assombri de son amie se tourna lentement vers le peintre.

« Je vais être honnête avec toi, Verso. Quand ton but était de détruire cette toile, une petite partie de moi souhaitait que Maelle gagne. Je n’étais pas prête à mourir. Maintenant que je sais que l’année précédente n’était qu’un sursis, un rêve brumeux dans lequel nous nous étions tous perdus… Je ne sais pas quoi en penser. Je ne veux pas mourir, mais je ne veux pas que l’on m’enlève mes souvenirs… 

– Lune, je… Je sais. Je ne veux pas vous arracher tout ce que vous avez récupéré. Gustave, Pierre, votre vie… Du point de vue de Cléa, notre existence n’aura plus d’importance une fois que cette toile sera détruite et seule sa sœur compte, car elle est la seule d’entre nous à exister au-delà de ce monde.

– On pourrait sortir du tableau, non ?! Si tu nous donnes du temps, à Gustave et moi, on peut trouver une solution. Je suis sûre que si l’on demande à Maelle… Ou même toi, on pourrait…

– Non. Même moi, qui ai la protection d’Aline, je me décomposais en m’approchant de la sortie. Vous n’avez pas cette chance. Je suis désolé… »

La magicienne quitta les bras de son amie. Verso voulut intervenir mais ne trouva pas les mots. Lune reprit.

« C’est moi qui le suis. Je ne sais pas quoi faire. Sacrifier toutes nos vies pour… Pour celle de quelqu’un qui ne souhaite pas qu’on la sauve. Est-ce vraiment une bonne idée ? On va tous mourir et Maelle sera malheureuse. »

Sciel hocha la tête tout en essuyant ses larmes. Elle se releva et mit sa main sur l’épaule de Verso. Ce dernier lui sourit avant de répondre.

« Je ne peux pas nier que c’est exactement ce qui va se passer. Nous disparaîtrons et Maelle devra faire face au deuil. Une fois de plus. Malheureusement, si nous la laissons faire et que la peinture finit par lui coûter la vie, Cléa n’hésitera plus à le détruire. Je pense qu’il vaudrait mieux que l’on choisisse notre mort, non ? Ce destin est inévitable. »

Les deux femmes ne pouvaient rien dire face à cette logique. Pour elles deux, mourir signifiait abandonner cette vie parfaite en tous points. Cependant, en ayant récupéré leurs souvenirs, tout leur était revenu. La perte de leurs parents respectifs, la mort de Pierre et du bébé, les cadavres jonchant le continent, Noco, Gustave… Ignorer ces morts ou s’abandonner à nouveau au doux rêve créé par Maelle était inconcevable. Sciel ne put alors qu’acquiescer.

« Retour à la case départ, j’imagine. Comme juste avant ta disparition après le combat contre Renoir… En sachant tout cela, ne pas mettre fin à cette mascarade alors que l’on condamne les actes de Maelle serait hypocrite. »

La danseuse se frotta les yeux tout en laissant échapper un rire jaune, avant de reprendre. Le sourire toujours très enthousiaste de la jeune femme semblait cette fois-ci teinté d’une légère amertume.

« Ceci dit, j’imagine que je comprends pourquoi elle agit ainsi. Nous sommes face à un choix similaire. »

Après avoir passé un long moment à débattre avec ses deux amies, Verso leur rappela de ne rien laisser transparaître jusqu’à ce qu’ils puissent passer à l’action. En sortant du théâtre, l’homme vit que le soleil était en train de se coucher. Il se dirigea vers le jardin de Gustave sur les toits de Lumière, en priant pour que ce dernier soit seul. Quelques minutes plus tard, il aperçut l’homme, fixant le monolithe vierge à l’horizon.

« Salut, Gustave. Je te dérange ? »

L’ingénieur se retourna, une rose à la main. 

« Pas du tout. Tout va bien ? Tu as l’air… Perplexe. 

– Ça ne va pas vraiment, à vrai dire. C’est justement pour cela que j’aimerais te parler. »

Verso avança doucement jusqu’à la rambarde, évitant le regard de Gustave. Il lui expliqua toute la situation jusqu’au combat l’opposant à Maelle, en gardant le détail de sa mort face à Renoir pour la fin. Contrairement aux autres, la douleur de l’homme parut presque plus physique que mentale, le ramenant à l’instant de sa mort pendant quelques instants, avant de chuter, les yeux rivés sur le ciel orangé.

« Nghhh !!! Je… C’est pas possible, c’est un cauchemar ! »

Le peintre rattrapa son ami avant qu’il s’écrase de tout son poids au sol puis tenta de le rassurer.

« Je suis désolé… Tout cela est bien arrivé… Contrairement à Lune et Sciel, ton corps entier a dû être recréé, cela doit être encore plus dur… Tout va bien, tout cela est derrière toi.

– Mais… Alors Sophie… Elle aussi…

– Oui. Un cadeau de Maelle, je suppose. Elle savait que cela devait être ton plus grand regret.

– C’est principalement pour moi qu’elle garde ce monde en vie, alors… C’est ça ?

– Pour toi et moi, oui. Même sans ses souvenirs, la mort de son frère a dû lui laisser un trou béant que tu as su combler. Nous savoir disparus pour de bon a dû obscurcir son jugement. »

Les deux hommes se relevèrent tant bien que mal. Gustave récupéra sa rose puis la huma. Son doux parfum l’aida à se calmer, avant de reprendre.

« Donc… Si j’ai bien compris… Tu voudrais qu’on la sorte de ce tableau de force avant qu’elle en subisse les conséquences. Nous allons disparaître, comme si nous n’avions jamais existé. Sophie, Emma, mes apprentis, Lune, Sciel… Toi, Monoco, Esquie…

– J’en ai bien peur. »

Verso ferma les yeux. Sa respiration tremblante eut grand mal à se stabiliser. Dans son esprit tournoyaient diverses visions, y compris celle de Visages. La tentation de lui mentir lui parut presque incontrôlable. Il serra son poing avant de poser son regard sur Gustave.

« Je… Dois être totalement honnête avec toi. J’ai longtemps menti. À absolument tout le monde, y compris Maelle. Cependant, je sais que ma vie va enfin s’arrêter. Je ne veux pas qu’il ne reste de moi que des mensonges.

– Je t’écoute.

– Quand Renoir t’a attaqué, sur les falaises. J’ai tout vu. Je l’ai vu t’attaquer et je n’ai rien fait. Je ne suis venu que pour sauver Maelle, une fois qu’il était trop tard pour toi. »

Gustave croisa les bras. Il se mit à marcher vers la sortie de son jardin, sans un mot. Il s’approcha d’un coin où se situait une petite table.

« Gustave, je suis désolé, je ne voulais pas te…

– Continue, je t’en prie.

– D’accord… Comme tu sais, mon but était d’éjecter les parents du vrai Verso, et de faire quitter le tableau à Maelle. Si tu étais encore vivant… Elle aurait refusé de le quitter pour rester avec toi pour toujours.

– Et au final, quel était son choix ?

– …Refuser de quitter le tableau pour rester avec toi pour toujours. J’étais convaincu que sans attaches, elle partirait.

– Je n’étais pas sa seule raison de rester. Toi aussi, tu l’es devenu. Et tous les autres. 

– Je sais ! Je sais… Je ne voulais pas te laisser mourir pour la faire souffrir, je… »

L’ingénieur soupira, ce qui invita Verso à respirer. Gustave, dos à son interlocuteur, se retourna enfin, une tasse de thé à la main. Lentement, il revint vers son ami et lui tendit la tasse, qu’il prit avec grande hésitation.

« …Pourquoi ? Tu ne m’en veux pas ? »

Gustave s’adossa à la rambarde et secoua la tête.

« Tu sais, Verso… Quand l’expédition s’est faite exterminer et que j’étais seul, j’ai failli mettre fin à mes jours. Je n’aurais pas été le premier. Quand j’ai entendu la voix de Lune, l’espoir me revint. Maelle était peut-être là quelque part. Elle avait besoin de moi. Je pouvais presque l’entendre pleurer, comme le jour où je l’ai prise sous mon aile après la mort de ses derniers parents d’accueil. Elle a tant perdu.

– Je sais… Je n’avais pas le droit de te laisser sortir de sa vie.

– Ce n’est pas mon propos. Peut-être que tu aurais pu me sauver. Cela importe peu, avec des ‘si’ on referait le monde. J’ai donné ma vie pour la protéger. Je me suis battu contre Renoir jusqu’à mon dernier souffle. J’ai choisi de tomber pour elle. C’était un choix parfaitement conscient. Toi et moi, nous nous ressemblons. Tu étais prêt à mourir pour qu’elle sorte et vive sa vie en dehors du tableau. Dans le monde là-dehors ou ici… Où qu’elle aille, elle sera toujours Maelle. Notre Maelle. »

Les mains de Verso se mirent à trembler d’autant plus. Ces mots, il les avait prononcés à la jeune fille après la défaite de la Peintresse. Il était donc vrai qu’ils étaient plus similaires qu’il n’y paraissait.

« Gustave… Tu es prêt à abandonner ta vie, une fois de plus…?

– Et toi ? C’est ton cas, n’est-ce pas ?

– Ça a toujours été mon cas.

– Alors… Tu as ma réponse. Je dirais même que je suis honoré de pouvoir lui donner ma vie encore une fois. Et si nous échouons, je le ferai à nouveau. »

Les deux hommes continuèrent à discuter. De retour au présent, la lecture de la lettre avait chamboulé tout le monde. Lune prit la parole.

« Alors… C’est pour aujourd’hui, c’est ça ? Je ne sais pas… Si je suis prête. »

Sciel prit la main de son amie et ne la lâcha pas.

« Nous ne serons jamais prêts. C’est ça, le deuil… Soit on l’ignore, soit on s’y prépare… Mais le jour venu, le néant nous prend, c’est la vie, quoi qu’il arrive. Cela fait des mois que l’on s’y prépare, des mois que l’on prévoit cette confrontation. Il est l’heure. N’est-ce pas, Gustave ?

– Oui. Je pense que nous avons juste le temps d’aller dire au revoir à nos proches et… On se rejoint à l’endroit prévu, vous êtes prêts ? »

Tout le monde acquiesça. Esquie ramena tout le monde à Lumière. Monoco arriva non loin de Maelle pour gagner du temps. 

« Hey ! T’as l’air paniquée ! Que se passe-t-il ? »

La jeune fille se retourna, faisant disparaître les taches de son visage. Son sourire réapparut lentement.

« Ah ! Je… Je commençais à m’inquiéter, je ne vous trouvais pas. T’étais où ?

– C’est une surprise… D’ailleurs, tu veux bien m’accompagner ? »

Le gestral prit Maelle par la main, l’emmenant loin des rues bondées. Bien qu’interloquée, la jeune peintresse ne pouvait pas se douter de ce qui allait se passer. De son côté, Sciel avait rejoint Pierre au bord de l’eau. Il était en train de pêcher. Souriante, comme à son habitude, elle s’approcha de son mari doucement et prit place à ses côtés.

« Alors, ça mord ?

– Pas trop ! Pourtant, les eaux sont calmes aujourd’hui. Je ne comprends pas, mais bon. »

Sciel plongea ses yeux dans l’eau. Elle ne pouvait que se rappeler le jour le plus sombre de sa vie. Elle posa la main sur son ventre. Maelle avait effacé sa cicatrice et pourtant, la douleur semblait bien réelle. Pierre accrocha sa canne avant de prendre sa femme dans ses bras.

« Sciel… Tout va bien ? Tu as perdu ton si beau sourire. 

– Je ne sais pas si je vais bien, Pierre. Tu m’as manqué.

– C’est vrai que tu es partie tôt ce matin, mais ce n’est pas la première fois que tu travailles toute la journée. Tu veux qu’on rentre ? »

Les yeux de la cartomancienne s’emplirent de larmes. Elle voulut se forcer à sourire mais échoua. Pierre l’enlaça d’autant plus. Elle était à deux doigts d’abandonner. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait, mais cela n’avait aucune importance pour lui. La rassurer prenait le dessus sur tout le reste.

« C’est ce que je souhaite le plus au monde, mon amour… Mais Verso a besoin de moi pour la fête de demain… 

– Ah ! Je comprends. Tu veux qu’on reste un peu plus longtemps ici jusqu’à ce que tu doives y aller ?

– Avec plaisir. Je t’aime, tu sais ?

– Moi aussi, je t’aime. »

Sciel avait joué cet adieu un nombre incalculable de fois dans sa tête. Devait-elle pleurer ? Devait-elle l’éviter ? Devait-elle tout lui avouer ? Cependant, une fois le jour fatidique arrivé, la réponse lui apparut aussi clair que le soleil de midi. Tout ce qu’elle souhaitait, c’était d’être dans les bras de l’homme qu’elle aimait, de sentir son parfum, sa chaleur dont l’absence l’avait hantée des années durant. Pour elle, rien d’autre n’aurait pu l’apaiser autant alors que Lumière vivait ses dernières heures. Non loin de la jetée, Gustave venait de dire au revoir à ses apprentis avec Lune. Cette dernière resta avec eux, tandis que l’ingénieur se dirigea vers son jardin. La magicienne s’apprêta à partir quand les trois enfants l’interpellèrent. 

« Eh, M’dame Lune ! Vous voulez bien nous montrer comment ça marche des feux d’artifice?

– Je… Euh… Je suis occupée, je dois y aller… Je vous montrerai plus tard, d’accord ? »

Au moment où elle mit sa main sur ses affaires, un enfant lui toucha le bras.

« Allez… Juste une minute ! Après on te laisse, promis ! »

La magicienne sourit et prit l’enfant par la main. Elle avait passé toute sa vie le nez dans ses recherches. Les armes, les luminas, les créatures de ce monde… Elle avait bien le droit à un acte de rébellion final, d’utiliser ses compétences pour s’amuser et amuser les autres, et pas pour la guerre. Elle décida donc de passer une dizaine de minutes avec les enfants, dans un déluge de rires et de petites explosions de couleur, avant de retrouver Sciel pour rejoindre le point de rendez-vous.

De son côté, Gustave avait rejoint Sophie dans son jardin. Les deux amants fixaient le monolithe, dans le silence. Sophie prit son homme par la main.

« Alors, ça avance la récolte ? Moi, j’ai fini tous les arrangements de fleurs ! Tu veux les voir ?

– Avec plaisir ! Même si je vais avoir du mal à me concentrer dessus si tu continues à sourire autant.

– Ah oui ? Alors je devrais arrêter de sourire ? Drôle de façon de me déclarer ta flamme.

– Au contraire, au contraire… Ne le perds jamais. »

Les joues de Sophie s’empourprèrent. Elle l’amena sans un mot devant diverses couronnes de fleurs et décorations qui étaient posées sur une table.

« Alors, qu’est-ce que tu en penses ?

– Sophie ! C’est magnifique ! Tu es exceptionnelle quand il s’agit de couture, mais là… J’en suis bouche bée. »

La jeune femme sourit et embrassa la joue de son compagnon. En touchant sa peau, ses lèvres se mirent à trembler. Elle ne put les décoller pendant de longues secondes. De délicates larmes vinrent couler le long de son visage.

« C’est… Aujourd’hui, n’est-ce pas ? »

Gustave acquiesça avant de prendre la couturière dans ses bras. Peu après la révélation de Verso, il n’avait pu s’empêcher de lui raconter la vérité. Il refusait qu’elle disparaisse à nouveau sans savoir pourquoi. Sa réaction fut similaire à celle de ses amis mais elle avait mis bien moins de temps à l’accepter. Happée par le Gommage, elle s’était préparée à sa propre fin depuis son très jeune âge. Pour elle, ce temps ensemble était un sursis et non une condamnation à mort. 

« C’est aujourd’hui… Je… Je sais ce qui doit être fait, mais le temps que l’on m’a accordé avec toi était bien trop court, Sophie…

– Et pourtant, ce temps était bien plus que ce que le destin nous avait réservé. J’ai été si heureuse de pouvoir profiter à nouveau de toi. »

Gustave serra d’autant plus fort, et approcha sa bouche de son oreille. Il chuchota, afin de ne pas la laisser entendre ses sanglots. 

« Je suis désolé. Désolé pour le passé, désolé d’avoir accepté le plan de Verso avant même d’avoir eu la chance de t’en parler, peut-être que si je t’en avais parlé, on… »

Sophie s’écarta très légèrement de Gustave pour admirer son visage. Des larmes avaient commencé à décorer son visage également. Le vent fit voler des pétales autour d’eux.

« Ne t’en veux jamais d’être qui tu es. Je n’aurais pas voulu que tu fasses les choses autrement. Quand je suis tombée amoureuse de toi, je suis aussi tombée amoureuse de ton honnêteté, de ton altruisme… C’est avec ces valeurs que notre amour est né, et c’est ainsi qu’il perdurera. Pour l’éternité. Nos couleurs se feront peut-être emporter en même temps que cette toile, mais mon amour… Notre amour… Aura été on ne peut plus réel. Dans cette petite bulle de temps qu’est notre monde.

– Sophie… Merci. Je t’aime. Je suis heureux d’avoir pu être à tes côtés jusqu’à la fin. Je n’oublierai jamais ce moment. »

Les deux amants restèrent enlacés, jusqu’à ce que Sciel et Lune viennent le chercher. Gustave était le seul à être censé les accompagner, mais après avoir expliqué que Sophie avait également appris la vérité, elle les rejoignit. Les quatre comparses firent le tour de la ville, ensemble, dans le silence. Toutefois, ce silence n’était pas pesant. Comme si chacun s’était défait d’un poids qui pesait sur sa conscience. Bien vite, ils rejoignirent un lieu vide en cette fin de journée : le théâtre. Maelle les y attendait, avec Monoco et Esquie. Quand tout le monde avait pris place sur la scène, la jeune fille regarda tout autour d’elle.

« Bonjour ! Alors ? Vous m’avez préparé une surprise ? »

Les autres restèrent silencieux. Gustave baissa les yeux. Verso sortit alors de derrière la scène, le visage complètement fermé.

« Maelle… Je suis désolé. »

Le cœur de la jeune fille s’accéléra. Une sensation de malaise s’immisça en elle.

« Verso… Je… Pourquoi es-tu désolé ? Qu’est-ce qui se passe ?!

– Je pense que tu dois comprendre. Tu ne peux pas n’avoir rien remarqué ces derniers mois. Chaque fibre de cette toile, chaque trait de peinture… Tu les ressens au plus profond de ton âme. J’ai essayé d’être discret mais… Tu es une peintresse bien talentueuse. »

Maelle écarquilla les yeux et invoqua sa rapière. Tout le monde baissa la tête, sauf Verso et Gustave. Elle se mit à serrer le poing si fort qu’elle en souffrit. 

« Je… J’avais des doutes… Mais je ne voulais pas risquer de devoir jouer avec vos vies et vos souvenirs encore une fois… Verso, Gustave… Tout le monde… Pourquoi ! Pourquoi ?! Je vous ai donné une vie parfaite ! Je ne vous ai pas abandonnés ! »

Sciel approcha la jeune fille avec une douce expression sur son visage. Son sourire était empli de tendresse et sa voix était aussi apaisante que possible.

« Et… Quelque part, je te remercie, Maelle. C’est vrai que je n’aurais jamais cru revoir Pierre. Lui dire au revoir était difficile… Je sais que tu fais ça pour nous autant que tu le fais pour toi. Une vie où tu serais heureuse serait vide si ta famille et tes amis souffraient. J’ai essayé d’échapper à la douleur de la vie une fois… Et je le regrette chaque jour. Je t’en prie, tu es encore jeune… Ne gâche pas ton futur. 

– Mon futur est avec vous ! Sans vous, je n’ai rien ! »

Lune hocha la tête. Maelle ne semblait pas ouverte à écouter qui que ce soit. Elle avait l’impression d’être en plein cauchemar.

« Je ne t’en voudrais pas de croire cela. Quand j’ai perdu mes parents, j’aurais tout donné pour les revoir, même s’ils n’étaient pas les plus aimants pour quiconque ne les connaissait pas bien. Je sais que tu as une relation difficile avec ta famille et je ne vais pas prétendre que tout s’arrangera quand tu les retrouveras… Et que nous disparaîtrons. Mais ta vie a plus de valeur que ce qu’autrui ne pourra jamais t’accorder. Vis pour toi. »

Maelle leva sa rapière vers les autres, la main tremblante. Des larmes coulèrent le long de son visage. Verso s’approcha d’elle. Il fut d’abord tenté de faire apparaître ses armes, mais Gustave l’en empêcha. Le peintre secoua la tête et écarta les bras.

« Maelle ! Cela me déchire d’en arriver là. Je voulais mourir, je voulais juste que ce tableau disparaisse… Mais après cette année passée… Sans combat, sans haine… A aimer et être aimé… Cela me peine de savoir que tout cela va disparaître. Pourtant… Je suis fatigué. Nous le sommes tous. Bien sûr que nous avons tous des personnes que l’on veut garder pour toujours. Bien sûr que mourir nous effraie… Mais si l’on ne prend pas cette décision… C’est toi qui vas en pâtir. 

– Qu’est-ce que tu en sais ?! Vous étiez heureux quand vous ne saviez rien ! Je… Je peux le refaire ! Je peux vous donner cette vie, encore et encore et encore ! Je ne vous laisserai pas tomber ! »

Gustave regarda Sophie. Cette dernière lui sourit et lâcha sa main. L’ingénieur avança vers la jeune fille. À mesure qu’il se rapprochait, elle reculait, son arme toujours pointée sur ses compagnons.

« …Tu sais, je te remercie d’avoir fait revenir Sophie. Je te remercie de m’avoir fait revenir aussi. Je sais que tu fais cela pour nous. C’est également pour cela que tu dois nous laisser partir. Tu vas mourir, Maelle… Je ne peux pas laisser cela t’arriver. Je ne peux pas être responsable de ta fin. Je veux que tu puisses vivre… Si tu continues, ce tableau va t’emporter ! »

La jeune fille lâcha un cri déchirant qui résonna dans le théâtre. Son corps entier laissa apparaître des taches de peinture. 

« Un an… Un an que je souffre chaque jour, chaque nuit ! Un an que la peinture me brûle les veines, un an que l’encre noircit mes poumons, un an que je crache du sang irisé dans mes draps ! Tu crois que je ne sais pas tout ça ?! Je t’aime, je t’en prie, laisse-moi porter ce monde sur mes épaules même s’il doit finir par m’écraser ! »

Tout le monde resta silencieux. Les appels à l’aide de Maelle étaient bien trop douloureux. Une jeune fille aux portes de la mort qui ne voulait pas retourner dans un monde où elle ne serait vivante que de nom. Verso s’approcha de Gustave et lui fit un signe de la tête. Il l’avait laissé mourir pour que Maelle ne soit pas tentée de s’accrocher désespérément au tableau. Finalement, il était peut-être le seul en mesure de la raisonner. Gustave continua de marcher vers Maelle. Celle-ci, tétanisée par la peur et la douleur, ne reculait plus. L’homme poussa sa lame avec sa prothèse avant de prendre la jeune fille dans les bras. Tourmentée, elle lâcha sa rapière, dont l’écho métallique de sa chute disparut bientôt sous les sanglots.

« Je t’aime aussi, Maelle. Nous sommes tous reconnaissants d’avoir pu goûter à la liberté et au bonheur de retrouver nos proches. Mais, du plus profond de notre cœur, nous t’implorons de retrouver ta famille et de vivre. De vivre, Maelle ! Je ne veux pas te voir disparaître et mourir. Je veux savoir que je te laisse découvrir le monde qui t’attend dehors. Même si tu crois n’être rien de plus qu’une coquille vide, ce n’est pas vrai. Tu es notre Maelle. Tu peux tout faire. Tu as le plus beau et pur des cœurs, et je suis heureux d’avoir pu être ton grand frère. »

La jeune peintresse tomba au sol, à genoux. La dernière parcelle d’âme de Verso avait senti que sa volonté commençait à vaciller. Il allait enfin pouvoir se reposer. Les couleurs semblaient déjà quitter les murs du théâtre. Sciel embrassa sa bague de mariage et ferma les yeux. Maelle regarda le monde de son frère disparaître lentement.

« Non ! Non !!! Je ne veux pas ! Je ne peux pas !!! »

Tout le monde se rapprocha de Maelle pour l’enlacer. Esquie, qui était collé à Verso, prit la parole.

« On te fait tous un gros câlin, Maelle. Un gros câlin, ça aide toujours à se sentir ‘ouaaaais’ même quand on se sent très ‘bouuuh’. Comme ça, quand on disparaît, il y aura toujours le ‘ouaaaais’ de notre câlin en toi. C’est pour ça que Verso a toujours aimé mes gros câlins. »

Maelle réussit à esquisser un léger sourire et regarda Verso, puis Gustave. Le peintre lui sourit en retour.

« Tu sais, je m’en souviens… Quand tu as gagné ton combat. J’étais dans tes bras. Je le voyais sur ton visage, que tu n’allais pas vouloir t’en aller. Je… te comprends un peu. Le monde commence à disparaître parce que… Au fond de toi, tu le permets. Tu as accepté de nous laisser partir. Je ne t’en veux pas de ne pas avoir réussi la première fois. Ton grand frère aurait pensé la même chose, je le sais. Il serait fier de toi… Je sais que je le suis. »

La jeune fille regarda Gustave, cherchant désespérément à entendre sa voix avant qu’il ne soit trop tard. Le néant les atteignait presque.

« Moi aussi je suis fier de toi… Quand j’ai perdu Sophie, je ne pensais qu’à une chose… Que mon deuil n’était rien d’autre que de l’amour qui n’avait plus d’endroit où aller. Mais en vérité, tout cet amour demeure dans nos cœurs, tant que l’on y accueille toujours le souvenir de ceux que l’on aime. Nous serons toujours un peu là, et tu le sais. Quand tu es triste, ferme les yeux et trouve-nous au fond de ton cœur. En ce sens, nous ne t’abandonnerons jamais. Je te promets. »

Gustave lança un léger regard vers Sophie puis lui chuchota à l’oreille. 

« Je… Je t’aime, Sophie. La dernière fois, je me suis senti si seul quand tu es partie. J’avais perdu espoir. Même si je me battais pour toi, je ne voyais plus la lumière. Aujourd’hui, je suis heureux que mes derniers moments soient à tes côtés... »

Il lui déposa un baiser sur ses lèvres. Sophie colla son front sur le sien.

« Moi aussi, je t’aime, Gustave… Je suis heureuse, et je suis là, avec toi. »

Un doux sourire décora le visage de l’homme. Leur deux cœurs, battant l’unisson, prirent la plus paisible des fréquences. L’ingénieur ferma les yeux et répondit, tendrement.

« Je sais… Je sais. »

Maelle ferma les yeux, enlaçant tous ses compagnons en retour. Cette seconde famille, elle allait l’emporter dans son cœur où qu’elle aille. Tous ses souvenirs étaient impérissables, tout comme l’amour qu’elle ressentait en elle et autour d’elle. Pour la première fois depuis la mort de Verso, elle sentait enfin l’espoir s’immiscer à nouveau dans son cœur. Alors que la disparition de tout le monde était imminente, la jeune fille se mit à sourire faiblement.

« …Je suis désolé pour ce que j’ai osé vous faire. Merci d’avoir malgré tout cru en moi et de m’aimer comme je suis… Je sais que je vais encore me sentir seule et vide de temps en temps, mais je sais que vous serez toujours là. Je vais essayer de reprendre ma vie où elle s’est arrêtée. Pour vous tous. Je vous aime… »

Dans un doux silence, tout le monde disparut. Sans un cri, sans un sanglot, tous avaient accepté leur destin. Après ce qui parut être une fraction de seconde, Maelle se réveilla sur le sol de l’atelier de sa sœur. La jeune fille vit alors une main tendue vers elle et le visage impassible de sa sœur.

« Alors… Tu as finalement accepté… C’est bien. »

Maelle accepta la main de Cléa et se releva. Ses cordes vocales endommagées, elle chuchota alors.

« Pourquoi… On est dans ton atelier ? »

La jeune femme croisa les bras et secoua la tête. C’était peu caractéristique venant d’elle, mais une légère expression compatissante semblait arborer son visage. Elle toucha le tableau du bout du doigt, celui-ci étant devenu incapable de les transporter à l’intérieur. L’âme de Verso avait totalement disparu, et il était devenu totalement blanc.

« J’ai échangé avec la copie de notre frère qui vivait à l’intérieur. J’ai gardé la toile ici en attendant, pour la protéger. Il voulait que je te donne cette toile vierge et… »

L’ainée de la famille Dessendre soupira. Le sentimentalisme du Verso peint ressemblait bien trop à celui de son frère de son vivant.

« Au début, je ne savais pas quoi en penser que tu utilises cette toile. Je savais pas si je pouvais te faire confiance… Mais si tu es sortie, je suppose que je peux… Croire en toi. Enfin bref. Il avait un message pour toi. Ahem… ‘Garde cette toile vierge en souvenir. Le jour où tu te sentiras prête, sers-t’en pour y peindre quelque chose. Une œuvre rien qu’à toi. Que tu montres au monde ce dont tu es capable. Alors vis, vis pour toi et tout comme cette toile vierge, il ne tient qu’à toi de devenir qui tu souhaites.’ »


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